‹ Taille et conduite des arbres forestiers et autres de grandes dimensions: Exposé comparatif deChapitre 5 sur 25 · BUT DU NOUVEAU SYSTÈME · texte numérisé non relu

BUT DU NOUVEAU SYSTÈME

1 ** Chercher à obtenir et à former, afin d'augmenter la va- Jeur et le produit durable des forêts et des terrains plantés, le plus grand nombre possible d'arbres à haute tige pour réserves, futaies sur taillis, bordures de routes et de canaux, ou plantations d'alignements, atteignant les plus grandes dimensions, exempts de toutes plaies, chancres, ulcères et autres maladies, et produisant du bois d'œuvre et de construction de la meilleure qualité et du prix le plus élevé auquel on puisse prétendre.

Porter en conséquence toute son attention et tous ses soins sur les baliveaux dès leur jeunesse, les conduire graduellement et progressivement jusqu'à leur formation parfaite, en les soumettant à une taille continue ou élagage partiel, progressif et raisonné, lequel, utilisant toute leur sève au profit

* Ce système a été mis en pratique, par M. de Cour val, sur 2,000 hectares de bois et terres du domaine de Pinon, et appliqué à plus de 400,000 sujets depuis 1822, en remplacement des divers modes d'élagage employés jusqu'à ce jour.

de leur accroissement, puisse leur donner un jour, grâce à la direction normale et régulière qu'ils auront reçue, un développement, des formes et enfin une valeur qu'ils n'acquerraient jamais si ces soins assidus ne leur étaient prodigués.

Par cette conduite attentive, on pourra assurer aux baliveaux et modernes penchés, courbés et hors d'aplomb (faute d'espace, d'air et de lumière, ou à cause de l'irrégularité de leur tête difforme, dont le poids les incline tout d'un côté), une verticalité de tronc nécessaire pour donner au bois, par l'adhérence et la disposition régulière de ses fibres, une homogénéité et une compacité qui en assurent la valeur.

Bien des vices, bien des maladies dont on cherche vainement la cause quand on les rencontre dans des arbres sains en apparence, comme, par exemple, la roulure et la lunure (désagrégation circulaire des couches ligneuses annuelles) , rie sont dus qu'au poids excentrique de la tête de ces arbres, qui, les attirant incessamment du même côté, tend inévitablement à séparer, à désunir les fibres d'accroissement, et, formant ou laissant subsister un vide circulaire entre elles, rend les sujets impropres aux plus précieux emplois industriels, et les expose à d'autres désordres plus graves encore.

Prévenir ou réparer ces désordres, ce serait rendre un sérieux service à la postérité, et il serait doux et flatteur pour tous ceux qui voudraient s'adonner h cette œuvre de mériter qu'un autre âge reconnaissant pût dire que, par leurs soins ,

Arboribus sua forma redit, etc. *.

2° Donner ou conserver au corps des arbres la forme cylin-

* Ces vices organiques et destructeurs des roù de nos forêts ne se seraient du reste que bien rarement produits, si, au lieu de laisser ces derniers, faute de quel-

drique et la plus grande longueur possible de bois bien sain, sans branches, sans noeuds et sans bourgeons, de manière à laisser aux tubes séveux leur direction libre et verticale pour la facile circulation de la sève, sans que celle-ci soit entravée par des gibbosités ou même par de grosses branches latérales ou pendantes qui la détourneraient en Tabsorbant à leur profit, au préjudice de Taccroissement de la partie industrielle.

3° Diminuer pour Tarbre les chances de torsions, roulures ou fractures, sous Teffort violent des orages ou Taction continue des vents réguliers, en diminuant par des amputations et des raccourcissements progressifs la largeur de sa tête, et en maintenant en même temps la longueur verticale de cette partie feuillue dans une proportion à peu près égale à celle du tronc ou même du tiers seulement, quand la végétation, favorisée par la richesse du sol, par l'épaisseur de la couche végétale, et aussi par la taille progressive et la conduite constante auxquelles les jeunes sujets ont été soumis, est belle et vigoureuse.

4° Éviter, en s'astreignant à une extrême modération et à une juste mesure dans l'amputation des doubles flèches, branches inutiles, gourmandes, pendantes, mal placées ou nuisibles, que la sève, privée d'une surface et d'un emploi suffisants, ne se fasse jour par exubérance à travers Técorce du tronc*. Prévenir ainsi la naissance des Jbourgeonsadventifs (grav. 1, C; grav. 10, C), qui, provoquant et formant, par

ques soins, constamment attirés, plies et inclinés d'un seul côté, on leur eût, dès Torigine, en allégeant de quelques branches divergentes, mal placées et couvertes d''un épais feuillage, le côté surchargé et pliant sous le poids, permis de reprendre un juste équilibre et un aplomb parfait.

* Cette juste et sage proportion de la conservation d'une partie du feuillage a surtout pour but et pour effet de favoriser le mouvement ascendant et descendant

Jeur rapprochement, des bourrelets et des nodosités sans nombre dans toute la longueur de Tarbre, nuiraient, comme je Tai dit plus haut, à la circulation des fluides, en rétrécissant, obstruant, ou même en interceptant entièrement les conduits, devenus par cela même incapables de remplir leurs fonctions, et s'opposeraient, comme le ferait une ligature, au développement des couches ligneuses annuelles appelées à accroître le diamètre des troncs.

5** Faciliter par la bonne direction des rameaux le mouvement ascendant et descendant de la sève ; à cet effet, supprimer peu à peu et progressivement par des amputations ou des raccourcissements toutes les branches pendantes et même horizontales ou trop confuses, qui pourraient en détourner le cours, Tarrêter, la retenir et rendre sa circulation anomale, lente et irrégulière; enfin ne conserver que celles qui tendent à se rapprocher de la ligne verticale, et- forment une tête bien régulière, ovoïde, d'un aplomb aussi parfait que possible sur la tige qui la porte.

6*" Diminuer en la régularisant l'envergure de la tête de Tarbre par le raccourcissement ou la suppression de certaines branches isolées et irrégulières, afin de laisser un passage libre aux jeunes baliveaux ou modernes dominés par lui, et destinés, aux prochaines périodes, à le remplacer; cette pratique a de plus l'avantage de laisser pénétrer la chaleur, la lumière et les influences atmosphériques sur les recrus du taillis ou sur les cultures voisines.

delà sévc, loi d* équilibre appelée endosmose, qui ne s^accomplirait plus que d'une façon incomplète et insuflisante'si les feuilles et les rameaux, trop réduits, cessaient de lui venir en aide, et, par leur puissante aspiration, n'attiraient plus la sève jusqu'aux extrémités des branches.

T Opérer toujours par degrés et successivement, c'est-àdire ne jamais supprimer ou même raccourcir en une seule fois qu un très-petit nombre de branches sur un sujet, quel que soit son âge, de peur que la sève qu'il contient ne soit insuffisante pour cicatriser complètement et rapidement les plaies qui lui auront été faites. Aussitôt après la section, prévenir par un pansement (grav. 13, 14) immédiat au coaltar Textravasatiôn et Técoulement de la sève, ainsi que la dessiccation de la portion de tissus du bois mise en contact avec les influences atmosphériques, laquelle ne tarderait pas à entrer en décomposition et à communiquer la carie aux parties industrielles du sujet.

8° Hâter la cicatrisation complète des plaies anciennes ou récentes, visibles ou latentes, que Ton peut rencontrer sur un arbre, en mettant à vif, nettoyant et pansant au coaltar toutes celles qu'on découvrira tant à la surface que sous l'écorce aux points où celle-ci présenterait des sigijes de meurtrissures ou de décomposition, et n'en jamais faire de nouvelles à moins d'être en mesure de les fermer rapidement et avant que la partie dénudée ait subi la moindre altération.

En résumé, par des soins incessants prodigués aux arbres .de haut jet, obtenir sur une surface donnée, et dans le délai le plus court, la plus grande quantité possible de bois d'œuvre, sain, de droit fil, de grandes longueurs, sans nœuds, nodosités ni maladies, propre en un mot à tous les besoins du commerce et de l'industrie, tout en augmentant sensiblement les produits périodiques, et, par suite, la valeur des taillis qui les avoisinent.

J'engage ceux que l'avenir forestier préoccupe sérieusement, et à juste titre, à bien se rendre compte^ avant de se .

décider à agir, du résultat qu'ils veulent obtenir, et, fort de mon expérience, je leur dirai : Regardez le but : Respice finem.

Pour se soustraire aux tristes résultats de l'ancien système, à peu près partout en vigueur, et profiter efficacement du nouveau, il faut bien réfléchir et savoir ce qu'on veut faire, puis ensuite agir résolument.

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