‹ TaineChapitre 39 sur 102 · Bibl. nat., Lb 39/5447, in · texte numérisé non relu

Bibl. nat., Lb 39/5447, in

2. Ce pamphlet semble pouvoir être daté du mois de mars 1791.

3. N' 11 des Déclarations et protestations. Provins et Paris, 1814, in4; p. 135. —Bibl. nat., Le 30/15.

restauration; de ce bel ordre que la main inflexible du temps avait défiguré, mais qui pouvait devenir, au moyen des réformes dont le roi donnait l'exemple et des sacrifices que le clergé, la noblesse et la magistrature avaient offerts, le chef-d'œuvre de la. sagesse et de la liberté; au lieu d'États généraux composés de mandataires liés par leurs cahiers, d'un monarque environné de conseils nécessaires, d'une magistrature sagement organisée et dépendant uniquement des lois, d'une magistrature qui, pour l'instruction des siècles à venir, fixait dans ses registres le souvenir de ses fautes mêmes; enfin, au lieu d'un peuple libre, mais contenu, si désormais ce peuple, imprudemment armé par la Constitution, promène ses regards sur la chaîne des pouvoirs qui prétendront le gouverner, il trouvera auprès d'un roi sans puissance effective, auprès de tribunaux sans dignité comme sans force, des moyens et des modèles d'indépendance dans les communes, dans les municipalités, dans ces lambeaux de repu* blique épars autour de lui sous le nom de départements, jusqu'à ce qu'enfin, parvenu au Corps législatif, il y voie des ambitieux, qui se diront ses commis, et seront, suivant les circonstances, ses tyrans ou ses esclaves, occuper tour à tour le trône du despotisme et la chaire de l'anarchie. »

Mais, de tous les pamphets aristocratiques, celui qui eut le plus d'influence sur Taine, c'est le pamphlet de Burke.

On sait qii'en novembre 1790 Burke, qui cependant avait été l'apologiste de la Révolution d'Amérique, publia contre la Révolution française ses malveillantes liéjleœions. En forme d'une « lettre qui avait dû être envoyée d'abord à un jeune homme à Paris », il critique

les Français, non en citoyen du monde, mais en Anglais, dans la vue de défendre sa patrie contre la contagion des idées françaises, et en particulier pour protester contre Tadhésion qui avait été donnée à ces idées par deux clubs de Londres, Constitutional Society et Révolution Society, Le pamphlet fut applaudi de toute l'Angleterre conservatrice, de toute l'Europe conservatrice, et, malgré d'éloquentes réponses de Priestley, de Thomas Paine et de quelques autres, il ( fit du tort à la Révolution.

Taine le lut avec délices et s'en assimila, non seulement les idées, mais le style jusqu'aux métaphores.

Par exemple, tout ce qu'il dit de l'édifice de l'ancien régime^ qu'il eût fallu réparer, et non jeter à bas, Burke l'avait déjà dit en s'adressant aux Français en ces termes : « Vous auriez pu, si vous aviez voulu, profiter de notre exemple, et, en recouvrant votre liberté, lui donner un caractère digne d'elle. Vos privilèges, quoique interrompus, n'étaient pas effacés de la mémoire. Votre Constitution, il est vrai, pendant que vous aviez cessé d'en jouir, avait été bien endommagée et bien dilapidée ; mais il vous restait encore des pans de ses vieilles murailles, et vous possédiez en entier les fondations de ce château antique et vénéf rable. Vous auriez pu réparer ces murs et bâtir sur l les vieilles fondations*. «

On se rappelle le mépris avec lequel Taine parle du personnel de la Constituante : « Jugez de ma surprise, avait dit Burke, lorsque je trouvai que cette très grande porportion de l'Assemblée (j'ose dire la majorité de

1. P. 66 de la traduction française, 3* éd., Paris et Londres, 1791, in-8. — Bibl. nat., Lb39/4301*.

ses membres efïectifs) était composée de praticiens. On n'y a pas appelé ces magistrats distingués qui avaient donné à leur pays des gages publics de leur savoir, de leur prudence et de leur intégrité; de ces avocats célèbres qui font la gloire du Barreau; de ces professeurs renommés dans les Universités; mais, pour la plus grande partie, les membres les plus inférieurs et les plus ignorants de chaque classe, en un mot les mécaniciens de la profession. Il y avait quelques exceptions dignes de remarque, mais la composition générale était formée d'obscurs avocats de province, de clercs de petites juridictions locales, de procureurs de village, de notaires, et de toute la bande de tous ces officiers de la litige municipale, grands fomentateùrs et directeurs des petites guerres des vexations de village. Dès que j'eus jeté les yeux sur cette liste, je vis clairement, et presque comme si cela était fait, tout ce qui allait arriver *. »

C'est à Burke que Taine emprunte sa critique du système à la fois anarchique et géométrique des départements : « Croyez-vous sérieusement, avait dit Burke, que le territoire de la France avec votre système républicain de quatre-vingt-trois municipalités indépendantes (pour ne rien dire de plus de la composition de chaque municipalité) pourra jamais être gouverné comme un seul corps, ou mis en mouvement par l'impulsion d'un seul esprit? Lorsque l'Assemblée aura achevé son ouvrage, elle aura achevé sa ruine. Toutes ces républiques ne supporteront pas longtemps la suprématie de celle de Paris; elles ne souffriront

1. P. 80-81 de la traduction française, 3' éd., Paris et Londres, 1791, in-8. — Bibl. nat., Lb39/4301«.

\^pas que celle-ci monopolise ainsi la captivité du Roi, Wt qu'elle gouverne l'Assemblée soi-disant nationale *. » C'est aussi à Burke que Taine emprunte sa dénonciation de l'influence tyrannique que la canaille des tribunes exerçait, selon lui, sur la Constituante : « L'Assemblée, organe de ces clubs, avait dit Burke, représente devant eux la farce de ces délibérations, avec aussi peu de décence que de liberté; on croirait voir une troupe de comédiens de foire jouant devant un assemblage de bandits; c'est au milieu des cris tumultueux d'une canaille mélangée d'hommes féroces et de femmes perdues pour toute espèce de honte, qui, selon le caprice de leur imagination insolente, dirigent, contrôlent, applaudissent ou rejettent même les membres de cette assemblée, qu'elle siège *. »

Enfin ces ironies de Biirke contre les novateurs français, Taine ne se les est-il pas appropriées? Mais la satire anglaise, quoiqu'un peu lourde, a plus de portée : « Notre nation, écrivait Burke, trouve que le soin de conserver ce qu'elle possède et de le mettre à l'abri de la violation suffît à l'occupation d'un esprit . vraiment patriote, libre et indépendant. Je n'en exclurais pas non plus quelques^ changements; mais, même en changeant, je voudrais conserver, je voudrais n'être conduit à nos réformes que par de grandes nécessités. Dans ce que je ferais, je voudrais imiter l'exemple de mes ancêtres; je voudrais que la réparation fût, autant que faire se pourrait, dans le style de tout l'édifice. L'esprit de conduite que nos ancêtres ont toujours manifesté était remarquable par la prudence

1. P. 404 de la traduction française, 3' éd., Paris et Londres, 1791, in-8. — Bibl. nat., Lb39/^30iB.

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