DES CAMPS ET QUARTIERS
Différentes manièred d'abriter les troupes pendant les temps de repos de la gnerre.
Au moment où les opérations de guerre sont le plus actives, il faut encore que Faction soit entrecoupée de repos. Un corps d*armée qui marche à l'ennemi s'arrête tous les soirs pour passer la niiit ; il fait en outre, quand il le peut, une halte d'un jour entier tous les trois ou quatre jours, pour rér parer les forces du soldat, pour se procurer les choses nécessaires à la guerre et les distribuer aux troupes, et enfin pour que la discipline ne se perde pas par suite du relâchement du contrôle ou de fatigues exagérées.
Pendant ces courtes haltes indispensables, les troupes bivouaquent.
Mais il est de plus longs repos qui durent parfois des semaines et même des mois. C'est, par exemple, le temps qui précède l'ouverture des hostilités, pendant lequel les armées se rassemblent et prennent des positions d'où elles marchent ensuite à l'ennemi. Toute Tattention est concentrée vers le début de la guerre, on prend activement ses mesures pour être prêt sur tous les points, soit à recevoir l'ennemi, soit a marcher à sa rencontre. Chaque fraction de l'armée doit être mise en état de combattre, mais il peut s'écouler des semaines et des mois avant qu'on en vienne aux mains et, tout en donnant aux soldats l'habitude indispensable de la fatigug, il faut éviter d'épuiser prématurément leurs forces.
Il arrive souvent, dans le cours de la guerre, que ni l'un ni l'autre des deux partis ne voit son salut dans l'offensive, et que tous les deux prennent une position expectante ; mais cet état d'expectative est en môme temps un état de repos, et
1 faut Futiliser pour réparer les forces de son armée. Quelquefois ces périodes de repos n'ont lieu que pour certaines fractions d'une armée pendant que les autres agissent; elles existent aussi parfois pour des armées entières, parce que les généraux en chef ne savent par où commencer leurs opérations. Il est souvent impossible de décider si cette expectative est réellement nécessaire ou si elle ne résulte que de Tincertitude où Ton est sur la direction où Ton agira; c'est ce qui eut lieu en 18S0 après la bataille dldstedt.
U peut se faire aussi que les forces des deux partis soient épuisées, que la mauvaise saison arrive et que l'activité se trouve ainsi naturellement suspendue ; — C'est ce qu'on vit en Grimée, après la bataille dlnkermann, pendant l'hiver de 1854 à 1885. ^
Enfin, la guerre peut-être interrompue par des négociations diplomatiques, pendant lesquelles les deux partis se préparent à reprendre les hostilités si les négociations n'aboutissent pas. — ^Tel est, de nos jours, l'armistice qui suspendit la guerre entre l'Allemagne et le Danemark, depuis le 12 mai jusqu'au 26 juin 1864.
Pendant ces périodes d'inaction il est généralement possible de mettre au moins une partie des troupes dans des cantonnements. Il est fort rare que des armées entières se trouvent placées dans des circonstances semblables à celles des alliés en Grimée, pendant l'hiver de 1854 à 1855, sur un terrain restreint et à peine peuplé, où les cantonnements étaient impossibles. Gela n'arrivera le plus souvent qu'à une division, où même à de moindres détachements, et l'on rend alors cette situation moins pénible en construisant rapidement des camps de huttes ou de baraques.
Bivonacs pour les repos de marche ; service de sûretj
pour les garder.
Nous avons dit plus haut pour quelles raisons ou réunit rarement dans le même bivouac plus d'une division de 12 bataillons, avec la cavalerie et l'artillerie qui lui sont attachées.
On choisit remplacement du bivouac le plus près possible d'un ou de plusieurs villages d'où Ton puisse tirer des res» sources, sur un terrain sec, et, quand on le peut, à proximité de bois qui protègent contre le vent et fournissent en même temps du bois pour les feux et la cuisine.
En raison de l'espace dont on dispose, on fait camper les troupes sur une ou plusieurs lignes, la division occupe un seul bivouac ou se partage dans plusieurs bivouacs plus petits. Comme règle, il faut calculer pour une troupe un front égal à celui qu'elle occupe en bataille, et la profondeur du bivouac doit être de une fois et demie à deux fois l'étendue de ce front. Un bataillon d'infanterie se forme en colonne double au milieu du front qui lui est assigné. Les hommes mettent alors leurs armes en faisceaux et ils y suspendent leurs ceinturons et leurs gibernes. Les compagnies de droite font ensuite par le flanc droit, celles de gauche par le flanc gauche, et elles campent à côté et en arrière des faisceaux. Chaque peloton occupe au bivouac IS pas de profondeur, et les deux rangs du peloton prennent, à cet effet, environ 14 pas de distance ; les sacs sont mis à terre et alignés, ceux du premier rang devant les hommes, ceux du second rang derrière eux. Les feux de bivouac sont placés sur le flanc des rangées de sacs, ainsi que les cuisines. Mais il faut toujours avoir égard à la direction du vent.
La cavalerie bivouaque en ligne, le second rang à 30 pas de distance du premier; ou bien en colonne par escadron si le front du bivouac n'est pas assez étendu.
L'artillerie place les pièces en première ligne, les caissons de munitions derrière, et les autres voitures de batterie en troisième ligne. Les chevaux sont attachés aux voitures dont ils forment les attelages, ou placés derrière les voitures, sur deux lignes perpendiculaires au front. Les conducteurs restent avec leurs chevaux, les canonniers et les hommes h pied bivouaquent en arrière des chevaux. La cavalerie et le train d'artillerie mettent habituellement les cuisines et les feux de bivouac derrière les chevaux.
Les latrines doivent être placées de manière que les hom-
mes n'aient pas trop de chemin à faire pour s'y rendre, et que le vent en apporte le moins possible l'odeur dans le camp. Elles sont ordinairement situées en arrière quand on campe sur une seule ligne ; si Ton campe sur deux lignes, les latrines de la première ligne sont en avant du front, et celles de la deuxième ligne derrière elle. On peut cependant déroger à cette règle et établir les latrines sur les flancs do bivouac.
Le soin de veiller à la sûreté du bivouac est généralement confié au détachement chargé du service de sûreté pendant la marche, c'est-à-dire & l'avant-garde, à Tarrière-garde ou à la garde de flanc. Ce détachement prend alors position et l'avant-garde se transforme en corps d'avant-postes. C'est l'extrême avant-garde qui forme la véritable chatne de postes, dont le gros de l'avant-garde est alors la réserve ou le soutien. L'extrême avant-garde ne doit jamais faire ce service pendant plus de vingt-quatre heures consécutives, parce qu'elle serait alors trop fatiguée et ne pourrait plus remplir assez bien son rôle pénible. En conséquence, il faut que le gros de l'avant-garde relève l'extrême avant-garde toutes les vingtquatre heures. Le moment le plus favorable pour cela, c'est immédiatement après que l'avant-garde a pris position à la fin d'une journée de marche.
En général, le gros de l'avant-garde peut établir régulièrement son bivouac au point où il s'arrête, c'est-à-dire à une demi-heure ou une heure de marche en avant de la colonne. Lorsque l'ennemi est très-près et que Ton craint qu'il n'entreprenne quelque chose, on prend des mesures particulières de prudence en laissant sous les armes une partie de l'avantgarde pendant toute la nuit ou en tenant même en alerte tout le gros de Tavant-garde. Pendant que l'on relève Teitrême avant-garde et que la nouvelle s'établit sur la ligne d'avant-postes, il est fort important de profiter de œ qui reste de jour pour envoyer en avant des patrouilles de cavalerie qui s'assurent que l'ennemi ne se trouve pas dans les environs du bivouac de l'avant-garde. Mais si l'on ne trouve pas d'ennemis à plusieurs lieues du bivouac, cela ne saurait dis-
penser les avant>>poste8 de veiller pendant la nuit, cela permet seulement au gros de l'avant^garde de se reposer aussi tranquillement que possible.
Il n'est pas nécessaire d'envoyer des patrouilles très-loin du bivouac, lorsqu'on est certain que l'ennemi est très-près, ce qui a lieu notamment lorsqu'on exécute une poursuite après une victoire, ou une retraite après une défaite. Mais il n'en faut pas moins, dans ce cas, faire circuler des patrouilles pendant toute la nuit, ou envoyer quelques petits postes trè&-près des avant-postes ennemis, pour observer les changements de position qu'ils pourraient foire. D'après les conditions générales dans lesquelles on se trouve vis-è-vis de l'ennemi, on sait d'une manière assez précise lequel, de lui ou de nous, a le plus à craindre pour sa sûreté.
Lorsque nous n'avons pas déjà rencontré l'ennemi, nous n'avons généralement point à redouter une surprise. Nous sommes à peu près certain du repos de la nuit, quand nous savons par des patrouilles envoyées au loin que l'ennemi était le soir au moins à une demi-journée de marche de nos avantpostes. En e£Fet, l'ennemi t&tonne aussi bien que nous dans l'obscurité ; si nous restions quelque temps à la même place, sans changer la position de nos avant-postes, notre adversaire pourrait la connaître par ses espions et faire ensuite des plans pour nous surprendre ; mais cela ne lui est pas possible quand nous ne prenons un bivouac que pour une seule nuit après une marche.
8i nous poursuivons l'ennemi après avoir été victorieux dans un combat, notre extrême avant-garde sera sur les talons du vaincu et nous n'aurons généralement rien à craindre des entreprises de notre adversaire, qui songera plutôt à sa propre sûreté. Mais il ne faut pas toujours s'y fier. C'est souvent lorsqu'il viendra d'être battu qu'un ennemi audacieux et acharné cherchera à en imposer à son adversaire par une entreprise hardie qu'il croira pouvoir tenter avec succès. Dans ce cas, le meilleur moyen est peut-être de prévenir l'ennemi par une entreprise semblable. Lorsqu'on n'aura pas pifli'atteindre pendant la journée, tout en étant
très-près de lui, on attaquera ses avant-postes pendant la nuit avec des troupes fraîches, on surprendra quelques-unes de ses positions.
Dans une retraite après une défaite, il faut avant tout' songer à notre propre sûreté, et redoubler de prudence pour empêcher Tennemi de faire de petites entreprises heureuses qui achèveraient de démoraliser nos troupes déjà abattues. Au nombre des mesures de prudence à prendre il en est une excellente qui consiste à placer entre nos avant-postes et ceux de l'ennemi un obstacle de terrain qui retarderait au moins le mouvement que tenterait notre adversaire. Ce n'est que lorsqu'on a pourvu de la sorte à sa propre sûreté qu'où est en droit de se demander si Ton ne pourrait pas nuire soi-même à l'ennemi par un retour offensif.
Nous avons dit d'une manière générale que le soin de couvrir un bivouac de marche était confié au corps de sûreté» avant-garde, arrière-garde ou flanqueurs, qui avaient cou-| vert la marche pendant le jour. Mais cela ne suffirait pas, Il faut en outre que chaque bivouac se couvre par une chaln«| de postes assez rapprochés, et cette règle s'applique ai bien au bivouac du gros de Tavant-garde ou de l'arrière-gardel qu'au gros de la colonne.
Voici quelle est à peu près la règle suivie : A iOO ou 201 pas en avant du front du bivouac, on place plusieurs gardefj du camp, d'une force suffisante pour relever trois fois cic à sept postes de deux hommes. Chaque bataillon du front ou de la première ligne — fournit généralement une de gardes. Chaque garde du camp met un poste devant les arm(| et détache en outre deux ou trois postes doubles à 3 ou it pas en avant, pour garder le front. La chaîne de postes formée devant le front sert à empêcher qu'un parti ennf qui aurait échappé à la surveillance de la chaîne d'avj postes de l'extrême avant-garde ou arrière-garde, ne pénèl dans le bivouac, sans être aperçu, et n'y porte le trouble i le désordre.
Cette chaîne de postes des gardes du camp est prolo] sur les flancs du bivouac par les gardes de flanc qui fournies par les bataillons des ailes.
Lorsqu'on campe sur deux lignes, chaque bataillon de la deuxième ligne fournit une garde de police. Son nom indique assez quel est le rôle de cette garde ; elle place des sentinelles aux puits, aux voitures et garde les prisonniers. On ne place généralement de chaîne de postes qu'en avant ou sur les flancs du bivouac ; mais si Ton faisait la guerre dans un pays insurgé, ou si l'on était exposé par sa position au danger d'être pris à revers, il faudrait avoir également derrière le bivouac des gardes de camp et une chaîne de postes.
Organisation des lignes d'avant-postes.
Pour couvrir un camp de marche, l'extrême avant-garde — ou arrière-garde — se change en une ligne d'avant-postes. Le môme système d'avant-postes s'applique en général pour couvrir une troupe qui stationne pendant plus de vingt-quatre heures. Afin de reconnaître dans quelles limites cela est exact, nous commencerons par étudier l'organisation générale d'une ligne d'avant-postes.
Soit A, fig. 74, planche XI, la troupe à couvrir, bivouaquée, campée ou cantonnée, nous l'entourons d'abord d'une ligne de postes peu éloignés ^, /, y, h qui se compose des gardes du camp, de flanc et de police. En raison de sa proximité du camp, cette ligne de postes n'a pour mission que de le garder contre une entreprise audacieuse d'un parti d'enfants perdus, ou encore contre une méprise ou un malentendu.
La véritable ligne d'avant-postes doit être à une plus grande distance, afin d'annoncer de bonne heure l'approche de l'ennemi et de donner au camp A le temps de prendre les armes et de faire les mouvements qui pourraient être nécessaires, soit pour être prêt à combattre, soit pour éviter l'attaque de l'ennemi. Si par exemple le corps A est menacé d'une attaque et doit la recevoir dans la position B, il faut qu'il ait le temps d'aller occuper cette position avant l'arrivée de l'ennemi. Ce sont les avant-postes qui doivent lui faire
gagner ce temps-là» Mais il ne suffit pas toujours pour cela de placer la ligne d' avant-postes à une distance convenable, il faut encore quelquefois que les avant-postes livrent combat pour retenir plus longtemps l'ennemi*
Une ligne d'avant-postes {fig. 74) se compose eii premiei lieu d'une ligne de sentinelles a bj placées de telle manière que deux sentinelles successives s'aperçoivent pendant le jour et puissent rester constamment en communication pendant la nuit. On ne forme en général une chaîne de sentinelles que dans une seule direction, celle d'oîi l'on attend l'ennemi, mais cette chaîne doit, comme l'extrême avantgarde pendant la marche, occuper une certaine étendue paice qu'il n'est pas admissible que l'ennemi s'avance sur une seule route. Pour un éloignement donné A^ de A, la ligne d'avant-postes a b couvrira un front d'autant plus étendu A donnera une sécurité d'autant plus grande qu'elle sera ellemême plus longue. Plus une ligne d'avant-postes sera longue, plus il faudra y mettre d'hommes, car si la distance entre deux sentinelles voisines peut dépendre des circonstances, elle ne varie jamais beaucoup. Un petit corps ne peut fournir autant de sentinelles qu'un corps très-nombreux, s' il veut faire reposer réellement la plus grande partie de son monde. Il résulte de là que jj^us le corps à couvrir A est considérable, plus on peut éloigner la chaîne de 9entineUeS) et qœ plus il est petit plus on doit la rapprocher, si l'on veut^ dans les deux cas, se garder également bien contre un mouiFeraent tournant de l'ennemi. Cela s'accorde parfaîtenaent avec ks exigences de la situation : en effet, un petit corps est {dotât prêt à combattre qu'un grand ; celui-ci a donc be$oin d'ôtre informé plus tôt que cdui^là de l'approche de Tennemiy c'esl* à-dire qu'il faut que sa ligne d'avant^postes en général, s» chaîne de vedettes en particulier, soit {dus élc^née di lui que celle du petit corps»
Quant à l'éloignement nécessaire et à« l'étendue du frait de la ligne d'avant-postes, on peut d'avance appliquer ks mêmes r^les qui ont servi à déterminer l'éloignement et le front de l'extrême avant-garde et de l'extrême arrière-garde.
Cet éloignement est très-grand lorsque le corps à protéger est lui-même considérable.
D'après cela, il est absolument impossible de relever du . camp A les sentinelles de la ligne a by toutes les heures ou toutes les deux heures. D'un autre côté, on ne doit pas laisser les sentinelles en faction plus de deux heures de suite si Ton veut qu'elles fassent bien leur service. On place en conséquence sur la ligne c d^ de 400 à 600 pas derrière la ligne de vedettes^ des détachements plus considérables, qui restent 24 heures à leur poste, et qui sont assez forts pour relever trois fois la ligne de sentinelles qui leur est assignée. Ces détachements sur la ligne cd sont les grand 'gardes.
Il ne faut pas assigner à chaque grand'garde une trop grande étendue de la ligne de sentinelles, afin qu'il n'y ait pas trop de chemin à faire pour relever les sentinelles les plus éloignées^ et que la grand'garde puisse les apercevoir et leur porter secours. La ligne de sentinelles ne possède en effet aucune force de résistance^ cette force réside dans les grand'gardes, qui servent en même temps de points de ralliement aux sentinelles. C'est en raison de cette dernière circonstance qu'il faut examiner, avant de déterminer la force d'une grand'garde, non-seulement combien de sentinelles elle a à fournir, mais en outre quelle est l'importance et la force défensive du point où Ton place cette grand'garde.
On place des grand'gardes sur tous les chemins importants. Le nombre des grand'gardes se trouve donc déterminé par celui des cheasiins et^ en outre, par la nature du terrain qui les sépare. Dans un terrain très*découvert où l'on aperçoit facilement de la grand'garde une chaîne étendue d'avant^postes^ et où ces postes ont avec la grand'garde des eommunioations faciles, on a besoin sur la même étendue de front de moins de grand'gardes que sur un terrain très-couvert où la vue est limitée. Dans ce dernier terrain, on multiplie les grand'gardes, et lorsqu'il y a des inconvénients à les rapprocher suffisamment pour que chacune aperçoive sa voisine, il faut au moins qu'elles puissentr communiquer par
des chemins praticables avec les grand'gardes voisines de droite et de gaucbe.
Dans un terrain coupé et couvert, c'est l'infanterie qui compose les grand'gardes et, par suite, la chaîne de sentinelles ; dans un terrain découvert, c'est la cavalerie. Lorsqu'on mangue de cavalerie, on emploie encore l'infanterie dans le dernier cas, mais il faut alors que chaque grand'garde d'infanterie ou du moins quelques-unes d'entre elles, reçoivent quelques cavaliers pour le service des patrouilles et des nouvelles.
Une grand'garde de cavalerie couvre généralement plus de terrain qu'une grand'garde d'infanterie de même force. On place une grand'garde d'infanterie pour 600 ou 800 pas du front à couvrir et une grand'garde de cavalerie pour 800 à 1,200 pas.
La force des grand'gardes est calculée d'après le nombre de sentinelles à fournir, le service de surveillance des sentinelles et celui des patrouilles, et enfin d'après le rôle défensif assigné à chacune d'elles.
On compose la chaîne de sentinelles soit d'hommes isolés, soit de postes doubles (vedettes), soit alternativement de sentinelles et de postes doubles.
Avec des sentinelles isolées, on emploie moins de monde qu'avec des postes doubles, du moins en apparence, mais les postes doubles ont cet avantage incontestable, que pendant qu'un homme reste au poste, l'autre peut patrouiller à droite ou à gauche, communiquer ainsi avec le poste double voisin, former complètement la chaîne et, en outre, porter à la grand'garde la nouvelle de ce que le poste a remarqué. Lorsqu'on n'a que des sentinelles isolées, il faut suppléer d'une autre manière aux avantages qu'offrent les postes doubles, et l'on arrive ainsi à employer autant de inonde qu'avec le système des postes doubles.
Dans un terrain modérément couvert, trois postes doubles et même deux suffisent parfaitement pour surveiller un front de 600 à 800 pas ; il faut en outre un poste devant les armes. Pour fournir ces sentinelles et les relever trois fois.
il suffit de 21 hommes. On a Fhabitude de serrer davantage la ligne de sentinelles pendant la nuit, bien que cela ne nous semble pas d'une grande utilité. Lorsqu'on a des postes doubles, qui ne sont pas absolument astreints à rester à la même place, il n'est pas nécessaire de resserrer la chaîne de postes pendant la nuit, et la sécurité sera beaucoup mieux assurée à l'aide de fréquentes patrouilles. Les patrouilles que doit envoyer une grand'garde ont pour objet : les unes de contrôler le service des petits postes et d'établir la communication avec les grand'gardes voisines, les autres de fouiller le terrain du côté de l'ennemi en avant de la chaîne de postes. Les patrouilles de visite ou rondes suivent la chaîne de sentinelles, les patrouilles de communications marchent sur les chemins qui relient entre elles les grand'gardes. Les autres patrouilles ou patrouilles volantes traversent la chaîne de sentinelles dans une direction qui leur est indiquée chaque fois par le commandant de la grand'garde. Leur véritable but est de rendre impossible à l'ennemi de surprendre la ligne des avant-postes, de l'empêcher de réunir, sans être aperçu, des corps de troupes dans le voisinage de cette ligne. Si la grand'garde n'avait que le nombre d'hommes (21) énoncé plus haut, nécessaire pour relever trois fois les sentinelles, le commandant aurait toujours les deux tiers de son monde à sa disposition, mais il n'est pas bon de faire faire le service de patrouilles aux hommes qui descendent de faction et qui ont besoin de repos. Il faut donc que les grand'gardes aient une force plus que double du nombre d'hommes nécessaire au service des petits postes, pour fournir le service de patrouille, surtout pendant la nuit. Une grand'garde d'infanterie, chargée de garder un front de 600 à 800 pas, sera donc de 50 hommes environ ; et une grand'garde de cavalerie de même force sera suffisante pour un front de 1200 pas. Il est parfois utile d'augmenter la force des grand'gardes, lorsqu'elles sont placées, par exemple, à un défilé qu'elles doivent conserver pendant un certain temps. Mais cela n'est jamais le cas que d'une grand'garde isolée. Il peut encore se faire qu'on
donne à une grand'garde une force extraordinaire et tin ser* vice très-différent de celui des grand'gardes habituelles. Tel est notamment le cas d'une grand'garde qui couvre une partie du front où se trouve un point de passage à travers la chaîne de sentinelles.
En effet, les sentinelles de la chaîne doivent arrêter M ce qui vient du dehors, les patrouilles qui ont été envoyées vers l'ennemi, les déserteurs ennemis, les voyageuft, les parlementaires, etc. Les patrouilles ont seules la pertnission de traverser la chaîne de sâreté sur un point quelconque après avoir été reconnues; tout le reste ne peut entrer qu'en un point déterminé d'avance, et c'est le point de passage dont nous venons de parler plus haut. On dirige sur ce point de passage les parlementaires, les déserteurs, les voyageurs, qui ne seront jamais bien nombreux entre deux armées en présence, même si l'on comprend sous ce nom de voyageurs les habitants du pays. Les déserteurs ennemis, te parlementaires et les bourgeois sont ensuite escortés depuis la grand'garde jusqu'au commandant des avant-postes, parfoismème jusqu'au quartier général, et c'est pour celaque les grand'gardes placées aux points de passage doiventêtie renforcées.
Cette organisation d'une ligne d'avant-postes nous semble être la plus simple. Les grand'gardes, les sentinelles et les patrouilles sont les parties essentielles du système, mais on peut toujours leur ajouter des éléments accessoires, en raison des nécessités reconnues dans chaque cas particulier. L'organisation que nous venons de développer est celle adoptée par les Prussiens ; elle subit dans les autres armées des modifications nombreuses.
Chez les Autrichiens, par exemple, on distingue trois lignes principales, sur chacune desquelles est réparti le ù&^ de tout le corps d'avant-postes. La ligne la plus avan* forme la véritable ligne d'avant-postes et se partage, à tour, en trois lignes : la moitié de ce premier tiers, Taut moitié détachée en avant pour fournir les grand'gardes lement appelées piquets, et qui détachent* à leur tour
sentinelles ou vedettes. Le second tiers du corps d*avantpostôs fournit les postes de soutien, le troisième la réserve.
Chez les Français, nous trouvons en allant du camp vers l'ennemi, les grand'gardes, puis des gardes moins nombreuses appelées petits postes, et enfin les sentinelles ou vedettes fournies par les petits postesé Lorsqu'une sentinelle doit être très-élôignée du petit posté auquel elle appartient, on détache Un caporal et quatre hommes qui vont s'établir près du poiiit où doit être cette sentinelle. Les sentinelles françaises soiit relevées toutes les heures. Les Français font tin fréquent usage de ces petits postes de cinq hommes. Lorsque là ligne des gt'and'gardes est très éloignée de la troupe à couvrir, ils placent entre les deux des postes intermédiaires.
Il doit toujours exister un certain schéma pour l'organisation des lignes d'àvàtit-postes, mais on a souvent le droit de s'ecartèr des règles dans les détails et dans un das donné.
Chacun de ses différents systèmes a ses avantages et ses inconvénients. Il est possible avec chacun d'eux d'économiser ou de gaspiller ses hommes. Celui qui se fie trop à l'impénétrabilité de sa chaîne fixe d 'avant-postes se trompera toujours, et il vaut beaucoup mieux ne considérer la chaîne de sentinelles que comme iiti point d'appui pour les patrouilles et chercher principalement h sécurité dans l'activité de ces patrouilles.
Lorsque le corps A (fig. 74) est peu considérable et trèsconcentré, sôit ku bivouac, soit dans des cantonnements restreints, lorsque, par suite, il n'est pas nécessaire que la ligne d'avant-postes soit très-éloignéé et fasse une longue résistance pour dotmer au corps A le temps de recevoir rennétni, ou d'éviter son attaque en prenant de l'avance sur lui, les grand'gardes, les sentitielles et les patrouilles forment Un système complet d'avant-postes. Mais si le corps A est plus considérable ou moins concentré, il faut introduire d'autres éléments pour compléter ce système. Ces éléments sont les piquets. Le piquet est une troupe qui reste parfois dans le camp A, mais qui doit toujours être prête à marcher
de manière à pouvoir se porter en quelques minutes au secours de la- ligne des grand'gardes. On ne peut donc laisser les piquets dans le camp que lorsque la ligne des grand'gardes en est elle-même très-rapprochée, au plus à 1,000 pas. Si cette distance est plus grande, le piquet est placé à à peu près à moitié chemin du camp A aux grand'garcles,ou même plus près de ces dernières, en m. Si enfin le front «4 delà lignede sentinelles est très-éten du, ainsi que le front crfde la ligne des grand'gardes, on place plusieurs piquets w,«,o, derrière les grand'gardes, afin qu'elles aient toutes un sontien à une distance convenable. Les piquets sont donc les réserves des grand'gardes et, comme elles, il faut qu'ils soient en quelques minutes prêts à marcher et à combattre.
Toutes les armées possèdent des règlements spéciaux sur le service des avant-postes. Un commandant des avant-postes est chargé de la direction et de la surveillance de ce service. Lorsqu'on ne place qu'une grand'garde, le commandant de cette garde commande en même temps les avant-postes. Lorsqu'il y a plusieurs grand' gardes, le commandant des avant-postes est un officier d'un grade d'autant plus élevé que le corps d'avant-postes est plus considérable. Dans ce cas, le commandant des avant-postes n'est pas relevé tous les jours. C'est lui qui donne les ordres et reçoit les nouvelles; sa place est avec le piquet, ou avec l'un des piquets, généralement celui du centre ; mais on s'écarte parfois de celte règle quand, par exemple, une des ailes de la ligne d'avantpostes est particulièrement importante ou menacée.
Les grand'gardes et les piquets sont relevés toutes les vingt-quatre heures, soit directement par le corps qu'ils couvrent, soit par le gros d'un corps spécial d'avant-postes, placé comme intermédiaire entre la ligne d'avant-postes le corps principal. Le corps d'avant-postes doit être a fort pour relever trois fois toute la ligne d'avant-postes, qui veut dire qu'il doit exister entre le corps d'avant-pos et la ligne d'avant-postes à peu près la même proporà qu'entre l'avant-garde et l'extrême avant-garde.
Lorsqu'on reste plusieurs jours dans la même posîtio
les avant-postes sont relevés au point du jour. En voici la raison : c'est généralement au point du jour que les avantpostes sont attaqués ; Tennemî profite de la nuit pour rassembler ses troupes d'attaque dans le voisinage de notre ligne, afin de nous attaquer dès que le jour lui permettra de se reconnaître et de diriger ses forces. Or, si cette surprise a lieu justement pendant que nous relevons nos avant-postes, nous avons alors l'avantage d'être une fois plus forts que d'habitude, et la moitié de nos forces sont des troupes fraîches.
Voici une précaution essentielle lorsqu'on relève les avantpostes : aussitôt que ta garde montante arrive, de fortes patrouilles de cette garde, conduites par des officiers et des sous-officiers de la garde descendante, s'avancent très-près de la ligne d'avant-postes ennemis et cherchent même à y pénétrer; ou bien, si l'ennemi est trop loin, elles s'avancent jusqu'à une demi-heure ou une heure de marche, et la garde descendante ne retourne au camp que lorsque ces patrouilles sont rentrées en annonçant qu'elles n'ont rien vu d'extraordinaire.
Lorsqu'une ligne d'avant-postes reste longtemps près de l'ennemi, elle s'expose au danger que celui-ci finisse par connaître sa position et ses habitudes, soit par ses reconnaissances, soit par des espions, des habitants, des prisonniers ou des déserteurs, et qu'il ne base là-dessus ses entreprises. II n'y a qu'un moyen d'éviter ce danger, c'est de modifier de temps en temps la disposition des avant-postes et la manière dont ils font leur service. Le commandant des avantpostes peut beaucoup à ce sujet par l'organisation générale du service d'avant-postes, et chaque commandant de grand'garde y contribue de son côté par la manière dont il dispose les lignes de vedettes, dont il règle la marche de ses patrouilles, dont il place ses grand'gardes et ses petits postes.
11 est difficile de disposer du premier coup une ligne d'avant-postes sans qu'il y existe des fautes ou des points faibles. Lorsqu'on reconnaît ces côtés faibles et qu'on prend des mesures pour les faire disparaître, cela suffit déjà pour
donner à tout le service de la vie et de la variété. On y arrive encore en introduisant dans la ligne d'avant-postes des éléments extraordinaires. Tels sont les postes d'observation composés de quelques hommes, sous les ordres d'ua sousofQcier et même d'un offîcier, et placés sur des tours, des moulins à vent, des points élevés d'où l'on a une vue trèsétendue. On choisit de préférence les hommes qui ont une vue perçante ou, ce qui vaut mieux, on leur donne des lunettes d'approche. Ces postes d'observation ont toujours sous la main quelques cavaliers pour aller avertir rapidement de ce qu'on aperçoit au loin. Ces postes ne peuvent exister que pendant le jour ; on y supplée la« nuit, autant que Ton peut, au moyen de patrouilles fixes. Ce sont des postes de 4 à 6 hommes, que l'on détache en avant de la ligne d'avantpostes, sur des points tels que bois, fermes, etc, qu'il y aurait inconvénient à comprendre sur la ligne 4'avant-postes, mais qui masquent en partie la vue et pourraient permettre à l'ennemi de réunir des troupes sans être aperçu. Ces patrouilles fixes se tiennent à couvert et font constamment fouiller les environs par un ou deux hommes. Il ne faut pas qu'elles se placent deux nuits de suite au même lieu, mais elles en changent chaque fois pour que l'ennemi ne sache pas où les trouver. Pour les mêmes raisons, il est égalem^t avantageux que les grand'gardes et les postes avancés, quand il en existe, ne conservent pas la nuit leur position habituelle, et se portent h quelques centaines de pas tantôt en avant, tantôt en arrière, tantôt à droite ou à gauche de U place qu'elles occupaient dans la journée. Les patrouilles ne doivent point partir à heure fixe ni suivre toujours le m&Oie chemin. Il faut qu'elles cherchent pendant le jour à se familiariser le mieux possible avec le terrain que traversent les routes frayées en avant des avant-postes, afin de pouvoir s'écarter de ces routes pendant la nuit.
Lorsqu'une grand'garde est placée en un point qui doit être constamment occupé, par exemple un pont ou tout autre défilé, elle ne change évidemment pas de place pendant la nuit. Dans -ce cas, le poste se fortifie au moyen de barricades
ou de retranchements, de manière à pouvoir résister jusqu'à l'arrivée des renforts. La grand'garde devra être également forte de tous les côtés afin d'être assurée qu'elle ne peut être tournée p^r Tennemi.
Des cantonnements.
Le service d'avant-postes, tel que nous venons de le détailler, ne trouve son application régulière que lorsqu'il s'agit de couvrir un corps d'une certaine importance, établi dans un camp ou un bivouac. Le front des avant-postes ne doit jamais être assez étendu pour qu'il soit nécessaire de placer trop de monde aux avant-postes. C'est le cas qui peut se présenter lorsqu'une armée, ou seulement un corps trèsnombreux, sont placés dans des cantonnements où il est nécessaire de se garder.
Dans le système des cantonnements, chaque corps de troupes est logé dans des villes ou des villages qui sont plus ou moins éloignés les uns des autres. Chacun de ces lieux habités, à l'exception des grandes villes, ne peut recevoir qu'un petit nombre de troupes. On peut représenter par une figure géométrique le contour de l'ensemble de ces lieux habités, et l'espace que renferme cette figure est le territoire de cantonnements.
Plus ce territoire est restreint, plus il est facile de le garder. Il faut donc chercher à le réduire autant qu'on peut, et l'on y arrive d'autant plus facilement que le pays est plus peuplé, qu'il contiejit par conséquent plus de feux par myrîamètre carré, qu'il renferme plus de villes, et enfin qu'on peut mieux se passer des ressources fournies par la population. Lorsque les troupes icantonnées sont nourries par Jes habitants, il est impossible de les agglomérer autant que lorsqu'elles reçoivent leurs vivres des magasins. Mais dans ce cas même, Tagglomération des troupes est limitée, c^r si l'on prenait trop de maisons pour y loger les troupe^, les habitants seraient chargés outre mesure, Il ne fout donc pas
que chaque habitant loge plus d*uD soldat lorsque les cantonnements doivent durer pendant quelque temps.
A égalité de surface, un territoire de cantonnements est d'autant plus facile à garder que le contour à couvrir est moins étendu. Le carré est ici préférable au rectangle allongé, parce que le front à couvrir étant moins grand exige moins de troupes, et en second lieu parce que la diagonale du carré est moins longue que celle du rectangle, de sorte que les ordres, ainsi que les troupes, ont moins de chemin à faire pour aller du centre aux extrémités. Les troupes peuvent être réunies plus facilement pour combattre sur un point quelconque du carré que du rectangle, et la ligne d'avant-postes n'a pas besoin de contenir l'ennemi aussi longtemps dans le premier cas que dans le second.
Pour assurer le rassemblement des troupes en temps opportun hors de leurs cantonnements, on leur indique un point commun de rendez-vous, et l'on installe convenablement le service des ordres et des nouvelles entre le quartier général et les avant-postes, ainsi qu'entre les divers quartiers de cantonnements. Il faut en outre diviser convenablement le territoire de cantonnements.
Pour organiser convenablement les cantonnements, on assigne à chaque corps d'armée, à chaque division, en un mot à chaque fraction importante de l'armée, un emplacement •particulier, puis on répartit sur cet emplacement chaque corps de troupes du corps d'armée ou de la division, d'après les mêmes principes qui ont servi à répartir les corps d'armée on divisions sur le territoire total de cantonnements. Lorsque cela est fait, on dît que l'armée est cantonnée suivant l'ordre de bataille. Lorsqu'il faut ensuite réunir les troupes, chaque corps ou division d'armée commence par se réunir, et lorsqu'il forme une masse indépendante et prête à combattre, qui peut rencontrer l'ennemi sans danger, ce corps d'armée se réunit aux autres corps. On indique d'avance par quels chemins se fera cette dernière réunion afin d'éviter les rencontres de colonnes et les retards.
C'est de la position du point de rassemblement dans un
territoire de cantonnements que dépendent la marche que les troupes auront à faire et le temps qu'elles mettront pour y arriver. Lorsque nous voudrons nous réunir après un repos, sans y être forcés par Tennemi, le point de réunion pourra être choisi d'après les conditions stratégiques de chaque cas particulier. Il n'est pas besoin alors d'un point de réunion indiqué d'avance, d'une place d'alarme de l'armée. Mais cette place d'alarme est nécessaire lorsque l'ennemi menace d'attaquer nos cantonnements. Dans ce cas, chaque corps doit savoir ce qu'il a à faire, de quel côté il peut espérer un prompt secours, oh il doit se diriger, où il doit tenir ; sans cela on s'exposerait au plus grand désordre. Comme nous commencerons toujours, en pareille circonstance, par nous tenir sur la défensive, nous indiquerons une place générale d'alarme. Il faut que chaque fraction de l'armée puisse s'y rendre sans courir le danger de rencontrer l'ennemi avant d'y arriver ; il faut en outre que ce soit une position qui puisse être défendue pendant un certain temps par les premières troupes qui s'y trouveront rassemblées.
Ce point de rassemblement (place d'alarme) peut être en dehors ou à l'intérieur du territoire de cantonnements. Dans le premier cas, il sera soit devant le front, c'est-à-dire dans la direction d'oîi l'on attend l'ennemi, soit sur l'un des flancs ou derrière les cantonnements. Lorsque la place d'alarme est devant le front, l'ennemi a le plus de chances possible d'y arriver avant nous et pourra gêner notre concentration. Il peut se faire dans ce cas que nous gênions nous-mêmes la concentration de l'ennemi, qui s'avance sur phisieurs colonnes, mais nous devons laisser de côté cette possibilité avantageuse puisque, d'après notre hypothèse, tous nos efforts sontd'abord employés à réunir nos forces. Lorsque le point de rassemblement est sur l'un des flancs du territoire de cantonnements, il peut encore être du côté où l'attaque de l'ennemi est le plus probable ou du côté opposé. Dans les deux cas, certaines fractions de notre armée auront à faire une marche de flanc pour arriver à la place d'alarme ; mais dans le premier cas, il est vraisemblable que l'ennemi dérangera cette marche
de flanc et nous forcera de combattre avant d'atteindre le poiqt de rassemblement, tandis que dans le second cas cette probabilité diminue en notre faveur. Les conditions défavorables de la marche de flanc durent moins longtemps dans le second cas que dans le premier ; le second ca^ est donc beaucoup plus avantageux.
Si la place d'alarme est en arrière des cantoi^nements, il est probable que toutes les troupes y arriveront sans rencontrer Tennemi. Mais une condition défavorable, c'est que les troupes qui occupent le front du territoire de cantonnements, et qui seront attaquées les premières, auront le plu§ de chemin à faire pour atteindre le lieu de rassemblement, de sorte qu'il peut arriver qu elles soient forcées d'abandonner à l'ennemi les parcs çt les bagages, si elles sont vigoureusement pressées. Par conséquent, si les circonstances nous obligent à choisir la place d'alarme en arrière des cantpnneipents, il faudra prendre des mesures particulières pour mettre promptement en sûreté les magasins, les parcs et les bagages. Dans ce cas les chemins de fer pourront rendre de grands services.
Lorsqu'on choisit le point de rassen^lement dans l'intérieur du territoire de cantonnements, on diminue les distances que les troupes les plus éloignées avaient toiit à l'heure à parcourir, ce qui est un avantage considérable» Le point de réunion peut du reste être choisi près du front, de l'un des flancs ou des derrières des cantonnements. Mais il est, ds^as ce cas, un point à considérer d'une manière particulière, c'est le centre même des cantonnements. Si l'on choisit ce poiat pour place d'alarme, les distances extrêmes sont diniinuées le plus possible. A part cet avantage qui subsiste toujours, les autres avantages et les inconvénients de cette position se compensent.
II en résulte que Ton doit placer de préférence la place d'alarme au centre des cantonnements toutes les £ois qu'on n'a pas de raisons particulières pour faire autrement. Mais ces raisons peuvent exister. Nous pourrons, par exemple, nous rassembler sur l'un des flancs de nos cantonnements, 1
dans l'intention de faire faire à Tennemi une attaque inutile, pendant que nous nous mettrons en mesure de tomber sur ses flancs ou ses derrières, sans conq)romettre cependant notre propre sûreté ; mais il faut pour cela que nous sachions d'une manière presque certaine quelle sera la conduite de l'ennemi dans ce cas particulier.
Un point de concentration est favorable sous le rapport administratif, soit quand il s'y trouve des magasins, soit quand ces magasins peuvent y être transportés facilement. En effet, lorsqu'une attaque soudaine de l'ennemi nous force à nous eoncentrer, le système des approvisionnements est toujours plus ou moins troublé et sa marche interrompue ; les troupes occupées à se concentrer ont mieux à faire que de compléter leurs approvisionnements, et c'est pour cela qu'il est avanta^geux de trouver au moins les choses indispensables en arrivant au lieu de rassemblement.
Une bonne position défensive offre un point de rassemblement satisfaisant au point de vue tactique ; il est encore meilleur lorsque cette position possède une grande force de résistance. En effet, lorsque des troupes peu nombreuses pelivent tenir pendant un certain temps au point de rassemblement, cela rendra la concentration facile, même dans des eirconstances générales très-défavorables. Il résulte de là que quelle que poit la situation du point de rassemblement par rapport au territoire de cantonnements, il est toujours trèsr avantageux de pouvoir le mettre dans une place forte, en<^ tourée d'un camp retranché, et qui renferme en même temps des mtagasins importants.
Les ordres du quartier général aux différents corps et les rapports de ces corps au quartier général sont transmis en partie par des aides de camp et des ordonnances à cheval, en partie par le télégraphe. L'expérience a suffisamment prouvé qu'il faut user avec discrétion de ce dernier moyen, ce qui ne veut pas dire qu'il ne soit pas bon et qu'il faille renoncer à l'employer. Mais il est de règle de se servir simultanément d'ordonnances à cheval et du télégraphe, parce que les premiers seront utiles dans beaucoup de cas où le télé-
graphe cesse de fonctionner, soit parce que les fils sont coupés par des partis ennemis ou par les habitants, soit parce qu'une station télégraphique aura été enlevée. D faut installer un système convenable de relais pour le service d'ordonnances entre les divers cantonnements, et entre ceux-ci et les avantpostes, en ayant égard aux circonstances particulières où l'on se trouve. — Pendant la campagne d'hiver de 1864, les communications furent très-défectueuses entre les corps alliés, prussiens et autrichiens, parce qu'on ne voulut expédier les ordres et les nouvelles que par des cavaliers, qui ne pouvaient pas marcher sur la glace. Il eût été cependant facile d'y remédier en remplaçant les cavaliers par les traîneaux légers du pays. — Ce qui se passa dans les journées qui précédèrent immédiatement la bataille de Kœniggraetz prouve combien peu l'on doit compter sur les services instantanés du télégraphe de campagne. En effet, les armées prussiennes restèrent presque immobiles dans leurs positions du 30 juin au !•' juillet, et cependant on n'avait pas encore établi le 3 juillet de communications télégraphiques entre les armées du prince royal et du prince Frédéric-Charles.
La situation du quartier général est très-importante pour la transmission des ordres et des nouvelles. S'il ne s'agissait que de faire arriver le plus vite possible les ordres du quartier général aux différents commandants de corps, la situation la plus convenable du quartier général serait au centre du territoire de cantonnements, c'est-à-dire au point oii la place d'alarme est généralement le mieux placée. Comme il doit y avoir toujours un corps spécialement chargé de garder la position défensive choisie pour place d'alarme, ce corps, placé tout près de cette position de rassemblement, se trouverait alors à la disposition immédiate du commandant en chef, qui s'en servirait, le cas échéant, de la manière la plus avantageuse. Mais pour qu'il puisse donner convenablement ses ordres, il faut avant tout que le général en chef soit informé rapidement de ce qui se passe en avant de son front et, pour cela, il faut qu'il communique facilement avec les détachements chargés d'observer l'ennemi et de veiller à la
sécurité des cantonnements. Cette communication du quartier général avec les avant-postes est même plus importante que celle avec les divers cantonnements. Le grand quartier général semble donc mieux placé sur le front du territoire de cantonnements, au centre de ce front, ou sur le côté le plus exposé à l'attaque principale de l'ennemi, quand on s'attend à des entreprises particulières de l'ennemi. Le général en chef ne doit jamais établir son quartier général sur la ligne même des avant-postes. En effet, il serait alors aune distance considérable de certains points du territoire de cantonnements; mais, ce qui aurait encore plus d'inconvénients, c'est qu'en mettant son quartier général avec l'un des corps de sûreté avancés, le général en chef s'exposerait au danger de juger faussement la situation générale, et de donner à des événements secondaires une importance mensongère, s'ils se passent sous ses yeux.
Si l'on pouvait avoir dans le télégraphe une confiance absolue, le quartier général devrait toujours être placé au centre des cantonnements, même alors que ce centre se trouverait à plusieurs jours de marche du front des cantonnements et des avant-postes. Mais c'est justement quand le danger est proche et menace les troupes de sûreté que le général en chef a le plus grand besoin de recevoir continueUement des nouvelles de ce qui se passe aux avant-postes ; or, c'est à ce monaent-là que les lignes télégraphiques cessent de fonctionner, parce que la chaîne jusqu'alors fixe des avant-postes se met en mouvement pour se replier, les stations télégraphiques sont évacuées et les lignes interrompues. Il ne faut plus alors compter que sur des ordonnances à cheval, parce qu'il est essentiel que les nouvelles et les ordres arrivent dans un intervalle de temps que l'on puisse calculer. La sûreté des communications est la première condition, ce n'est que lorsqu'elle est assurée que l'on doit songer à leur donner toute la rapidité possible. Puisqu'il arrive un moment, comine nous venons de le voir, où le général en chef ne peut plus communiquer avec les avant-postes que par la voie toujours lente d'ordonnances, il est très-important de diminuer
autant qu'on peut réloîgnement entre les avant-postës et le quartier général. Ce sont toutes ces considérations réunies qui indiquent que le quartier général doit être sur la ligne de front du territoire de cantonnements.
Sûreté des cantonnements.
BÙBBTÉ DK CHlQUlt QUARTIER.
Pour préserver les cantonnements d'une surprise^ etdoDner aui troupes le temps de se réunir ayant de rencontrei l'ennemi en forces égales ou supérieures, il faut organiser deux sortes de services de sûreté : le premier pour chap^ quartier, le second pour l'ensemble des cantonnements.
Voyons d'abord le service de sûreté de chaque quartier : la figure abcd {fig. 75, planche XIII), représente un territoire de cantonnements dont e est le centre ; œ p y ^j ^*^'j sont les localités occupées par les troupes. 8i l'on considère a b comme le front le plus exposé aux attaques de l'ennetni, les quartiers les plus rapprochés de ce fronts tels que a et ^\ seront alors plus menacés que ceux situés plus en arrière, tels que t tw et en général les quartiers situés à l'intérieuî du territoire sont moins exposés que ceux qui touchent les limites. La sécurité des quartiers rapprochés du front a 6 augmente beaucoup si une ligne de corps détachés, /, y, k en avant des cantonnements, est chargée de les garder, mâs cette sécurité n'est jamais complète. En effets si de gros corps ennemis ne peuvent pas traverser cette chaîne de sûreté, pour se jeter par surprise sur les cantonnements les plBS avancés, cela sera toujours possible à de petits corps de partisans qui suffiront pour causer des alarmes, et inquiéter toutes les troupes cantonnées.
De là, résulte la nécessité d'assurer spécialement là sécurité de chacun des quartiers, en prenant des mesures qui varieront en raison de la situation de ces quartiers. Ces mesures particulières de sûreté seront encore différentes, selon
que Je territoire de cantonnements se trouvera en pays ami ou en pays ennemi.
Si chaque quartier est en pays ami, et à l'abri d'un coup de main de partisans ennemis^ le service de sûreté se réduit à un simple service de police ; une garde principale, établie dans la localité même, fournit les postes nécessaires pour garder le matériel, les écuries ou d'autres points analogues, ainsi que les portés dans une ville fermée. Les soldats sont réunis dans de grands bâtiments ou logés isolément chez rhëibitânt, et ils se rassemblent pour les appels pi*escrits par les règlements.
Si au donti'aire un lieu de cantonnements est situé de manière que les partis ennemis puissent y pénétrer avec une facilité relative, il iaùt prendre des mesures plus étendues. On cherche avant tout à entourer d'une enceinte fermée, le lieu de cantonnements. Si c'est une ville qui possède encore de vieux murs, là chose ne soufifre aucune difficulté ; si ces murs sont ruinés sur quelques points, on ferme les brèches au moyen de palissades ou de barricades, de manière à ne laisset d'entrée qu'aux portes ^ A ces portes, on installe des gardes qui fournissent chacune quelques postes sur l'enceinte de la ville. Une garde principale, à l'intérieur de la ville, fournit les postes de police, les patrouilles et les rondes, et sert en même temps de réserve générale* Les voitures et le matériel qui accompagnent les troupes sont dans l'intérieur de l'enceinte et sur des points où il existe un espace suffisant pour les attelei* facilementj et d'où l'on puisse les diriger où l'oti veut. On indique h chaque fraction de troupes, à l'intérieur ou sur l'eticeiiite de la ville, une place d'alarme où elle se rend en cas d'alerte et où l'on sera certain de la trouver. Toutes les nuits, il est bon de placer sur les principaux chelnitis, de 800 à 1^000 pas de la ville, des grand'gardes qui fournissent une chaîne dç sentinelles et envoient des patrouilles en avant et sur les côtés, ces dernières pour établir les communications entre les grand'gardes voisines. On décide, dans chaque cas particulier, s'il est nécessaire de conserver ces grand'gardes pendant le jour. Lorsqu'il existe
dans la ville un point élevé, tel qu'un clocher, d'où la vue est très-étendue, on y place un poste d'observation de quelques hommes, qui peut remplacer parfaitement les grand'gardes pendant le jour. Cependant les portes de la ville doivent rester fermées et les ponts levés, s'il en existe sur les
fossés.
Lorsque la ville n'est pas éclairée au gaz, on ordonne aux
habitants de mettre de la lumière à leurs fenêtres en cas d'alarme de nuit, que cette alarme soit causée du reste par une attaque de l'ennemi ou par un incendie. 11 est nécessaire de prescrire des mesures spéciales en cas d'incendie. Ed pays ami, on se sert des compagnies de pompiers, s'il en existe sinon, on peut en organiser dans la population delà ville mais ils sont toujours placés sous les ordres de Tofficier qui commande la place. En pays ennemi, et surtout lorsqu'on ne peut passe fier complètement aux habitants, ihaul mieux faire faire le service de pompiers par les soldats. En conséquence, une partie de la troupe est toujours commandée pour les incendies, et ce service dure deux ou trois jours et même davantage. On fractionne ce détachement en plusieurs parties. Tune chargée du service des pompes, une autre des appareils de sauvetage, une troisième de couper les poutres, démolir les maisons, etc. Les hommes marchent sans armes ni sacs, en cas d'incendie. Les chevaux nécessaires pour atteler les pompes et les tonneaux à eau, sont fournis par les habitants. Il y a toujours un certain nombre de chevaux harnachés pour ce service, et les conducteuK passent la nuit auprès d'eux. Les hommes armés, nécessaires pour cerner le point oîi a éclaté l'incendie, sont founus par la garde principale, qui reçoit toutes les nuits un piquet de renfort. Cette garde envoie en outre des postes de îotcfe suffisante sur tous les points où il se trouve du matériel appartenant aux troupes.
En pays ennemi, on défend à tous les habitants de sortir de leurs maisons en cas d'alarme. En effet, il pourrait * faire qu'une attaque extérieure de l'ennemi fût combinée avec les habitants qui lui prêteraient leur concours, et sans
parler de ce danger, il est bon que les troupes qui se rendent en toute hâte au rendez- vous qui leur est assigné trouvent toujours les rues libres. A ce dernier point de vue, il serait également prudent en pays ami de défendre aux habitants de sortir en cas d'alarme. Lorsqu'une partie des habitants est organisée en compagnies de pompiers, cette défense ne leur est naturellement pas applicable pour une alarme occasionnée par le feu ; mais il est nécessaire que ces pompiers se fassent reconnaître par un signe apparent, et il faut en outre que l'on ait deux signaux d'alarme différents, l'un pour le feu, l'autre pour le cas où toutes les troupes sont appelées à se réunir.
Lorsqu'on a des raisons de se défier des habitants, chez lesquels on loge cependant les soldats pour les faire vivre plus facilement, on fait coucher les troupes par détachements assez forts dans des maisons d'alarme. Ce sont des édifices publics situés le plus près possible de la place d'alarme des troupes qu'on y loge, qui commandent certaines parties de la ville, et qui ne puissent pas être cernés subitement ni coupés de toute communication avec les parties voisines de la ville. Dans ces maisons d'alarme, les hommes couchent tout habillés sur de la paille ou des matelas, et chaque homme a près de lui son sac et ses armes. Les portes des maisons d'alarme sont fermées et, s'il le faut, barricadées, à l'exception d'une seule à laquelle est placé un poste. Lorsqu'une de ces maisons est séparée de la maison d'alarme voisine par une rivière sur laquelle il existe un pont, on place également un poste sur ce pont pour assurer les communications.
Comme une des raisons principales qui font réunir les troupes pendant la nuit dans des maisons d'alarme est de se prémunir contre un soulèvement des habitants, ces maisons seront choisies de préférence sur l'enceinte extérieure de la ?ille, afin de mieux séparer les soldats des habitants pour narclier contre ces derniers avec plus de force et d'enjerable, et, en outre, pour pouvoir sortir de la ville en cas de lécessité. Mais, pour la même raison, on occupe aussi un ou
plusieurs points à l'intérieur de la \ille ; on y place une garde principale que Ton met en communication a^ec la maison d'alarme où est logé le piquet. Ce point occupé par nos troupes interrompt les communications à l'ennemi à l'intérieur de la ville, et il donne en même teïnps un but matériel aux troupes réunies sur l'enceinte extérieure, qui dirigeront leurs efforts sur ce point pour dégager leurs camarades. Les positions que Ton occupe ainsi à l'intérieur de la ville devront ^tre garanties le mieux possible contre une surprise, et entourées, si l'on peut, d'un espace vide sur lequel rien ne saurait s'avancer sans être aperçu.
Lorsqu'on est en droit de se fier aux habitants du lieu de cantonnements, on peut encore rassembler les troupes pendant la nuit dans des maisons d'alarme. Cette mesure est prise uniquement contre l'ennemi du dehors, et Ton y a recours lorsqu'on est très-rapproché des positions de l'ennenii et lorsque la localité n'a pas un contour considérable. Il fout encore veiller généralement à ce que les hommes soient tenus le plus concentrés possible dans chaque cantonnement. '
Lorsqu'on a ainsi pris ses mesures, soit pour éteindre promptement un incendie, soit pour comprimer une révolte des habitants, soit pour repousser une attaque de rennemi du dehors, soit enfin pour se soustraire ^ ces deux derniers dangers, on prend en outre des dispositions préventives contre les incendies et le soulèvement des habitants. Donner des ordres sévères et précis pour les incendies, défendre les rassemblements en plein air ou dans les mai- 1 sons, désarmer les habitants, telles sont les principales mesures préventives qu'il faut allier avec une conduite affable et le ferme maintien de la discipline. Ces dispositions sont l'objet d'une surveillance de tous les instants. Les troupes ont elles-mêmes la police, et des patrouilles circulent continuellement, et surtout la nuit, pour assurer l'exécution des ordres et étouffer en germe toute tentative de s'y scuastraimi de la part des habitants. l
Plus un quartier de cantonnements est vaste, plus il re^
çoit de troupes et plus on a, par conséquent, de moyens de faire obs^^er toutes ces règles, à Tintérieur comme l'extérieur. Il est toujours avantageux d'avoir des quartiers peu nombreux et considérables. Mais ce cas est fort rare, et Ton est obligé de loger des troupes dans les petites villes, les bourgs et les villages. Ces localités manquent généralement d'une enceinte, formée par des remparts, des murs ou d'autres clôtures ; par suite, on peut rarement s'y renfermer pour se défendre contre une attaque subite ou résister jus. qu'à ce que les troupes soient rassemblées et puissent chercher à se faire jour à travers l'ennemi. 11 faut donc plutôt éviter Tattaque en se retirant, d'autant plus que les troupes qui occupent une petite localité sont habituellement peu nombreuses. On place le plus loin possible dans la direction de l'ennemi une grand'garde, qui supplée par des patrouilles au nombre insuffisant de ses vedettes, afin d'annoncer le plus tôt possible l'approche de l'ennemi. On ne néglige pas pour cela d'utiliser leè ressources qu'offre la localité pour empêcher l'ennemi d'y pénétrer à Timproviste, et l'on peut, dans la plupart des cas, barricader les entrées principales et les ponts établis sur le cours d'eau qui traverse la ville ou le village. Si le cantonnement est occupé par de l'infanterie, il faut toujours qu'elle se rassemble avant de sortir du lieu habité. Sa place d'alarme est à l'intérieur du village et on la réunit pour la nuit dans des maisons d'alarme. La chose est toujours facile, parce qu'on peut réunir un assez gcand nombre de fantassins sur un espace restreint ; mais il n'en est pas ainsi pour la cavalerie.
La cavalerie ne peut pas agir convenablement dans un lieu habité, et il faut donc l'amener le plus vite possible en rase campagne.
Pour cette raison, il y a des mesures particulières à prendre dans les cantonnements affectés à la cavalerie. On réunit, par exemple, le plus de chevaux possible dans de vastes écuries ou des granges, et les cavaliers restent avec leurs chevaux. Les voisins du paysan, chez lequel est ainsi logée une troupe de cavalerie, contribuent à la nourrir. Chaque écurie
a une garde particulière. On prend les mesures nécessaires pour que la ferme ne soit pas exposée à être surprise, et on tient les portes fermées. En cas d'alerte, tous les cavaliers sellent et brident, montent à cheval, et se forment derrière l'issue par laquelle ils sortiront sur le plus grand front possible. Les armes sont alors préparées, on ouvre la porte, et les cavaliers gagnent la place d'alarme par le chemin le plus court. Cette place est toujours choisie en dehors du village.
Dans tous les petits cantonnements, il est avantageux que les grand'gardes détachées du côté de l'ennemi ne soient pas forcées, dès qu'elles sont attaquées, de se retirer sur le cantonnement par le chemin le plus court, et qu'elles puissent au* contraire prendre une direction latérale, de préférence à travers un terrain couvert et favorable à la résistance.
Il résulte, du reste, de tout ce que nous avons dit précédemment que l'on fait bien d'éviter les cantonnements pen étenflus et ouverts, quand leur position ne les garantit pas sûrement d'une surprise de l'ennemi. Cela ne s'applique éridemment pas aux postes situés en dehors du territoire des cantonnements, lesquels rentrent dansla catégorie des grand'gardes, ou des grosses patrouilles fixes dont nous allons parler.
SERVICE DE SURBTfi DU TERRITOIRE DE CAl^rOimElIEKTS.
Nous avons déjà dit qu'outre les dispositions que loo prend pour la sûreté de chaque cantonnement, il en e^ d'autres plus générales qui sont nécessaires à la sécurité dft l'ensemble des cantonnements. Si l'ennemi parvenait à pi* nétrer en forces sur le territoire de cantonnements, on poiBraît encore réunir les troupes qui s'y trouvent répartie; mais ce rassemblement ne se ferait nécessairement qu ei tumulte et au prix de pertes sérieuses, et le général en àd n'aurait plus de liberté d'action pour prendre un parti. I faut donc avant tout empêcher l'ennemi d'arriver en massi dans les cantonnements sans avoir été signalé à temps.
Pour cela, on détache en avant des cantonnements, du côté de l'ennemi, des corps de sûreté f^g^h (fig> 75). Ces corps forment d'abord une ligne d'avant-postes qui ne laisseront pas passer l'ennemi sans le signaler, et en second lieu, ils opposeront à l'ennemi une résistance suffisante pour donner aux troupes cantonnées le temps de se réunir et de se former.
Il résulte de là que ces corps de sûreté devront être détachés à de grandes distances lorsque le territoire de cantonnements sera très-étendu. Supposons, par exemple, qu'une armée de 100,000 hommes soit cantonnée sur un territoire de 25 myriamètres carrés, ayant 5 myriamètres de front sur 5 de profondeur ; les troupes les plus éloignées du point de rassemblement en seront à 3 myriamètres, dans les circonstances les plus favorables. Il faut donc gagner au moins vingt-quatre heures à partir du moment oti- l'ennemi se montre aux avant-postes, sans parler du temps perdu à signaler sa présence au quartier général et à transmettre les ordres du quartier général aux cantonnements. En conséquence, les avant-postes devront retenir assez longtemps . l'ennemi pour qu'il mette plus de vingt-quatre heures à aller de g en a. Nous reviendrons sur la question de l'éloignement des corps de sûreté. Dans le cas qui nous occupe, il faut généralement que les avant-postes soient à environ une journée de marche en avant de ah.
On voit d'après cela que le gros de l'armée ne saurait relever tous les jours les corps /,y,A, qui ne peuvent donc pas constituer une simple ligne de grand'gardes. S'il était nécessaire . d'établir une semblable ligne de grand'gardes sur la ligne klm^ il faudrait l'organiser de telle sorte que les grand'gardes fournies par le corps f occupassent la ligne kn^ celles de g la ligne wo, et enfin celles de h la ligne om^ et les grand'gardes de chacune de ces parties du front seraient relevées toutes ies vingt-quatre heures par le corps /, ^ ou A qui les a fournies. Par conséquent, les corps f^gji devront être assez forts pour pouvoir relever trois fois leurs grand'gardes, et les lignes kn^ no et om, que couvrent ces
cx)rps de sûreté, auront une bngueur assez réduite pour que les grand'gardes puissent y être relevées tous les jours sans des fatigues exagérées, pas plus de 15 kilomètres, par exemple, si le poste principal est derrière le centre de la ligne qu'il couvre. En partageant donc en fractions de iS kilomètres la longueur de la ligne d'avant-postes Am, on aura le nombre de corps détachés f^g^h^ qu'il faudra placer. Dans notre hypothèse, ab ayant 50 kilomètres de long, il faudra que km en ait 100 pour couvrir convenablement les flancs, et nous aurons alors besoin de 7 corps détachés.
Pour occuper une longueur de 15 kilomètres d'après le système habituel des grand'gardes, en y comprenant les soutiens, il faut environ 2,400 hommes. Un corps de sûreté/ qui occupe 15 kilomètres avec des grand'gardes qu'il relève tous les jours, doit avoir trois fois cette force, c'est-à-dire 7,200 hommes, et sur notre ligne de 100 kilomètres nous aurions 7 corps semblables, ou 50,000 hommes, c'est-à-dke la moitié de l'armée qui occupe le territoire de cantonnements abcd. On voit de suite que ce chiffre de troupes de sûreté serait exagéré, et il faut chercher à économiser da monde en s'écartant sans danger du système normal.
On y parvient en étudiant de près le front km oîi doit êtte placée la ligne d'avant-postes. On distingue sur ce front des parties où une irruption de l'ennemi est vraisemblable et d'autres où elle ne l'est pas ; des points où il serait particulièrement dangereux de laisser gagner du terrain à rennemi et d'autres où ce danger serait peu important ; des espaces où l'ennemi pourrait s'avancer facilement et avec rapidité, et d'autres où il rencontrerait des obstacles sérieux. Cet ex9r men fera reconnaître dans la ligne d'avant-postes certains points principaux qui sont séparés les uns des autres par de& espaces sans importance.
On fait alors de ces points principaux les centres du s;s-| tème d'avant-postes, et l'on y concentre tous les moyens d'a< tion nécessaires pour observer l'ennemi, pour se défendre de| ses attaques, pour aller le reconnaître jusque dans ses tions, pour l'inquiéter enân quand des entreprises de cel
nature sont compatibles ayee la situation dans laquelle on est placé. Dans les espaces sans importance, on se contente au contraire de mettre les postes d'observation indispensables.
Ces observations seront d'autant plus faciles et exigeront moins de monde que Tennemi s'avancera plus lentement ou qu'il sera forcé de se porter dans une direction mieux déterminée. Supposons, par exemple, sur le chemin ab {fig. 76) planche XII, un poste c, f\m est chargé d'observer le terrain depuis d jusqu'à Cy de manière qu'un détachement ennemi de quelque importance ne puisse passer sans être aperçu. Mais le poste c est trop faible pour mettre sur le front de une ligne continue d'avant-postes, et il ne peut remplir sa mission qu'en plaçant des postes d'observation sur des points éloignés les uns des autres, et en envoyant de fréquentes patrouilles. La nuit, les postes d'observation deviennent inutiles et les patrouilles restent seules chargées du service de sûreté. ' — Un de ces postes d'observation est placé en / et il n'a rien vu de l'ennemi pendant la journée. Cependant, l'ennemi est arrivé sans être aperçu en y, à une heure de marche de /, et il veut marcher sur h où il se trouvera de nouveau hors du rayon visuel de /. L'ennemi part de g deux heures avant le jour pour exécuter son mouvement sans être vu ; s'il ne met que deux heures à aller de g en h^ f ne le verra pas, mais s'il lui faut quatre heures de marche, il n'arrivera au point du jour qu'en A, c'est-à-dire dans le cercle visuel de /.—'Il en est de même pour les patrouilles : si une patrouille est envoyée de c en  toutes les deux heures, elle aura plus ou moins de chances de rencontrer la colonne ennemie qui traverse A, selon que la marche de cette colonne sera plus ou moins rapide.
Si enfin l'ennemi ne pouvait traverser le front de que sur deux points, en c et e, parce que le terrain serait complètement impraticable partout^ailleurs, alors le poste c suffirait, malgré sa faiblesse, pour empêcher tout détachement de traverser sans être vu le front rfe, tandis qu'il ne pourrait pas en répondre si le terrain était partout praticable entre dete.
Il résulte de ces considérations que l'observation d'un
front est très-facilitée si Ton place la ligne d'avant-postes soit sur un terrain qui ne puisse être traversé qu'en un petit nombre de points, soit derrière un obstacle qui arrête longtemps le mouvement de l'ennemi.
On rencontre un obstacle de cette nature dans un cours d'eau d'une largeur considérable qu'on ne puisse franchir que sur un pont.
Supposons que la portion de rivière ah{fig.Tl^ planche XIII) remplisse ces conditions, ne possède aucun pont, et que les coteaux élevés de la rive que nous occupons nous permettent de dominer la vallée et la rive opposée à une assez grande distance. Il faudra au moins quinze heures à l'ennemi qd vient de A pour jeter un pont sur la rivière. Nous plaçons en G un poste de 100 fantassins et 36 cavaliers. L'infantem met en a, S et y des postes doubles qui, en raison des conditions du terrain, seront à iOOO ou 1200 pas les uns des autres et surveillent 3,000 à 3,600 pas de rivière ; deux autres postes d'infanterie 8 et e, et deux vedettes doubles de cavalerie ç et^ allongeront cette distance surveillée de la rivière de 4,000 à 4,800 pas : 10 fantassins et 4 cavaliers suffiront donc à garder un front de 7,000 à 8,400 pas. Si le poste G fournit chaque jour une grand'garde de 33 fantassins et 12 cavaliers, cette grand'garde fera sans trop de fatigue le service de sûreté, d'autant mieux que la nature de l'obstacle qui la couvre permet aux hommes d'avoir l'attention moins constamment tendue. La grand'garde reste dans le même cantonnement que le poste G, qui la relève ainsi tous les jours sans fatigue. Le service étant aussi facile, les hommes du poste G qui ne sont pas de grand'garde peuvent être employés à faire des patrouilles le long du cours d'eau.
Supposons maintenant une portion de rivière cd {fig, 18), de plusieurs myriamètres de longueur. Nous pourrions la faire garder par plusieurs postes a, ô, e, /, y, semblables an poste G de la figure 77 et convenablement espacés ; mais ce qui convient à un petit espace ne s'applique pas toujours à un plus grand. Sur l'étendue considérable crf, il existera sans ^ doute un pont permanent h oîi passe une route ou un chemin
de fer kl^ réunissant les deux rives. Nous pourrions bien détruire ce pont, mais nous nous priverions ainsi de la possibilité d'aller nous-même attaquer Tennemi, ou d'envoyer de son côté de fortes reconnaissances pour pénétrer ses desseins. Il vaut donc mieux le conserver.
Ce pont, que traverse une grande route sur laquelle se font toujours les grands mouvements de guerre, exerce une attraction particulière sur l'ennemi, parce que s'il réussit à s'en emparer, cela lui donnera un moyen de passage et le dispensera de jeter lui-même un pont. Il en résulte que nous devrons occuper forj,ement le pont que nous n'avons pas voulu détruire. Il est situé vraisemblablement dans une grande ville oti nous pourrons cantonner beaucoup de troupes. Cette ville est alors indiquée tout naturellement pour servir de point central de la position d'avant-postes. Il faut maintenant que le cantonnement h soit protégé contre une surprise par un système convenable d'avant-postes. Ce système d'avant-postes doit être le système normal, car nous ne pouvons plus ici nous couvrir par le fleuve, puisque nous avons un pied sur la rive ennemie et qu'aucun obstacle ne nous sépare plus de notre adversaire. Cette ligne d'avant-postes mno entourera le cantonnement h d'un demi-cercle qui s'appuiera des deux côtés à la rivière.
Le rayon de ce cercle est en partie déterminé par la force Gu cantonnement h. Plus ce cantonnement est étendu, plus il faut de temps aux troupes qui l'occupent pour prendre les armes; les avant-postes devront être en conséquence d'autant plus éloignés et le rayon du cercle mno plus grand. Mais il est encore d'autres considérations que celle-là. Si par exemple les coteaux de la rive ennemie sont élevés, il faudra que nous les occupions avec nos avant-postes pour avoir une vue étendue vers l'ennemi. L'éloignement de ces points culminants décide donc également de la longueur du rayon du cercle mno. Plus ce rayon sera petit, moins nous occuperons de terrain sur la rive ennemie : or, si nous voulons pouvoir déboucher en masse par le pont A, il faut que nous possédions un terrain assez étendu sur la rive opposée. Dans des circonstances or-
dinaires, nous pouvons donner au rayon hn une longueur de 2,000 à 3,000 pas^ et la demi-circon£érence sur laquelle sont placés nos avant-postes a de 6,000 à 9,000 pas. Pour oocuper cette ligne avec le système normal d'avant-postes, il nous faut 800 à 1200 hommes.
D'après ce qui a été dit plus haut, notre quartier h {fig, 78) est tellement éloigné du territoire de cantonnements qu'il est impossible d'en relever les troupes tous les jours ; il faut donc qu'il renferme lui-même les moyens de relever trois fois la ligne d'avant-postes et qu'il ait, par conséquent, 2,400 à 3,Ç00 hommes y compris ses avant-postes.
Le chef de cette troupe déjà importante a en outre sous ses ordres les petits postes a, hy e, /, g^ chacun de 150 ï 200 hommes, qui sont les plus rapprochés du poste principal h. Son commandement s'exerce donc sur 3,200 à 4^600 hommes. Si nous admettons maintenant que les postes a, 6, e, /, y, soient distants les uns des autres de 7 à 8,000 pas, on voit que 3,200 à 4,600 hommes peuvent garder un froul de 30 kilomètres. Pour iOO kilomètres de front, il faudra donc 11,000 à 16,000 hommes, ce qu'une armée de 100,006 hommes peut fournir sans peine pour se garder, tandis que pour le même front, nous avons trouvé que le système normal d'avant-postes exigerait 50,000 hommes.
Le système qui précède n'est autre chose que l'applicatioD, au service des avant^postes, du principe de l'économie des forces, et cette application particulière repose, comme tonjours, sur la distinction des buts de guerre : combattre, observer, attaquer, se défendre, etc., etc.
Dans une longue ligne d'avant-postes de cette espèce, nous avons toujours à distinguer plusieurs conunandants secondaires d'avant-postes. Chaque commandement secondaire embrasse une partie du front, de 20 à 3S kilomètres au plus de longueur, et comprend un poste central ou principal h et un certain nombre, 3, 4 ou 5, de postes accessoî* res û, A, c, /", g.
Une ligne d'avant^-postes qui a pour base une rivière a généralement devant elle l'obstacle que l'ennemi doit traver-
ser, et cet obstacle n'est derrière elle que sur certains points où la sûreté est en partie sacriâée au profit de l'action . On peut également prendre une chaîne de montagnes pour base d'une position d' avant-postes. Dans le cas d'une rivière, on arrête l'ennemi parce qu'il est forcé de jeter un pont ; dans le cas d'une montagne, on obtient le même avantage, parce que l'ennemi ne peut s'avancer que par un nombre limité de chemins, et que l'espace qui sépare ces chemins est complètement infranchissable avec l'aide des moyens dont on dispose généralement en campagne. Autant une montagne convient peu commeposition défensive d'une armée entière, autant elle est avantageuse comme position d'avant-postes, derrière laquelle le gros des troupes attend, sur un terrain plus uni, le débouché de l'ennemi, qui a lieu généralement sur plusieurs colonnes. L'ennemi est toujours arrêté pen-. dant un certain temps par cette position d'avant-postes, même s'il la traverse sur quelques points ; il est très-vraisemblable aussi que l'ennemi ne sera pas arrêté partout de la même manière, s'il s'avance sur plusieurs colonnes, de sorte que ces colonnes ne déboucheront pas en même temps des montagnes, et c'est justement en cela que réside le principal avantage de notre armée, attendant l'ennemi derrière la montagne, puisqu'elle peut battre isolément ces diverses colonnes, si elle ne manque pas complètement de mobilité.
En raison de la grande force défensive des postes de montagne, ils n'ont besoin le plus souvent que d'une faible garnison. Il faut même que les postes de la chaîne de sûreté, et la chaîne d'avant-postes en particulier, soient faiblement occupés, parce qu'on ne peut pas, dans les montagnes, établir de communications entre les différents postes et par suite, en défendant longtemps un poste de montagnes, on s'expose à perdre tous les hommes qui l'occupent.
Un pays de montagnes peu élevées et qu'il est possible de gravir plus ou moins facilement sur tous les points n'offre pas à une position d'avant-postes les mêmes avantages qu'une chaîne de hautes montagnes. Chaque poste y conserve tou-
jours une force locale de résistance, mais la possibilité de le tourner augmente. Pour ce motif, on ne peut pas songera défendre longtemps chaque poste et, dans leur retraite successive, les avant-postes n'ont que les avantages qu'offre hd terrain couvert, c'est que l'ennemi ne peut évaluer notre force et ne sait pas ce qu'il a devant lui.
L'organisation du système d'avant-postes dans les montagnes repose en réalité sur les mêmes principes que derrière un grand fleuve. Chaque ligne de plus de 15 à 20 kilomètres sera encore fractionnée en plusieurs commandements, comprenant chacun un poste central et plusieurs postes secondaires. L'étendue du front de chaque commandement secondaire doit être moindre dans les montagnes que derrière un fleuve, parce que les communications y sont plus difficiles. On cherche toujours à établir la ligne d'avantpostes suivant une crête de montagnes. Bien qu'aucune montagne, examinée de près, ne présente la figure d'une simple crête, on peut cependant trouver dans la plupart des montagnes une crête qui satisfasse aux conditions que Ton doit rechercher. Comme pour les cours d'eau, les postes principaux sont encore placés sur les routes les plus importantes. Ces routes, qui traversent les crêtes, remontent nécessairement une vallée du côté de l'ennemi pour en descendre ensuite une autre vers nos cantoimements. Chaque poste principal doit donc avoir un pied dans la vallée qui descend \ers l'ennemi ; mais en raison de la difficulté qu'on rencontrerait à opérer sa retraite par-dessus la montagne, il ne faut pas placer toutes les forces du poste principal dans la vallée qui descend vers l'ennemi; il vaut mieux n'y mettre qu'un détachement de 100 hommes, moitié d'infanterie, moitié de cavalerie. Cette dernière est chargée du service de patrouilles, qui est ici la partie essentielle du service de sûreté. En raison de sa position exposée, le détachement doit être regardé comme une grand'garde. L'infanterie qu'il possède a surtout pour mission de combattre l'ennemi, quand la retraite est nécessaire et de couvrir ainsi la retraite de la cavalerie.
On pourrait ensuite placer le gros du poste principal sur
la route et sur la crête même de la montagne, en arrière de ce détachement avancé qu'il recevrait lorsque celui-ci se retirerait ; mais deux raisons s'y opposent. La première, c'est qu'il serait très-difficile d'approvisionner dans cette position le gros du poste principal et qu'il souffrirait beaucoup du manque d'abri sur ce point élevé ; la seconde, c'est qu'il aurait des communications très-défectueuses avec tous les postes secondaires. Il est donc avantageux de n'avoir sur la crête de la montagne qu'un faible détachement, uniquement composé d'infanterie, qui s'y retranchera, recevra le détachement avancé qui se repliera sur lui, et pourra chercher ensuite à arrêter l'ennemi jusqu'à la tombée de la nuit, pour opérer alors sa retraite sans être trop vivement pressé. Quant au gros du poste principal, il se placerait au pied du versant de notre côté, où il peut être commodément réparti dans des cantonnements. On trouvera généralement ces cantonnements du poste principal sur le point oh la grande route, après avoir traversé la chaîne principale de montagnes, franchit des hauteurs moins élevées avant de descendre dans la plaine.
Les postes secondaires n'ont point à s'occuper d^éclairer le terrain sur le versant de la montagne qui regarde l'ennenii. Chacun d'eux est chargé de garder un passage secondaire. La force de ces postes dépendra de l'importance et de la facilité des chemins qu'ils surveillent, elle peut varier depuis 40 jusqu'à 100 hommes d'infanterie. L'emplacement des postes secondaires est ou sur la crête même, ou, pour plus de commodité des hommes, un peu au-dessous de la crête sur le versant opposé. Pour remédier au manque de communications entre les différents postes, il est bon d'adopter un système de signaux optiques. Cependant, on ne saurait leur accorder une grande confiance à cause des brouillards, si fréquents dans les montagnes. Lorsqu'il est à présumer qu'une position d'avant-postes de cette nature sera occupée pendant longtemps, c'est le cas d'avoir recours au télégraphe électrique et de compléter les lignes déjà existantes. Il y aura souvent dans certaines parties de la
montagne, ^à quelques centaines de pieds au-dessous de la crête, des chemins praticables, courant sur les pentes et parallèlement aux crêtes ; ce sont ces chemins qui conviennent le mieux pour établir une communication sûre entre les postes voisins. On place dans ce but quelques cavaliers aui points où ces chemins croisent les grandes routes qui traversent la montagne.
H faut prendre un soin tout particulier des hommes qai occupent les postes situés sur la crête ou très-peu au-dessous d'elle. Les huttes de montagne qui existent déjà offreBt souvent le moyen de préserver les troupes de l'influence dn temps, mais le bois pour la cuisine et les feux de bivonacest difficile à trouver. Des vêtements chauds peuvent remplacer les derniers, mais le feu des cuisines est indispensable. La troupe qui toccupe ces postes incommodes est relerée aussi souvent que le permettent les exigences du service.
Les points d'où l'on a, sous le rapport militaire, une vue étendue sur le pays d'alentour se rencontrent moins fréquemment dans les montagnes que dans les plaines, et il est rare qu'on puisse apercevoir d'un même point une longueur suffisante de chemins. On place des postes d^observation sur les points qui satisfont à ces conditions et qui ne sont pas toujours les plus élevés. Du reste, il faut bien se persuader que ce sont les patrouilles qui rendent le plus de services, surtout dans les montagnes.
Il nous faut encore revenir sur Tétendue que doit avoir le front d'un vaste système d'avant-postes, destiné à comrÎT tout un territoire de cantonnements, et sur son éloignement du front de ces cantonnements.
Cet éloîgnement doit être d'autant plus grand que la diagonale du territoire de cantonnements est plus longue, le front des cantonnements plus étendu, et le point de rassemblement des troupes cantonnées plus en avant, car c'est de ces conditions que dépend le temps nécessaire pour réunir les troupes. S'il faut 24 heures pour rassembler les troupes, il est nécessaire que l'ennemi ne puisse arriver au point de rassemblement que 36 heures au moins après le moment où
les avant-postes raperçoivent, car on doit tenir compte du temps que mettra la nouvelle à parvenir des avant-postes au quartier général, et de celui que le général en chef consacrera à ses réflexions avant de prendre un parti, surtout s'il veut attendre d'autres nouvelles avant d'expédier ses ordres. Il faut songer enfin que les troupes concentrées au peint de rassemblement auront besoin de prendre un peu de repos avant de marcher à Tennemi.
S'il ne s'agissait, pour l'ennemi, que d'aller directement des avant-postes au territoire de cantonnements ou au point de rassemblement, il pourrait facilement parcourir 40 kilomètres en 36 heures, et il faudrait donc que les avant-postes fussent au moins à cette distance du lieu de rassemblement. Mais l'ennemi ne marche jamais aussi vite que cela. Dès qu'il arrive en vue de nosavant-postes, il faut qu'il se mette en état de combattre. Quelle que soit la supériorité de ses forces totales sur nos avant-postes, l'ennemi n'a cependant en tête de colonne qu'une avant-garde qui peut n'être pas plus forte que nos avant-postes. Cette avant-garde doit en outre se déployer pour attaquer. Cela lui fait perdre du temps, et ce temps, nous le gagnons par la seule présence de nos avantpostes. Le combat d'avant-postes nous fait de nouveau gagner du temps, et la nature de la position qu'ils occupent a une influence sur la durée de ce combat. Si les avant-postes sont sur un grand fleuve, dont les principaux points de passage sont des ponts faciles à défendre, et que l'ennemi soit forcé de jeter lui-même un pont, cela nous fera facilement gagner un jour entier. Si enfin nos avant-postes sont obligés de se retirer, cela ne veut pas dire que leur retraite doive se faire d'une traite jusqu'aux cantonnements ou au point de rassemblement. Ce cas ne se présentera que lorsque le terrain intermédiaire n'offrira pas d'autre position où il soit possible de tenir de nouveau. S'il existe au contraire une position de cette espèce, elle nous fera gagner au moins le temps que mettra l'avant-garde ennemie à se déployer une seconde fois. Dans des circonstances ordinaires, la présence de nos avant-postes a donc pour résultat de ralentir au
moins de moitié la vitesse de la marche de Tagresseur. Il est complètement impossible de déterminer géométriquement à quelle distance les avant-postes doivent être des cantonnements et du point de rassemblement des troupes cantonnées. Le plus ordinairement, si le point de rassemblement est au centre du territoire de cantonnements, les avantpostes seront assez loin du Iront de ce territoire, lorsque leur distance de ce front égalera le quart ou le tiers de sa longueur. Plus le territoire est vaste, à égalité de population, plus l'cloignement des avant-postes peut être relativement diminué. Toute circonstance favorable au combat d'avantpostes peut encore faire diminuer quelque chose de leur éloignement du front des cantonnements.
Ce serait une grande faute de trop rapprocher la ligne d'avant- postes des cantonnements, parce que Talarme causée aux avant-postes par un parti ennemi se communiquerait aux cantonnements et y produirait du désordre ; mais réloignement trop grand des avant-postes a aussi ses inconvénients. En effet, plus cet éloignement est considérable, moins les rapports entre les avant-postes et le quartier général seront rapides et continuels, plus les avant-postes resteront livrés à eux-mêmes sans être secourus, si une attaque sérieuse de Tennemi les force de se replier. Il peut alors arriver deux choses : ou les avant-postes se retirent trop tôt, de peur d'être coupés du gros de l'armée, et de cette façon, ce grand éloignement a justement le résultat contraire de celui qu'on attendait — tenir l'ennemi éloigné ; oubien,pour éviter ce danger, on donne aux avants-postes une trtegrande force, et l'on fatigue ainsi plus de troupes qu'on ne devrait le faire.
Enfin, si nous supposons que le territoire de cantonnements de nos troupes soit concentré au point a {fig. 79), cen* tre d'une circonférence qui limite le cercle de sûreté, et que notre ligne d'avant -postes soit la corde bc de ce cercle; la longueur de cette corde restant la même, le cercle de sûreté sera d'autant plus petit et, par suite, la sûreté d'autant plus grande, que la corde sera plus rapprochée du centre a. Pte
la distance ad sera petite, moins il faudra que notre ligne d*avant-postes soit longue, et moins nous aurons besoin d'y mettre de troupes. Tous ces avantages d'un moindre éloignement des avant-postes font 'qu'on le réduit autant que les circonstances le permettent.
Nous voyons ici que l'étendue du front de la ligne d'avantpostes est indépendante de leur éloignement du territoire de cantonnements. Le front minimum de la ligne d'avantpostes ne peut être moindre que le front du territoire de cantonnements. Mais il n'est pas permis, dans la pratique, de se contenter de ce. front-là, parce qu'on ne peut jamais prévoir avec certitude que l'ennemi ne nous attaquera que de front, et s'il nous faut, par conséquent, assurer nos flancs, nous le ferons avec la moindre dépense de forces en prolongeant simplement des deux côtés la ligne d'avant-postes.
Il est cependant possible qu'on ne trouve point à cela de limites, et qu'à côté d'une grand'garde placée sur le flanc droit ou le flanc gauche on veuille toujours en ajouter une nouvelle. Parfois cette limite est tracée par de grands obstacles de terrain, qui coupent perpendiculairement la ligne d'avant-postes à une distance convenable du milieu de cette ligne. Lorsque ces obstacles n'existent pas, on doit se contenter, dans la plupart des cas, de donner au front des avantpostes une longueur double du front des cantonnements. On confie ensuite la garde du territoire, des deux côtés de la ligne d'avant-postes, à des corps de partisans, qui battent le pays tantôt en avant, tantôt sur les flancs, et peuvent être regardés comme de grosses patrouilles.
Cantonnements et service de sûreté de l'armée prussienne dans les Pays-Bas, au commencement du mois de juin
{Figure 80, planche XUl.) QUARTIERS DE CANTONNEMENT.
Au commencement de juin 1815, l'armée anglo-hollandaise de Wellington et l'armée prussienne de Blticher occu-
paient la partie méridionale des Pays-Bas. Les alliés se préparaient à recevoir l'attaque de Napoléon, et ils avaient décidé qu'ils prendraient eux-mêmes roffensive s'ils n'étaient pas attaqués avant le !•' juillet. Wellington occupait l'aile drdte et gardait les routes de Bruxelles à Ath, Mons et Nivelles. Bltîcher, à l'aile gauche, surveillait les routes de Bruxelles à Namuret à Charleroi. Bruxelles était regardé comme Tobjectif de l'offensive de Napoléon.
Dès le mois de mai, l'armée de Wellington n'étant pas prête, Blûcher avait cédé aux instances du gouvernemei\\ des Pays-Bas et s'était avancé successivement jusqu'à h Meuse et la Sambre. Mal secondé par le gouvernement to pays, Bliicher se vit ensuite obligé, pour faire vivre son armée de 110,000 hommes, de la répartir dans de vastes caiH tonnements qu'il resserra successivement à mesure que les Français concentrèrent leurs troupes sur la frontière du nord.
Dans les premiers jours de juin, ces cantonnements occupaient sur les deux rives de la Meuse un territoire limité par une ligne passant par Dinant, Namur, Fontaine-rÉvèque, Jodoîgne, Looz, Dalheim, Liège et Ciney.
La figure irrégulière ainsi tracée avait, dans la direction du sud-est au nord-ouest, sur la ligne de Ciney à Sombreffe par Namur, une largeur moyenne de 48 kilomètres ; et une longueur moyenne de 60 kilomètres dans la direction dtt sud-ouest au nord-est, de Namur àTongeren. Sa superficie était donc d'environ 2,880 kilomètres carrés.
Le front de ces cantonnements mesurait, en ligne droite, environ 45 kilomètres, de Fontaine-l'Évêque à Dinant, mais, au lieu d'une ligne droite, il formait un angle rentrant dont l'un des côtés allait de Fontaine*rÉvèque à Namur en descendant la Sambre, et l'autre remontait la Meuse de Nanntfi à Dinant.
Voici quelle était la distribution des troupes sur ce territoire de cantonnements : à l'aile droite, le 1®' corps d'armée, Ziethen, 34 bataillons, 32 escadrons et 96 pièces de canoa^ 30,000 hommes, sur la rive gauche de la Sambre, à Fontaine-
rÉvêque, Moutîers et Gembloux ; au centre, à Namur, Héron, Huy et Hanut, le 2** corps, Pirch, 36 bataillons, 36 escadrons, et 80 bouches à feu, 31,000 hommes; à Taile gauche, sur la rive droite de la Meuse, à Dînant, Cîney, Assesses et Huy, le 3® corps, Thielemann, 30 bataillons, 24 escadrons et 48 canons, 23,000 hommes ; enfin plus en arrière, en réserve autour de Liège, le 4* corps, Btilow, 36 bataillons, 43 escadrons et 88 canons, 30,000 hommes.
Bien qu'il fût possible que Napoléon dirigeât son attaque contre l'extrême droite de Wellington ou contre l'extrême gauche de Bliicher, il était cependant plus vraisemblable que les Français choisiraient la direction de Bruxelles, c'est-à-dire le point où les armées alliées se donnaient la main. Les généraux alliés y comptaient bien, et il ne s'agissait plus que de savoir si Napoléon se jetterait d'abord sur l'extrême gauche de Wellington ou sur l'extrême droite de Blticher. Dans le premier cas, Wellington devait receyoir le choc, et BlQcher viendrait au secours des Anglais en attaquant la droite de Napoléon ; dans le second cas, c'était Blûcher qui résistait et Wellington devait secourir les Prussiens en se jetant sur le flanc gauche des Français.
Les dispositions générales prescrivaient qu*en cas d'attaque le 1*' corps se réunirait à Fieurus, le 2* à Namur, le 3* à Assesses. Dans le cas le plus vraisemblable, celui oîi Napoléon marcherait sur Bruxelles par Mons, Nivelles ou Charleroî, toute l'armée prussienne devait se réunir à Sombreffe, et comme on fut certain le 14 juin que l'armée française voulait prendre l'ofTensive dans l'une de ces directions, Blûcher ordonna la réunion du 2® corps à Mazy, sur la route de Namur à Nivelles, et celle du 3® corps à Namur. Le 4« corps devait se concentrer aux environs de Hanut. L'ordre général indiquait en outre un lieu de rassemblement particulier à chacune des quatre brigades dont se composait chaque corps d'armée.
Sombreffe, le point de réunion de toute l'armée, était h l'extrême droite du territoire de cantonnements, et seulement au tiers de sa profondeur à partir du front, notamment
à 18 kilomètres environ au nord de la Sambre. D'après les principes généraux, cette position du lieu de rassemblement était donc très-défavorable. Cette mauvaise situation, qui devait se faire sentir si vivement lorsque Napoléon se porta, par Charleroî, contre l'extrême droite des Prussiens, était cependant amoindrie parce que le territoire de cantonnements avait, pour une grande profondeur, un front relativement restreint, et en outre parce que Napoléon avait à franchir un obstacle, la Sambre, pour arriver au point de rassemblement des Prussiens.
La brigade la plus éloignée du 1*' corps avait 18 kilomètres à faire, de Fontaine-rÉvêque à Fleurus, pour arriver au point de réunion; le 1" corps n'avait pas plus de 7 kilomètres de son point de réunion, Fleurus, à Sombreffe, lien général de rassemblement. Il y a 15 kilomètres de Namm à Mazy, autant d'Assesses à Namur, et 37 kilomètres de Hanut à Sombreffe.
LIGNE d'àVANT-POSTKS DES PRUSSIENS.
La ligne d'avant-postes qui couvrait les cantonnements prussiens se joignait à Bonne-Espérance à la gauche des avant-postes anglais ; elle se dirigeait ensuite à peu près en ligne droite sur la Sambre qu'elle traversait entre Lobbesel Thuin, sur Gerpinnes, Mettez et Sossoye ; elle coupait la Meuse aux environs de Dinant et se terminait à Rochefort. Sa longueur totale était de 80 kilomètres, le double environ du front des cantonnements mesuré en ligne droite,
A l'extrême droite de l'armée prussienne était la 1« btir gade, Steinmetz (du I" corps), 9 bataillons d'infanterie, i escadrons de hussards et 8 pièces de canon, 8,600 hommtt et 2S0 chevaux ; son point de rassemblement était à Fonj taine-l'Évêque. Ses avant-postes étaient en moyenne à 11 kilomètres de cette localité, sur la ligne de Bonne-Espéramn à Lobbes, sur la Sambre. Cette ligne de 10 kilomètres àj long était occupée par six compagnies d'infanterie et quatH escadrons, en tout 1,600 hommes, ou un bon tiers de labi
gade ; une grand'garde de cavalerie avait été détachée de Lobbes sur la rive droite de la Sambre. L'aile droite de ces avant-postes devait opérer sa retraite sur Fontaine-rEvêque, pour se réunir au gros de la brigade, qui marcherait ensuite sur Fleurus par Gosselies; Taile gauche, détachement de Lobbes, devait se retirer en suivant la rive gauche de la Sambre.
La 2* brigade, Pirch, se composait de 9 bataillons, 4 escadrons et 8 canons ; elle avait sur la Sambre, à Marchiennes, 1 bataillon et 2 canons, à Charleroi, 1 bataillon, entre les deux, à Dampremy, 2 bataillons et 4 canons, enfin 2 autres bataillons au Châtelet. Ces bataillons étaient placés de manière à recevoir les avant-postes qui gardaient la ligne depuis Thuin jusqu'au delà de Mettez. Il y avait sur cette ligne 1 bataillon à Thuin, 1 compagnie à Ham-sur-Heure, 3 compagnies à Gerpinnes et 4 escadrons à Mettez. Ces avantpostes étaient renforcés par des troupes d'autres brigades, notamment, sur la ligne de Thuin à Gerpiniles, par 4 escadrons de cavalerie de réserve, et par 2 bataillons de la 4* brigade, qui étaient à Fosses et pouvaient être regardés comme un soutien des 4 escadrons détachés à Mettez. Il y avait donc sur la ligne d'avanl-postes, de Thuin au delà de Mettez, 4 bataillons et 8 escadrons ou 3,900 hommes. Cette ligne est d'environ 33 kilomètres. En raison de l'importance qu'il y avait pour la concentration de l'armée à conserver pendant un certain temps les passages de la Sambre à Marchiennes, à Charleroi et au Châtelet, dans le cas où Napoléon se dirigerait sur Charleroi, la 2* brigade occupait ces passages, de sorte qu'on peut considérer cette brigade tout entière comme corps d'avant-postes.
La 3* brigade, Jagow, n'avait point de troupes aux avantpostes, et la 4* brigade, Henkel, n'y avait que les 2 bataillons dont nous venons de parler, à Fosses.
La ligne d'avant-postes entre Gerpinnes et Thuin était à 7 kilomètres environ de la Sambre, et elle devait se retirer par les passages de cette rivière entre Marchiennes et le Châtelet. Cette ligne de retraite traversait d'abord un terrain
coupé et couvert où il n'y avait rien à craindre de la cavalerie ; mais, en se rapprochant de la Sambre, le terrain devenait plat et découvert, ce qui rendait difficile la retraite de rinfanterie seule, et les 4 escadrons qui servaient de soutien à la ligne de Thuin à Gerpinnes étaient trop faibles pour protéger efficacement cette retraite*
D'après les règles que nous avons données, il aurait fallu prendre la Sambre pour base du système d'avantr-post^, et l'on n'aurait placé de postes principaux qu'aux points de passage les plus importants, tels que Charleroi et Marchieanes, et ceux-ci auraient détaché leurs grand'gardes à quelques milliers de pas sur la rive droite de la Sambre ; tous les postes accessoires restaient sur la rive gauche et de grosses patrouilles de cavalerie, fournies par les postes principaux, auraient été chargées d'éclairer au loin le terrain sur la ri?€ droite. Dans ce cas, il eût fallu reculer le front du territoîie de cantonnements à quelques kilomètres derrière la Sambre.
Si les Prussiens crurent devoir s'écarter de ces principes à cause des circonstances dans lesquelles se trouvaient les armées alliées, et des subsistances, ils auraient dû au moins faire revenir aux passages de la Sambre les postes avancés d'infanterie dès qu'ils n'eurent plus de doutes sur la direction dans laquelle s'avançait l'ennemi. Ils n'en firent cependant rien.
Les 4 escadrons placés dans la plaine de Mettez devaient se retirer vers la Sambre, moitié sur le Chàtelet, moitié soi Fosses et Falizolle.
Le U® corps d'armée, Borstell, — plus tard Pirch I, - ' n'avait aux avant-postes, à Sossoye, que 2 bataillons delà S* brigade et 4 escadrons de la réserve de cavalerie du corps*, ils gardaient une ligne de 10 kilomètres, depuis la plaine de Mettez jusqu'à Dinant, en envoyant des patrouilles vers Qvet et Philippeville. Leur retraite devait s'opérer sur NamuTi à 18 kilomètres de Sossoye.
Dans le III* corps, la 1 1' brigade, Lack, 6 bataillons et i escadrons, 3,600 hommes, était chargée du service d'avant*
postes, i bataillon et 2 escadrons, 800 hommes, gardaient la ligne de la Lesse, de Dinant à Rochefort, oîi il n'y avait pas à craindre d'attaque sérieuse. Tout le reste de la brigade gardait le passage de la Meuse à Dinant»
Les Prussiens avaient donc aux avant-postes 13 bataillons et demi, sans compter les postes de la 2* brigade sur la Sambre, mais en comprenant la brigade sur la Meuse à Dinant, ce qui faisait 11,000 hommes, le dixième de Tarmée totale, et environ 1 ,000 hommes sur une longueur de 7 kilomètres.
COMBATS d'avant-postes ET CONCENTRATION DE l'aRMÉE PRUSSIENNE