COMPTÉES
Le maintien et la discipline du feu deviennent beaucoup plus difficiles quand le bruit ou la situation du combat ne permettent pas l'emploi des salves. A l'ouverture du feu individuel, il est peut-être encore possible aux chefs d'indiquer distinctement le but, la distance et la hausse, mais ce sera souvent impraticable et il arrivera que, dès le début, les chefe n'auront d'action que sur les tireurs placés immédiatement auprès d'eux, et que leurs ordres devront se transmettre d'homme à homme tout le long de la ligne. En tout cas, ce dernier moyen de transmission deviendra le seul pratique dans la suite du combat. La troupe doit, en conséquence, y être accoutumée. Dans les exercices sans cartouches et dans les exercices avec cartouches à poudre, il faut se servir exclusivement de ce mode de commandement, aussitôt que le feu de tirailleurs est ouvert. Au milieu du bruit et des émotions du combat, il est clair que cette manière de diriger le tir sera très difficile et que souvent le mécanisme de la transmission des ordres ne fonctionnera pas. Pour faciliter la solution cherchée, le principal moyen consiste à couper le feu par des pauses. D'après l'instruction sur le tir (de l'armée allemande), ces pauses s'obtiennent en fixant exactement, avant l'ouverture du feu, le nombre de cartouches à brûler
(1) Extrait de la brochure qui a pour titre : Ueber die Fechtweise und die GefechtS'Aïubildung des Infanterie-Bataillons, Hannover 1880. (Voir la Revue militaire de VÉtranger, n9 494).
par chaque homme (en principe, jamais plus de trois). Mais, naturellement, cette prescription n'est pratique que pour les fractions placées sous les ordres d'un seul chef. Quand plusieurs fractions se trouvent immédiatement contiguês ou mélangées après un doublement de la ligne, le réglage des pauses, tel qu il a été indiqué plus haut, n'est possible que si chaque fraction brûle un même nombre de cartouches et si les chefs s'entendent et se renseignent réciproquement. L'ensemble de la manœuvre subit alors une complication qu'elle ne saurait présenter dans un combat réel ; autrement dit, ce n'est plus qu'une manœuvre de paix, sans application à la guerre. 11 faut donc se faire une règle de ne prescrire, même en temps de paix, le chiffre des cartouches à consommer que dans les circonstances où l'on pourrait réellement le faire en campagne. Il est certain que le passage de l'instruction sur le tir cité plus haut ne veut pas dire autre chose.
Les cas où la fixation du nombre des cartouches est possible sont, par exemple, les suivants : dans la défensive, lorsque les compagnies ont un front d'action bien déterminé ou qu'elles sont séparées les unes des autres par des intervalles non occupés ; dans l'offensive, tant que la ligne n'a pas été renforcée, que les compagnies s'avancent séparées les unes des autres et qu'elles se trouvent dans une même situation de combat. Mais quand les lignes adverses de tirailleurs se sont rapprochées. Us diverses fractions se serrent et se mélangent^ et les pauses du feu deviennent illusoires. Lorsque le tir cesse dans un groupe, il recommence dans un autre et le bruit trouble en permanence la transmission des ordres.
A partir de ce moment, on n'a plus d'autre ressource que de faire cesser complètement le feu partout où il devient trop vif pour le reprendre de nouveau après un repos. On y arrivera surtout par dej3 coups de sifflet aigus et répétés. Tous les officiers qui se trouvent alors sur la ligne de feu doivent intervenir énergiquement. Cette suspension totale du feu qui, précisément dans les phases décisives du combat, constitue le principal moyen d'obtenir des pauses et de rester maître du tir, doit, à cause de son importance, faire l'objet de fréquents exercices. Il faut que la
troupe possède, sous ce rapport, un degré de préparation absolument irréprochable, si Ton veut conserver Tespoir d'obtenir à la guerre un résultat suffisant. On atteindra ce résultat si, à chaque séance, on fait, au moins une fois, cesser complètement le tir au moment où il a atteint sa plus grande vivacité. Les difficultés d'exécution ne doivent être vaincues que par des moyens d'une application pratique sur le champ de bataiUe.
A.nnexe m° 9.
JUSTESSE DE Tffi ET TENSION DE LA TRAJECTOIRE DES