‹ TaineChapitre 40 sur 102 · Ihid,, p · texte numérisé non relu

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de leur politique, par la sagesse de leur circonspection, et par une timidité qui venait de la réflexion sans qu'elle fût dans leur caractère. N'ayant point été illuminés par les lumières dont ces messieurs en France nous assurent qu'ils ont reçu une portion si abondante, ils agirent sous l'impression forte de l'ignorance et de la faillibilité humaine. Celui qui les avait créés ainsi faillibles les récompensa pour s'être conduits conformément à leur nature, imitons leur prudence, si nous souhaitons de mériter les mêmes succès ou de conserver leur héritage. Ajoutons, si cela nous plaît, mais conservons ce qu'ils ont laissé; et, nous fixant sur les bases solides de la Constitution anglaise, bornons-nous à admirer, et ne nous efforçons pas de suivre le vol désespéré des aéronautes de la France *.» Mais l'accord de Taine avec les pamphlétaires contre-révolutionnaires ne prouve pas que Taine ait tort dans les reproches qu'il adresse à la Constituante. . Il croit que, si les Constituants commirent la sottise f de faire une révolution violente et totale, c'est parce f qu'ils étaient pénétrés d'une mauvaise philosophie. Si, I au contraire, on examine un à un, dans leur suite chronologique, et sans parti pris, les actes les plus importants de la Constituante, il est difficile de n'y pas voir, pour chacun, une cause circonstancielle. Il n'était pas possible, comme l'a bien montré Rabaut Saint-Étienne, de régénérer la France partiellement et peu à peu. 11 n'était même pas possible de la régénérer pacifiquement, puisque c'est un fait que la cour opposait, à toutes les tentatives de réformes, tantôt les intrigues, tantôt la force. Cette opposition, Taine

1. P. 534-535 de la traduction française, 3* édit., Paris et Londres, 1791, in-8. — Bibl. nat., Lb39/4301».

ne la mentionne pas, et cependant c'est elle qui détermina presque tout le caractère de la politique de la Constituante et des interventions populaires.

Totale, oui, la révolution de 1789 le fut en politique, puisqu'elle toucha à tout. Mais elle ne fut pas totale en tant que révolution sociale, puisqu'elle ne modifia que certains modes de propriété, ceux en qui semblait subsister la féodalité. Radicale, elle ne le fut, quoi qu'en dise Taine, presque en rien, mais plutôt opportuniste. Proclamant des principes, elle ne les appliqua pas tous. Elle juxtaposa empiriquement le droit nouveau au droit ancien, la royauté de droit divin à la souveraineté du peuple : pas de république, mais une monarchie limitée; pas de démocratie, mais un régime censitaire et bourgeois. Les hommes de 1789, tout au rebours de ce que dit Taine, légiférèrent pour les* Français d'alors et pour leur temps, non pour l'humanité, non pour les siècles, bien qu'ils eussent le sentiment de servir indirectement, par leurs proclamations de principes, l'humanité et les siècles.

Quand Louis XVI vint clore par un discours la session de l'Assemblée constituante, le président Thouret, en lui répondant, marqua bien le caractère transactionnel et pratique de cette politique que Taine condamne comme absolue et irréelle : « Convaincue, dit Thouret, que le gouvernement qui convient le mieux à la France est celui qui concilie les prérogatives respectables du trône avec les droits indéniables du peuple, l'Assemblée nationale a donné à l'État une Constitution qui garantit également et la royauté et la liberté nationale *. »

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