DEUXIÈME EXPÉRIENCE
TIR CONTRE LA GOUPAGNIE DÉPLOYAS.
Après un repos de 45 minutes, les tireurs furent placés à 475 pas de 3 cibles représentant une compagnie déployée de 90 files de soldats.
Ils étaient, comme dans l'expérience précédente, divisés en 3 pelotons et pourvus de 17 cartouches.
Chaque peloton devait viser sur le milieu et au pied du panneau qui lui était opposé.
La dernière balle fut tirée à 75 pas du but.
Sur 3,086 balles, 491 atteignirent les cibles. Les coups étaient répartis comme suit :
143 avaient atteint le l""' peloton.
Tels sont les résultats qui ont été obtenus.
Il s'agit maintenant de les apprécier, ce qui présente quelques difiicultés.
Dans les écoles de tir, on n'est pas entièrement d'accord sur les conclusions à tirer des chifl'res indiquant le nombre
des coups qui atteigneot les cibles. Cependant on s'est peu écarté, en général, des bases admises à l'école de Spandau pour l'expérience relatée dans Y annexe m* 1^
Ces bases sont les suivantes :
!<" Ne compter que la moitié des balles qui atteignent les cibles figurant les échelons d'une colonne, parce que la majeure partie des balles traversent i de ces cibles;
â"* Supposer que chaque balle qui atteint le but, quand c'est une colonne, met 1 1/2 homme hors de combat, à cause de la formation en ordre profond ;
S^" Dans le tir contre des cibles représentant une ligne déployée, compter tous les coups ayant touché, moins 1/4 à déduire pour les intervalles des files.
Ces données nous paraissent contestables.
Voyons d'abord la ligne déployée.
Nous estimons que l'homme occupe une surface que l'on peut représenter par un rectangle ayant la hauteur du panneau et une largeur moyenne de 35 centimètres. Si donc la cible de peloton est calculée à raison de O^'GO par file (comme en Belgique et dans d'autres pays], les 25/60 et non le 1/4 des balles passeront dans les intervalles. Et si la largeur des cibles est calculée à raison de 0™70 ou de 0"»75 par file (comme en France, en Autriche et en Suisse), il faudra déduire du nombre des coups relevés les 36/70 ou les 40/75.
C'est le premier de ces deux chiffres que nous prendrons; ayant admis avec les auteurs du règlement français^ que l'homme doit occuper dans le rang 0'»70.
Toutefois, nous uq réduirons pas des 36/70 ou de la moitié le nombre des coups qui, dans l'expérience relatée ci-dessus, ont atteint la colonne* de compagnie, par la
raison que les balles qui passent entre les files dune subdivision vont frapper les hommes de la subdivision suivante. C'est en cela que consiste le désavantage de la formation en colonne au point de vue des pertes causées par le feu.
Un autre désavantage de cette formation provient de ce que les vides produits dans la 1^ subdivision par les hommes blessés ou tués ne profitent pas à la troupe, les balles qui passent par ces vides allant frapper la subdivision en arrière.
Il faudrait donc déduire des 191 coups qui ont atteint les cibles représentant la compagnie déployée non seulement la moitié des coups, mais encore tous ceux qui auraient passé par les vides provenant des files mises hors de combat. Or, comme il est impossible d'évaluer le nombre des balles ainsi perdues, le seul moyen d'apprécier l'efficacité relative des tirs coutre la ligne et contre la colonne est de supposer qu'après chaque coup réussi un homme intact remplace Thomme atteint. Cela ne se faisant pas à la guerre et les vides formés dans les premiers échelons de la colonne ayant pour effet de découvrir les hommes de l'échelon suivant^ l'évaluation des pertes, telle que nous l'entendons, sera conforme à la réalité pour la colonne et trop élevée pour la ligne, mais il y aura compensation de ce côté en ce que nous supposons que, dans Tordre en ligne, les hommes du second rang marchent correctement derrière leur chef de file, ce qui n'a généralement pas lieu.
En résumé, pour calculer les pertes relatives de la colonne et de la ligne, nous admettrons que chaque atteinte, déduction faite des coups perdus dans les intervalles, repré-
sentera 1 homme mis hors de combat, que cet homme lasse partie de la colonne on de la ligne déployée.
Le chiffre de 1 1/2 homme pour la colonne admis à Spandau et dans d'autres écoles de tir, ne repose sur aucun fait d'expérience ni sur aucune base de calcul.
D'après les données ci-dessus, les pertes de la colonne de compagnie seront représentées par 667, nombre de balles qui ont atteint les 3 pelotons.
Les pertes de la ligne seront représentées par 2IS, moitié du nombre de balles qui ont atteint les 3 pelotons.
Les pertes de la colonne sont donc plus que doubles de celles de la ligne.
Toutefois, les premières diminueraient sensiblement si la colonne avançait ayant sur ses côtés une chaîne de tirailleurs qui masquerait ses flancs. Il faudrait alors déduire les coups qui ont frappé d'écharpe les â*" et S*' pelotons. Or le nombre de ceux-ci est de lââ ; par conséquent, les pertes pour la colonne ne seraient plus que de 567 — 122 ou lis, tandis que celles de la ligne resteraient 245.
Il résulte de ces chiffres que la colonne de compagnie, même couverte latéralement par une ligne épaisse de tirailleurs, subit aux petites distances des pertes presque doubles de celles de la ligne, et que la différence serait encore plus grande si l'on pouvait exécuter un tir dans les conditions de la réalité, c'est-à-dire sans remplacer les hommes mis hors de combat.
En revanche, une colonne de compagnie qui marcherait à 6 pas derrière une épaisse ligne de tirailleurs, comme pourrait le faire une réserve de bataillon, subirait peu de pertes [un tiers de moins que la ligne), puisque dans l'expérience du camp de Beverloo, les 2'', 3" et i^ échelons de la
colonne n'ont reçu que 167 balles sur les 612 qai avaient atteint les i panneaux de la colonne (le 1"" panneau représente dans ce cas-ci la chaîne de tirailleurs).
Pour ce qui concerne le feu en marchant, les deux expériences faîtes au camp de Beverloo prouvent qu'il a une eiBcacité suffisante.
En effet, dans le tir contre la colonne à 3 échelons, 19 p. c. environ dés balles ont atteint les cibles, et dans le tir contre la ligne, environ 16 p. c. Or les hommes que Ton a employés dans cette circonstance étaient peu exercés, se composaient en partie de recrues et n'avaient jamais exécuté le tir en marchant. Ce tir n'est donc pas aussi difficile qu'on le prétend. Il faudra y exercer les soldats avec d'autant plus de soin qu'il est le seul qui soit réellement pratique lorsqu'on est près de l'ennemi. Les feux à commandement ne peuvent, dans l'attaque, être exécutés que de loin. La défense en fera quelquefois usage de près, mais seulement lorsque les troupes seront retranchées et auront conservé assez de calme pour obéir à la voix des chefs.