HisL, III
à l'amphithéâtre; il s'amuse des incidents de la lutte sanglante, oubliant que ce ne sont pas des gladiateurs qui a'entre-tuent sous ses yeux pour son bon plaisir, mais que c'est la patrie qui se déchire de ses mains, pendant que la Gaule et la Germanie se soulèvent et que r Empire est près de se disloquer. Assurément un peuple pareil n'était pas pour lui plaire, et il ne devait pas regretter beaucoup qu'on lui eût ôté le droit de voter les lois dans ses comices ou d'élire ses magistrats au Champ de Mars, ni faire de grands efforts pour le lui rendre.
La sévérité avec laquelle il a traité le peuple pourrait faire croire au premier abord qu'il est partisan du gouvernement aristocratique, et c'est bien l'opinion qu'on se fait généralement de lui. Mais il n'est pas besoin de beaucoup regarder dans ses livres pour s'apercevoir qu'il n'a guère plus d'égards pour les grands seigneurs que pour le peuple. Par moments, la lâcheté du Sénat le révolte et il ne dissimule pas le dégoût que lui cause son empressement à se faire le complice de tous les crimes^. On dirait même qu'il prend plaisir à le mettre dans des situations ridicules, par exemple lorsque, à la bataille de BédriQc, il décrit sans ménagement ses tergiversations misérables entre Othon et Vitellius, le soin qu'il prend de ne pas se compromettre, tant que les événements restent douteux, et, une fois que la fortune s'est déclarée, le zèle qu'il met à accabler les vaincus 2. Mais nulle part peut-être il n'a mieux montré son mépris pour cette noblesse dégénérée que dans le beau récit qu'il nous fait de la conjuration de Pison ^ Ce Pison était un fort grand seigneur et un homme du monde accompli, élégant dans ses manières, affable