‹ TaineChapitre 42 sur 102 · Voir» par exemple, p. 3i8 à · texte numérisé non relu

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passions libres; d'* développement de la passion maîtresse y (ces mots : la passion maîtresse, ne sont que dans le titre : il n'en est pas question dans le texte). En réalité, il n'y aucune différence bien nette entre les trois chapitres : c'est une suite d'anecdotes contre la Révolution, coUigées au hasard, juxtaposées sans chronologie. Cependant, au premier chapitre, Taine parle un peu plus des municipalités; au second, un peu plus des impôts qui rentrent mal et de la destruction de la féodalité; au troisième, un peu plus des persécutions contre les nobles, les officiers et les prêtres» Mais, dans chacun de ces chapitres, l'auteur traite de faits ou d'idées qui semblent appartenir en propre aux autres. C'est toujours le même procédé de généralisation fantaisiste.

Ce procédé, il l'érigé maintenant en méthode de travail. Parlant (p. 315) d'actes de violence trop nombreux pour qu'il puisse les raconter tous, il dit : « Il vaut mieux considérer encore une fois un cas particulier, détaillé, vérifié, qui serve de spécimen pendant une année particulière. » Et il raconte les troubles qui eurent lieu à Aix en décembre 1790. A quoi voit-il que les troubles d'Aix soient, en effet, caractéristiques de l'état de toute la France à cette époque? A rien, ou plutôt à ceci que ces troubles flattent son parti pris *.

Ayant vu que la commune d'Issy-l'Évêque voulut être autonome sous son curé-maire^, il incline à croire (p. 296) que les quarante mille communes de France ont suivi cet exemple.

1. Voir p. 314, .373, 392, d'autres exemples de semblables généralisations.

2, Voir plus haut, p.^ 101.

Même ses injures contre le peuple révolutionnaire ne sont au fond que des généralisations abusives.

Parce qu'à Lyon, pendant trois jours, des femmes, dominant le Club central, ont rédigé un tarif des vivres et parce que, parmi ces femmes, il y en avait peut-être dont les mœurs étaient mauvaises (et d'ailleurs il ne justifie ces anecdotes par aucune référence), Taine conclut (p. 351) que « la dictature de l'instinct lâché » aboutit, dans la seconde ville de France, « au gouvernement des catins ». Parce que dans la ville de Caen il y a eu des troubles en juin 1792, Taine affirme (p. 441) qu'en général, dans la France d'alors, « la canaille assouvit sur la classe proscrite ses instincts ordinaires de cruauté, de pillage, de lubricité et de destruction ».

; Si le peuple, en quelque endroit, maltraitant des ' nobles, les a forcés d'émigrer, il croit (p. 432-433) que partout le peuple a forcé les nobles d'émigrer.

Si des prêtres insermentés ont émigré, il en conclut (p. 436) que tous les prêtres insermentés ont émigré.

S'il y a dans la Constitution quelques articles « inspirés du Contrat social, il en conclut (p. 283) que « l'esprit de Rousseau anime la Constitution tout ' entière ».

! S'il y a, en quelque endroit, une émeute de paysans, il en conclut qu'il y a jacquerie dans toute la France.

Et, comme c'est un esprit classificateur, il distingue sept jacqueries dans la Révolution, pas une de plus, pas une de moins. La première jacquerie, c'est avant le 14 juillet 1789; la seconde, c'est après le 14 juillet; la troisième et quatrième ne sont annoncées nettement que dans la table (qui a souvent plus de précision que le texte), et j'entrevois seulement que ces deux jac-

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queries, impossibles à distinguer l'une de l'autre, ce sont les troubles de l'année 1790 et ceux du commencement de Tannée 1791; la cinquième jacquerie (qui, comme les deux précédentes, n'est annoncée que dans la table), ce doit être l'émotion populaire qui suivit la fuite à Varennes ; la sixième jacquerie, il semble que ce soit l'application de la Constitution civile et aussi les troubles de toute nature qui eurent lieu en 1792 avant la chute du trône ; enfin la septième jacquerie, ce sont, je crois (sans en être sûr), les suites de la journée du 10 août et la Terreur : « Quelque chose d'effroyable se prépare, dit Taine (p. 459) : la septième jacquerie va venir... »

Ces fantaisies n'ont rien d'historique. Ce sont des jeux d'esprit, jeux brillants, jeux qui plaisent aux badauds. Taine ne s'y livre point par simple divertissement, par simple virtuosité : ce sont des moyens d'avocat au service de sa cause, au service de sa thèse. S'il compte sept jacqueries, ce n'est pas seulement pour frapper l'imagination par une apparence du calcul : c'est surtout pour enfoncer dans l'esprit du lecteur l'idée qu'une Révolution, inspirée par la xnauvaise philosophie, ne pouvait être que calamiteuse*.

M. Pour le détail, ce sont toujours les mêmes négligences, les mêmes erreurs. Voir, pp. 284, 333, 438, des exemples des citations non littérales. 11 croit (p. 323) qu'en 1787 on avait restitué aux protestants tous les droits civils; (p. 435) qu'en janvier 1793 les assignats perdaient 55 p. 100, quand le tableau de la dépréciation indique, à cette date, 29 p. 100. 11 s'imagine (p. 331) qu'en mai 1790 « Narbonne affame Toulon ». Voulant raconter (p. 358) comment fut appliqué à Paris le décret de suppression des octrois, il n'allègue d'autre autorité que les Goncourt et Maxime du Camp. Il cite Rivarol comme un témoin impartial et croyable (p. 394, 418 et pass.).

TAINB HISTORIEN. °

Dans ce livre intitulé la Constitution appliquécy quelles sont les idées essentielles et comment s'enchaînent-elles?

C'est bien difficile à préciser.

Pour trouver une vue qui ait un air d'ampleur et d'originalité, il faut aller jusqu'à la page 386, où l'auteur dit que la Révolution « est, par essence, une translation de propriété ». On s'attend à un développement d'après des faits. Mais aussitôt, Taine parle d'autre chose : ce n'était là que boutade, propos en l'air.

Lui qui a tant dit et ressassé que le Français révolutionnaire, revenant à sa nature, se conduit en gorille ou en tigre, le voilà qui déclare (p. 287) qu'en juillet 1790, le môme Français réalise à un moment l'idéal de bonheur et de vertu décrit dans les estampes et les livres ; il le montre, aux jours de la Fédération, confiant, aimable, heureux, sociable, sympathique, expansif.

Rajoute aussitôt (p. 291) que les gens d'alors croient que les propriétaires sont nuisibles, sans nous dire comment il se fait qu'ayant cette croyance, ils n'aient admis à l'éligibilité politique que les seuls propriétaires fonciers.

Une des assertions qui reviennent le plus souvent dans ce livre, c'est que la Constituante organisa ellemême l'anarchie, et, entre autres preuves à l'appui, Taine allègue l'affaire du Parlement de Bordeaux. Ce Parlement avait, dit Taine, requis des poursuites contre les brigands. « En réponse, dit encore Taine (p. 375), l'Assemblée inflige l'improbation la plus rude au Parlement de Bordeaux et commence la démolition de tout l'ordre judiciaire. » Or, ce n'est pas du tout parce que

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ce Parlement avait ordonné des poursuites que TAssemblée constituante le blâma, mais parce que le procureur général avait eu l'audace d'attribuer tous les désordres à la conduite de l'Assemblée constituante elle-même, qu'il avait désignée sous le nom de « réunion de députés de chaque bailliage,'^» comme s'il ne la reconnaissait pas pour être la représentation nationale. Taine ajoute que, « pour toute répression », TAssemblée « expédie au peuple français une exhortation sentimentale, douze pages de fadeurs littéraires qui semblent écrites par Florian pour ses Estelles et ses Némorins », . et il assure que « cette pièce, d'un comique extraordi- I naîre, suffirait pour faire comprendre toute l'histoire j de la Révolution ». Or, il s'agit de l'Adresse du ' 11 février 1790, qui est l'œuvre de Talleyrand, rapporteur du Comité de Constitution. En voici un des passages les plus caractéristiques : « Plaignez, Français, les victimes aveugles de tant de déplorables préjugés, mais, sous l'empire des lois, que le mot de vengeance ne soit plus prononcé. Courage, persévérance, générosité, les vertus de la liberté, nous vous les demandons au nom de cette liberté sacrée, seule conquête digne de l'homme, digne de vous, par les efforts, par les sacrifices que vous avez faits pour elle, par les vertus qui se sont mêlées aux malheurs inséparables d'une grande révolution ; ne retardez point, ne déshonorez point le plus bel ouvrage dont les annales du monde nous aient transmis la mémoire. Qu'avez-vous à craindre ? Rien :

1. Cf. Moniteur^ réimpr., t. IV., p. 526. — A propos de cette affaire du Parlement de Bordeaux, Taine renvoie à « Duvergier, décrets du 6 mars 1790 et des 6-10 août 1790 ». Ces dates sont fausses : il s'agit des décrets des 4 mars, 8 avril et 24 avril 1790. Voir la table de la Collection des lois publiée par Duvergier.

non, rien, qu^une funeste impatience '.encore quelques moments... c'est pour la liberté! Vous avez donné tant de siècles au despotisme ! Amis, citoyens, une patience généreuse au lieu d'une patience servile; au nom de la patrie, vous en avez une maintenant; au nom de votre roi, vous avez un roi, il est à vous non plus le roi de quelques millions d'hommes, mais le roi des Français, de tous les Français ! »

Tel est le langage, si bien adapté aux sentiments des Français d'alors, où Taine voit « un comique extraordinaire ».

Des contemporains y admirèrent « cette élévation d'âme et cette simplicité d'expression qui forment le véritable langage de la liberté ». Cette adresse leur parut « pensée avec cette énergie que le patriotisme seul inspire, remplie de ces rapprochements heureux, plutôt effet du sentiment que de l'esprit ». C'est un journal important, le Moniteur, qui s'exprime ainsi, et il ajoute : « Cette adresse a tellement ému tous les auditeurs qu'on serait coupable d'avoir conservé l'attention calme, nécessaire pour faire une analyse exacte. Des applaudissements sans exemple interrompent souvent l'orateur. On doit cependant observer qu'une partie de l'Assemblée * n'a pas partagé cet enthousiasme 2. »

Taine rit de cet enthousiasme, mais c'est un rire indigné, et il se met dans un perpétuel état d'indignation étonnée et scandalisée.

C'est avec colère et sarcasme qu'il remarque (p. 297) que les officiers municipaux élus se croient seuls, en leur commune, dépositaires de l'autorité légitime, ou p. 304) qu'on admet dans la garde nationale des « gens

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