‹ Taille et conduite des arbres forestiers et autres de grandes dimensions: Exposé comparatif deChapitre 6 sur 25 · MOYENS ET PROCÉDÉS · texte numérisé non relu

MOYENS ET PROCÉDÉS

Le premier soin consiste à faire choix d'ouvriers jeunes, intelligents, adroits et hardis, munis d'excellents instruments, et bien renseignés sur les principes forestiers, le but qu'on se propose d'atteindre et les résultats qu'on veut obtenir. On devra ne les employer qu'à la journée, en abandonnant à leur profit le bois mort ou mourant, sous la direction et la surveillance la plus minutieuse des forestiers ou des gardes précédemment initiés à ce nouveau système. En un mot, il ne faut confier cette utile, mais délicate et difficile opération, qu'à des mains sûres, intelligentes et habiles; car en charger de simples bûcherons, ou môme ces hommes patentés, accoutumés par profession à mutiler les malheureux arbres, comme on le voit sur nos routes et dans nombre de forêts, et qui, dans leur hardiesse irréfléchie, ne craignent pas de risquer leur vie pour obtenir plus complètement de déplorables résultats, ce serait tout compromettre : aiUant fxmdrait confier un ramr à un singe ou à un enfanta

Tout le succès de ces délicates opérations et tout l'avenir des sujets qui y sont soumis dépendent au moins autant du choix de l'exécutant que du savoir et de Thabileté de celui qui commande et dirige.

En tout cas, mieux vaudrait mille fois ne jamais toucher à un arbre que de le livrer à des mains inexpérimentées ou malhabiles.

Je ne saurais trop répéter, en effet, que la suppression mal exécutée ou exagérée d'un certain nombre de branches occasionne toujours la formation d'un nombre égal de bourrelets difformes portant en eux des germes destructeurs, et provoquant inévitablement l'émission de véritables feisceaux de branches et de brindilles qui hérissent le corps de Tarbre et absorbent à son détriment et sans profit sérieux la plus riche part de la sève. (Grav. 1 , G; grav. 40, G.)

Appelé, il y a quelques années, aux environs de G... pour examiner le travail d'élagueurs récemment arrivés de leur pays, je fus frappé dès l'abord de la masse de débris qui jonchaient le sol de l'atelier, et des dégâts causés par un élagage « illimité. On me conduisit au pied d'une des victimes, que frappait à coups redoublés un homme armé de longues griffes, s'élançant adroitement de branches en branches, s'y tenant debout en équilibre avec une étonnante hardiesse, et faisant pleuvoir autour de lui indistinctement, sans choix, sans préférence et au hasard, tous les éléments d'existence et d'accroissement du pauvre arbre qui se trouvaient à portée de sa main.

G'était un beau chêne de plus de cent ans qu'attaquait si résolument cet homme, qui, redoublant d'ardeur à la vue des visiteurs, l'eut bientôt, comme il nous dit, nettoyé de toutes

ses maîtresses branches, ne lui laissant guère, en guise de tête, qu'un maigre bouquet de rameaux certainement incapable de Talimenter et tout à fait en disproportion avec son corps.

Assez lier de Tattention que nous semblions porter à son exécution, sautant légèrement à terre, notre homme s'approcha de moi, qui étais le seul étranger, et, me montrant du doigt le squelette qu'il venait de dépouiller, me tint à pm près ce langage^ entremêlé du patois de son pays :

c< Eh bien, vous avez vu? je ne suis pas peureux?

— Non, certes, et je vous tiens pour un brave, un héros même, si vous voulez. . . Mais pourquoi avez-vous enlevé à cet arbre toutes ses branches? Dans quel but? d'après quel principe?

— Ah! je n'en sais rien; mais le voilà bien nettoyé, et bien propre, n'est-ce pas?

— Mais que va-t-il devenir Tannée prochaine?

— Je n'en sais rien, et je ne le verrai pas; car, si je continue le métier, je ne recommencerai probablement pas ma tournée de ce côté.

— Pourquoi ne reviendrez-vous pas?

— C'est que j'ai autre chose à faire. Je suis tailleur à Bruxelles de mon état; mais, il y a un mois, voyant que l'ouvrage n'allait pas et que mes voisins gagnaient plus d'argent que moi à aller élaguer en France, j'ai acheté cette serpe à mon voisin, puis j'ai fermé boutique, et je suis venu pour m'essayer; voilà!... Je ne vais pas mal pour un nouveau, n'est-ce pas? Au reste, je suis à votre disposition, prenez mon adresse; nous sommes ici plusieui^ po^y^j iious irons chez vous.

58 Taille des arbres forestiers.

— Merci, je n'ai pas de bois.

— Vraiment?

-rr- Non, j'habite en plaine. Adieu; prenez garde de vous blesser; et que Dieu vous bénisse et vous pardonne! sa puissance est infinie. »

Il avait dit vrai, le brave homme : il n'était pas seul de son pays dans la contrée; elle était peuplée de ses compatriotes.. Chaque bois avait ses élagueurs, pratiquant avec le même discernement et la même logique ; j'en rencontrai partout, frappant à tort et à travers, émondant jusqu'à la houppe. J'observai en un silence désolé leur œuvre de destruction. Ces gens étaient vantés, choyés, fêtés; je me tus : les satisfaits étaient nombreux, et j'étais seul de mon avis.

Deux ans après, je revins; les pauvres arbres étaient devenus de vrais manchons ou goupillons, hérissés de bourgeons des pieds à la tête, difformes, malades. Les élagueurs étaient partis, jugés enfin, mais trop tard, et n'avaient laissé après eux que de vilains arbres, tristes témoins de leur passage, objets de tardifs et inutiles regrets pour les propriétaires.

Ils ne sont pas revenus ; car la mode avait passé, l'engouement avait cesse, faisant place enfin au raisonnement et à la réflexion.

Traiisivi, et ecce iiou eiat.

Devant quelques avis timidement risqués, les yeux s'étaient peut-être ouverts! Les impitoyables bourreaux des beaux boii^ de cette contrée avaient donc passé comme l'orage, mais der-=rièrc eux restaient les squelettes décharnés de leurs victimes

et les traces déplorables des tortures qu'ils leur avaient iufligées.

Voilà pourtant avec quelle légèreté et quelle imprudence on expose Tavenir de nos forêts !

Il serait bien injuste toutefois de tirer de ce simple récit la conclusion qu'il n'y a pas de bons élagueurs dans le pays de ces bonnes gens, qui font le mal sans malice et sans s'en douter. Il peut s'en trouver d'habiles dans ce pays comme ailleurs, et plus peut-être ; mais là, comme partout, il y a du choix, et, tant qu'on se bornera à les engager sur le vu d'un simple passe-port et même au hasard, on risquera fort de découvrir, le plus souvent trop tard, hélas ! que ces fameux élagueurs n'étaient que des tailleurs sans ouvrage, et qu'on a' compromis follement son avenir forestier en le leur confiant.

Un bon personnel une fois bien assuré, on commencera la conduite et la taille des jeunes sujets ou baliveaux dès leur premier âge, peu à peu, au fur et à mesure et progressivement, procédant d'abord par ébourgeonnage ou i)in(;age à* la main, puis avec la serpette ou le sécateur, et en s'appliquant dès loi^s à leur donner une forme bien régulière et bien symétrique, qu'on devra chercher à leur consener pendant loute la durée de leur existence.

Pour les baliveaux d'âge, on peut employer le croissant léger ou l'ébranchoir, en se plaçant au pied du sujet, ou en s'aidant d'une échelle très-courte. On ne supprimera dans ce cas que les branches trop fortes ou gournlandes, les doubles flèches ou les brindilles des premières couronnes, coupant celles-là au ras du tronc, bien net, et les autres à quelques centimètres de longueur : on donnera ainsi à la tête une

forme de quenouille allongée ou de gobelet en tulipe, bien régulière, et égale au moins à la longueur du tronc.

Arrivé à la seconde période des baliveaux, on ne devra employer que des instruments à tranchant fin et bien affilé, tels ([ue le croissant et la serpe ordinaire (grav. 6) , en évitant surfout toute déchirure, bavure ou meurtrissure de Técorce, et ne coupant au ras du tronc qu'un très-petit nombre de branches de la première couronne. On se bornera à raccourcir les autres à la longueur de 1 à 5 mètres, en ayant soin de réserver toujours dans leur surface et vers leur extrémité quelques menues branches d'appel, ou brindilles feuillues, afin d'y attirer et d'y maintenir dans un parfait équilibre le mouvement de la sève.

On arrivera ainsi tout naturellement à prévenir le mal, au lieu d^avoir à le combattre et à y remédier : pour me servir d'une comparaison, on arrêtera à la frontière l'invasion menaçante, sans attendre pour la combattre qu'elle ait pénétré au cœur de l'empire.

Quant au traitement des sujets dits modernes^ aussi bien que de ceux appelés vieilles écorces (de tout âge) , tant que leur végétation n'est pas arrêtée, la tâche de l'élagueur n'est plus seulement préventive, elle devient à la fois curative et réparatrice ; mais alors aussi commencent les difficultés de l'exécution, que la théorie seule ne saurait guider et régir, et dans laquelle la pratique et le coup d'œil doivent jouer un grand rôle. Ce ne peut être, en effet, qu'à l'aide de l'habitude et de ce œup d'ml rapide acquis par l'expérience que l'élagueur, après avoir fait à plusieurs reprises le tour du sujet à traiter, les yeux fixés sur son ensemble, à la distance de i 5 à 20 mètres, pourra décider, avant de mettre le pied sur

NOUVELLE MÉTHODE. il

Téchelle, quelles sont les branches qu'il aura à arrêter seulement et à décharger vers leurs extrémités, celles qu'il aura à raccourcir ou châtrer^ et celles enfin qu'il devra couper rez-tronc.

Si, comme il arrive quelquefois, une de ces dernières, condamnée à être supprimée comme nuisible ou mal placée, présentait un volume considérable et égal à celui de la branche à conserver, il serait prudent et utile, dans la crainte de multiplier trop le nombre des plaies, au lieu de la couper immédiatement, de lui enlever, jusqu'à l'aubier inclusivement, un anneau d'écorce de iO à 15 centimètres de largeur, pris sur la périphérie entière, afin d'en diminuer graduellement le développement par la privation des fluides alimentaires, qui, ainsi interceptés et refoulés, viendront se porter tout entiers sur la branche conservée, et lui feront, comme on dit, prendre le dessus, en augmentant sensiblement son accroissement, tandis que l'accroissement de la première sera sensiblement ralenti et presque arrêté jusqu'à l'entière suppression de la branche, suppression qu'on opérera quelques années après, et rez-tronc.

D'un examen attentif et de la sûreté du coup d'oeil dans la détermination prise dépendra tout le succès de l'opération, qui peut être presque appréciée et déterminée à l'avance ; ce qui n'empêchera pas l'ouvrier d'interrompre de temps en temps son travail pour descendre de l'arbre et juger à mesure, en se plaçant à distance convenable, du résultat déjà obtenu et de ce qui lui restera à faire.

De l'habile direction et de la bonne entente du travail, qui doit donner ou rendre à l'ensemble du sujet une forme régulière et symétrique, un parfait aplomb, dépendront son sert

et son avenir : l'ouvrier ignorant et brutal peut devenir son bourreau, tandis que Thomme sensé et réfléchi sera son guide et son sauveur.

Pour ce qui regarde la pratique et l'exécution matérielle, après bien des tentatives de tout genre, après avoir successivement essayé un grand nombre d'instruments divers, je crois que le mieux sera d'employer la nouvelle serpe spéciale d'élagage (grav. 9), renforcée, perfectionnée, et rappelant la forme d'un couperet, que fabrique fort habilement M. Amheiter, mécanicien, à Paris, place Saint-Germain des Prés, n* 5. Le poids total de cet instrument ne doit pas dépasser 1,500 grammes; il faut qu'il soit fait avec les meilleurs aciers, bien affilé et fréquemm^it affûté à l'aide de queuses naturelles ou artificielles. On le porte suspendu derrière le dos, dans un crochet mobile en fer passé dans une ceinture de cuir bouclée à la taille.

Pour atteindre aux branches, on se servira d'une série d'échelles légères et souples, de longueurs variées * ; l'on ne fera usage des griffes que dans les quelques cas exceptionnels où la dimension prodigieuse des sujets ne permettrait point aux plus longues échelles d'atteindre assez haut.

Je ne saurais trop insister sur cette prohibition : les griffes, en effet, causent aux jeunes arbres un grave préjudice, en meurtrissant et déchirant de leurs longues pointes crochues l'écorce encore mince et tendre, jusqu'à l'aubier ; la sève ne tarde point à s'échapper par ces blessures, puis, s'agglomé-

^ La tête ou extrémité supérieure de TécheUe doit toujours être munie d une corde souple servant à la fixer autour du corps de Tarbre avant de commencer Topération, tandis que le pied^ ou extrémité inférieure, doit être t^llé en pointe, afin qu'on puisse le fixer dans le sol lorsque sa surface est durcie par la sécheresse ou la gelée.

rant et se décomposant, forme de nombreux ulcères ou amène le développement d'une grande quantité de bourgeons dans le voisinage des plaies. Ces bourgeons, à leur tour, font naître des excroissances et des nodosités sur toute la longueur du tronc, auquel elles enlèvent à la fois sa valeur et sa beauté, comme on peut le voir partout où ce dangereux procédé est en usage, et notamment en Belgique.

La renommée de ce petit royaume, comme patrie des élagueurs, est telle, qu'il n'est pas rare d'assister, en France, à une scène du genre de celle-ci, prise sur nature et fidèlement rapportée.

Un homme se présente chez un propriétaire de bois. « Qui êtes-vous et que demande-vous? — Monsieur, je suis élagueur. — De quel pays? — Voici mes papiers bien en règle, Hmbrés de Bruxelles. — Ah ! c'est bon-, voyez mon garde, qui vous montrera ma coupe de l'année, et travaillez. » .

Et voilà tout l'examen qu'on fait subir à des gens inconnus, à qui l'on confie la plus délicate opération, celle qui se rattache à tout l'avenir sylvicole !! !

Quant à l'amputation re7,-tronc, — par une section verticale, nette, franche, bien unie et légèrement bombée vers le centre, — de toute branche inutile, mal placée, morte, mourante, pendante ou cassée, ou même formant avec le tronc vers le sol un angle aigu de plus de 45 degrés, et à la condition expresse que leur nombre ne dépasse pas le chiffre de trois à la première couronne coupée ras, et celui de cinq à la deuxième raccourcie de 1 à 3 mètres, elle est le fondement et la base de la méthode que je préconise, et donnera toujours les résultats les plus satisfaisants, si on la pratique avec résorve et intelligence.

Sans entrer ici, faute d'espace, dans de plus amples détails et dans de complètes et rigoureuses instructions, je conseillerai cependant l'emploi d'un moyen prudent et pratique destiné à éviter les accidents auxquels s'exposerait l'ouvrier s'il coupait en une seule fois, et immédiatement rez-tronc, de longues et lourdes branches qui pourraient le renverser, l'entraîner par leur poids, ou le précipiter en brisant son échelle, et qui, de plus, arracheraient, dans leur chute, de longues lanières d'écorce, d'aubier même, ce qui ouvrirait sur le corps de l'arbre autant de blessures difficiles à cicatriser. Ce moyen consiste à couper d'abord la branche à supprimer, en commençant par son extrémité, par tronçons de diverses dimensions, de façon que le dernier à couper n'ait pas conservé plus de 1 mètre environ de longueur.

Malgré cette prudente et indispensable précaution, la section finale de la branche devra toujours être commencée en dessous, et conduite en remontant jusqu'au tiers ou jusqu'à moitié de son diamètre : on évitera ainsi plus sûrement encore tout éclat ou déchirure de l'écorce ou du liber.

Quant à tous les chicots ou rabats, dus à de vicieux élagages faits antérieurement, que l'on pourra rencontrer, on devra les supprimer en en faisant la section bien verticale sur le vif, et panser immédiatement au coaltar, en se conformant, dans cette opération, à toutes les précautions indiquées cidessus en détail. Dans le cas où un arbre présenterait, en raison de sa grande hauteur ou d'une circonférence extraordinaire, des difficultés ou des dangers réels pour l'ouvrier, celui-ci devra faire usage d'une forte corde de 3 mètres de longueur, fixée à la taille par une de ses extrémités avec une ceinture de cuir, et dont il entourera au besoin le tronc,

afin de s'y maintenir verticalement et de conserver l'usage de ses bras, en s'en faisant un point d'appui.

Quand la carie, conséquence inévitable de l'ancienne méthode de chicotage, a déjà pénétré jusqu'au corps de Tarbre, à l'endroit qu'occupait naguère le chicot ou moignon tombé en décomposition r et y pénètre sous forme de cavités de plu* sieurs décimètres de profondeur, comme cela arrive infailliblement tôt ou tard, il faut mettre la plaie circulaire à vif, la nettoyer profondément et la régulariser avec un instrument tranchant, une gouge ou un ciseau, par exemple; puis, après en avoir garni la surface interne d'une couche de coaltar, la remplir avec une forte cheville cylindrique, en bois de chêne sec, fortement enfoncée : l'extrémité de cette cheville, affleurant bien la surface de la plaie, recevra le pansement et ne tardera pas à être parfaitement recouverte par la cicatrice de Técorce environnante, sans laisser aucune trace.

Dans le cas où la carie, provenant d'un choc violent et déjà ancien, ou du grand âge, se manifeste à l'extérieur par une crevasse large et profonde, sur une longueur de plusieurs mètres, continuant sourdement ses ravages et menaçant l'existence de l'arbre, il est possible encore, sinon de réparer le mal et de rendre à l'arbre ses qualités industrielles, de l'enrayer du moins, d'arrêter ses effets destructeurs, et de rendre même à l'extérieur du sujet une apparence de smté et de jeunesse. Dans ce cas donc, qui se présente assez souvent, et que j'ai été plusieurs fois appelé à traiter en divers pays, on commence par mettre la plaie, quelle que soit son étendue, tout à fait à vif, en enlevant à fond toute la portion décomposée, cariée ou attaquée par les insectes, et en nettoyant bien la cavité qu'elle présente. On recouvre ensuite tout l'in-

térieur d'une couche de coaltar, puis, avec des portions de madriers de bois de chêne sec et sain, bien ajustées et réunie» dans leur longueur par des tringles, éclisses, baguettes du même bois, ou philippeaux, en termes de menuiserie, on remplit exactement toute la cavité, de manière que ce nouveau tronc artificiel, appelé à remplacer celui qui a été détruit par la carie, en représente bien la forme et affleure à sa surface la portion saine et vive d'écorce qui subsiste autour de la plaie.

Ce bois nouveau, substitué à la partie tombée en pourriture, une fois bien mastiqué et enduit de coaltar, ne tardera pas à être recouvert sous l'action extérieure des lèvres encore vives de la périphérie de la plaie, lesquelles, au lieu de s'arrêter au contact des tissus décomposés et pulvérulents, comme cela avait lieu auparavant, se fixeront sur le bois sain et solide, et reprendront même la forme primitive, au point de ne laisser, à Textérieur du moins, qu'une cicatrice vive, bien régulière et à l'abri de toute action destructive provenant du dehors.

Ces puissants moyens cura tifs, bien souvent employés, ont toujours parfaitement réussi, et l'on devrait y avoir recours plus fréquemment pour sauver certains arbres rares, précieux, ou presque historiques, au lieu de les laisser périiaprès une longue agonie qu'il eût été facile de prévoir ou d'arrêter.

Le domaine de Pinon notamment offre plusieurs exemples d'arbres ainsi restaurés il y a vingt ou trente ans, qui, rendus à la santé, à la vie peut-être, par ce traitement, ont repris une forme régulière, et dont le tronc ne présente à sa surface aucune solution de continuité.

Un chêne entre autres, âgé d'environ cent ans, parfaitement cicatrisé et guéri, par ce procédé, d'une plaie ancienne, large et profonde de 15 à 20 centimètres, sur une longueur de plus de 2 mètres, a reçu des bûcherons le nom de chêne à la bûche^ et est souvent cité par eux pour témoigner de Tefficacité de Topération.

On a quelquefois aussi employé avec succès un procédé analogue, qui consiste à remplir les cavités, bien assainies préalablement, avec des moellons enduits de ciment et tassés jusqu'à Torifice de la plaie, dont la surface, rendue bien unie, ferme et verticale, est recouverte de coaltar. Dans ces conditions, et surtout si l'on a soin de remplacer les mortiers ordinaires par la chaux hydiaulique ou le ciment romain, — et non par le plâtre, comme on l'a fait depuis plusieurs années sur nos promenades publiques, attendu que cette substance éminemment hygrométrique et absorbante ne tarde pas à se détacher sous les influences atmosphériques, — on obtiendra les meilleurs résultats. Il est facile de s'en assurer en visitant certains vergers de Normandie ou de Picardie, dont les arbres à pépins réclament fréquemment ce traitement qui leur réussit fort bien, et en contemplant quelques-uns de ces arbres séculaires, devenus parfois historiques, que, malgré les destructeurs et les révolutions, on voit encore debout dans quelques villes ou villages et auxquels ce traitement aura été instinctivement et pieusement appliqué, plus ou moins bien, par la main charitable d'un ami de la nature, soucieux encore du culte des souvenirs et des gloires du passé.

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