DANS LA DÉFENSE
La défense ayant (excepté dans les batailles de rencontre] plus de temps que l'attaque pour s'organiser et ses batteries ne devant pas se déplacer aussi souvent, cellesci pourront choisir leurs positions avec plus de soin et s'y établir dans de meilleures conditions.
Les batteries de la défense doivent :
1*" Battre le terrain en avant du front de bataille, jusqu'aux distances où l'artillerie cesse d'être efficace (1);
(1) Les hauteurs escarpées permettent raremeut de satisfaire à cette condition, à cause des espaces morts qui les précèdent. Elles produisent d'ailleurs un tir fichant, qui diminue la chance d^atteindre. Il vaut mieux, en général, s'établir sur des points de hauteur moyenne et utiliser les plus élevées comme observatoires. On peut cependant occuper utilement un point culminant, situé soit à l'extrémité d'une ligne de bataille, soit à l'endroit où cette ligne forme un saillant ou se replie en arrière, pour constituer un crochet défensif.
Une hauteur ou un village retranché empêchera dans ce cas les batteries ennemies d'enfiler une partie de la ligne de bataille.
Si c*est une hauteur, on établira sur le versant, du côté -de l'ennemi, des batteries étagées qui permettront à l'artillerie de jouer un rôle important sans devoir occuper un front étendu. Cet avantage
S"" Enfiler, ou tout au moins battre d'écharpe, les chemins qui conduisent à la position de défense et à la position de ralliement, située en arrière ou sur le côté de Tordre de bataille;
d"* Flanquer les villages, les fermes, les bois, etc., qui constituent les postes avancés de la position;
4<* Battre les défilés, ou tout au moins leurs débouchés ;
S** Battre latéralement les pentes et les dépressions du sol que ne peuvent pas atteindre les feux de front de l'artillerie ou de la mousqueterie de la ligne de bataille et qui permettent à Tennemi de se reformer ou de prendre haleine, avant de donner Tassant;
6"* Commander et battre le plus loin possible le terrain en avant des ailes pour faire échouer les mouvements tournants ;
7** Soutenir les clefs de la position;
S"" Battre les points où Tartillerie ennemie a intérêt à s'établir.
Pour remplir ces diverses conditions, les batteries de la défense doivent se disséminer plus que celles de Tattaque.
On donnera la préférence aux emplacements qui permettent de dérober les pièces le plus longtemps possible aux vues, sinon aux coups de Tennemi. A défaut de couverts naturels, on construira des abris, qui auront pour effet de diminuer considérablement les pertes en hommes, en chevaux et en matériel. Les pièces ne seront placées dans ces abris qu'au moment où elles devront entrer en action
sera surtout précieux au point décisif de la position, où Ton est obligé d*accumuler tant de troupes qu'il reste généralement peu d'espace libre pour Tartillerie.
pdar obtenir un résultat important. On évitera de tes démasquer pour repousser de petits détachements et de mettre en ligne plus de pièces qu'il n'en faut pour atteindre le but, qui consistera le plus souvent à réduire au silence une batterie d'avant-garde non renforcée.
On choisira et préparera, en arrière du front, des emplacements sur lesquels Tartillerie se retirera dès qu'elle aura trop à souffrir, et d'oii elle pourra, quand l'ennemi se sera emparé de la position, le canonner vigoureusement soit pour l'arrêter, soit pour couvrir la retraite.
Les emplacements de l'artillerie doivent encore satisfaire à d'antres conditions techniques que nous indiquerons en traitant de l'établissement des batteries dans l'attaque.
Ces emplacements constituent en quelque sorte le squelette de la position. Les troupes d'infanterie s'établissent dans leurs intervalles en tirant le meilleur parti possible du terrain. Il va de soi que l'artillerie, dans le choix de ses positions, doit tenir compte des propriétés tactiques de ces troupes et de la nécessité de leur assurer un champ de tir convenable.
Les avant-trains offrant, à cause de la hauteur des coffres, d'excellents points de mire à l'ennemi, on profitera de tous les accidents de terrain pour les défiler ou les masquer, pourvu qu'ils ne se trouvent pas à plus de 20 mètres des canons. On établira également, à proximité des pièces, un caisson par section. Les 3 autres caissons et l'affût de réserve formeront la deuxième ligne (1), qu'on placera à 100 mètres au plus en arrière et en dehors des ailes ou de
(1) On appelle souvent cette 2^ ligne 2^ échelon, le 1^' échelon étant formé parles 3 caissons établis à proximité des pièces.
Taile la moins exposée de la batterie, et autant que possible à Fabri des coups de l'ennemi (1).
Les trois premiers caissons font demi-tour.
On commence par prendre les munitions du coffre de derrière, puis celles du coffre de devant, et enfin celles du coffre de Tavant-train.
On ne touche au chargement des avant-trains des pièces qu'en cas de nécessité absolue.
Les caissons de la â*' ligne font face à Fennemî et sont toujours prêts à être envoyés en avant pour remplacer les caissons vides.
La S** ligne, composée du restant des voitures, occupe un endroit situé à 500 mètres au plus de la batterie, en dehors des routes, à l'abri des vues et en communication facile avec les pièces.
Lorsque l'on a été obligé d'entamer le chargement des avant-trains, ce chargement doit être complété aussitôt que l'occasion s'en présentera, même pendant le combat, en profitant des interruptions du tir.
Les caissons vides sont dirigés vers l'emplacement des colonnes de munitions où on les échange contre des caissons chargés (2).
Ces colonnes se tiennent dans une position centrale, à
(1) Quand de grandes masses d'artillerie sont réunies sur un même point, cette recommandation n'est applicable qu'aux batteries des ailes. Les caissons des autres batteries doivent forcément être abrités le mieux possible derrière les pièces .
(2) Les caissons vides laissés à la colonne de munitions sont remplis par transbordement pour être restitués, aussitôt que possible, aux batteries dont ils proviennent : recommandation d'autant plus nécessaire que les caissons portent des outils et des objets de campement indispensables aux batteries.
1,000 ou 1,500 mètres des batteries, près d'un chemin (qu'elles doivent laisser libre pour la circulation des troupes).
Leurs approvisionnements sont renouvelés par le premier échelon du parc d'artillerie, qui se trouve à 5 ou 6 kilomètres en arrière des troupes engagées et à 3 ou 4 kilomètres en avant du deuxième échelon.
Il convient de tenir les tirailleurs ennemis à 700 mètres au moins des batteries, parce que, à cette distance, do bons tireurs commencent à avoir des chances d'atteindre un but plus élevé qu'à hauteur d'homme. On placera, en conséquence, une ligne de tirailleurs à SOO ou 600 mètres des pièces. Ces tirailleurs s'établiront dans des abris que l'on cherchera, autant que possible, à creuser dans l'angle mort des batteries, pour que l'ennemi ne puisse pas les utiliser lorsqu'il s'en sera emparé.
A défaut de pareils emplacements, on tracera les tranchées de tirailleurs de façon qu'on puisse les enfiler de la position et qu'ils soient à l'abri des coups d'enfilade de l'attaque. Les tirailleurs y tiendront le plus longtemps possible et se retireront ensuite par des chemins qui leur seront indiqués, pour qu'ils ne masquent pas les feux de la défense (1).
Quand une batterie doit ouvrir le feu au moment où elle vient de prendre position, ce qui arrive parfois dans la défense et presque toujours dans l'attaque, les tirailleurs
(1) On peut créer plusieurs lignes retranchées de tirailleurs lorsque le terrain a des pentes raides sur une partie de position. C est ainsi que les Français eurent à Gravelotte 3 lignes de tirailleurs superposées en forme de terrasse qui tinrent éloignées les batteries «les Prussiens après que ceux-ci eurent pris Sainte-Marie-aux-Chénes «t Saint- Ail.