‹ Tahiti et les îles adjacentesChapitre 29 sur 29 · UNE LETTRE .CURIEUSE · texte numérisé non relu

UNE LETTRE .CURIEUSE

En composant mon livre, j'ai éprouvé une sorte de répugnance toutes les fois qu'il m'a fallu entrer dans quelques détails sur la mission catholique romaine parmi les Touamotous. Elle y a débuté par une controverse bien étrange, pour ne rien dire de plus, puisqu'elle s'engagea entre un vicaire apostoli- , que et de grossiers, mais candides insulaires. Ces derniers m'ont remis quatre curieuses lettres, dont je ne soupçonnais pas même l'existence. Elles contiennent des paroles de la Bible et des paroles d'hommes. Plusieurs de celles-ci sont de nature à oSenscr et à donner naissance à quelques rixes; mais, jusqu'à ce jour, ces rixes ont été évitées. Aurais-je besoin de dire à quel point je trouve regrettable qu'on ait ainsi tenté de jeter du trouble, jusqu'à nos antipodes, dans l'esprit de ces populations, dont le seul tort, après tout, est d'avoir dans leurs maisons et de lire chaque jour la Bible? Le vicaire^

tient compte de ce fait, et pour les mieux attijfer à lui, il leur cite le saint volume avec proftision. Il feint, en outre, de croire que les habitants d'Anaa ont renoncé à la religion protestante qu'ils avaient reçue d'abord, tandis qu'ils l'ont conservée en réalité, comme le prouvent les chiifres donnés à la page 309 de cet ouvrage.

Voici quelques citations des lettres du vicaire; elles termineront cet appendice , que je me devais peut-être de rendre ainsi plus complet.

DEUXIÈME LETTRE DU MINISTRE (PÉRIPÉTÉRO) NICOLAS AUX HABITANTS d'aNAA, 28 JUILLET 1861,

d'après une Iraàvitlion littérale^ faHe par un des interprètes du Gouvernement projeteur.

Mes chers amis,

C'est avec joie et plaisir que je vois votre désir pour la Parole de Dieu, car vous avez réfléchi sur la Parole de Dieu, au sujet de laquelle je vous écrivis le 24 février 1861. Les habitants de Touhouhora, et d'autres districts d'Anaa, m'ont envoyé leurs réponses.

Oui, mes chers amis, c'est une bonne chose que nous puissions causer fréquemment ensemble de la Parole de Dieu, puisque l'Évangile est la puissance de Dieu pour le salut de tous ceux qui croient (Rom. 1, 16);

Plusieurs sujets de discussion m'ont été soumis. Dans

cette lettre^ nous allons tâcher d'examiner le premier seulement. Les autres seront élucidés plus tard.

a Pourcïuoi les habitants d'Anaa ont-ils renoncé à la religion protestante qu'ils avaient reçue d'abord? »

Plusieurs d'entre vous m'ont avoué, et je me suis en effet convaincu, par mes propres observations, que vous étiez autrefois des disciples attentifs des missionnaires protestants ; mais comme ceux-ci vous ont quittés bien vite, parce que notre île ne leur convenait pas, les habitants d'Anaa ont pensé, avec raison, que ce n'étaient pas ici devrais messagers du Seigneur, attendu qu'ils avaient sitôt quitté leurs brebis.

En jugeant de la sorte, vous ne vous êtes pas trompés sur le caractère du mercenaire (Jean X, 12 et 13; II. Pierre XI, 1,2,3).

Ce sont les apôtres qui ont fondé l'Église de

Rome et qui l'ont instruite selon la parole de Dieu. Paul noué exhorte à ne pas recevoir d'autre doctrine que celle ' qui nous a été délivrée par les apôtres, quand ce pourrait être môme un ange de Dieu qui nous l'annonçât (Galates I, 8 et 9). L'Église de Rome était, dès le commencement, la vraie Église de Notre^Seigneur (Romain I, 8).

Le Seigneur nous a dit de son Église, que les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle (Math. XVI, 18 et 19), et il a promis à ses disciples qu'il serait avec eux jusqu'à la fin du monde (Math. XXVIII, 20). Il n'y a donc ni fin ni erreur dans l'Église de Notre-Seigneur, et . celui qui ne veut pas écouter l'Église, le Seigneur nous a dit que nous devons le regarder comme un païen et un péager (Matth. XVIII, 17). Or, les protestants n'écou-

tent pas l'Église, donc ils doivent être pour elle comme des païens et des péagers.

C'est en réfléchissant sur ces paroles que les habitants d' Anaa ont été amenés à abandonner la doctrine des protestants. Vous avez été bien sages. Si nous étudions de cette manière la Parole de Dieu, nous connaîtrons bien, et en peu de temps, qu'elle est la vraie Voix et la vraie Parole de Notre-Seigneur Jésus-Christ. ......

Mes très chers amis, voici la troisième lettre que je vous écris au sujet de l'Évangile de Dieu. Il y en a plusieurs parmi vous qui disent : « Ces paroles-là sont bonnes, car elles se trouvent dans l'Évangile. » Cela est bien vrai, mes chers amis, je ne vous annoncé d'autre parole que celle.de l'Évangile, et je n'ai point honte de l'Évangile de Christ (Rom. 1, 16), et malheur à moi sir^è ne prêche pas l'Évangile.

Il y a plusieurs mauvaises herbes et des ivraies dans le pays, mais eljes ne portent pas de fruit. Il en est de même des doctrines protestantes et de celles des mormons. Elles sont répandues pïirtout dans l'île, mais elles ne portent point de fruit. Xa doctrine protestante et celle de Grouard (un mormon) se sont répandues ici , mais la repentance, la vraie foi et la confiance ne s'y sont pas répandues, ni môme la charité, ni la connaissance , ni l'honneur que les enfants doivent porter à leurs pères et mères, ni le sentiment des devoirs que ces derniers doivent à leurs enfants. L'enseignement de Grouard s'est répandu, mais l'adultère et la débauche existent toujours. L'enseignement de Grouard s'est répandu, mais le mensonge et le vol n'ont point cessé ; l'enseignement de

Grouard s'est répandu, mais la paresse, la pauvreté et rignorance existent toujours, ainsi que l'upaupa (danses), rivrognerie et toutes les autres mauvaises choses. L'ido- ' latrie a été abandonnée, mais non pas les mauvaises actions, parce qu'ayant connu Dieu, ils ne l'ont point glorifié comme Dieu (Rom. I, 21).

Les choses vont autrement bien dans les îles qui ont embrassé la vraie Parole de Dieu. Voyez, par' exemple, les habitants de Mangaréva (îles Gambier). Il n'y a plus là de débauches ni d'impuretés, on n'y entend plus de mauvaises paroles. La paresse, la pauvreté et l'ignorance n'y existent plus; les habitants y sont éclairés; ils glorifient Dieu comme il doit être glorifié : leur piété, leur confiance, leur charité et leur foi sont très établies. Mais la foi des habitants des îles Touamotous est une chose - différente, parce que l'enseignement qu'ils ont reçu ^^®^ ^ ' norté de fruit. En conséquence des travaux des p a pomv ^ -^nitéro) catholiques, ils commencent à être ministres (PéK, ^g^jg jj y ^ dans notre île tant d'herun peu instruits; w ^^ ^^^^ enseigftement ne s'est bes sauvages (aihere) ^ -^ez-moi, mes chers frères, à pas répandu rapidement. Alu. ^^ ^^^^^ ^^^^ ^^^^^^^ arracher cette méchante herbe . ..^ j^^^^ ^^ p^ croître dans notre île la Parole de Dit.. ^^^^^ ^^^ ^^^ chaîne lettre, nous allons expliquer les îïî^- ^.j^-g^j.^ ^^ quels nous pouvons distinguer entré un vrai *. (Jéréceux qui ont couru, mais sans avoir été envoyés , mie XXIII, 21).

Mes chers amis, voyez, nous habitons notre île comme si nous ne formio;is qu'une famille; pas d'inquiétudes,^

pas de troubles, étudions donc sans cesse la Parole de * Dieu avec un ardent désir de la mieux connaître. Dans la dernière lettre que je vous ai écrite, concernant la Parole de Dieu , il est mis en évidence que ce n'est pas là le signe d'un vrai ministre d'avoir sur ses lèvres les paroles de l'Évangile, ni de faire des miracles ou des signes, car les prophètes et les ministres qui ont couru, mais sans être envoyés, en ont fait autant (Jéré-mie XXIII, 21 ; Math. VII, 15 à 20).

Le vrai ministre est celui qui est envoyé de Dieu, car il porte la Parole de Dieu devant les hommes ; il est un ange de Dieu (Malachie II, 7). Aaron, les prophètes, les apôtres étaient de vrais ministres de Dieu, car c'est Dieu qui les avait envoyés pour faire connaître sa Parole aux peuples (Math. XXVIII, 19). Mais personne ne peut s'attribuer une telle dignité que celui qui est appelé de Dieu, comme le fut Aaron (Hébreux V, 4). Lorsqu'un homme est élu ministre par le suffrage de l'Église, et qu'il voit son élection confirmée par le gouvernement, il n'est point pour cela le ministre du Seigneur, car sa dignité ne relève que des hommes; or, l'Évangile nous déclare que personne ne peut rien recevoir s'il ne lui a été donné du Ciel (Jean III, 27). Le Messie n'a pas pris la dignité de sacrificateur; il a attendu que le Père lui dit : « Tu es sacrificateur à toujours, » selon l'ordre de Melchisédec (Hébreux V, 6). Eh bien! si un homme, élu par certaines personnes, et approuvé par le gouvernement, prie Dieu, sera-t-il condamné pour cela? — Non, il ne sera point condamné pour avoir prié Dieu, mais il le sera pour avoir exercé de telles fonctions sans avoir été délégué de Dieu, comme furent condamnés Hozias

(II. Chroniques XXVI, 18), et Saûl et Corée, Dathan et Abiram. Dieu punit ces hommes-là pour avoir exercé la sacrificature sans qu'il les y eût appelés, etc., etc., etc.

Chers amis, les hommes qui ont exercé de telles fonctions y avaient été appelés de Dieu; et leurs noms se ' trouvent inscrits dans la Bible ; que les autres nous montrent dans la Bible que leurs nominations s'y trouvent et nous dirons qu'ils ont bien été nommés de Dieu, sans cela nous croirons qu'ils se sont appelés eux-mêmes (Jean V, 31). Donc, ce sont des gens qui ont couru sans avoir été envoyés; donc, ils se verront condamnés par Dieu comme l'ont été les faux prophètes (Jérémie XXIII, 21) ; ils parlent au nom du Seigneur, mais le Seigneur ne les connaît pas (Math. VII, 15 à 18; Jean V, 31).

Signé: Moi, Nicolas, ministre (Pérépitéro) de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

PIN DE l'appendice.

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