SCENE III
ETIENNE, puis MOULINEAUX. On entend frapper à la porta cxtériKure du vestibule.
Qu'est-ce que c'est ?
M G U L I N E \ U X , dehors.
Ouvrez 1 c'est moi...
ETIENNE. N° 1
.A.]l ! c'est monsieur!... (ri va juvrir, puis revient suivi da
sijiiiirieanx.) Mousicur a passô la nuit deliors ?. . .
MOULINEAUX, en habit, la fiyure défaite, la cravate dénouée. - N" 2.
Oui, chut!... non... c'est-à-dire oui., madame ne sait rien?...
ETIENNE
Oh! bien... Madame sort d'ici... et si j'en juge par sa iigure...
MOULINEAUX, inquiet.
Oui?... ah! diable.
II passe au 1 .
ETIENNE
Ah ! monsieur, c'est bien mal ce que fait monsieur, et si monsieur voulait en croire un ami...
MOULINEAUX
Quel ami?
AGT1-: l'UL'lMIblR 5
ETIENNE
!\.'oi ! monsieur...
IMOULINKAUX.
Dites donc, gardez donc vos 'distances !... (il passe ••.i 2.) Ah ! Dieu ! quelle nuit!... j'ai dormi sur la bauqi;ette de l'escalier... si je n'ai point attrapé vingt rhus matismcs !... on m'y reprendra encore à aller au bal do 1 Opéra I...
Ah ! monsieur est allé au bal de l'Opéra?
MOULINEAUX
Oui... c'est-à-dire non... Occupez-vous de vos affaires...
ETIENNE
Oui, mais c'est égal, monsieur a une bonne têtel...il ne faut pas être malin pour voir que monsieur anocô toute la nuit.
|M0U LIN EAUX, sèchement.
Eh bien ! Etienne... allez donc à votre office...
KTIENNE.
C'est bon, j'y vais.
Il sort.
SGEiNE IV
MOULINEAUX
Ah ! Dieu, quand on m'y repincera encore à aller au bal de FOpéra!...le ciel m'est tém^un que je ne voulai pas y mettre les pieds !... ah ! bien oui, mais ce joli petit démon de madame Aubin fait de moi ce qu'elle veut... En principe, ne jamais avoir pour cliente une jolie femme et une femme mariée... c'est très dange-
6 TAILLLUR POUK DAMES
rcnx... Ainsi l'Opéra, c'est un caprice àelle...« A deux lioui'cs! sous riioi'loge ! » Cela voulait dire :... « Attendez-moi... sous l'ormcl » Et j'ai attendu... jusqu'à trois heures, comme un serin! Aussi quand je l'ai vue... quand je l'ai vue... qui ne venait pas... je suisparti, . i'iirieii.x; ! J'étais moulu, ôreiuté!... Je rentre, me consolant à l'idée d'une bonne nuit... arrivé à ma porte... crac, pas de clé .. je l'avais oubliée dans mes eflcts de tous les jour"^ .. Sonner, c était réveiller ma femme... crocheter la porte... je n'avais rien de ce qu'il fallait pour ça; alors, désespéré je me suis ré^'g .é ù attendre le jour et à passer la nuit sur une bai;quettti! (il s'assied à droite.) Ah! Celui qui n'a pas passé une nuit sur une banquette ne peut se faire une idée de ce que c'est... Je suis gelé, brisé, anéanti! (nrusqueiient.) Oh! quelle idée! Je vais me faire une ordonnance... oui, mais si je me soigne comme mes malades... j'en ai pour longtemps... Oh! si j'envoyais chercher un homéopathe...