MOIS
QUANTITÉ
JOURS
QUANTITÉ
JOURS
DE PLUIB
pouce cabe
DR PUIIB
DI PLOIS
DB PLOn
Janvier ....
Février. . . .
Mars
Avril.......
Mai
Juin
Juillet
Août
Septembre .
Octobre....
Novembre. .
Décembre..
Totaux..
Moyenne de pluie à Papéété pour les trois années 1855, 1856 et 1857 : Pouces cubes, 45 par an.
Nota. — La pluie est plus commune au sud-est ou côté du vent de Tahiti, qu'au nord-ouest, oîi le port de Papéété est situé.
(Page 178)
CONVENTION ENTRE S. M. LA REINE D'ANGLETERRE ET S. M. LE ROI DES FRANÇAIS.
Sa Majesté la Reine du royaume uni de la Grande- Bretagne et d'Irlande, et Sa Majesté le Roi des Français, désirant écarter une cause de discussion entre leurs gouvernements respectifs, au sujet des îles de rOcéan Pacifique désignées ci-après, ont cra devoir s'engager réciproquement :
1* A reconnaître formellement l'indépendance des îles de Houahiné, Raïatéa et Borabora (sous le vent de Tahiti), et des petites îles adjacentes qui dépendent de celles-ci ;
2'* A ne jamais prendre possession desdites îles, ou d'une ou plusieurs d'entre elles, soit absolument, soit à titre de protectorat, ou sous autre forme quelconque ;
3*» A ne jamais reconnaître qu'un chef ou prince régnant ô Tahiti puisse en même temps régner sur
une ou plusieurs autres lies susdites ; et réciproquement qu'un chef ou prince régnant dans une ou plu- > sieurs de ces dernières, puisse régner à Tahiti ; l'indépendance réciproque des îles désignées cidessus, et de nie Tahiti et dépendances, étant posée en principe.
Les soussignés, principal secrétaire d'État pour les affaires étrangères de Sa Majesté britannique et le Ministre plénipotentiaire de Sa Majesté le Roi des Français près la Cour de Londres, munis des pouvoirs nécessaires, déclarent en conséquence, par les présentes, que leurs dites Majestés prennent réciproquement cet engagement.
En foi de quoi les soussignés ont signé la présente déclaration et y ont fait apposer le sceau de leurs armes.
Fait double à Londres, le 10 Juin, l'an de grâce
(L. S.) Palmbrston.
(L. S.) Jaènac
(Page 193)
MON VOYAGE DE PARIS A TAHITI raconté aux lecteurs dn Petit Messager des Missiùns évangéliques.
Je partis du Havre pour Tahiti le 1" décembre 1862. En une nuit, notre vapeur traversa la Manche et nous déposa à Southampion, noble port de l'Angleterre, auquel nous faisons nos adieux dans l'après-midi du 2 décembre. Le vaisseau qui nous emporte court vers le sud-ouest, jusqu'à la colonie danoise de Saint-ThomaSy où nous arrivons en dixsept jours.
La baie de Biscaye nous traita mal, parce qu'elle est ordinairement mauvaise. En 1832, j'y avais essuyé une tempête qui dura trente-deux heures, et, dans la nuit du 14 septembre 1860, la digne mère de mes enfants y périt dans les horreurs d'un affreux naufrage. Mon cœur était triste quand je la traversai de nouveau; le cœur d'une de mes filles, que j'emmenais avec moi, était triste aussi. Nous
nous consolions ensemble en nous disant Tun à l'autre : « C'est à Dieu qu'appartient la mer ; rien n'arrive sans sa permission. La bonne mère que nous pleurons est allée auprès de lui. Sa tâche icibas était finie. Nous devons monter vers elle après le combat ; mais notre œuvre dans ce bas monde n'est pas faite encore, c'est pour cela que le Seigneur nous a conservé la vie et qu'il nous envoie de nouveau chez les païens. Ayons bonne confiance en. lui, ne murmurons point, car notre Père céleste ne châtie jamais ses enfants dans sa colère, ^c'est toujours avec amour et pour leur bien... m Alors nous chantions, disant :
Encor qoelqaes jours sur la terre, Encor quelque peu de misère.
Et vers les cieuz mon âme s'en ira.
Je vois déjà le bout de la carrière Où pour toujours mon combat finira.
Ces sentiments sont bien chers au chrétien. Hélas! trop peu de personnes les possèdent!
A bord du vapeur qui nous portait, on parlait d'argent, on jouait beaucoup aux cartes, on lisait trop de romans. Nous étions au moins 180, Français, Anglais, Espagnols, Américains, etc. Tous avaient les mêmes goûts; mais quelques-uns des passagers aimaient la Bible, et je la leur lisais quelquefois. Ceux-là me demandaient des traités reli-
gieux. Ils prenaient plaisir à parler de Choses sérieuses, et souvent nous priions ensemble. Gomme l'apôtre Paul l'a très-bien dit, notre foi n'est pas commune & tous. Cependant il y a partout des gens qui l'ont, et ceux-là s'en entretiennent ensemble, parce que « c'est de l'abondance du cœur que la bouche parle. »
La ville de Saint-Thomas, quand je la vis, me fit oublier les idées tristes. Elle est fort jolie. Représentez-vous un port plein de navires. L'œil glisse à travers les mâts, à travers tous les cordages, et s'arrête par delà sur trois monts à pente douce, ronds, tous trois terminés en dôme, couverts d'une foule de maisons, ombragés de très beaux arbres, tous trois assis là gracieusement, et si ressemblants entre eux que vous diriez trois jumeaux silencieux, mais énormes. Ils forment de vrais amphithéâtres. A leur pied, s'élèvent de nombreuses habitations, les unes nobles avoir et blanches, les autres fort médiocres. Derrière, vers les hauteurs, se dresse un fort délabré oîi vivaient autrefois des pirates, qui attaquaient les vaisseaux pour les piller; mais un gouvernement s'établit ensuite ici et balaya du pays ces méchantes gens. On n'en rencontre plus aujourd'hui. Vous trouvez, en traversant la ville, des boutiques, des églises, quatre ou cinq^ écoles. J'entrai dans trois de ces dernières pour y parler aux enfants, et, le soir, on se réunit dans un grand
temple, où j'ufmonçai TËvangile. Le. chant fut très bon et l'attention excellente.
Ce sont deux missionnaires moraves qui ont les premiers passé la mer pour venir à l'île Saint-Thomas apprendre aux nègres que Jésus est leur Sauveur. Il y a de cela 13^ ans. Ces pieux messagers avaient des ailes, comme l'ange de l'Apocalypse : c'étaient celles de leur foi et de la charité. Ils possédaient seulement 80 fr. chacun; mais ils savaient un métier qui devait leur procurer du pain.
Ils convertirent d'abord un esclave, puis trois, et ensuite des centaines et des milliers. Une conséquaice de ce réveil fut que les planteurs s'émurent et les mirent en prison; mais les missionnaires ne se découragèrent pas. On les fit sortir ensuite, et ils poursuivirent leur travail. Figurez-vous l'un d'eux se rendant à une danse pour en ramener un nommé Mengo. Il lui raconta l'agonie de notre Seigneur. Ce jeune homme fut si touché qu'il en versa des larmes de componction!... Après avoir été baptisé, il prêcha lui-même à ses compatriotes pendant vingt ans. Frédéric Martin, son père en la foi, travailla beaucoup et souffrit beaucoup aussi pour le nom de Christ. Il rendit témoignage à la vérité durant cinquante ans. Son- nom est encore très vénéré parmi les habitants de l'île.
L'ameur des âmes est un très beau feu. Une fois allumé dans le cœur, il brûle toujours, comme le buisson de Moïse, mais sans se consumer pour cela.
Je vous le souhaite à tous, mes chers lecteurs.
En débarquant à Saint-Thomas, je rie pus me défendre d'une espèce d'orgueil missionnaire. « Te voilà donc, me disais-je, dans les Antilles danoises, où la fièvre jaune fait souvent des victimes; où, de temps en temps, de&^tremblements de terre et des ouragans exercent d'aflreux ravages, mais où arrivèrent, en 1732, les premiers éclaireurs des missions modernes. Quelle histoire instructive que celle de ces messagers de rÉvangUe !
L'un d'eux, Nilschmann^ construisit une maison pour les nègres; Dober, son collègue, le servait comme manœuvre, et ces deux modestes frères vécurent du travail de leurs mains pendant un temps, mais en profitant de toutes les occasions qui se présentaient à eux d'instruire les esclaves. Le premier parti, Uober eut à traverser une époque de rudes épreuves. Toutefois, ni la faim ni la maladie n'ébranlèrent son courage. Pour se vouer tout entier au soin des nègres, il quitta môme une position honorable qui lui avait été assurée dans la maison du gouverneur de l'île. Il parvint à se faire nommer surveillant des esclaves dans une plantation considérable. Lorsque le Seigneur le rappela de ce champ de travail, ce fut en lui donnant la joie, non-seulement d'avoir frayé la route sur laquelle d'autres pouvaient marcher après lui d'un pas assuré, mais encore d'avoir vu quelques noirs, franchement convertis à Dieu, former le noyau d'une Eglise nègre.
Jusqu'aux temps dont nous parlons, les Eglises du Seigneur, en Europe, avaient oublié de porter l'Évangile au monde païen; elles avaient négligé de suivre le commandement, si formel pourtant, du Maître, d'aller lui gagner des disciples parmi toutes les nations. Simples et dévoués, mieux inspirés, David Nitschmann le charpentier, et le potier Dober obéirent. Honneur à Thumble communauté de Hernout qui les avait délégués ! Louanges et actions de grâces au divin chef qu'elle suit et glorifie! La mémoire de Zinzendorf et de ses amis restera bénie parmi les Gentils.
J'ai fait une visite à Nisky, où l'Unité des Frères établit sa première station. Elle existe encore et compte, outre sa florissante Eglise, une école de 300 élèves, placés sous les soins du missionnaire Hamilton. Ce digne serviteur de Dieu pense que les premiers missionnaires, en vivant du travail de leurs mains et s'abstenant de faire appel à la charité de leurs néophytes, ont rendu difficile le devoir qui s'impose naturellement à tout troupeau du Seigneur de contribuer aux frais du culte. Cela ne l'empêche pas de travailler assidûment dans sa sphère. Son vénérable collègue de SaintrThomas le seconde en cela avec beaucoup de conviction. Il soigne l'église, les écoles et tient une librairie où je n'ai trouvé que de bons livres.
Le début de la mission à Saint-Thomas fut trèspénible. D'abord dix-huit personnes, suivies peu de
temps après d'une douzaine d'autres, dans Tunique but de fonder dans l'île une coloniei succombèrent en grand nombre à la maladie. Le jour où dix nègres reçurent le baptême, les planteurs jetèrent les missionnaires en prison, prétendant que a si les noirs vivaient comme les brutes, ils pouvaient bien mourir de même, sans qu'on leur parlât de religion. » En 1839, les Frères eurent l'extrême dou« leur de voir deux nouveaux ouvriers qui leur arrivaient d'Europe essuyer un naufrage tout près du port. L'un d'eux disparut en un clin d'œil au mi^ lieu des vagues ; son compagnon de voyage, lirêêl^ réussit à se cramponner à un rocher, sur lequel il monta; et là, en face de la mort, malgré la tempête, mais animé de l'esprit de foi, comme un courageux soldat de Jésus-Christ, il chanta ce cantique de son recueil d'hymnes :
« Ou ¥001 Tos pas, soldats do Roi des rois ?
Oti coarez-vons, messagers de la Croix?
Dans les déserts, Sons les climats dhers, Dans les lies perdaes.
De TOUS encore ioconnues. •
Lorsqu'en 1782, la mission célébra le cinquantième anniversaire de sa fondation, elle constata le décès de 127 frères et sœurs missionnaires que les fatigues et les Qèvres avaient enlevés, mais aussi le baptême de 8,833 nègres adultes et de 2,974 en-
fants. Dès lors, l'œuvre n'a cessé d'aller en augmentant. Une station après l'autre fut fondée, tant sur Saint-Thomas que dans les deux îles voisines. Plus d'une fois les planteurs essayèrent de fermer les chapelles des frères. Les terribles ouragans de 1772, 1782, 1793, 1819 et 1827 renversèrent les ^ maisons et les chapelles. A Sainte-Croix, dix frères et sœurs moururent trois mois après leur arrivée dans l'île; mais l'Eglise de Hernhout chanta, en apprenant cette nouvelle (1) : a Ils ont été déposés dans la terre, ces dix, et on les dirait perdus ; mais non! sur leurs tombeaux se lisent ces paroles : Ils sont la semence de l'Eglise nègre I » Et bientôt après, onze personnes partirent pour remplir les lacunes.
La vigne du Seigneur n'a jamais manqué d'ouvriers dans les trois îles; les stations détruites par les éléments se sont relevées, et la mission a célébré, en 1832, son jubilé séculaire. 31,518 nègres avaient été baptisés pendant le premier siècle de la mission. Aujourd'hui, les huit stations de ce district sont desservies par 17 frères et sœurs; les nègres n'y sont plus ni esclaves ni païens. Puissent-
(1) Es wnrdea zebn dahin gessht,
AU wœren sîe Terloren ; Aaf ihren Grœbern aber sleht :
„Dfc8 ist die Saat der Mobren."
(Les Miuioni morava, par E.*Reicb«l).
ils tous devenir des chrétiens en esprit et en vérité, jouissant de la glorieuse liberté des enfants de Dieul
Depuis 1841, les huit écoles nationales de Sainte- Croix et ensuite celles de Saint- Jean et de Sainte Thomas ont été confiées par le gouvernement danois aux frères de V Unité Morave. La langue anglaise y est adoptée. Après l'insurrection des esclaves, en 1848, l'émancipation des nègres fut proclamée dans les trois îles du groupe. Ce changement paraît avoir été avantageux à la population en général, qui, depuis lors, vit tranquillement dans ce pays. Saint-Thomas compte un lieutenant gouverneur, qui relève de l'autorité de Sainte -Croix. Il n'a qu'une compagnie de 130 soldats sous ses ordres, et pourtant la population de l'île ne s'élève pas à moins de 14 à 15,000 âmes. Le port est libre, le commerce très prospère. C'est ainsi que le Seigneur continue k bénir ce petit pays et ses habitants.
Et maintenant, il nous faudra voyager encore. Un nouveau vapeur nous prend à Saint-Thomas et nous porte, en quelques jours, à travers la mer des Antilles, jusqu'à l'isthme de Panama, qui sépare l'Amérique du Nord de l'Amérique du Sud.
On nous dépose là, sur la grève, dans un petit village marécageux appelé Colon, où se trouvent quelques chrétiens spirituellement maigres, faute de la nourriture qu'il faudrait à toutes les âmes.
Le lendemain, nous franchissons l'isthme en chemin 'de fer. Ce chemin a coûté plus de quatre
mille vies aux malheureux Chinois qui y travaillaiëht, outre de fortes sommes d'argent aux Américains qui Tont ouverte De côté et d'autre, on aperçoit quelques cases et des plantations d'Indiens, qui sont aussi ignorants que misérables. Hélas I personne n'est là pour les instruire. La chaudière chauffe avec du bois au lieu de houille. On travei^se des forêts profondes et grandioses, comme il ne s'en rencontre que sous les tropiques, où la terre brûle comme un four. Les rivières et les marais ne manquent pas. Le trajet dure quatre heures.
Arrivés au terme de cette course, nous saluons la ville de Panama, qui regorge de catholiques, mais si peu dévots qu'ils viennent de chasser leur évêque, dont les idées politiques ne s'accordaient pas avec les leurs, à ce qu'on dit. ,
Un vapeur encore se trouvait prêt. Le prélat disgracié saute dedans, et nous après. — Voilà qu'on vogue à présent sur l'Océan pacifique. Figures, langage, mœurs, tout revêt ici une couleur espagnole. Un Jésuite du bord était souffrant. Je lus pour cet homme le 14° chapitre de saint Jean et lui offris mes consolations chrétiennes. Il venait de perdre sa mère, et son cœur pensait à elle. Passant par dessus mes fautes de prononciation, il me remercia de mes soins , car il était attendri. A la ville de Guayaquil, nous nous séparâmes Tun de l'autre, et je discontinuai toute controverse religieuse av^ l'évêque, parce qu'il nous quitta aussi,
mais j'allai de nuit parcourir un peu les rues, où je risquai de recevoir des coups de bâton pour récompense de ma curiosité.
Deux jours plus tard, nous débarquâmes à Paita, dans le Pérou. Quels sables I Je n'y trouvai guère que cela. IJ y pleut tous les sept ans. De Tor, j'en vis peu; de la misère, beaucoup. Nous passâmes là quinze jours, sous le toit hospitalier du consul anglais.
Comme sa maison s'élève sur le rivage, le soir je prenais un bain de mer. Le matin, je courais voir le marché. L'eau s'y paye un ou deux francs la grande cruche. On l'apporte à dos de mulet, mais de six lieues au moins, ce qui fait qu'elle se vend si cher.
Les fruits abondaient toujours. J'en connaissais à peine un seul, mais ils n'étaient pas moins bons pour cela. L'amadou et le tabac, le pain, les biscuits, la viande et plusieurs espèces de poissons, les étoffes pour se couvrir, et le fil et les aiguilles, tout cela ne manquait pas. Des Indiens les exposaient par terre ou sur de petites tables portatives, qu'ombrageait une large natte ou une petite toile suspendue à des bambous.
La place est spacieuse, carrée. A défaut d'arcades, une église avec tourelles la relève. Régulièrement il en sortait un son rauque du bourdon, qui, se mêlant aux mille bruits du marché, les faisait taire comme par enchantement. Alors les vendeurs
et les vendeuses faisaient un signe de croix et disaient trois mots de prière. On voyait les pltîs fervents entrer dans le sanctuaire, s'y accroupir, baisser la tête, et rester ainsi recueillis jusqu'à ce que le prêtre eût terçainé son office. On sortait ensuite, les femmes couvertes d'un grand fichu noir qui leur servait de chapeau, et portant sous Je bras ou à la main le tapis qui leur avait tenu lieu de chaise dans leurs dévotions.
Voilà, très brièvement, comment se passaient les choses. Un jour que je traversais la ville, je rencontre sur mon chemin une bonne vieille femme indienne qui promenait et montrait à tout le monde sa très-petite madone. Elle veut que je la considère de près, avec ses atours, et que je donne mon sou ou deux.
Je lui dis : « Non, non; » et, tout bas, je dis encore : « Des poupées! cela se trouve au marché, sans compter celles plus jolies dont on décore si bien l'église I » •— Toute médisance à part, les paganismes dorés sont toujours des paganism^es. La vérité pure et simple peut se passer d'ornements.
J'allais, par exemple à l'hôpital. J'ouvrais ma Bible; j'y lisais à haute voix. Les matelots américains que je trouvais là comprenaient et m'écoutaient. L'un d'eux, apparemment plus touché que ses- confrères, m'a remis une jolie canne que je garde comme un précieux souvenir de ce brave homme.
Avec le secours du médecia, un culte du dimanche fut commencé dans rétablissement par votre humble serviteur, et promesse m'a été faite qu'il serait continué après mon départ.
Ce départ eût lieu bientôt. En quatre semaines, le transport à voiles la Dorade nous déposa sains et saufs à Papéété. Nous avions toujours suivi la ligne du sud-ouest.
Concluons :
Vingt-huit jours de Paris à Paita,
Vingt-huit jours de Paita à Tahiti.
Voilà, pour le trajet, ce qu'il a suffi de temps pour me mettre, ou à peu près, à ce que vous app^ lez vos antipodes. Sans l'amour p(?ur l'œuvre du Seigneur^ je ne serais pas allé si loin de mes amis.
(Page 321) ARCHIPEL PES TOUAMOTOUS.
Sous ce titre, un journal qui s'imprime à Papéété, le Messager de Taïli^ a publié, dans ses numéros de juin et juillet 1864, une série d'articles intéressants, dont mes lecteurs me sauront gré de reproduire ici quelques fragments.
a Les esprits méditatifs qui cherchent à se rendre compte de la formation de ces archipels peuvent se donner ici pleine carrière; rien n'y manque : ni la table de corail de 45 milles de développement, portée à fleur d'eau sur une muraille presque verticale d'une incommensurable hauteur; ni les sables et les débris corallins amoncelés en îlots jusqu'à l'arasement des plus forts ras de marée, et par dessus des forêts de cocotiers de la plus belle venue plantées de main d'hommes, et dont les débris forment humus sur le sol; ni môme, en quelques
endroits, d'énormes rochers calcaires dont la tête culmine à 20 ou -25 pieds, et devant lesquels la raison s'arrête en suspens, se demandant s'ils sont les pointes extrêmes d'un soulèvement calcaire qui formerait le noyau de l'île, ou s'ils ont été jetés là comme des blocs erratiques arrachés aux entrailles de la mer par une violente secousse des flots; ni le lagon intérieur où l'on peut suivre avec un certain vague, à l'aide de la tradition peu précise des âges, la lente création de tous ces bancs de corail. Anaa se vante d'être la capitale et le berceau des Touamotous ; elle est sans contredit l'île la plus importante de l'archipel, et par ses épaisses et riches forêts de cocotiers qui couvrent le sol presque tout entier, et par ses treize cents habitants actifs, laborieux et pleins ^ de vigueur. Il n'est pas une île aux alentours où l'on ne retrouve la trace de ses expéditions de conquête ou de civilisation. Les gens d'Anaa se prétendent originaires du district d'Hitiaa dans l'île de Tahiti.
« C'est de Tahiti qu'est partie la première lumière du christianisme qui éclaire aujourd'hui les Touamotous. Il y a quarante ans à peine ces îles, étaient encore livrées à un misérable fétichisme. Quelques disciples des missionnaires de la Société de Londres se rendirent à l'île d'Anaa, une Bible à la main, et ils enseignèrent à lire l'Écriture sainte dans la langue vulgaire. Us réussirent tout d'abord. Des mis-
sionnaires anglais s'y transportèrent à diverses époques, sans toutefois s'y établir d'une manière permanente, et cependant il y eut bientôt, comme à Tahiti, un temple protestant dans chaque district. Il faut l'avouer, cette forme religieuse qui Consiste à répandre la Bible à profusion et à dire : « Lisez et méditez! ce livre renferme tout ce qu'il faut croire et adorer ; là est votre règle de conduite dans ce monde, votre salut dans l'autre; » cette forme religieuse, disons-nous, a dû s'établir aisément chez les populations primitives et isolées comme celle des Touamotous. Qu'il se trouve dans un district, dans un village, un homme sachant lire, il fait une lecture de la Bible au peuple assemblé, et voilà la communauté religieuse fondée.
« Sous ce beau ciel, l'homme n'a pas, comme dans nos âpres climats, à se préoccuper sans cesse des nécessités premières de l'existence, du vivre, du couvert, des vêtements; il n'a pas besoin de songer à amasser pendant l'été de quoi subsister pendant la saison d'hiver : les cocotiers lui fournissent toute l'année des grappes de fruits pour satisfaire sa faim, des branches au long feuillage pour se construire une hutte ou des cabanes et s'abriter des vents et de la pluie. Dans ce pays, l'instinct du plaisir est celui qui remue le plus les imaginations. Comme on a pu le remarquer chez tous les peuples primitifs,
la danse ici joue un grand rôle; les Touamotous mettent tout en danse : amour, combats et jusqu^aux actes les plus simples de la vie. Le chant vient en* . suite, accompagnement obligé de la danse; mais rarement il éclate en notes joyeuses : les accords mélancoliques y dominent. Quant à leurs instruments de musique, ils sont d'une incroyable pau* vreté; ils n'ont pas même le simple chalumeau de Tahiti : un tronc de palmier, creusé en tambour, sert à marquer la mesure. Chaque district a sa bande de danseurs, ou, pour user d'un mot un peu présomptueux, son corps de ballet^ avec son barde et ses rapsodies traditionnelles. Il nous semble que quand: un besoin se révèle chez un peuple d'une manière si vive qu'il paraît fondé sur la nature, plutôt que de ctercher à l'étouffer par des moyens violents, îl vaut mieux en régler l'exercice dans la pratique de la civilisation. Généralement ces chants se composent d'un petit nombre d'idées simples développées dans une ou deux strophes; quelquefois ce sont des mots sans signiQcation ou sans suite, peut-être des fragments d'anciennes cantilènes que ' la tradition n'a pas su conserver; souvent les images sont grossières, comme on peut s'y attendre de peuplades qui naguère ignoraient les vêtements; mais de temps en temps on en trouve d'une fraîcheur, d'une fleur de poésie exquises. Nous en citerons une, entre autres, où la pensée se suit bien et assez
longtemps, et où nous nous sommes efforcé de reproduire le rhythme et la cadence :
PITAPERIRO
(▲KCIENNE ÉLÉGIB)
Une jeune fille de Tououhora pleure son fiancé retenu à Tahiti :
Fraîches brises des mers, portez vers le coachant L'haleine des miris (i) dont mon front se décore; Emportez mes soupirs, les notes de ce chant» Mes Tœux» mes cris, mon cœar, le feu qui me dévore I
Mon âme, partez aussi ; Haï volez à Tahiti 1
C'est là que respire.
Là, Tépoux que j'ai choisi
M'attire, Mon yrai, mon fidèle ami,
Pitaferiro chéri,
Pitaferiri.
fleur de l'opuhi (2) 1 dans Técume des flots La brise tous disperse en balayant ces grèves 1 Ainsi de ma pensée, ainsi de mes sanglots ; Le souffle du malheur emporte aussi mes rêves;
(J) Espèce de basilic.
(2) Autre fleur dont ils font des couronnes.
Doax tODge de Tahiti, Uo esprit qae jVi suivi,
Hélas» ombre yaioe!
Sar ce récif aj)rés lui
M'entraioe; Je veux Tétreiodre. ... il a foi
Pitaferiro chéri»
Pitaferiri .
Dénoaez mes cheveux : en ondes répandas Qa'ils cachent mon visage et mes yeax pleins de larmes; le n'ai pins qa*à mourir, mes sens sont éperdus. Mon cœnr se brise au choc des plus vives alarmes.
Loin, si loin de Tahiti»
Tout mon espoir a péri.
Vers la froide ruine (1).
Mon front par la mort pftli
S'incline ; Je jette mon dernier cri ;
Pitaferiro chéri,
Pitaferiri.
Elle s'affaisse sur elle-même, les cheveux épars et la couvrant comme d'un voile; puis elle se relève soudain par un brusque mouvement :
Mais la brise qni bat le flot sur le corail Ne peut-elle gonfler la voile que j'arbore ?
Brille, étoile des mers! J'ai pris le gouvernail. L'onde gémit; mon cœur gémit bien plus encore;
(3) Lieux froids, froids débris, etc., expressions particulières aax Tonamotous pour représenter le tombeau.
Mon destin soit accompli!
Oui, Tolons vers Tahiti I
Vogne, ma pirogael Sur l'Océan assombri»
Hél yogael L'abîme est bientôt franchi.
Pilaf eriro chéri,
Pitaferiri I
L'aabe dans Tazar sombre argenté les monts noirs ; Des senteurs de forêts par les airs nous arrivent ; parfums inconnus, rêvés dans mes longs soirs 1 Cascades des vallons! tous mes pensers revivent.
Salut à toi, Tahiti 1 Chagrin, deuil, tout est fini :
Sur ton dj)iix rivage.
De mon époux j'ai saisi
L'image ; Il est là sur le Pari,
Pitaferiro chéri»
Pitaferiri.
La vive pantomime et les battements de mains qui accompagnent ce chant lui donnent d'un bout à l'autre l'expression d'une onomatopée enivrante.
« Faaïté est située dans le N.-N.-E. de l'île d'Anaa, à 38 milles de distance. Ce n'est qu'un vaste plateau de corail à fleur d'eau avec un lac intérieur, et dont le bord septentrional, qui s'étend longitudinalement, presque en droite ligne de l'est à l'ouest, sur
une longueur de 16 milles, est parsemé de petits monticules de sables amoncelés, couverts de bouquets de cocotiers. Leur vert panache, sans cesse balancé par l'éternel vent d'est de ces parages, tranche avec un charme indéfinissable dans l'azur tendre du ciel et sur l'azur plus profond de l'Océan. La mer déroule à leurs pieds ses volutes écumantes et forme une immense ceinture d'une blancheur si éblouissante que l'œil a peine à en supporter l'éclat. Quand on s'approche par le sud, c'est le récif à fleur d'eau qu'on rencontre tout d'abord et que l'on côtoie de très près pendant plusieurs heures. Le spectacle est saisissant ; nulle âme à bord n'y échappe.
« Sur cette terre , comme dans presque toutes les îles Touamotou9, la danse est vite organisée : un bâton qui bat la mesure sur une planche forme l'orchestre, des feuilles sèches et des branches d'arbres liées en torches éclairent la scène de lueurs fantastiquement reflétées sous les voûtes ondoyantes des cocotiers. Quelque rapsode improvise ou répète sur des notes vraiment gracieuses des lambeaux de ballade que le chœur redit avec un entrain irrésistible. Tantôt ce sont de légères peintures de mœurs comme celle-ci :
Je Youdrais bien monter sur an navire.
Je voudrais bien voir de nouveaux pays; .
Secret écho, dans mon cœur qui soupirei Me dépeint là nombreux objets chéris.
X Mais mon Tîeax père aux cendres de ma mère
Reste enchaîné par mystérieax lacs; Je resterai pour soigner mon vieux père.
Tant qu'aax lienz froids il ne dormira pas.
OU bien :
Sous le Tavana — a A la ronde, Tout le monde Dansait la npanpa, Sous le Tayana — a.
OU quelque critique fine de l'autorité, des travers d'un chef; ou un lambeau d'épopée qui consacre les sanglantes invasions des gens d'Anaa dans toutes les Touamotous; ou enfin un trait de l'histoire de Tahiti, l'élévation et la chute d'une race. »