ONZIÈME OBSERVATION
Voici maintenant une objection au point de vue du marchand. L*usage, dans le pays, est de faire de la latte avec tous les arbres de droit fil, en tronçonnant la tige par longueurs égales de 1".33 jusqu'à la première branche. Dans les bois de Prunoy, la latte constitue ordinairement la plus grande partie du bénéfice du marchand, en lui donnant, sur le prix de la charpente rendue au port, une plus-value de 2 francs environ par chaque décistère soumis à la fente. Or un marchand du pays, visitant une forêt traitée d'après le système de M. de Courval, estimera certainement plus cher une vente dont les arbres devront lui donner deux longueurs de fente de plus que ceux d'une vente ordinaire du pays ; mais, lorsque ces arbres seront abattus et écorcés, il s'apercevra alors de l'opération qu'on aura appliquée précédemment aux arbres, et il sera obligé de mettre en charpente ce dont il croyait pouvoir faire du bois d'industrie. De là, qu'elle soit fondée ou non, mais sans aucun doute, grande plainte de sa part.
Cette observation, bien naturelle sans doute, n'est cq)endant pas justifiée par la pratique, comme on pourrait le supposer.
Trente années d'exploitations soignées et consciencieuses en bois de fente de toute espèce, suivies dans le plus minutieux détail, ont prouvé que le prolongement de la tige de l'arbre et
la suppression de tous bourrelets, branches, nœuds couverts, bourgeons ou broussins, dont parfois Tarbre est atteint jusqu'au cœur, permettent, au contraire, en rendant le bois parfaitement sain et de droit fil, et en conservant à ses fibres et à ses rayons médullaires une régularité, un parallélisme parfaits, d'en tirer une bien plus grande quantité de beau bois d'industrie avec beaucoup moins de perte que si les sujets avaient été abandonnés à eux-mêmes, et surtout que s'ils avaient été mutilés, je me sers à dessein de cette expression, par les élagages irréfléchis et barbares auxquels on les soumet généralement.
Cette assertion toute nouvelle pouvant paraître un peu hardie, je vais entrer dans quelques détails pour qu'il soit bien prouvé que non-seulement la suppression d'une maîtresse branche elle-même ne nuit pas plus à la qualité qu'à la quantité de bois de fente ou d'industrie à obtenir du corps d'un arbre, mais encore que, au bout de quelques années, elle y ajoute considérablement. En effet, si l'on eût laissé à une branche mal placée toute sa longueur, ou qu'on l'eût seulement raccourcie sous forme de chicot plus ou moins prolongé, il y aurait toujours eu déviation et détournement des tubes fibro-vasculaires du corps de l'arbre qui alimentaient constamment cette branche formant un angle avec lui, et, par conséquent, impossibilité de tirer de cette portion aucun bois d'industrie de droit fil et de quelque longueur; tandis que, en la supprimant aussi près que possible du périmètre du tronc, sa section sera aussitôt recouverte par de nouvelles zones ou . couches concentriques d'accroissement annuel , qui , l'enveloppant, pour ainsi dire, et passant outre, reprendront et conserveront une direction droite et verticale, et offriront un jeune
bois parfaitement propre à tous les usages, en ne laissant à la surface de la section qu'une solution de continuité presque insensible et d'autant plus insignifiante, qu'étant parallèle aux fibres du bois, elle ne leur enlèvera rien de leur force.
Il est donc évident qu'on trouvera dans cette nouvelle portion de bois de droit fil ou de fente ainsi obtenue et ajoutée à la portion industrielle du corps de l'arbre sans aucun danger et à peu de frais une sérieuse augmentation de valeur, et qu'en appliquant cette méthode à des milliers de sujets on accroîtra prodigieusement le capital et le revenu forestiers, puisqu'elle réussit également bien pour les bois d'œuvre et de charpente et pour les bois d'industrie et de fente.
Un simple examen suffira pour démontrer qu'entre la surface coupée net et pansée au coaltar et les nouvelles fibres d'accroissement qui la recouvrent immédiatement, il reste à peine un faible écartement ou fissure presque imperceptible et ayant beaucoup d'analogie avec les fentes ou gerçures naturelles provenant de la dessiccation , lesquelles se développent sur de bien autres proportions, sans rien ôter au bois d'œuvre, comme tout le monde le sait, de son élasticité, de sa force ou de sa souplesse, et sans qu'aucune partie appréciable du bois destiné à l'industrie ait le moins du monde à en souffrir.
Tous les bûcherons, ouvriers fendeurs et autres, consultés à ce sujet, proclameraient unanimement ces heureux résultats; nul d'entre eux ne s'est jamais plaint, pour le chêne en particulier. Tout au contraire, ils se plaisent à conseiller et à démontrer l'application d'une méthode qui, en augmentant la somme de bois ouvrable, leur procure plus de travail et plus de profit.
Les marchands semblent généralement du mâme avis, et
leur empressement à venir solliciter à bon prix des ventes en grume ou même sur pied prouve assez la confiance que leur inspirent, pour la fente comme pour les pièces de sciage et la charpente, les arbres traités depuis plus de trente ans par ma méthode.
Ce que j*ai dit et conseillé pour tous les arbres à feuillage caduc, sans en excepter même ceux qui, par suite d'un préjugé, ont été jusqu'ici privés de toute espèce de taille, tels que le charme, le tulipier, le bouleau et quelques autres, peut s'appliquer également, avec le même succès et sans le moindre danger, aux grands résineux. Ceux-ci, en raison de leur forme naturellement élancée, n'exigent pas, il est vrai, aussi impérieusement qjie les premiers la suppression d'un certain nombre de branches, dont ils se trouvent, du reste, naturellement débarrassés par le manque d'air et de lumière, dans les futaies pleines surtout; mais ils n'en ont pas moins besoin d'être guidés et conduits.
Malgré donc tout ce qu'on a pu dire et écrire de contraire jusqu'à ce jour, l'expérience m'a clairement démontré que, même dès l'âge le plus tendre, les conifères en général ne redoutent nullement l'amputation de leurs doubles têtes, ni de leurs branches basses ou mourantes; et j'ajouterai, contrairement encore à l'usage reçu, qu'elles doivent toutes être coupées rez-tronc et pansées aussitôt au coaltar.
En effet, en examinant quelques planches provenant môme des plus beaux pins, on peut voir qu'elles sont souvent percées de trous nombreux. Ces trous proviennent de branches* mortes, mourantes, ou coupées à chicot, devenues presque incorruptibles par la quantité de résine qui s'y est accumulée, et qui, peu à peu entourées et recouvertes dans leur périmètre
par les couches ligneuses d'accroissement annuel de Tarbre, n'ont jamais fait corps avec lui, mais y sont restées insérées avec leur écorce même, comme un corps étranger, une sorte de cheville. Puis, lors du débit en bois d'industrie, cette espèce de cheville, se détachant et tombant, laisse un vide dans le bois, qui, devenu impropre à divers usages précieux, perd ainsi une partie de sa force et de sa valeur. D'après ma méthode, au contraire, ces branches basses inutiles ou déjà même parfois en état de décomposition, coupées reztronc en saison convenable, et pansées immédiatement au coaltar, afin de prévenir l'écoulement de la résine et de hâter la cicatrisation, n'eussent, comme nous venons de le démontrer plus haut pour le chêne, laissé entre les quelques fibres voisines de l'amputation qu'une trace à peine visible, sorte de fente ou crevasse sans conséquence et sans danger pour l'avenir; et, je le répète, cette opération prudente, conservant à l'arbre toute sa force et toute sa souplesse, eût contribué aussi à lui faire atteindre les proportions les plus satisfaisantes.
Quant aux craintes que pourraient concevoir certaines personnes relativement aux suites possibles de pareilles amputa^ tiens pratiquées sur les conifères, comme, par exemple, un écoulement de sève trop abondant, ou toute autre maladie, la meilleure preuve qu'elles ne sont point fondées, c'est le fait bien reconnu de la facilité avec laquelle, en général, cette essence, même dans les sujets âgés de quarante ans et plus qu'un accident quelconque a privés de leur flèche sur une longueur de plusieurs mètres, peut reformer une nouvelle tête au moyen d'une des branches latérales qui sera restée dans le voisinage de la fracture. De cette branche on obtient facilement, par la suppression de toute la couronne ou ver-
ticille, moins une branche bien choisie, la flèche nouvelle, qui, reprenant la même direction verticale et le mèoie développement, remplacera bientôt celle qui avait été détruite ^ Si donc, à un âge déjà relativement si avancé, les résineux peuvent supporter d'aussi graves opérations, à plus forte raison seront-ils aptes, dans leur jeunesse, à recevoir la direction et la taille qu'on voudra leur appliquer. On trouvera même de l'avantage, au point de vue forestier, à procéder ainsi sur des sujets isolés dans les coupes sombres ou claires, et dans des réensemencements naturels ou artificiels : là, en effet, on a le plus grand intérêt à laisser le jeune peuplement jouir, dans une certaine mesure, des influences atmosphériques, et surtout s'élever librement et également sur toute la surface à reboiser, de manière que ces recrus ou ces peuplements soient pleins, réguliers et sans lacunes, .
Une amputation nette, avec pansement, de la flèche brisée et des fortes branches verticillées qu'on aura dû supprimer, pour ne réserver que celle destinée à remplacer cette flèche, sera, je le répète, promptement cicatrisée et ne laissera que peu de traces. C'est une preuve évidente qu'on peut impunément supprimer au besoin des maîtresses branches reztronc à tous les résineux forestiers, et qu'il y a même avan-
* Quel que soit, en effet, Page d'une conifère dont un accident quelconque aura détruit la flèche terminale, si Ton veut remplacer cette flèche et rendre au sujet sa forme et son ayenir, il ftiut aider et seconder efûcacement Faction prévoyante de la nature, qui, aussitôt après la perte de cette cime, donne k toutes les branches de la dernière couronne verticillée contigue k la rupture la précieuse feculté de se redresser instantanément et de prendre une direction verticale pour suppléer la flèche qui a disparu; on ne devra donc pas hésiter à ne laisser de cette verticille qu'une seule branche choisie parmi les plus vigoureuses et les mieux placées, et à supprimer toutes les autres. On redressera et maintiendra même dans ce cas, au moyen d'un tuteur, celle dont on aura ainsi fait choix, et elle ne tar* dera pas à remplacer complètement la flèche rompue.
A QUELQUES OBSERVATIONS. i(H
tagc à le faire. Si les branches voisines de la fracture qui sont restées intactes avaient déjà pris un tix>p grand accroissement pour qu on pût espérer de les amener à prendit; la direction verticale, on aurait aloi's recours aux boui^geons adventices qui généralement surgissent près de la rupture, et qui, munis de tous les éléments nécessaires, sont tout préU> à remplacer la tige brisée; dans ce cas, on ne conserverait que celui de ces bourgeons qui paraîtrait le plus vigoureux et le mieux placé. On ne parcourrait pas longtemps de grandes plantations de résineux sans trouver de nombreux et encourageants exemples de ce que j'avance. Si, pour compléter ces observations, on veut bien se reporter aux premiei*s soins à donner, soit dans les pépinières, soit dans les semis naturels, aux jeunes résineux de deux à dix ans, je puis affirmer que, pour la tribu des sapins surtout, pour celle des cèdi'es et pour quelques autres genres précieux dont la flèche, à cet âge, ne se développe souvent qu'avec difficulté par suite des mauvaises conditions dans lesquelles se trouve le bourgeon terminal, la simple torsion à la main, la cassure, ou l'amputation au sécateur de l'extrémité de toutes les branches de la dernière verticille produira des résultats merveilleux. Cette opération, en effet, rendant à la sève son cours normal, fai( développer rapidement la flèche endormie jusque-là, et, pix)curant à l'ensemble du sujet ainsi traité un sensible accrois^ sèment, lui donnera l'avance de plusieurs années sur ses Voisins négligés*. Cette méthode, facile et toujoure couron-
* La différence d'accroissement annuel des uns et des autres sera toujours dd iin à trente environ, en quelques mois, surtout dans la belle mais parfois retire et capricieuse tribu des abies, et Fou verra toujours dan» un même semis de quatre ou cinq ans la flèche des sujets conduits et dirigés s'allonger, en une saison, di^ Su
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A QUELQUES OBSERVATIOiNS. 103
suppression des branches tombantes et horizontales ; quand même cet élagage nuirait à Tarbre, le taillis, qui se trouverait dégagé par cet ébranchement, payerait, et au delà, par une vigoureuse croissance, le préjudice qu'on aurait pu porter à a réserve.
Toutes les observations que je fais ici peuvent être erronées ; il serait nécessaire, pour les rectifier ou les confirmer, de voir des bois soumis au système de M. de Courval, et, à proximité de ces bois, et dans un sol semblable, d'autres bois abandonnés à eux-mêmes. Il serait également utile de savoir ce que pensent les marchands de bois de cette méthode d'élagage.
Ma méthode a cet avantage, en effet, et Fauteur de Tobservation ci-dessus veut bien le reconnaître, qu'on peut obtenir une plus grande longueur du fût ou corps de Tarbre, et aussi donner aux rejets où recrus du taillis de beaucoup plus grandes et plus belles proportions en développement et en hauteur, par suite des influences atmosphériques qu'on laisse pénétrer jusqu'au sol qui les nourrit, ce qui augmente considérablement leur produit périodique.
Mais à ces diverses améliorations obtenues il convient d'en ajouter une, de la plus haute importance pour l'avenir des forêts aménagées en taillis-sous-futaie : c'est la possibilité de conserver, former et amener aux plus grandes dimensions, sur une même étendue de terrain, comme je l'ai déjà démontré, un nombre presque double de sujets de réserve, ayant une bien plus grande valeur industrielle que ceux qu'on ob-
tient d'ordinaire par l'abandon des sujets, ou par leur élagage exagéré, mal compris et mal exécuté, tel qu'il est, malheureusement, à peu près appliqué partout.
Afin de résumer en quelques mots l'ensemble des procédés ci-dessus indiqués et développés, je répéterai encore qu'il ne faut jamais perdre de vue le but sérieux que doit se proposer avant tout le propriétaire ou l'administrateur d'une forêt, et qui consiste en ceci : chercher à obtenir, sur une surface boisée, le produit le plus élevé et le plus durable possible; et, pour atteindre cet heureux résultat, réparer le passé, soigner le présent et préparer l'avenir.
Enfin, terminant par un conseil dont pourraient peut-êtii) avec juste raison prendre leur part bien des gens lancés de nos jours dans des spéculations et des entreprises où bon nombre se sont parfois engagés assez inconsidérément et sans en avoir suffisamment calculé les chances, j'invite ceux qui auraiexct l'intention d'adopter et de pratiquer ma méthode à bien l'étudier auparavant, et, afin de ne pas faire fausse route, à avoir constamment présent à la pensée pendant le cours de leurs travaux cet excellent avis si brièvement énoncé par un ancien : Cwr? qucmodo? quando? et que je traduirai ainsi : Se bien rendre compte du but qu'an se proposôy bien étudier et appliquer les moyens de ralteindre^ saisir le m^oment favorable pour Vexécution.
Une fois bien pénétré de tous les principes qui se rattachent à dette méthode, si l'on veut arriver franchement à de bons résultats, la première condition, pour les plantations faites ou à faire le loUg des routes, sur les lisières des terres arables et des pfairies, consistera, pour les propriétaires, à ne jamais abandonner à leurs fermiers, mais à se bien réserver, au
contraire, dans leurs baux, le droit exclusif de conduire à leur gré leurs plantations de tout âge. Ils pourront, dans ce cas, laisser aux locataires la jouissance des produits de. toute espèce provenant de Télagage pratiqué par leurs propres ouvriersi, mais ils devront formellement leur interdire le droit d'y jamais ordonner ou faire eux-mêmes la moindre suppression. Ce sera déjà là un point important pour la conservation des arbres ; car le fermier, uniquement préoccupé de se procurer périodiquement le plus de bois possible provenant des rejets sortant de chaque nodosité que lui-même provoque par ses fréquentes mutilations, suiyant le droit qu'il ti^t de son bail, et complètement indifférent à Tamélioration et à Taecroissement de sujets auxquels il n'a rien à prétendre, ne reculera devant aucune torture à infliger à ces arbres, sans s'inquiéter de la valeur qu'il leur fait perdre par ce traitemeni barbare.
Ne se dessaisissant plus de leui^ droits sôus ce rapport, les propriétaires^ désormais à Fabri de ces dangereux abus qui privent leurs fdantations de toute leur valeur et de toute leur beauté, pourront en toute liberté adopter le mode de taille et de conduite progressive décrit plus haut, et l'appliquer, avec le plus grand succès, aux arbres de toute essence, plantés en alignement sur le bord des fossés, routes, chemins ou canaux, tels que peupliers, grisards, ormes, frênes, tilleuls, platanes et autres. En procédant ain^, on augmenterait de beaucoup la valeur de ses domaines, tout en dotant la France de ressources immenses, dont l'ont jusqu'ici privée les mutilations et les tortures infligées sans ménagement aux arbres, aussi bien sur les propriétés de TËtat que sur les domaines particuliers .
On pourrait alors, et ce serait pour moi la plus douce de toutes les récompenses, adresser à ma méthode et à mes efforts pour arracher de pauvres martyrs à leurs bourreaux et pour les remettre en possession de leur forme et de leur beauté primitrves, cet éloge flatteur : a Par eux es arbres reprennent leurs belles formes, et les campagnes leur gracieux aspect ; »
Arboribus sua forma redit, sua gratia campis.
Enfin, pour satisfaire au vœu exprimé par Tobligeant auteur des observations ci-dessus, je puis lui annoncer que, précisément dans le but qu'il paraît souhaiter, j'ai réservé, depuis une vingtaine d'années, sur le domaine de Pinon, à titre de spécimens, un certain nombre de sujets de tout âge, soit abandonnés à eux-mêmes, soit mutilés par des amputations intempestives, exagérées ou mal exécutées, afin de faciliter la comparaison entre l'ancienne méthode généralement pratiquée, et la nouvelle, que je ne saurais trop conseiller de lui substituer, et afin qu'on puisse fixer son choix entre elles en toute connaissance de cause.
On trouverait aussi dans les environs de mon domaine quelques vieux arbres témoins et victimes du traitement barbare et suranné que je repousse; je dis quelques-uns, car la plupart de mes voisins, appréciant ma méthode, l'ont adoptée avec empressement, et déjà l'aspect de leurs bois et de leurs plantations s'est sensiblement amélioré en même temps que les produits qu'ils en retirent se sont considérablement augmentés.
Telles sont à peu près les réponses qui se sont tout d'abord présentées à mon esprit en lisant les bienveillantes observa-
lions du savant anonynie, observations auxquelles je me sui^ offorcé de répondre aussi brièvement que possible; mais, comme le dit très-bien leur auteur, le plus sûr et le meilleur moyen de juger la nouvelle méthode serait de venir parcourir, ne fûi-ce que pendant quelques heures, les coupes périodiquemeni soumises à ce système, ainsi qu'ont bien voulu le faire depuis plusieurs années bon nombre d'hommes émi** nents et éclairés, arboriculteurs, officiers forestiers, grands propriétaires de forêts et savants botanistes, qui, après examen sérieux et à la suite d'expériences faites sous leurs yeux, ont désiré constater publiquement leur opinion, et Tout fait de la manière la plus encourageante et la mieux motivée '.
Plusieurs commissions, composées dos hommes les plus honorables et les plus compétents, après avoir examiné en détail les plantations et les élagages du domaine de Pinon, ont fait aux Sociétés savantes qui leur avaient confié cette mission des rapports qui m*ont valu des mentions trèsflatteuses et plusieurs médailles d'or et de première classe.
Les régisseurs et gardes-chefs de grandes propriétés boisées, qui viennent encore fréquemment passer quelques jours sur le domaine de Pinon pour examiner et étudier les travaux et leurs résultats, laissent le plus souvent après eux des élèvesouvriers pour pratiquer pendant quelque temps, sous les yeux des gardes et des élagueurs les plus expérimentés, une mé-
* L*un d'eux» s^assoçiant pleinement k mes vues et comprenant parfeitemont le bat (Tun système qui, repoussant toute pensée égoïste, consiste k sacrifier souvent le présent k l'avenir et à travailler pour les autres plutôt que pour soi, terminait il y a quelques mois sa visite aux ateliers d'élagage par ces mots, qu'il voulait bien appliquer k Fauteur du système, et qui dépeignent en effet très-bien le véritable arboriculteur, travaillant pour un temps qu*il ne verra pas ;
Serit arbores, qusB alteri seclo prosicnt.
thode qu'ils veulent, disent-ils, appliquer le plus tôt possible dans les bois confiés à leurs soins *.
Le meilleur moyen, en effet, pour juger et se convaincrt^ n'est-il pas de voir par ses propres yeux et sur place? n'est-ce pas ainsi que les objets se peignent le plus facilement et le plus fidèlement dans la pensée? et ne pourrait-on pas rappeler ici, à ceux qui voudraient approfondir, trancher même la question avec une véritable impartialité, l'adage du grand po^te :
Segnius irritant animos demissa per aurein Quam quœ sont oculis submissa fidelibus...
en les engageant à venir, si le sujet leur inspire un véritable intérêt et s'ils le trouvent digne d'une sérieuse attention, vérifier eux-mêmes les résultats obtenus et ceux que promet l'avenir?
Cette offre, souvent faite et quelquefois acceptée, a été pour moi une source de satisfaction et m'a à plusieurs reprises « fourni l'occasion de m'éclairer moi-même par la discussion. Plus d'une fois aussi les hommes les plus compétents, défavorablement prévenus et arrivés en antagonistes, sont partis en disciples fervents et convaincus.
— Je vois et je crois maintenanty nous disait un forestier passionné, /adopte votre méthode, f attends vos ouvriers^ déjà j'emporte vos instruments^ et je n^en veux plus d^ autres I
Il ne m'avait fallu que dire aux incrédules ces trois mots, moins victorieux et plus modestes que ceux de César : Venez, voyez, jugez.
* I>e ce nombre et parmi les' plus capables et les plus zélés, nous avons remarqué ceux de MM. le comte A. D., le duc de L., le comte 6. de S*'-Â., le vicomte H. de M. et le duc de F.
f A QUELQUES OBSERVATIONS. m
Pendant tout le cours de Tannée, sauf les deux mois consacrés à la moisson, les ateliers d*élagage sont constamment en activité, et on y trouvera touji les renseignements nécessaires. On pourra également, à Pinon, suivre et comparer d'un seul coup d'oeil les deux systèmes, au moyen de grands tableaux de plusieurs mètres de surface, placés en regard et contenant, avec un texte explicatif, un 4rès*grand nombre de spécimens enlevés à la sde sur des sujets en traitement, et présentant les résultats du travail, à toutes ses phases d'exécution, depuis les premiers ébourgeonnements des plus jeunes arbres sortant à peine de terre jusqu'à l'entière formation progressive des plus vieux arbres arrivés à leur dernière I période ;
\b origine, usque ad fineni.
On trouvera également dans le village de Pinon (département de l'Aisne) un dépôt de la serpe d'élagueurs d'après le dernier modèle perfectionné, et exclusivement approprié aux élagages décrits ci-dessus, outil dont la forme et la trempe ne laissent rien à désirer.
On peut s'y procurer aussi des séries d'échelles des meilleures essences forestières, réunissant la force et la souplesse à la légèreté.
De vastes pépinières établies sur le domaine de Pinon et contenant plusieurs centaines de mille de plants de toute nature, tant à feuillage caduc qu'à feuillage persistant, pou» Vaut supporter le climat du nord de la France, ainsi que des espèces les plus nouvelles et les plus rares, permettront d'étudier les meilleui^ moyens de reproduction, tels que
semis, marcottes, boutures, greffes de tous genres, etc., etc» On y sera à même aussi de se rendre compte des soins incessants et du traitement à appliquer aux jeunes sujets depuis leur âge le plus tendi'e jusqu'à leur mise en place.
Là encore quelques procédés nouveaux, fruits d'une pratique basée sur la théorie et consacrée par Texpérience, seront développés aux personnes qui voudraient se livrer en grand à la culture des arbres forestiers et autres arbres de haute taille, et je serais heureux de pouvoir leur éviter ainsi les pertes et les déceptions qui menacent toujours, quelle que soit d'ailleurs leur intelligence, ceux qui débutent dans la carrière.
FIN DE LA SECONDE ET DERMl&hE PARTIE.
ERKATA
Page 55, ligne 14, au lieu de : anomale, lùez : anormale.
— 51 y à la fin du 2* paragraphe, après le mot désirer t ajoutez : (Grav. 12, C.}
— 52, ligne 12, at» lieu de : anomal, lisez : anormal, et après ce dernier mot
ajoutez : (Grav. 12, C E; et grav. 18.)
— 52, k la fin du 5" paragraphe, après le mot valeur, ajoutez : (Grav. 5, 10,