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NOTIONS PRÉLIMINAIRES

Objet de la Tactique.

La tactique apprend à disposer convenablement les troupes pour atteindre un but de guerre déterminé, en tenant compte des circonstances, et de la nature de ces troupes.

Les problèmes tactiques résultent de trois situations de l'armée : combat, marche et repos. Tout problème stratégique renferme un problème tactique.

C'est dans le combat que se manifeste l'action réelle et décisive des troupes. La marche est la préparation ou la suite forcée du combat. Le repos est ordonné par cette loi que toute activité cause une fatigue, et il a pour but de réparer les forces perdues.

Si l'on marche pour combattre, ou si Ton peut être forcé de combattre étant en marche, il faut pouvoir passer le plus facilement possible de Tordre de marche à Tordre de bataille. Les dispositions de marche sont donc en partie dictées par les dispositions de combat. La tactique des marches dépend de la tactique des combats.

On ne veut jamais se battre pendant qu'on se repose. Mais à chaque instant de la guerre, deux volontés contraires sont en lutte, celle de Tennemi et la nôtre. Si Tennemi n'a pas besoin de repos en mémo temps que nous, il peut nous forcer à l'action. La tactique du repos, des camps et cantonnements, dépend, pour cette raison, de la tactique des marches et de celle des combats,

Moyens de la Tactique.

La tactique n'a qu'un seul moyen. Pour résoudre un problème, elle dispose les troupes; en d'autres termes, elle forme avec les éléments qu'elle possède des corps de figures diverses, ayant une certaine hauteur, une largeur et une profondeur. La hauteur importe assez peu, bien que la cavalerie et l'artillerie soient plus élevées que l'infanterie, et que le fantassin lui-même soit moins haut couché que debout, le cavalier à pied qu'à cheval. Mais la longueur et la profondeur d'un corps de troupes, sa figure géométrique, ont une importance considérable. Former avec les troupes des figures géométriques est donc le terrain propre de la tactique. Le moyen de la tactique est complètement géométrique.

Il ne faut pas voir dans cette vérité incontestable une dépréciation de la tactique. En effet, que le tacticien dispose ses troupes en rectangle ou en carré, qu'il place deux bataillons à côté l'un de l'autre ou l'un derrière l'autre, son dessein, en agissant ainsi, n'est pas de démontrer un théorème de géométrie, mais bien d'atteindre un but de guerre. Obéissant à cette loi que l'homme a besoin d'espace pour se mouvoir, il dispose ses éléments — les troupes — de manière que la force qu'elles possèdent se dépense avec succès, ou se conserve pour plus tard.

Sur le papier, les figures géométriques de tactique sont des images de la force ; sur le terrain, elles sont la force ellemême. Si notre figure tactique est convenablement choisie pour un cas déterminé, elle représentera toutes les conditions dans lesquelles notre force doit agir dans ce cas — les forces de l'ennemi aussi bien que les nôtres, — le lieu et le moment de r action.

Application des moyens au but.

L'application des moyens au but a trois moments : reconnaissance, plan et action.

Entre la reconnaissance et le plan il y a la décision ; entre le plan et l'action, Tordre.

Avant dé prendre une décision, vous devrez reconnaître le but que vous pouvez atteindre, le but à vous proposer en raison des conditions de forces, de temps et de lieu dans lesquelles vous vous trouvez. Vous devrez en conséquence reconnaître ces conditions elles-mêmes, ainsi que le but que Tennemî peut poursuivre en même temps que vous dans une direction différente.

Si vous arrivez de la sorte, par l'observation et la réflexion, à prendre une décision, cette décision contient déjà votre plan ; car ce plan n*est pas autre chose que la disposition des éléments pour obtenir la forme, des moyens pour arriver au but, des parties pour en faire un tout. Vous devez vous efforcer, dans vos reconnaissances et votre examen, d'obtenir l'harmonie entre les éléments et la forme, entre le but et les moyens, entre les parties et le tout.

Sans une décision et un plan très-clairs et très-précis, il n'est pas d'action puissante possible, et sans elle, pas de succès.

On peut penser à la fois à plusieurs choses, mais on ne peut en faire qu'une seule. L'idée qui est la base d'un fait doit être unique.

Ne faites jamais rien sans savoir ce que vous voulez ; cette maxime de la vie habituelle est essentielle à la guerre. 11 semble impossible d'enfreindre cette règle, et cela n'arrive que trop souvent.

Pour éviter cette faute , demandez- vous toujours, avant d'agir, ce que vous voulez faire, et donnez-vous à vous-même une réponse précise et catégorique.

dette règle s'applique en grand comme en petit ; elle est vraie pour le général en chef aussi bien que pou,r le commandant d'un bataillon ou le chef d'un peloton d'éclaireurs. H n'importe que vous vous fassiez cette réponse en deux mots pendant le combat, ou dans un long mémoire dans votre cabinet ; qu'il s'agisse d'enlever un parti ennemi ou de renverser un empire. Celui qui s'est forcé trois fois à répondre

à ses propres questions, prend l'habitude de se rendre compte de ce qu'il veut faire.

L'action doit répondre à la décision et au plan, qui, sans l'action, seraient inutiles. Par contre, le plan doit aussi répondre à l'action, c'est-à-dire être exécutable.

Le plan ne doit pas regarder comme disponibles des troupes qui ne le seraient pas justement au lieu et à l'heure oîi il faudrait les employer. Si l'on veut se servir, dans la bataille, d'un point qu'il sera nécessaire de conquérir auparavant, il faut que le plan indique les moyens de s'en emparer. Le plan ne doit pas disposer du temps qui ne lui appartient pas. Il doit pouvoir être modifié dans le cours de l'action.

En effet, quelle que soit l'habileté avec laquelle vous aurez pesé toutes les circonstances, calculé toutes les hypothèses, vous ne vous élèverez jamais au-dessus du terrain des probabilités. Vous pouvez disposer complètement de vos forces, mais point de celles de l'ennemi ; vous voyez exactement la situation de vos propres troupes,*mais imparfaitement celle de votre adversaire ; vous connaissez vos projeta, mais vous ne pouvez que supposer ceux du général ennemi. En un mot, vous dépendez toujours du sort et d'une direction suprême- Nageur isolé dans une mer sans fin dont votre œil ne saurait embrasser retendue 1

Il faut donc vous attendre à trouver les choses tout autres que vous le supposiez et le désiriez ; et vous devez en conséquence vous tenir prêt à modifier, pendant le cours des événements, soit vos desseins, soit la manière de les exécuter.

Il faut, pour cela, que le plan primitif soit simple, et laisser en réserve une force disponible pour faire face aux cas imprévus.

Pour que le plan soit simple, il faut avant tout que le but le soit aussi. Si vous vous proposez d'atteindre à la fois plusieurs buts différents, qu si vous permettez seulement que plusieurs desseins se présentent en même temps à votre esprit, il vous faudra consacrer une partie de vos forces à chacun de ces desseins, ou vous le ferez malgré vous, et vous

aurez d*autant moins de forces disponibles pour chacun d*eux que le nombre en sera plus grand. Or, la vraisemblance du succès diminue avec les forces employées à Tobtenir.

L'unité du but est la condition essentielle de Tunité du plan (unité de temps et de lieu), et en même temps de la vigueur de Faction .

Bien que vous n'ayez qu'un seul but positif, il vous faudra néanmoins poursuivre plusieurs buts secondaires. En effet, pendant que vous vous êtes proposé un but, l'ennemi s'en est donné un autre ; quand vous agissez, il agit également. Tout en marchant à votre but positif, vous devez en même temps arrêter l'action de l'ennemi. A côté du problème que vous cherchez à résoudre, l'ennemi vous en proposera un ou plusieurs autres. Double raison pour vous de réduire le plus possible le nombre de vos buts positifs.

Mieux vous suivrez cette règle, plus vous pourrez concentrer vos forces. Mais cette concentration des forces ne doit pas empêcher de conserver une réserve disponible pour les cas imprévus.

En effet, si vous disposez de toutes vos forces en donnant d'avance à chaque fraction un rôle précis, toute l'attention de vos généraux et de leurs troupes sera dirigée dans un sens déterminé. Voulez-vous ensuite changer vos plans, il vous faudra diriger dans une voie nouvelle une partie de vos troupes et de plus les enlever auparavant de leur première direction, ce qui cause une perte de temps et de forces.

Pour que le plan soit en harmonie avec l'exécution, il faut qu'il ne cherche pas à tout prévoir d'avance, mais qu'il laisse au contraire au commandement le champ assez libre pendant l'action. Le plan doit diminuer le nombre et l'effet des cas imprévus au moyen de sa simplicité, et c'est en conservant ses forces réunies qu'on est prêt à faire face à ces éventualités. Mettez en relief une action principale qui ressorte de votre but positif, et vous amoindrirez ainsi l'importance des actions secondaires que vous aurez à livrer pour vous opposer aux desseins de l'ennemi.

Réfléchissez à loisir, écoutez les avis, quand le temps et les circonstances le permettent ; mais prenez vous-même un parti, et quand vous l'aurez pris, agissez rapidement et avec vigueur.

Tout plan repose sur certaines hypothèses, relatives aux dispositions et aux desseins de l'ennemi, ainsi que sur votre propre situation. Plus il s'écoulera de temps entre votre décision et l'exécution, plus il y a de chances de voir se produire un changement de circonstances qui fera perdre à votre plan tout ou partie de sa valeur. Il vous faudra alors d'autant plus de temps pour atteindre votre but, et Tennemi en gagnera davantage pour ses desseins. Il pourra s'avancer plus loin dans la voie qu'il suit avant que vous arriviez au but. Les projets de l'ennemi acquerront donc plus d'importance et ils vous obligeront de consacrer plus de forces à des actions secondaires, ce qui affaiblira d'autant les forces qui devront accomplir l'action principale. Ne remettez donc japiais à demain ce que vous pouvez faire aujourd'hui, car demain vous ne le pourrez peut'-être plus, ou il vous faudra plus d'efforts qu'aujourd'hui.

Une fois l'action commencée, poursuivez résolument votre chemin et ne songez qu'à obtenir tous les avantages que la réflexion vous avait fait entrevoir d'avance. Ne vous laissez donc pas entraîner prématurément par des nouvelles, des rapports ou des incidents, h abandonner le but que vous poursuivez, à changer votre plan ou à en suspendre l'exécution . Persuadez-vous bien que vous aviez plus de chances de juger sainement les choses pendant la réflexion qui a précédé l'action, lorsque vous pesiez tranquillement toutes les éventualités, que dans la chaleur de l'action. Ainsi dono, si vous avez l'envie de changer vos plans pendant le cours des opérations, repoussez par trois fois cette tentation, et ne prêtez l'oreille aux idées qui vous sembleront les meilleures qu'après y avoir réfléchi.

Câui qui voudrait tout prévoir à la guerre et ne chercher qu'un résultat certain, ne pourrait jamais rien entreprendre. Il n'existe pas de certitude absolue, et Ton ne peut répondre

Gomplétemnt de§ succès de guerre. Vous aves donc à ris-* quer toutes les fois que vous agissez. Si les doutes vous enva-« hissent lorsque l'action est engagée, souvenez-vous que la réflexion vous a déjà appris que vous faisiez une entreprise hasardeuse, et, convaincu que vous n'avez pris votre déci-^ sion qu'après avoir mûrement pesé les circonstances qui vous semblaient connues, placez dans la main de Dieu ce qu'il vous était impossible de prévoir. Le malheur auquel vous vous étiez préparé n'arrive pas toujours, de même que le bonheur prévu fait quelquefois défaut.

Pendant l'action, ne songez donc pas & modifier vos plans, cherchez seulement à triompher des obstacles que rencontre leur exécution.

Celui qui se décide seul, même après avoir tenu conseil avec plusieurs, et qui agit ensuite rapidement, cherche h garder le secret de ses desseins, sans aller jusqu'à craindre que son chapeau ne le trahisse. Si votre plan doit être caché à l'ennemi, il faut cependant que ceux qui doivent vous soutenir corps et ânie sachent ce que vous voulez faire. Vous ferez donc connaître en temps et lieu ii vos ofliciers ce qu'ils doivent savoir de votre plan, mais pas plus qu'il n'est nécessaire.

Le temps et l'espace sont en relations directes. Le chemin le plus court mène plus vite au but. Ne choisissez donc j amais, sans bien savoir pourquoi, le chemin le plus long.

La guerre est un tableau et non pas une réunion d'images. Ce qui serait bon, pris isolément, peut souvent faire mauvais effet dans l'ensemble. Que le but du moment ne vous fasse donc jamais oublier le but final I

Les troupes.

Les troupes sont l'élément et le sujet de la tactique. Elles déploient leur force en se* portant d'un point à un autre, ainsi qu'en faisant usage de leurs armes. Elles ne peuvent pas être à la fois sur deux points différents. Là où elles se trouvent, elles possèdent une sphère d'action dont l'étendue

varie selon l'espèce d'armes dont elles sont pourvues. Si l'ennemi est lui-même dans cette sphère d'action, on peut le combattre. Nos soldats sont des hommes aussi bien que ceux de l'ennemi, et ce n'est pas l'ennemi seul qui détruit nos forces, car elles s'usent encore par nos propres efforts. Tant que nos soldats sont vivants, leurs forces affaiblies peuvent être réparées ; il ne faut pour cela que du repos, des soins et de la nourriture. Un travail non interrompu détruirait en très-peu de temps la force des troupes, tandis que des intervalles convenables de repos et des soins maintiennent le soldat frais pendant très -longtemps. Les armes ont besoin de munitions comme les hommes de nourriture. Si vous épuisez par un travail excessif les forces de votre armée et que l'ennemi ait opéré plus habilement, vous vous trouvez livré à lui pieds et poings liés.

Les troupes sont divisibles jusque dans leurs éléments individuels, fantassin, cavalier ou canon. Cette divisibilité est le principe fondamental de toute tactique ; elle permet de donner à un corps de troupes des formes diverses, dont chacune convienne le mieux à un cas déterminé. Comme la même troupe adopte, en raison du but qu'elle cherche à atteindre, tantôt l'une, tantôt l'autre de ces figures différentes, le passage de l'une à l'autre est du domaine de la tactique.

Les trois armes.

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