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CHAPITRE VIII

I. Confiscations et réquisitions. — II. Destructions jacobines : la religion, la noblesse, les fortunes. — III. Destruction de la famille. — IV. Contre rétalisrae, — V. Les Jacobins, minorité tyrannique et sanguinaire.

Au récit de rétablissement du gouvernement révolutionnaire succèdent des tableaux, par lesquels Taine semble vouloir donner une idée de ce qui se pçissa entre le 14 frimaire an II et le 9 thermidor suivant.

Ce sont trois livres : i^ le programme jacobin; 2° les gouvernants; 3° les gouvernés.

Le programme jacobin ! Taine en a déjà parlé tant de fois, et si longuement, que nous pensions qu'il avait achevé d'en parler. Non : il a encore à disserter sur ce programme, et, de la page 69 à la page 158 de rédition in-8, voici là-dessus deux chapitres, qui ne se distinguent Tun de l'autre que par la pagination, et non par la matière.

Ce livre sur le programme jacobin s'ouvre par des considérations que Taine avait déjà exprimées (mais

en d'autres formules) sur la force d'une idée générale, sur le Contrat social de Jean-Jacques Rousseau (dont il fait, p. 70, des citations non littérales, quoique guillemetées), sur l'annihilation des individus dans TËtât (ce n'est pas lui qui, comme tant d'autres, reprocherait à la Révolution d'avoir été trop individualiste). Une des conséquences de « l'idée générale » d'alors, c'a été la confiscation des biens des émigrés.

A ce propos, Taine croit savoir (p. 71) que les biens du clergé confisqués valaient « environ quatre milliards », et les biens des émigrés, environ trois milliards. Pour les biens du clergé (que personne n'est actuellement en état d'évaluer), il ne donne aucune référence, et pour les biens des émigrés, il allègue Roland et Cambon, qui, tous deux, évaluent ces biens, non à 3 milliards, mais à 4 milliards 800 000 livres*.

Il dit aussi qu'on prend les biens des hôpitaux (qu'il évalue à sa fantaisie), et il renvoie, pour prouver cette prise, au décret du 13 brumaire an 11, sans s'apercevoir que ce décret n'a pour objet que de faciliter le paiement des arrérages des rentes et intérêts annuels dus aux hôpitaux et aux pauvres. C'est par la loi du 23 messidor an II que ces biens furent déclarés nationaux; mais il fut sursis à leur vente par la loi du 9 fructidor suivant, et la loi du 16 vendémiaire an V, non seulement rendit leurs biens aux hôpitaux, mais ordonna le remplacement de ceux de ces biens qui avaient été vendus. Taine ne dit rien de tout cela, et laisse croire que les hôpitaux furent réellement et totalement dépouillés.

1. Rapport de Roland du 6 janvier i793, Bibl. nat., Lf 132/3, in-4, et rapport de Cambon du 1" février 1793, Moniteur, réimpr., t. XV, p. 344.

« Nous reprenons, dit Taine (p. 72), les domaines engagés ou aliénés par TÉtat depuis trois siècles et davantage : il y en a pour deux milliards ». Et il dit les évaluer ainsi d'après Cambon, qui pourtant ne les évalue qu'à 1 500 millions K

De cette façon, af firme- t-il, quoiqu'il n'en sache Hen, « plus des trois cinquièmes du sol arrivent entre nos mains ».

Autre précision, non moins fantaisiste : la rentrée du numéraire et des matières d'or et d'argent, en novembre et en décembre 1793, a produit « trois ou quatre cent millions ». La source? Un mémoire de Mallet du Pan à lord Elgin, où ca Genevois, qui a quitté la France et qui veut paraître bien renseigné 2, écrit ceci : « Il ne m'a pas encore été possible d'obtenir une récapitulation approximative du produit de ces divers articles (les contributions extraordinaires exigées révolutionnairement). Des gens instruits m'ont seulement certifié et démontré par des pièces justificatives la probabilité que, du l®"" novembre 1793 jusqu'au !«'• janvier 1794, il était entré trois ou quatre cents millions de matières d'or et d'argent, en fabrication ou monnayées, aux hôtels des monnaies, et d'espèces au trésor public ^. » Et qui sont ces u gens instruits »? Mallet du Pan ne le dit pas. C'est sur la foi de ces anonymes correspondants d'un étranger que Taine donne ces précisions! Il allègue aussi un rapport de Cambon, du H frimaire an II, où il y a des faits qui font voir qu'il y eut, çà et là, des « rafles » de numéraire et de matières précieuses. Mais il se

i. Moniteur, réimpr., t. XVll, p. 486.

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