LE 15 JUIN
Le 14 juin, Tarmée française, forte d'environ 130,000 hommes, campait : l'aile droite devant Philippeville, le centre à Beaumont et l'aile gauche à Solre-sur-Sambre.
Le 15 au matin, les colonnes françaises marchèrent au nord vers la ligne des avant-postes prussiens ; l'aile droite se dirigeait sur le Châtelet, le centre sur Charleroi, Taile gauche surThuîn et Marchîennes.
A 4 heures du matin, les avant-gardes françaises étaient en vue des grand'gardes prussiennes de la 2* brigade sur la ligne de Thuin à Gerpinnes. Ces grand'gardes se replièrent sur leurs soutiens. Le bataillon prussien qui occupait Thuin fut attaqué par 2 bataillons, 5 escadrons et quelques pièces d'artillerie. Il se défendit pendant une heure et se retira ensuite par la rive droite de la Sambre à travers le bois d'Aines, oîi la cavalerie française ne pouvait pas l'atteindre. Ce bataillon arriva ainsi sans pertes à Montigny, où il rencontra, sur le terrain découvert qui entoure cette localité, 2 escadrons de dragons de la troupe de soutien des avant-postes. Mais la cavalerie française arrivait presque en même temps ; elle culbuta les dragons prussiens beaucoup trop faibles et se jeta ensuite sur le bataillon qui fut presque entièrement taillé en pièces.
Dès que la tète de colonne du centre français approcha de Ham-sur-Heure, la compagnie prussienne qui s'y trouvait
S04 — se mit en retraite sur Charleroi, mais elle fut bientôt cernée par la cavalerie française et faite prisonnière.
Les trois compagnies prussiennes postées à Gerpinnes se mirent en retraite dès qu'elles entendirent le feu sur leoi droite, et elles arrivèrent au Chfttelet sans être inquiétées. Le général Ziethen, commandant le I" corps, reçuteotte sii et sept heures à son quartier général de Charleroi les rapports des avant-postes de la deuxième brigadej qui ne lui laissaient aucun doute sur la direction de l'attaque française. Il avait déjà appris par les déserteurs, dans la nnil du 14 au 15, que cette attaque devait avoir lieu le 1S. Toutes ses dispositions furent prises pour la recevoir. La 2' brigade, étant attaquée la première, reçut l'ordre de prendre aui passages de la Sambre les positions qui lui avaient été indiquées d'avance, et de s'y maintenir assez longtemps pour donner aus autres brigades le temps de se réunir à Fleuras; elle devait ensuite, si elle ne recevait pas de nouveaux ordres, se concentrer à Gilly,
La i " brigade dont les avant-postes, placés sur la rive gauche de la Sambre, n'étaient pas attaqués, devait se retirer sur Fleurus où étaient également dirigées la 3* et la 4* brigade.
D'après ces ordres, la 2° brigade mit un bataillon à Ma> chiennes, un à Dampremy, un à Charleroi, deux au Cbàlelet, en y comprenant les trois compagnies qui s'y étaient retirées de Gerpinnes, et enfin un bataillon h Gilly.
A huit heures du matin, les premières troupes françaises paraissaient à Marcinelle, sur la rive droite de la Sambre, en vue de Charleroi ; elles se composaient uaiquede cavalerie et ne pouvaient attaquer la chaussée qui it de Marcinelle à Charleroi. Cette attaque fut donc ie jusqu'à l'arrivée de l'infanterie, vers onze heures, rançais s'emparèrent alors de la chaussée, puis dn le Charleroi, et le bataillon prussien se retira sur Gilly. Valérie française l'y suivit immédiatement, mais elle tenta de prendre position en vae des Prussiens. La jade prussienne, n'étant pas attaquée, eut le temps de
se réunir à Gîlly. Le bataillon prussien qui occupait Marchiennes, à 10 kilomètres seulement de Thuin, ne fut attaqué sérieusement qu'à midi par la colonne française de l'aile gauche, parce qu'il avait fallu attendre aussi l'arrivée de l'infanterie ; ce bataillon reçut à ce moment même la nouvelle que Charleroi était pris et l'ordre de se retirer sur Gilly, ce qu'il fit sans encombre.
La 3" brigade prussienne, formant la réserve du P' corps/ devait, comme lui, se réunir à Fleurus. Elle avait détaché en avant un bataillon et demi sur la Sambre, à Farchiennes et Tamines, pour occuper ces points et couvrir ainsi le flanc gauche de la positionde Gilly. Elle reçut ensuite l'ordre à neuf heures du matin d'envoyer trois bataillons à Gosselies, pour y recevoir la 1" brigade. Ces trois bataillons se réunirent à Gosselies avec un régiment de cavalerie de réserve.
Après avoir occupé Charleroi, les Français dirigèrent un régiment de cavalerie sur Jumet, sur la route de Gosselies. Napoléon, arrivant à Charleroi entre midi et une heure, fit suivre ce régiment de plusieurs autres, pour couper l'aile droite du I«' corps prussien de son aile gauche. En même temps, la tête de colonne de l'aile gauche française se dirigeait sur Jumet, après avoir passé la Sambre à Marchiennes. Avant que toutes ces troupes, qui représentaient des forces très-supérieures, fussent réunies à Jumet, le général Steinmetz réussit à faire passer la 1" brigade sur la rive gauche du ruisseau de Piéton, sous la protection des trois bataillons de la 3® brigade et du régiment de cavalerie de réserve. 11 prit ensuite position à Gosselies à deux heures du soir, en conservant le régiment de cavalerie, mais les trois bataillons de la 3* brigade rétrogradèrent sur Fleurus. Steinmetz ne tarda pas à être attaqué, et se voyant menacé d'être tourné par Ransart, il continua sa retraite sur Heppignies et Saint- Amand, sans être inquiété sérieusement.
Le général Pirch, avec la 2" brigade, ne fut attaqué qu'à six heures du matin dans la position de Gilly. Après un combat très-court d'artillerie, il se mit en retraite, parce qu'il aperçut qu'une forte colonne française descendait la
Sambre et menaçait son flanc gauche. La première ligoe d'infanterie devait se retirer à travers la deuxième. A prine avait-elle commencé son mouvement que la cavalerie française se jeta sur ses bataillons ; la cavalerie prussienne était beaucoup trop faible pour repousser cette attaque, et le général Pirch subit des pertes considérables avant tfatteindre le bois de Fleurus. Il trouva là un régiment de canlerie envoyé à son secours, ce qui lui permit de se retirer jusqu'à Ligny sans être inquiété. La 3* brigade campa sor la chaussée de Fleurus, au Poînt-du-Jour, et à sa gauchela 4' qui n'arriva de Moutiers que dans la soirée.
Le I" corps prussien était donc réuni le IS juin au soir; les autres corps n'étaient pas encore arrivés à SombreSe, rendez-vous de l'armée de Blûcher.
Le 13, à trois heures de l'après-midi, vingt-quatre heures après l'expédition des ordres déconcentration, trois brigades du IP corps étaient réuniesàMazy, à 7 kilomètres de Sombreffe. Une partie de ces troupes avait fait 36 kilomètres en vingtquatre heures et avait absolument besoin de repos. La 7" brigade, du II'' corps, arriva à Namur dans la nuit du i 5 au 16. Elle avait l'ordre d'y attendre l'arrivée du lU^ corps, mais ce corps se trouvant déjà à Namur, la 7* brigade n'y fit qu'une halte de quatre heures; elle repartit le 16 de grand matin et arriva à Sombreffe à dix heures et demie, en même temps que le gros du Il« corps, qui avait quitté Mazy à neuf heures et demie.
Le 3« corps, — moins les avant-postes de la Lesse, — était arrivé à Namur le 15 à onze heures du soir, 24 heures environ après avoir reçu l'ordre de marcher sur Sombreffe. Les troupes les plus éloignées de Namur avaient eu à faire près de 25 kilomètres. Ce corps repartit de Namur le 16 à 7 heures du matin, et il arriva vers midi à Balatres et à Tongrines, à l'est de Sombreffe et à 15 kilomètres de Namur.
Le 15 au matin, le commandant du 4*" corps avait reçu l'ordre de prendre ses dispositions de manière à pouvoir concentrer ses troupes à Hanut en une seule journée de marebe; quelques heures plus tard lui arrivait l'ordre d'opérer sans
retard sa concentration à Hanut. Btilow ordonna donc à ses troupes de quitter leurs cantonnements le 16 à quatre heures du matin et de se réunir par brig^ade aux environs d'Hanut. Le 15 à midi, Blticher envoya Tordre à Bûlow de marcher immédiatement sur Gembloux. Par suite d'une méprisey Bfilow ne reçut cet ordre que le 16 à h heures du matin ; il ordonna aussitôt que ses brigades, au lieu de s'arrêter à Hafiuty continueraient de marcher sur Gembloux, mais il ne put arriver le 16 au soir qu'aux environs de Perwez. En admettant que les troupes les plus éloignées de BUlow pussent recevoir le 15 à midi Tordre de marcher sur Sombreffe, il leur était impossible, malgré les plus grands efforts, d'y arriver avant la nuit du 16 au 17. A Perwez, Btilow était encore à 18 kilomètres de Sombreffe, une petite journée de marche. Blûcher reçut du reste le 15 au soir, à son quartier général de Sombreffe, un aide de camp de Balow qui venait lui faire connaître les positions du 4^ corps, et il sut qu'il ne pouvait pas compter sur Btilow dans la journée du 16.
Il résulte clairement de notre récit qu'en raison de l'étendue du territoire occupé par les cantonnements prussiens et du choix du point de rassemblement, il fallait au moins de 48 à 60 heures pour opérer la concentration de l'armée prussienne, à partir du moment où Tordre en serait donné* Les avant-postes étant peu éloignés des cantonnements, et le front de ces cantonnements, n'étant couvert en outre que par un obstacle peu important, la Sambre, il était complètement impossible de gagner autant de temps, si Blticher attendait que ses avant-postes fussent attaqués pour donner Tordre de concentration* On voit ici, d'un côté, qu'il n'était pas nécessaire d'attendre cette attaque, puisque Blticher put donner son ordre de concentration dès le 14, c'est-à-dire 18 heures au moins avant Tattaque des Français ; mais on voit d'un autre côté que cette avance fut encore insuffisante à cause de la position des avant-postes et des cantonnements euxmêmes. En troisième lieu, nous trouvons que la marche des Français fut néanmoins beaucoup plus retardée que ne le Ferait croire un examen Superficiel.
Les tètes de colonnes françaises partirent le 15 à deux heures et demie du matin de Solre-sur-Sambre, de Beaumont et de Philippeville, d'où leurs derniers soldats sortaient à six heures du matin. La résistance que rencontrèrent les Français jusqu'à Marchienne et Charleroi, à 20 kilomètres deSolre et de Beaumont, fut insignifiante; malgré cela, ils n'étaient maîtres que vers midi des passages de la Sambre, et cependant on ne peut pas dire, en les comparant à d'autres de même nature, que ces mouvements furent exécutés lentementj car ils peuvent au contraire compter parmi les plus rapides. Une fois maîtres des passages de la Sambre, les Français avaient à concentrer leurs colonnes. Sans la présence de cet obstacle, ils auraient pu continuer leur mouvement sans interruption ; mais tout obstacle de terrain, quelque faible que soit son importance matérielle, occasionne forcément un temps d'arrêt, pendant lequel l'esprit du général en chef se recueille avant de poursuivre son entreprise.
Le soir du 15 juin, l'armée française campait : l'aile gauche à Frasnes, Gosselies et Jumet ; le centre au sud de Fleurus, à Lambusart, Gilly et Charleroi ; l'aile droite au Châtelet, sur la Sambre.
Toutes ces troupes avaient fait dans la journée de fortes marches, elles avaient besoin de repos et l'on ne pouvait songer à les remettre en mouvement le 16 avant midi. La ligne d'avant-postes s'était retirée le 15 de Ham jusque vers Fleu* rus, de 15 à 16 kilomètres en ligne droite.
Par cette retraite de 15 kilomètres et les combats insignifiants qui s'y rattachent, Blûcher avait gagné trente-deux heures, du 15 juin à quatre heures 4u matin jusqu'au 16 à midi. Il n'est donc pas douteux que si, au lieu de suivre la Sambre et la rive droite de la Meuse, le front des cantonnements de Blticher avait suivi à peu près la ligne de (Tembloui à Liège, en plaçant ses avant- postes sur la Sambre et la Meuse, et si en outre le point de rassemblement de l'armée eut été Wawre au lieu de Sombreffe, les Prussiens auraient certainement gagné tout le temps nécessaire à leur concentration, sans diminuer l'étendue de leurs cantonnements.
Blûcher se décida le 15 au soir à accepter à Ligny la bataille que Napoléon lui offrirait le 15, bien qu'il n'eût probablement point à compter sur le 4* corps. Le corps de Ziethen se trouvant encore seul le 16 au matin dans la position de Sombreffe et de Ligny, les Prussiens avaient songé à la retraite. Mais cette idée fut écartée lorsque le chef d'étatmajor de Blûcher, Gneisenau, fit observer que les Prussiens ne pouvaient se retirer derrière la route de Namur à Nivelles sans s'exposer à voir Wellington se replier de son côté sur Anvers pour se mettre en communication avec la mer. 11 fallait donc que Bliicher conservât la route de Namur à Nivelles, par laquelle il se reliait à Wellington^ afin de donner à ce dernier le temps de se réunir à lui. En conséquence, le 1*' corps prussien prit le 16 au matin une position provisoire dans les villages de Wagnelé, Saint-Amand et Ligny, et il devait en prendre une autre mieux appropriée au déploiement de forces plus considérables, dès que les autres corps, le 2** et le 3% arriveraient. Ce changement de position ne put avoir lieu, parce que les Français firent avancer leur avant-garde le 16 au moment oîi le 2" corps venait d'arriver, et qu'ils prirent leurs dispositions de combat quand le 3* corps se montrait. Le 2® corps ne put donc faire autre chose que de servir de réserve au 1", et le 3* prolongea la position.
Les Prussiens perdirent la bataille de Ligny. Par suite, Wellington renonça à défendre les Quatre-Bras et se retira sur Mont- Saint- Jean. Blticher se mit en retraite le 16 au soir, non pas vers le Rhin, comme l'espérait Napoléon, mais sur Tilly, dans la direction de Wawre. Il fut rejoint en toute par le corps encore intact de Biilow. Wellington résista le 18 juin à l'attaque de Napoléon contre Mont-Saint-Jean jusqu'à l'arrivée des Prussiens qui décidèrent la victoire.
— Si ces événements, dont la possibilité avait sans doute été prévue dans les conférences qui eurent lieu entre les généraux alliés, avaient servi de base à l'établissement des cantonnements prussiens, ceux-ci auraient reçu une forme différente de celle qui leur fut donnée, celle par exemple que nous avons indiquée déjà : le front des cantonnements, re-
gardant le sud et non le sud-ouest, devait être reculé à une petite journée de marche derrière la Sambre, et le système d'avant-postes devait s'appuyer sur la Sambre et la Meuse.
On voit suffisanunent, par ce cas particulier, de quellein^ portance il est de faire accorder remplacement et la formedu territoire de cantonnements avec le plan général d'qjérations. Mais ce n'est que dans des cas très-rares qu'il sera possible de concilier véritablement les deux choses.
Si nous voulons en chercher les raisons en continuant l'étude de l'exemple que nous avons choisi, nous trouvons que :
l** Le plan général des opérations a rarement d'avance la précision qu'il prend peu à peu ; il offre d'autant plus d'indécision au^début qu'il est plus calculé sur l'expectative et la défensive, et cette indécision se transmet alors d'autant mieux du commencement à la suite des opérations. Ainsi, nous voyons ici que, d'après la première convention de Blûcher avec Wellington, le plan général des opérations était basé sur la liaison intime et le soutien mutuel des deux armées- Ce principe aurait dû, nécessairement, faire adopta aux alliés le même front et des lignes d'opérations parallèles, aussi bien dans la marche en avant que dans la retraite, et ces lignes d'opérations devaient être en même temps très-rapprochées l'une de l'autre, afin que si Blûcher ou Wellington, recevait directement le choc ou le donnait lui-même, l'autre général en chef pût soutenir son allié en prenant en flanc les Français. Les lignes de retraite des deux armées se dirigeaient alors du sud au nord, celle de Wellington sur Bruxelles et Anvers, celle de Blûcher sur Louvainet Breda. Mais, pour s'en tenir fennement à ce plan, il fallait que les alliés, après avoir été attaqués et même partiellement battus au sud de Bruxelles, fussent décidés à gagner unebataille décisive au plus tard à Malines, où leurs lignes de retraite se séparaient forcément, celle de Wellington pour aller sur Anvers et la flotte anglaise, celle de Blûcher vers le Rhin et la Prusse. Mais l'idée dominante était, pour les Anglais, le souci de leur propre sûreté et, pour les Prussiens,
celui de couvrir leur pays ; cette considération divisait d'avance les deux armées, tandis que le désir de gagner une victoire les eût réunies. Cette impression fut en (Jutre fortifiée par ce fait, qu'au début Ton ne pouvait pas savoir si Napoléon, prenant Tofifensive, dirigerait ses opérations sur Bruxelles, ou s'il ne se porterait pas tout d'abord par la Meuse contre le flanc gauche des Prussiens. Cette idée contribua beaucoup à faire étendre vers leur gauche, à l'est, les cantonnements prussiens. Il est vrai qu'il devint de jour en jour plus certain, au mois de juin, que Napoléon marcherait sur Bruxelles, mais on comprend facilement que les premières impressions des Prussiens ne pouvaient pas s'effacer tout d'un coup.
2** Les cantonnements ne sont pas choisis d'une seule fois, ils se dessinent plutôt successivement, peu à peu, et la manière dont ils se trouvent choisis influe nécessairement sur leur forme. Les cantonnements prussiens résultèrent de leurs quartiers de marche. Les premières troupes prussiennes furent concentrées à Juliers au printemps de 1813, après le retour de Napoléon de l'île d'Elbe. Le but qu'elles se proposaient était encore indépendant de l'armée anglo-holJandaise, c'était ou de prendre l'offensive et de marcher sur Paris, ou de couvrir les Pays-Bas et la frontière prussienne de l'ouest, dès que l'armée française prendrait l'initiative. Cela déterminait de la manière la plus simple la direction des colonnes de marche prussiennes de Juliers sur Liège et Namur, parles deux rives de la Meuse, puis sur Avesnes, etc. Quand les Prussiens s'établirent ensuite dans des cantonnements, ce n'était d'abord qu'une halte de leurs colonnes de marche, et la direction des cantonnements du nord-est au sud-ouest était en effet conforme à la direction primitive de la marche des Prussiens jusqu'à ce que BlUcher ordonnât la concentration.
Lorsque la direction des opérations de Napoléçn se dessina au commencement de juin, les Prussiens auraient dû modifier leur situation s'ils avaient surtout songé à vaincre, mais ridée de se couvrir les en détourna. Le royaume des Pays-
Bas était une création trop récente, il avait été trop longtemps étroitement uni à la France, pour qu'on ne craignît pas de laisser gagner du terrain aux Français dans ce pays. En conséquence, on voulait rester le plus près possible des frontières des Pays-Bas, et comme les alliés regardaient avec raison Bruxelles comme l'objectif à couvrir, ils voulaient prendre leur point de concentration le plus loin possible en avant de cette capitale. Il en résulta qu'ils portèrent le front de leurs cantonnements beaucoup plus loin qu'ils ne l'eussent fait, s'ils n'avaient songé qu'à combattre.
Quartiers de l'armée schleswig-holsteinoise dans Taa-
tomne de 1850.
(Figures Si^et 82.) SITUATION GÉNÉRALE.
Après la bataille d'idstedt, le général Willisen croyait que les Danois allaient le suivre dans le duché de Holstein. Dans cette idée, il concentra toute son armée autour de Rendsbourg. Cependant les Danois se contentèrent d'abord d'occuper Schleswig, Missunde et Eckernfôrde, et ils mirent en avant de ces positions des troupes avancées sur une ligneappuyant sa droite à la Treene, sa gauche à la baie d'Eckernforde, et passant par HoUingstedt, Lottorf, Osterby et Windeby. Cela fit gagner aux Schleswig-Holsteinois le temps de renforcer leur armée de 10,000 hommes, et de terminer le camp retranché de 1500 pas de rayon, qui entourait l'ouvrage en couronne au nord de Rendsbourg. Les deux partis commencèrent par s'observer ; puis, lorsque les desseins; des Danois se dé voilèrent plus clairement, l'armée schleswigholsteinoise reçut une nouvelle organisation. Les troupes, furent en partie cantonnées, en partie bivouaquées ou logées sous la tente.