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INFANTERIE

Les armées renferment aujourd'hui trois sortes d'armes, l'infanterie , la cavalerie et l'artillerie , chacune avec une organisation spéciale, une action propre, et des besoins particuliers.

L'infanterie forme la masse de l'armée ; ses éléments sont les hommes. Un fantassin debout occupe une surface de deux pieds carrés environ ; lorsqu'il est couché, il lui faut, pour lui et son équipement, un espace de deux pieds de large sur sept de long. L'infanterie en grandes masses et

en ordre serré se meut avec une vitesse de 100 à 120 pas par minute ; cette vitesse peut être doublée en ordre dispersé et pour de petites distances. Le fantassin isolé trouve facilement dans le terrain un abri contre les regards et le feu de l'ennemi ; et comme l'infanterie peut se rompre dans ses éléments individuels, il en résulte qu'un gros détachement d'infanterie trouve à s'abriter facilement sur un terrain oîi il existe beaucpup de petits abris. Inversement, l'infanterie se couvre encore lorsque le terrain n'offre qu'un petit nombre d'abris assez étendus, parce qu'elle a la facilité de se serrer en masse sur un espace relativement restreint. Un fantassin isolé offre au feu de l'ennemi un but sans importance; une masse serrée d'infanterie offre un but peu élevé. La grande divisibilité de l'infanterie en fait une arme très*souple et bien articulée, qui passe facilement dans tous les terrains, défilés étroits, marais, pentes escarpées. Composée essentiellement d'êtres intelligents, une grande masse d'infanterie, mise en désordre, peut se rallier et se remettre en ordre avec une facilité relative.

Depuis le commencement du xvm* siècle, l'arme principale de l'infanterie est le fusil à baïonnette, à la fois arme à feu et arme blanche. L'infanterie est donc armée pour les deux parties intégrantes du combat : la préparation de l'attaque corps H corps au moyen du feu, et cette attaque ellemême. Avant l'invention de l'arme à baïonnette, on avait pour ces deux phases du combat deux sortes d'infanterie : les tireurs pour préparer l'attaque corps à corps, et les piquiers pour compléter la rupture de l'ennemi. Dans ces dernières années, le fusil a été rayé, et il se rapproche de la carabine. Au moment même où nous écrivons, une nouvelle transformation s'accomplit, et Ton donne à l'infanterie des armes se chargeant par la culasse, les unes simples, les autres à répétition ou à magasin. Le caractère général de ces nouvelles armes est la rapidité du tir ; leur action doit être de produire par le feu la rupture de l'adversaire, sans en venir à la mêlée. Cette expression de « mêlée » , que l'on peut toujours conserver, à cause de sa simplicité, n'aura

plus le même sens, de telle sorte que les expressions de feux et de combat corps à corps (ou mêlée) seront remplacées par celles-ci ; feux de loin et feux de près^ou encore feux d'ébranlement et feux de rupture.

Par suite de remploi général du fusil à baïonnette, on n'aurait dû avoir qu'une seule espèce d'infanterie, Cepeudant on en a conservé ou créé plusieurs sortes. Si Ton en cherche les raisons, on voit que les unes sont accidentelles, et Ton trouve les autres dans l'intro&uction du combat de tirailleurs, dans les armées devenues nationales et dans la conscription, dans l'accroissement des armées, qui en est la conséquence, et dans le désir de faire de chaque homme un soldat, en tenant compte de ses facultés physiques et intellectuelles. Ajoutons à ces causes les modifications si nombreuses que subissent depuis* quelque temps les armes à feu, Chaque jour voit paraître un nouveau modèle et un système nouveau. Comme il était impossible de donner, du jour au lendemain, à des armées entières le fusil reconnu provisoire* ment comme le meilleur, on ne distribuait d'abord qu'à quelques corps de troupes l'arme la plus récente, et il était alors nécessaire de distinguer ces troupes de celles qui cou* servaient l'ancien fusil.

Que ce soit rationnel ou non, on peut encore distinguer les diverses infanteries que voici :

a, — Infanterie de ligne, — Elle doit convenir à tout combat d'infanterie, au combat dispersé des tirailleurs aussi bien qu'aux feux à rangs serrés et à là mêlée. On admet cependant que la masse de l'infanterie de ligne combattra en ordre plus ou moins serré. Elle occupe le milieu, le centre^ et les autres espèces d'infanterie possèdent, à un plus haut degré qu'elle, certaines qualités particulières.

b. — Infanterie légère délite* — Elle doit être supé^rieure à l'infanterie de ligne par sa mobilité et son aptitude au combat de tirailleurs et de flanqueurs. Ce dernier rôle lui appartient de préférence quand elle combat à côté de l'infanterie de ligne. Elle doit pouvoir combattre à rangfi serrés quand elle opère isolément. Elle est employée surtout

à des entreprises secondaires, par exemple comme troupe d'avant-garde et d'arrière-garde. Son équipement est le même que celui de l'infanterie de ligne. Elle ne diffère de celle-ci que par le choix des hommes et leur éducation militaire. Pour ce qui est de l'armement, cette infanterie d'élite doit toujours recevoir la première le fusil reconnu pour le meilleur et dont il serait impossible d'armer immédiatement toute rinfanterie.

On peut ranger dans cette infanterie d'élite les chasseurs h pied français, les zouaves et les tirailleurs algériens ; les chasseurs autrichiens, les fusiliers prussiens et les bersa-« glîers italiens.

c. -^ Infanterie de réserve, — Elle doit être une infanterie d'élite, réservée pour le moment décisif, la mêlée, et, par suite, elle combattra surtout à rangs serrés. Elle devrait être, par rapport au reste de l'infanterie, ce qu'étaient les piquiers aux tireurs (mousquetaires et arquebusiers), avant l'introduction de l'arme à baïonnette. Cependant l'infanterie de réserve ne saurait être armée autrement que toute l'infanterie, et sa manière de combattre dépendra essentiellement du moment ou elle sera engagée.

Quelques circonstances particulières et peut-être momentanées militent en faveur de cette infanterie de réserve dans laquelle on peut ranger de nos joi^rs, plutôt par tradition que pour des motifs sérieux, la garde et les grenadiers des diverses puissances.

L'action du feu est devenue meurtrière jusqu'à plus de 300 pas. Pour s'y soustraire en partie, on a inventé des cuirasses légères qui, k la vérité, n'ont été. sérieusement éprouvées nulle part, mais qui, selon toute apparence, doivent être à l'épreuve de la balle à d'assez courtes distances^

Dans les circonstances actuelles, serait-il impossible ou insensé de réunir les hommes les plus forts dans des bataillons particuliers que Ton tiendrait en réserve pour le moment décisif? Ces hommes, protégés par ces cuirasses légères, pourraient arriver avec moins de pertes près de l'ennemi; ils le cribleraient, à courte distance, du feu destructeur de

leurs armes à répétition, et le jetteraient dans un désordre que viendraient promptement compléter l'infanterie de ligne et rinfanterie légère.

d. — Tireurs (Télite. — Ce sont des corps formés des plus habiles tireurs. Ils tirent de préférence isolément et à de grandes distances et jouent par conséquent un rôle inverse de celui de Tinfanterie de réserve, qui doit combattre surtout de près et en masses serrées.

On peut avoir des troupes peu nombreuses de ces tireurs d'élite, dont l'armement peut être le même aujourd'hui que celui de l'infanterie la mieux armée.

Avec la même arme, on aura toujours des tireurs de force très-inégale. En admettant même qu'un conscrit, pris au hasard, puisse arriver en peu de temps à tirer bon parti des armes perfectionnées, ce conscrit ne conservera pas longtemps cette habileté momentanée. Au contraire, le tireur devenu habile, grâce à de grandes dispositions, à une éducation spéciale et à des exercices répétés, conservera toujours une supériorité réelle sur les tireurs ordinaires, et il pourra mettre son arme de côté pendant plusieurs mois sans rien perdre de son habileté.

Les chasseurs prussiens sont les seules troupes qui répondent à l'idée que nous nous faisons des tireurs d'élite. Les francs-tireurs suisses ne sont pas recrutés avec autant de soin, et l'on tend, en outre, à leur faire jouer le rôle de l'infanterie légère.

Il faut admettre en principe que les dififérentes sortes d'infanterie que nous venons d'énumérer doivent être pourvues du même armement, et que la totalité de l'infanterie doit recevoir le plus tôt possible l'arme la meilleure. Ce dernier point a la plus grande influence sur le moral du soldat, dont la confiance en lui-même dépend surtout de la confiance qu'il a dans son arme. Il est cependant permis de croire avantageux de donner aux corps de tireurs d'élite une arme plus juste et munie d'une hausse pour les plus grandes portées. Le but en blanc de Tarme de l'infanterie de ligne doit être le plus loin possible, et sa hausse très-simple, graduée

seulement pour les distances ordinaires ; au contraire, l'arme de même sorte, donnée aux tireurs d'élite, aura un but en blanc plus rapproché et une hausse graduée avec soin pour les plus grandes distances.

Il est tout à fait impossible de déterminer dans quelle proportion chacune de ces infanteries devra être représentée. Remarquons seulement qu'il suffit que l'infanterie possède un tireur d'élite sur 12 ou 14 hommes pour en être amplement pourvue.

Disons maintenant quelques mots de ce qu'était naguère l'effet des armes à feu, de ce qu'il est aujourd'hui et de ce qu'il promet d'être dans un avenir prochain.

Il y a quinze ans environ, la masse de l'infanterie avait encore le fusil lisse du calibre de 17 à 18 millimètres, de l^jOO de long avec sa baïonnette, et du poids de 5 kilogrammes. Sans baïonnette, la longueur était de 1",43 et le poids de 4^,6. La balle que tirait ce fusil pesait de 27 à 30 grammes^ et, grâce à une charge très-forte de 8 à 1 0 grammes de poudre, on obtenait une vitesse initiale de 400 à 450 mè** très. La trajectoire était assez tendue jusqu'à 300 pas pour qu'il n'y eût qu'un seul cran de mire jusqu'à cette distance, et l'on visait alternativement le genou, la poitrine ou le sommet de la coiffure d'un fantassin.

Au delà de 300 pas, l'arme n'avait presque plus de chances d'atteindre le but. En effet, le rayon d'un cercle contenant la meilleure moitié des coups tirés par des tireurs choisis : était d'environ 0°',40, 0°*,90 et 2 mètres, aux distances correspondantes de 100, 200 et 300 pas (le pas de 0",75), et à 400 pas, il était impossible de le mesurer. Sur une cible ayant les dimensions d'un fantassin, 1",80 de haut sur 0°,5S de large, on avait 45, 20, 6 et 2 pour cent de touchés aux distances correspondantes de 100, 200, 300 et 400 pas; et sur un panneau de 1"',80 de haut sur 12 mètres de large, environ 65, 40, 25 et 7 pour cent aux mêmes distances.

Si faibles que paraissent ces chiffres, ils étaient encore fort au-dessus du résultat obtenu à la guerre oîi l'on ne comptait pas plus de un quart pour cent de touchés.

Les premiers fusils rayés ne furent, pour la plupart, que les anciens fusils transformés, armes dont le calibre ne convenait pas très-bien au tir à longue distance. Les projectiles qu'ils tiraient étaient trop lourds pour leur longueur, la charge de poudre était relativement faible, la vitesse initiale peu considérable, et ils n'avaient d'autre supériorité sur les balles rondes qu'une plus grande précision à certaines distances. La charge de ces armes rayées était un peu plus lente que celle des armes lisses, ce qui diminuait la vitesse du tir.

Quand on fabriqua des armes rayées, on adopta un calibre moyen de 14 à 15 millimètres qui se trouva aussitôt dans de meilleures conditions balistiques et donna une trajectoire plus rasante. Le fusil conserva sa forme et ses dimensions et fut seulement pourvu d'une nouvelle hausse. On raccourcit ensuite le canon jusqu'à la longueur de 99, 93 et même 93 centimètres. La longueur de l'arme, sans sa baïonnette, fut réduite à 1"40 (Angleterre), 1"38 (Russie) ou 1"34 (Autriche, Bavière, etc.), ce qui rendait déjà plus difficiles les feux de rangs. Pour conserver au fusil ses qualités d'arme blanche, on allongea la baïonnette jusqu'à 0*"80

et au delà.

Le troisième perfectionnement des armes à feu nouvelles,

et certainement le plus considérable, c'est le chargement par la culasse. Le calibre est en même temps diminué jusqu'à 10"*"6 ou 11 millimètres, avec des projectiles oblongs de 20 à 24 grammes. La charge varie de 4 grammes à 5'',5 de poudre, la vitesse initiale de 420 à 460 mètres, et la trajectoire est très-rasante. Le problème qu'ont résolu ces nouvelles armes est de donner, dans le plus court espace de temps, le plus de feux rasants possible ; la question de précision n'a, relativement à celle-ci, qu'une importance secondaire.

Comme la charge de ces armes nouvelles exige peu de mouvements de bras et se fait très-bien dans toutes les positions de l'homme, le second rang peut être fort près du premier, et les feux de masses serrées sont possibles avec une arme assez courte. On a donc réduit la longueur de quelques

nouveaux fusils, par exemple du français (Chassepot) et de rautrichîen (Remington) jusqu'à 1"»,29 et même 1"*,24 *. L'arme est complétée par une baïonnette aussi longue et aussi légère que possible, par exemple le sabre-baïonnette français de 0"*,58 de long.

Les nouvelles armes ont-à peu près le même poîds que les anciennes; quelques-unes sont plus légères de 500 grammes.

Le calibre des nouvelles armes, actuellement en service, varie entre 10*",S et 13 millimètres, et elles forment, sous ce rapport, les groupes suivants :

De lO^^^jS à 11 millimètres (Suisse, France, Autriche nouveau modèle); de 14 millimètres (Autriche, modèle transformé. États allemands du sud) ; environ 13 millimètres (Prusse, Angleterre, Russie).

Les balles de ces différentes armes pèsent depuis 18 jusqu'à 33 grammes. Leur charge de poudre est entre 4 grammes et S«',5* Leur vitesse initiale varie de 300 mètres (minimum, fusil à aiguille prussien) à 460 mètres (maximum, calibre suisse). La vitesse initiale augmente donc à mesure que le calibre diminue, dans les limites ci-dessus indiquées ; les effets balistiques augmentent également parce que les projectiles les plus légers ont au moins autant de plomb que les plus lourds sur Tunité de surface d'une section perpendiculaire à leur axe.

Le but en blanc de ces diverses armes varie entre 250 et 300 pas.

Il est difQcile de fixer avec un peu de précision quelles sont les distances du tir efficace de l'infanterie : elle n'ouvre habituellement son feu qu'à 400 pas sur une ligne mince de tirailleurs, et à 800 pas sur des troupes serrées en fractions peu considérables. Le feu décisif de l'infanterie commencera le plus souvent à 200 ou 230 pas de l'ennemi, et, grâce aux armes se chargeant par la culasse, il se continuera jusque sur

1 Mentionnons à ce sujet que Tordre à demi-dispersé, groupes de tirailleurs, etc., est devenu de fait la forme lactique dominante des combats de feue.

l'ennemi, ce qui diminue beaucoup le rôle du combat à Tarme blanche. Dans beaucoup de cas, l'infanterie tirera avec succès sur la cavalerie, Tartillerie et de grosses colonnes jusqu'à 1000 et 1,200 pas.

La portée des nouvelles armes dépasse de beaucoup ces distances habituelles du tir de gmerre ; elle va jusqu'à 2,200 et 3,000 pas pour les meilleurs modèles, et, à cette distance énorme, quelques projectiles ont encore la force de traverser une planche de sapin de deux centimètres d'épaisseur.

Par suite de la difficulté d'apprécier les distances à la guerre, le nombre des balles qui touchent dépend plus de la forme de la trajectoire que de la quantité de coups tirés, d'où il résulte déjà que les résultats obtenus au tir à la cible ne peuvent pas donner la mesure de l'effet d'une arme dans le combat. Mais la différence entre les résultats du tir à la cible et ceux du feu de guerre est encore infiniment plus grande que l'on ne pourrait croire d'après cela.

Les nouvelles armes des meilleures modèles ont donné au tir d'exercice les résultats suivants :

Distances en pas 200 400 600 800 1000

Une seule cible de l"*,80de

haut et O'-jSS de large. . 55 30 20 12 7

Un panneau de i",80 de

haut et 5 ou 6 mètres de

large 95 90 70 60 48

Dans les exercices de tir de l'infanterie suisse, en prenant la moyenne des résultats obtenus à toutes les distances cidessus, deux tiers des coups étant tirés sur un panneau et le tiers seulement sur une cible simple, on est arrivé à plus de 50 p. 100 de touchés.

Cependant, d'après les observations les plus récentes, les armes rayées n'ont pas eu à la guerre beaucoup plus de 3/4 p. 100 de touchés. C'est trois fois plus que les fusils lisses, mais 1/70 seulement de ce qu'on obtient dans un bon exercice de paix !

Ces faits ont encore d'autres raisons que l'ignorance où l'on est des distances.

Remarquons d'abord que la surface vulnérable d'un ennemi isolé, ou d'un front de peloton, est beaucoup moins grande que la cible correspondante. Une seule cible des di«mensions données plus haut a environ un mètre carré de surface; tandis qu'un homme de forte taille n'a de front que, 0""*',55 et de profil que 0"%33. Ajoutons à cela qu'il est fort rare que l'adversaire soit complètement découvert et debout. Depuis que l'on a compris qu*en se mettant à genoux et en se couchant à terre on peut diminuer l'étendue vulnérable et l'effet du feu ennemi, dans la même proportion que si l'on reculait de quelques centaines de pas, les troupes de soutien et les réserves ont beaucoup moins à souffrir du feu de l'ennemi, même en terrain découvert. Enfin il faut avoir égard à la mobilité d'un but vivant.

On comprendrait que, pour ces diverses raisons, l'action réelle du feu de guerre ne fût que le quart, le cinquième, le dixième même du tir d'exercice, mais nous tombons d'un seul coup au cinquantième, au soixante-dixième et encore au-dessous 1

Tout en tenant compte de l'influence considérable qu'exercent les émotions morales et la mauvaise condition matérielle du soldat qui a éprouvé toutes les fatigues avant le combat, on trouve surtout l'explication du fait ci-dessus en ce que l'instruction du tir est insuffisante et mal faite. Les résultats du tir de paix sont obtenus le plus souvent par le tir individuel, où chaque coup est préparé en détail, la distance est connue, la hausse est placée d'avance au cran voulu, la cible est blanche et l'instructeur est toujours là pour recommander de ménager les munitions. L'habileté que l'on doit désirer au soldat, à l'homme de guerre, comme tireur, est tout autre chose que cela et ne saurait être acquise de cette manière. Elle consiste notamment en ce que le soldat sache se mouvoir sûrement au milieu d'une masse d'hommes plus ou moins serrée, plus ou moins en ordre et excitée en conséquence, et qu'il sache également tirer le plus souvent possible, en mettant, presque sans viser, son arme dans la direction de l'ennemi qu'il doit frapper. On arriverait alors

à tripler au moins les résultats qu'on obtient actuellement à la guerre, sans s'occuper des subtilités inutiles du tir de précision.

Le tir en grandes masses se ftiit trop peu pendant la paix et d'une manière défectueuse. Comme il est Tacte le plus difficile pour l'infanterie, et ne peut avoir lieu en troupes nombreuses, sans danger et sans difficultés, on n'y exerce l'infanterie que le moins possible, ou seulement en petits détachements, sur un terrain favorable, et sans jamais donner au feu l'intensité, c'est-à-dire la rapidité et la durée qu'il doit avoir dans le combat.

L'économie de munitions entre encore en ligne de compte. Dans tous les cas, il est certain que les gens très-exercés au tir individuel et peu habiles à apprécier les distances, se trouveront embarrassés lorsqu'ils seront tout à coup appelés h agir comme éléments dans des feux d'ensemble, oîi ils auront à tirer sur un but auquel ils ne sont pas habitués, et qu'ils sauront qu'ils servent eux-mêmes de cible à l'ennemi,

La question de temps importe beaucoup pour Teffet pratique du fusil d'infanterie comme pour celui de toute ma- Qhine. En effet, une arme à feu idéale, avec une trajectoire parfaitement horizontale et sans aucune déviation, mais qui ne tirerait qu'un coup tous les quarts d'heure, ne pourr^^t tenir la campagne contre des arcs ou des frondes.

La rapidité du tir des armes rayées est exprimée dans les tableaux suivants dont les cbiffi*es représentent le nombre de coups tirés par minute.

l*" Dans les exercices de tir, )as troupes étant en tenue de campagne :

Tir iadividuel.

Tir en masse serrée.

Annes se chargeant par la boache. . • .

/ avec capsules séparées de

Armes 1 la cartouche

rechargeant ^avec cartouches renfer-

par la culasseJ mant la capsule. . . .

\avec magasin

2* Dans le combat :

Tir indiTiduel. Feux de sake.

Arines se chargeant par la bouche. ... 1,4 ^

. / avec capsules séparées. . 2,2 1,5

rmes Javec cartouches renfer-

pana cuiasse.^^i magmn 8ài2 6&8

On voit donc qu'en prenant pour unité le tir des armes se chargeant par la bouche, la vitesse du tir des catégories d'armes ci-dessus suit la progression suivante : 1 • 2 * 3 *, S, dans les exercices de paix. Pour le tir dans le combat cette progression devient 1 ; 3/2 ; 3 ; 7, cette différence entre le^f deux progressions provient de ce que l'absence de capsules, et surtout le fusil h magasin, ont plus d'influence au combat que dans les exercices de paix sur la rapidité du tir.

Les chiffres de ces tableaux sont fort au-dessous de la rar pidité obtenue par certaines commissions de tir, dan$ d3S conditions trèsrfavorables, avec un petit nombre d'habiles tireurs, sans sacs ni équipement, auxquels on présentait les nmnitions, etc., etc. On est ainsi arrivé jusqu'à 12 coups par minute pour les armes se chargeait par la culasse, et jusqu'à 20 coups pour celles à magasin, résultats qui n'ont rien de commun avec l'action de masses d'infanterie d^ns le combat.

L'immense supériorité des armes à magasin (armes à répétition de tous les systèmes) est soumise à cette condition que leur solidité les rende propres à la guerre. Cette condition étant remplie, si Von admet 8, 5 coups à la minute et un pour cent de touchés, un bataillon mettra plus de AOO hommes hors de combat en cinq minutes.

On n'a pas exprimé dans les tableaux ci-dessus les différences des résultats obtenus par les divers modèles d'armes à cartouche complète. Les meilleurs modèles se rapprochent un peu plus que ne l'indiquent ces tableaux des armes à niagasin.

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