Ann.y IV
difficile à établir et encore plus difficile à conserver. C'est donc entre ces trois formes qu'il faut choisir. Tacite n'a pas éprouvé le besoin de nous dire formellement pour laquelle il se prononce. Il a sans doute pensé que ses ouvrages le faisaient assez savoir.
Nous pouvons d'abord sans hésiter exclure la démocratie. A la manière dont il parle partout du peuple, on voit qu'il ne lui semblait guère mériter d'avoir quelque part dans la conduite des affaires publiques. Il n'y avait du reste aucune prétention, et c'était son unique souci, nous dit Tacite, qu'on lui donnât le blé à bon compte ou pour rien'. Cependant, si bas qu'il fût tombé, le peuple causait encore quelque frayeur aux princes qui évitaient soigneusement d'encourir sa mauvaise humeur. Au premier signe de colère qu'il fit paraître quand il apprit qu'on exilait Octavie, Néron s'empressa de céder et de la reprendre *. Aussi se donnait-on beaucoup de mal pour le satisfaire ; on le nourrissait et on l'amusait : ordinairement, il ne demandait pas autre chose. Tacite n'aime pas la populace, et il faut bien avouer que celle qu'il avait sous les yeux, à Rome, ne méritait guère d'être aimée. Il a tracé d'elle, par moment, de merveilleux tableaux : c'est peut-être le plus grand peintre des foules qui ait jamais existé. 11 faut lire la description qu'il a faite en quelques lignes de la bataille qui se livra dans les rues de Rome entre les soldats de Vespasien et ceux de Vitellius '. Le peuple y assiste comme à un spectacle. Il applaudit aux vainqueurs^ il poursuit les vaincus dans les retraites où ils se cachent, pour les livrer à ceux qui les cherchent. Ils se croit au cirque ou