DIXIÈME OBSERVATION
Je vais maintenant examiner quel avantage on peut, dans nos contrées, retirer de la méthode de M. de Courval.
L*arbre, un peu moins gros peut-être, aura une tige sans branches, de 2 à 3 mètres plus longue que Tarbre non élagué. La pièce de charpente sera donc prolongée de 3 mètres avec un équarrissage égal, tandis que, dans Tarbre non élagué, on aura probablement fait un redan à la première branche, et les 3 mètres suivants porteront 3 et quelquefois 6 centimètres de moins à Téquarrissage, ce qui pourra donner, en moyenne, un décistère et demi de différence en faveur de l'arbre élagué et une plus-value de 6 francs, pourvu toutefois qu'il n'ait pas perdu cette plusvalue par le moins de grosseur de la tige entière. Dans tous les cas, il rendra un peu moins en écorce, moulée, charbon^ etc.
C'est bien là, en effet, que gît le véritable avantage, maintenant reconnu et incontesté, de ma méthode, laquelle, non-
seulement permet de prolonger de plusieurs mètres, par une taille progressive et raisonnée, le corps de Tarbre, ce qui, pour certaines pièces de choix de jour en jour plus rares dans les futaies-sur-taillis, donne au sujet une valeur d'un tiers et quelquefois même de moitié plus considérable, mais a en outre le précieux privilège d'en augmenter sensiblement aussi Tûccroissement en grosseur. Ce dernier avantage est dû à la suppression de toutes les loupes, nœuds, bourrelets, bourgeons et broussins, qui, comme je Tai dit plus haut, détournent, interceptent et arrêtent la circulation de la sève, et s'opposent au développement des faisceaux fibro-vasculaires, comme cela a lieu chez presque tous les sujets abandonnés à eux-mêmes, et surtout chez ceux qui ont été imprudemment et maladroitement élagués.
Cette précieuse faculté d'accroissement donnée ou rendue au diamètre du corps des arbres n'est pas, du reste, une découverte nouvelle, car elle a été soupçonnée et reconnue même depuis longtemps. Plusieurs auteurs, parmi lesquels on peut citer au premier rang Varenne de Feneille, et plus récemment M. Delarue, inspecteur des forêts à Compiègne, ont publié ou recueilli de nombreuses et minutieuses observations qui ne laissent aucun doute à ce sujet, et qu'ils ont appuyées de calculs aussi exacts que complets, suivis pendant de longues années sur un grand nombre de sujets.
Ces faits, qu'a bien voulu admettre pour la plupart l'auteur de l'observation ci-dessus, sont maintenant reconnus et attestés par tous ceux qui ont étudié et surtout suivi sur place cette méthode. Il n'y a donc aucun danger ni aucun inconvénient à l'adopter; on ne peut, au contraire, qu'en retirer avantage et profit : l'expérience de trente années en fait foi.