‹ Tactique de combat des trois armesChapitre 39 sur 55 · JUSTIFICATION DE LA FORMATION SUR DEUX RANGS · texte numérisé non relu

JUSTIFICATION DE LA FORMATION SUR DEUX RANGS

Les troupes sur un rang peuvent agir dans la position du tireur couché, celles sur deux rangs, dans la position du tireur à genou ; celles sur trois et quatre rangs, partie à genou, partie debout. Il ne parait pas pratique de ^ire exécuter des feux par une troupe partie couchée, partie à genou ou debout, parce que les fusils des hommes des derniers rangs ne déborderaient pas la tête de ceux du premier.

Une troupe à genou a 1 mètre environ de hauteur ; une troupe couchée, 0"50; une troupe debout, environ 1™65. Les pertes qu'éprouve une troupe variant avec sa hauteur, la troupe couchée ne supportera que la moitié des pertes qu'elle aurait subies à genou et perdra deux tiers en plus que dans cette dernière position, lorsqu'elle sera debout.

Mais les pertes varient encore avec le nombre des rangs que comporte la formation, d'abord parce que la même balle peut blesser les 4 hommes placés l'un derrière l'autre, et ensuite parce que les intervalles qui existent dans une troupe sur un rang sont remplis lorsque la formation en comporte plusieurs. — Pour ces deux raisons on peut admettre qu'une troupe sur deux rangs éprouvera des pertes doubles de celles qu'éprouverait une troupe du même front sur un rang ; que sur trois rangs, les pertes seront 2 fois et demie plus grandes, et que sur quatre rangs elles seront triples. De sorte qu'en désignant par 1 les pertes d'une troupe couchée sur un rang, celles de la troupe du même

front à genou sur deux rangs seront, tant en raison de sa hauteur que de sa profondeur, 1 x 2 x 2 = 4 ; celles de la troupe debout sur trois rangs seront 1 X 3, 3 X 2, 5 = 8.25, et celles de la troupe debout sur quatre rangs seront 1 x 3, 3 x 3 = 9,9. Si Ton double une troupe en lui donnant un second rang, on ne fait que doubler les pertes de l'ennemi ; en la triplant, on triple ces pertes ; en la quadruplant, on les quadruple. Les pertes éprouvées par la troupe dont on augmente la profondeur croissent donc bien plus rapidement que celles qu'on inflige à l'ennemi. Il n'y aurait que désavantage à avoir des troupes sur plusieurs rangs, si l'on devait toujours combattre en terrain plat, parce que les dimensions du but ne dépendraient que de la formation. Mais comme on rencontre le plus souvent à la guerre soit des terrains montueux ou ondulés naturellement, soit des terrains coupés ou séparés par des obstacles artificiels, il est possible, dans bien des cas, d'abriter jusqu'aux épaules des troupes formées sur deux rangs ; de telle sorte que le but qu'elles présentent ne soit pas plus étendu que dans la position couchée sur un rang. Or, de deux troupes en présence, également bien défilées et ayant le même front, si l'une est sur un rang et l'autre sur deux, elles feront les mêmes pertes (car si l'une envoie deux fois moins de projectiles, ses balles produiront deux fois plus d'effet en raison de la profondeur de la troupe adverse) ; seulement, la troupe sur deux rangs ayant un effectif double de l'autre et ne perdant pas plus de monde, fera des peites moitié moindres relativement à son effectif. Elle mettra donc l'autre en déroute après un temps donné.

Supposons que 20 hommes sur un rang envoient en une minute 100 balles et obtiennent un touché sur une troupe couverte jus* qu'aux épaules, formée sur un rang, et 2 touchés sur une troupe couverte de même, formée sur deux rangs.

40 hommes formés sur deux rangs envoient en une minute 200 balles et obtiennent 2 touchés sur une troupe sur un rang couverte jusqu'aux épaules. La première perd en une minute un dixième de son effectif, la seconde un vingtième ; en cinq minutes la première perd la moitié, la deuxième un quart. La première sera donc forcément en déroute avant la seconde. On ne peut pas défiler

les troupes formées sur trois et quatre rangs ; par suite, dans ces formations, les pertes subies dépassent les pertes infligées à l'ennemi .

La formation sur deux rangs est donc la plus profonde qu'il soit utile d'avoir pour exécuter le tir rapide ou au jugé. Mais il est indispensable de pouvoir la prendre, parce qu'en l'adoptant, une troupe peut battre dans un temps fort court une troupe sur un rang occupant le même front.

La Commission d'expérience des feux de guerre du camp de Chalons ne calcule pas, comme nous venons de le faire, les pertes qu'éprouve une troupe en raison de sa formation ; elle a adopté pour mesure des pertes subies, les rectangles dangereux, rectangles qui ont pour base le front de la troupe et pour hauteur la zone dangereuse correspondant à la distance, augmentée de la profondeur de la troupe.

Cette méthode donnerait des évaluations exactes s'il n'y avait pas d'intervalle entre les hommes; mais il est à remarquer qu'une troupe sur un rang dans laquelle les hommes occupent un front de 0™70, a des vides à peu près égaux aux pleins, lorsqu'elle a pris la position à' apprêtez armes ; de sorte que la surface du rectangle dangereux évalué d'après la méthode de la commission sera près du double de ce qu'elle serait si l'on faisait la somme des rectangles dangereux correspondant à chaque homme, somme qui serait cependant l'expression exacte des dangers courus par la troupe. Si l'on place un deuxième rang derrière le premier, les vides seront comblés et la surface réelle du nouveau rectangle dangereux sera près du double de celle du premier ; tandis que, d'après la manière de compter de la commission, elle serait peu différente. La méthode dont nous nous sommes servis, qui tient compte également de la possibilité d'avoir plusieurs hommes blessés par la même balle, est donc beaucoup plus exacte que celle de la commission.

annexe m» O.

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