‹ Taille et conduite des arbres forestiers et autres de grandes dimensions: Exposé comparatif deChapitre 3 sur 25 · RÉSULTATS DE L'ANCIENNE MÉTHODE · texte numérisé non relu

RÉSULTATS DE L'ANCIENNE MÉTHODE

Les conséquences déplorables du mode d'élagage que je viens de décrire et qui, au grand préjudice de nos forêts, a été importé d'un pays voisin, sous un nom étranger, il y a vingt-cinq ans environ, sont trop multiples pour que je puisse ici les mentionner toutes et exposer avec quelque détail les inconvénients sans nombre qui résultent d'une méthode aussi désastreuse, trop longtemps prônée, et que, malheureusement, pratiquent encore quelques prétendus forestiers.

Je me contenterai donc de signaler les plus funestes pour l'avenir de nos bois aménagés en taillis-sous-futaîes.

V Perturbation complète dans l'harmonie vitale de l'arbre, depuis ses racines jusqu'à son sommet, occasionnée par la suppression irréfléchie, subite et simultanée d'un nombre de branches toujours trop grand pour que la sève trouve dans son ascension une surface feuillue assez étendue où elle puisse établir, par son élaboration, un libre courant de circulation dans toutes les parties du sujet.

Trop abondante alors, en effet, pour s'y utiliser en entier, la sève se décompose aussitôt, afflue aux nombreuses plaies qui l'attirent et s'évapore sous les influences atmosphériques absorbantes.

T Déviation d'une partie de la sève, qui, ne trouvant plus d'emploi dans le petit nombre de branches qu'on lui a laissé n nourrir, se porte sur toutes les parties industrielles du corps de l'arbre, y provoque la formation de nouvelles productions adventives, telles que branches, brindilles, nodosités,

bourgeons ou excroissances (grav. 1, C; grav. 10, A), lesquelles s'opposent à Taccroissement du diamètre et par conséquent de la valeur de Tarbre.

Où comprend aisément que toutes ces productions accidentelles, surgissant entre les fibres verticales ou les tubes conducteurs de la sève, les pressent, les compriment, les rétrécissent et même les détournent ou les obstruent à tel point, que la sève, ne pouvant plus y pénétrer et y circuler librement, cesse de contribuer à leur développement général, et, par une conséquence forcée, à celui du diamètre et de la longueur du corps de l'arbre, qui se trouve ainsi privé de ses sources naturelles d'alimentation.

3° Insuffisance de la sève, qui, subissant Tévaporation sur une surface trop considérable, devient impuissante à cicatriser le trop grand nombre de plaies simultanées et laissées béantes sans pansement.

Par suite, dessiccation rapide et décomposition avec carie des parties dénudées, qui, par leur ramollissement, offrent aux nombreuses tribus d'insectes destructeurs, gros et petits, un appât et des retraites faciles, où ils exercent leurs ravages, jusqu'à ce que divers oiseaux de la famille des pics viennent à leur tour, en leur donnant la chasse, profiter de leurs œuvres de destruction pour se creuser de plus profondes cavités (grav. 5; grav. 10, B; grav. il, C) où ils déposent leurs œufs et s'abritent pendant la nuit, non sans y entretenir une constante humidité et en accroître incessamment la profondeur.

4* Privation pour Tarbre d'une trop grande quantité de ses feuilles, organes nutritifs et appareils respiratoires tout aussi précieux que les racines, et dont l'absence, détruisant,

d'une part, Téquilibre et la régularité du mouvement rotatoire de la sève, et, de l'autre, diminuant le nombre de ses foyers d'élaboration, ne peut que nuire sensiblement à Taccroissement général.

5** Direction vicieuSe des plaies, faites, la plupart du temps, au hasard et sans règles fixes sur les plus grosses branches de Tarbre qu'on veut réduire à Tétat de chicots ou moignons. (Grav. i , A; grav. 2, A.)

Effectivement, en raison de l'angle d'insertion de ces derniers sur le tronc, les plaies présentent le plus souvent une surface plane et horizontale, laquelle, nécessairement exposée aux influences de la pluie, de la neige, du soleil ou de la rosée, ne tarde pas à se décomposer et à former un foyer de carie et d'ulcération. (Grav. 5; grav. 10, B; grav. 11 , C.) Une fois formé, ce foyer, comme je l'ai dit plus haut, va toujours s'agrandissant, et atteint bientôt le corps de l'arbre, auquel il ôte toute valeur industrielle, et dont, dans un temps donné, il causera la mort*.

Et quand bien même, je veux insister ici sur ce point, une rare réunion de circonstances favorables et le peu de longueur laissée au chicot ou rabat auraient, sous l'influence d'une extrême vigueur de l'arbre et par suite du rapide et puissant accroissement de son écorce, permis la cicatrisation de la plaie, la portion de bois déjà désorganisée, attaquée

* Obsenations et procès-verbaux des ventes constatant une perte de plus de cent mille francs, depuis la fin du dernier siècle, dans le seul domaine de Pinon, par suite de remploi de la métbode du chicotage, dont les funestes effets se font encore sentir.

Mêmes remarques aussi désolantes pour tous les bois des départements de l'Aisne, de l'Oise, des Ardennes, de la Marne, de la Seine, de Seine-et-Marne, de Seine-et-Oise, etc., etc., o(i Ton peut, sans rxapférafion, évaluer la perle h plusieurs millions. ^

par la carie ou nécrose, et peuplée des divers insectes auxquels elle servait de retraite et d'aliments, tien que recouverte en apparence, n'en conserverait et n'en communiquerait pas nioins aux parties saines du tronc ses éléments destructeurs, tout aussi actifs, tout aussi pernicieux, quoiqu'ils aient cessé d'être visibles à la surface : leur action sourde et latente ne serait que masquée, mais non arrêtée ni suspendue par cette apparente cicatrisation, et la déception serait grande, au jour de l'exploitation et du débit, quand on découvrirait les ravages de la carie dans le cœur d'un sujet qui paraissait sain à l'extérieur. (Grav. 10, A, B.) Ces résultats déplorables sont le fruit des amputations pratiquées à 14 ou 16 centimètres du corps de l'arbre; quant à celles faites à 20 ou 50 centimètres, on concevra facilement que ces nombreux tronçons, privés d'organes feuillus qui y attirent la sève, cesseront bientôt de végéter, et que leur écorce, se détachant et tombant par lambeaux en pourriture, les privera de leur dernière défense en exposant leurs fibres dénudées à toutes les influences atmosphériques, et, par conséquent, à une prochaine pt complète destruction, qui ne tardera pas à attaquer et à détruire les parties saines de l'arbre ainsi mutilé. (Grav. 3,4.)

6** Impossibilité matérielle d'obtenir la cicatrisation des plaies causées par l'amputation des branches coupées à chicot : en effet, les fibres du bois et les vaisseaux conducteurs de la sève se trouvant tranchés à angle droit ou à peu près, les plaies ne sauraient se refermer, puisque ces organes vivificateurs ne sont pas doués de la faculté de s'allonger et de croître par leur extrémité (grav. 3, 4), ainsi que je le développerai plus loin.

Enfin, pour clore rénumération de ces outrages à la nature, je signalerai ici le pire de tous et le plus grand danger de cette méthode fatale, qu'on pourrait assez justement qualifier d'émondage : c'est que le corps de Tarbre, couvert de larges plaies dans sa plus grande longueur, et présentant à peu près l'aspect ridicule d'un perchoir de basse-cour, se couvrira à la pousse prochaine, du haut en bas de sa tige dénudée, d'une innombrable quantité de bourgeons et de brindilles qui, sortant des bords et entourant la surface de chaque plaie, lui donneront cette fois l'apparence non moins ridicule d'un énorme manchon, d'une brosse à long manche ou d'un goupillon. Qu'arrive-t-il alors? L'air et la lumière, agissant puissamment sur ces jeunes et vigoureux rameaux recouverts de larges feuilles, y attirent toute la sève et Tabsorbent à tel point, que la tête de l'arbre, ne recevant plus d'aliment, se dessèche et ne tarde pas à mourir. On s'étonne alors, on se demande pourquoi les chênes ainsi traités ne croissent plus, dépérissent et se couronnent, sans prêter attention à ce fait significatif qu'on a sous les yeux, à savoir que tous les arbres du voisinage qui, pour une raison quelconque, n'ont point eu à subir ce traitement désastreux, présentent tous les caractères de la vigueur et de la durée.

Un système aussi irrationnel est pourtant encore en faveur auprès de quelques personnes, qui, rendues confiantes par les noms étrangers que portent des ouvriers venus tout exprès chaque année de leur pays, ont, sans s'en douter, sacrifié Tavenir de leurs futaies. Et ce que j'avance est si réel, qu'à moins de changer de manière d'agir ces personnes peuvent être assurées que de tous leurs chênes, dans trente ans, il

ne restera pas une seule poutre de grande dimension et exempte de défectuosités.

Tels sont bien, en effet, les tortures qu'on fait subir et le sort qu'on prépare souvent à de beaux bois dont l'avenir était prospère et assuré ; c'est ainsi, comme le disait un vieux garde, qu'on tue la poule aux œufs d'or! Ce n'était point assez que, se laissant entraîner à la folie du jour, *on défrichât sans pitié et le plus souvent sans raison de magnifiques forêts : on s'acharne encore à les mutiler et à les déshonorer avant de leur donner la mort! Ces pauvres arbres, si, comme jadiêj ils pouvaient parler, n auraient-ils pas le droit, maudissant la main profane qui les déchire, de s'écrier en leur langage, ainsi que le vieux lion :

Je voulais bien mourir;

Mais c^est mourir deux fois que souffrir tes atteintes !

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