VI AVERTISSEMENT
Je parlerai de Taine comme s'il était vivant, comme s'il devait me lire; je parlerai de Taine avec le l'espect que Ton doit à un puissant cerveau, à une imagination vraiment créatrice, à un écrivain qui était un artiste, en un mot à un des plus admirés parmi les types de Tesprit français au xix* siècle.
Mais je parlerai en toute liberté, sans circonlocution académique^
Je n'ai point de préjugé contre Taine. J'ai plutôt en sa faveur un préjugé d'adolescence, du temps ou j'étais élève à l'École normale, quand il nous apparaissait comme un des chefs de la libre recherche, de la pensée libre, quand nous le voyions moderne entre les modernes, quand je l'écoutais, avec un respect sympathique, à son cours de l'École des Beaux-Arts.
Quant aux opinions politiques qu'il adopta après 1870, sans doute ce ne sont pas les miennes; mais je sens que, si elles me déplaisent, elles ne décident pas mon jugement.
La preuve, c'est que j'apprécie et recommande à tout propos les mérites, les services d'écrivains aussi conservateurs que Taîine, comme par exemple Mortimer-Ternaux, l'historien monarchiste de la Terreur, et Sauzay, l'historien catholique de la Révolution dans le département du Doubs.
Si Taine avait mis les mêmes procédés historiques au service de la République démocratique, j'ai le sentiment que j'aurais jugé ces procédés avec la même rigueur.