‹ Tallemant des RéauxChapitre 17 sur 18 · T. IV · texte numérisé non relu

T. IV

(9) T. VI. 3 et s. V. •aussi notre yolume : Les Femmes illtistres. Ninon de Lanolos, S. D.

(3) T. VII. 457. Des Réaux s'intéressait môme à la domesticité de son futur beau-père. Il conte une amusante anecdote sur maître Chamard. le maître d'hôtel, qui fessait cruellement les laquais sous ses ordres. V. VII, 367.

(4) Sur la naine que Tallemant ne nomme pas, mais qui était Anne et non Anf^élique, comme l'a cru Monmerqué, V. VI, 319.

(5) T. VI, 306, dit : « Je n'eus pas grand-peine à aimer la petite et aussi à m'en faire aimer. »

â80 LA JOUSaSE JEUNESSE DE TALLKMANT DES r£aUX

cité. 11 conviait les jeunes gens à des promenades. Il les amena dans sa maison et son jardin du Faubourg Saint-Antoine, près Reuiliy, et ils y séjournèrent. Certes Des Réaux en admirait la splendeur. Des jardins en broderies où giclaient, parmi les fleurs, d'élégants jeux d'eau, des allées bordées de palissades ou d'arbres et formant des dessins géométriques conduisaient auxricbes bâtiments. Sveltes, terminés par des toits aigus qu'ornaient des girouettes etde hautes cheminées, deux pavillons, reliés par une grille posée sur une balustrade, s'adossaient à Tédilice principal, ménageant entre eux l'emplacement d'une cour où circulaient les carrosses (1).

Les appartements étaient fastueux, tels que les aimait le financier, mais on n'y jouissait que d'une liberté médiocre, car M. Rambouillet avait voulu que son opulence eût des témoins et des dévots. Il avait ouvert ses jardins et sa maison des champs, comme un musée, aux honnêtes gens. Un « garçon », spécialement affecté à cet emploi, montrait aux visiteurs les curiosités. Mille seigneurs et dames y venaient en promenade et même y organisaient, comme dans une auberge, collations et divertissements. Parfois on y

(i) Une estampe .d'Israël Sylvestre représente la maison et le jardin de M. Rambouillet dont nous avons trouvé une description succincte dans une saisie réelle faite au profit d'Antoine Rambouillet, sieur de La Sablière, le 25 janvier 1674 (A. N. X 3A, 39i, f* 415). Gonrart : Lettres familières à M. Félibien, itu, parle avec admiration de cette c si belle maison ». V. aussi M«* de Sévigné : Lettres, édit., Monmerqué, VII, 26i, 264, 476 ; VIII, 124: Tavannes : Mémoires, édit. Horeau, 1858, p. 160, 269, 271. Marcel Poète : La PromenaOe à Paris au xvii* siècle, 1913, p. 204 et s., résume, sur La Folie-Rambouillet, Tallemant, La Bruyère, Sauvai, les historiens de Paris et quelques mémorialistes de la Fronde. V. surtout, comme le plus complet, l'article de MM. Henri Vial et Gaston Gap on -.La Polie-RambouiOet, dans Bull, de la Société hist. et arch. des XI; XII* et XX* arrond., 1899, p. 17 et s.

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voyait apparaître, tantôt vêtu en satyre, tantôt en berger et tantôt en dieu de TOlympe, un vieux fou de poète, Yauquelin des Yveteaux, qui, égaré dans le le labyrinthe, contribuait à lui donner une apparence virgilienne (1).

Quand M. Rambouillet était au logis, il voulait qu'on le louangeàt démesurément sur la beauté de cette construction, faite de toutes pièces dans des terrains vagues. Il traînait Des Réaux jusqu'à sa terrasse dominant la Seine ou bien à travers son verger dont les fruits surpassaient en grosseur et en saveur ceux du jardin des Hespérides et faisaient les délices de la table royale. Mais Des Réaux se souvenait que cette maison avait été bâtie avec l'argent escroqué à son père sur les cinq grosses fermes, et ce souvenir gênait son éloquence. Néanmoins, par tendresse pour Elisabeth, il triomphait de ses scrupules, c II n'y a pas un pied d'arbre chez lui, dit-il, dont je n'aie fait dix fois l'éloge durant le temps que je fus accordé. »

Parfois, enveloppant d'un geste large la propriété, le vieux partisan disait, de son ton solennel, au jeune homme :

— Je n'ai que l'usufruit de tout cela; mon bien est à vous autres ; vous l'aurez à votre tour !

Et Des Réaux, surpris d'une telle naïveté, répondait un peu brutalement :

— Ma foi, vous me dites là une grande merveille* Avez-vous jamais vu personne qui ait emporté sa maison en l'autre monde (2)?

(1) T. I, 349; V, 12; VI, 313. Des Réaux a consacré une très curieuse historiette à Des Yveteaux. Il y indique leurs relations. Il conservait un sonnet de lui dans son Gros Recueil (B. L. ft. ms. n' 673 f» 6).

(i) T. VI, 314. •

Le boDbomme l'ennuyait. Hors les affaires, il n'ou- Trait la bouche que pour mélanger la bêtise à la morgue. Il ne manifestait point la générosité d'un Mautauron, Les poètes fuyaient sa demeure d'où les écus np sortaient guère en faveur de la littérature. Seuls les ministres parvenaient à soutirer quelque pécnne à ce buguenot fervent et lui dédiaient, par gratitude, leurs farouches sermons (i).

Durant ses interminables fiançailles, Des Réaux fut contraint de supporter bien des fois sa compagnie. 11 raccompagna même en province, dans ses terres cbartraines où il fit, en la personne de Françoise-Juiif! de Rochefort, marquise de Maintenon, la découverte d'une extravagante digne de figurer dans sa galerie de portraits (â).

M. Rambouillet occupait ainsi, en promenades et Toyages, les loisirs que lui laissait son veuvage. Il se lassait peu à peu de la solitude. Après six mois de deuil, il songea à se remarier. Il avait cinquantequatre ans et sentait encore assez d'énergie en lui pour contenter une nouvelle femme. On connut bientôt ses intentions dans la paroisse Saint-Ëustache et nombreuses filles madrées assaillirent le barbon de leurs coquetteries. Marie Le Goux fut des premières à accourir. Séduire le bonhomme eût été pour elle un grand triomphe ; car tout d'abord elle aurait joui d'une fortune considérable. De plus, elle aurait pu s'emparer de nouveau de Des Réaux ou, du moins le gêner, rompre son mariage, le chasser

(i) Jean Daillé dédia à Rambouillet ses Sermons sur VEpitre de VÀpâtre S« Paul <mx Colossiens, 1648, 3« partie-

(S) T. IV, S92 et s., lui a consacré une historiette et signale (p. 293-294} sa propre présence dans la région chartraine à rette époque.

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lA JOYEUSE JEUNESSE DE TALLEMAM DES BEAUX 283

de la maison, exercer une merveilleuse vengeance.

Malheureusement Nicolas Rambouillet ne se prêta point à cette manœuvre. Il entendait choisir luimême sa femme et résistait à toutes les influences. Il s'accorda, en définitive, avec Anne Gaignot (1), informant son entourage seulement de sa décision et demandant le secret.

Deux jours à peine s'étaient écoulés depuis son accord, lorsqu'une ûlle inconnue vint avertir Des Réaux que M. Le Fauscheur, le ministre, ami de sa famille, gravement malade, demandait à lui parler. Ce ministre habitait dans la même maison que Marie Le Goux. En hâte le jeune homme fît atteler le carrosse et partit, non sans avoir répandu la nouvelle.

Arrivé au logis de M. Le Fauscheur, il trouva, au bas de l'escalier, la même fille qui lui avait porté la convocation.

— Monsieur, lui dit-elle, fort embarrassée, c'est M"* Le <joux qui veut vous parler !

Il n'y avait pas d'hésitation possible. Il monta, disposé k affronter une nouvelle querelle. Marie Le Goux le reçut en larmes, la bouche pleine de reproches. Interdit, il ne savait que répondre ; mais enfin il comprit son dessein, car effrontément, elle lui dit :

— Il faut que vous m'épousiez ou, si vous ne le

(i) Fille de Pierre, sieur de Lozanne et de Suzanne Martin, enterrée à Charenton le i*' septembre 1684. On a d'elle, à cette époque, une Donation à Nicolas Rambouillet fils, 16 février 1646 et, plus tard, inventaire fait à la requête de D* Anne Gaignot^ des biens après le décès de D"* suza/nne de Oaya/nt, d7 mai i662; enfin, comme Tintéressant, Consentement de Pierre Gaignot, sieur de Maineourt et D'^* Suaatrme de Gavant < n faveur de D* Anne Gaiffnoty 23 juin 1656 ; Quittance par Anne Gaignot, 26 juin 1656. IM. A. dé Af* Le Semelier. E. A, de M*Bossy). V. .aussi, A. iV. Y 85 f 29 r.

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voulez point, que vous m'aidiez à épouser voire beaupère.

Elle ignorait évidemment l'engagement de ce dernier. Des Réaux se chargea de' l'en informer :

— Pour moi, dit-il, mes articles sont signés depuis longtemps et ceux de mon futur beau-père le furent avant-hier.

Alors la veuve entra dans une colère furieuse. Elle menaça Des Réaux des violences de son fils qu'elle élèverait dans une perpétuelle idée de représailles.

— Vous aurez beau faire, moi seule suis votre femme, criait-elle; la petite Rambouillet ne sera jamais que votre garce. Si j'eusse su qu'elle me tromperait ainsi, je l'eusse laissée tomber quand je la présentai, comme marraine, au baptême!

Dans son courroux, elle alla jusqu'à promettre qu'elle serait présente au mariage et qu'elle le briserait par un scandale. Cependant Des Réaux, par de douces paroles, parvint à l'apaiser (1). Maïs une inquiétude, une crainte demeurèrent en lui désormais. Cette femme, déçue dans son amour et dans ses ambitions, était capable de troubler son bonheur. Cependant comme elle se tenait tranquille et que des mois s'écouleraient avant la célébration du mariage, Des Réaux reprit conûance.

C'était le temps où Ménage avait entrepris, jaloux de rencontrer plus pédant et plus caustique que lui, une croisade contre Pierre de Monmaur, dit Monmaur le Grec, professeur de littérature grecque au Collège de France. Mille plumitifs s'acharnaient sur ce misérable, d'ailleurs insensible comme un roc à leurs

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attaques. Les poètes lui reprochaient d'être le plus magnifique goinfre du royaume, Técornifleur le plus habile à séduire les amphitryons. Ils ne lui pardonnaient pas un appétit si grandiose que, quand on possédait Monmaur à sa table, on se gardait d'inviter d'autres convives. Ainsi ils étaient frustrés de quelques bons repas qui leur eussent rendu l'optimisme dont on est privé, le ventre vide.

Des Réaux se mêla à cette guerre de plume. Il haïssait Monmaur pour des raisons restées obscures. Peut-être avait-il pâti, lors de ses études, sous sa férule. En un sonnet allègre, il railla le glouton illustré par sa boulimie (1). Gela lui procura une heure de distraction.

Il en était ainsi réduit à chercher des divertissements pour abréger le temps qui le séparait de son mariage. Heureusement la huguenoterie de la paroisse Saint-Eustache lui en fournissait quelques-uns* Jeunes gens et jeunes filles, las de baller et de jouer aux amoureux, s'établissaient graduellement. Les Bigot, ruinés par des dépenses excessives, craignant pour le pucelage de leur fille Lolo que les galants pressaient avec activité, se décidèrent à la marier* Ils acceptèrent les propositions de Thomas Galant, sieur de Gondran, avocat brutal à figure de cuistre qui possédait ronde fortune.

(1) M. Frédéric Lachèvre : Bibliographie des reoueils collectifs de poésies, 1903. II, 666, a publié ce sonnet retrouvé par lui, avec la signature de Des Réaux, dans un ms. du xvii* siècle, provenant de Feydeau de Brou. La thèse latine de M. N. M. Bernardin : De Petro Monmaur o, 1895, qui résume tout ce qui a été écrit sur Monmaur, ne contient pas le sonnet de Tallemant. Celui-ci parle quelquefois de Monmaur dans les Historiettes {ÎU 188; IV. 81), toujours avec une nuance de mépris: « ce fat, ce pédant de Monmaur. »

Des Réauz accompagna ce couple dépareillé au temple de Gharenton, heureux de coutempler si parfait candidat au cocuage. « Le lendemain, écrit-il, nous fûmes tous voir si la mariée était morte ; elle n'était pas morte, à la vérité, mais elle ne se portait pas tout k fait bien. Ce' cheval y avait été si rudement qu'elle fut plus de huit jours à s'en plaindre. A la mode de la famille, elle dit tout ce qu'elle savait et, dès qu'elle aperçut son gros frère, qui entra le premier dans la chambre :

— Ah! lui dit-elle, mon pauvre Ghaumont, ne crains pas que je sois jamais putain!

Gette innocente croyait que toutes les fois cela faisait autant de mal; mais quand elle vit le contraire, elle se dédit de tout ce qu'elle avait promis à son gros Lolo (1). »

Des Réaux faisait, . avec ses amis, des gorges chaudes de toutes les anecdotes que ce couple mal assorti se mit à lui fournir incontinent. Mais bientôt on 0t des gorges chaudes de sa propre naïveté. Car un autre mariage se dévoila brusquement dans les préliminaires duquel lui, si perspicace, n'avait vu goutte. M''* Godet des Marais, son ancienne amoureuse, cette fille qu'il prenait pour une ingénue et dont il n'avait osé effaroucher l'opiniâtre candeur, M°>* de Launay morte, l'avait aussitôt remplacée dans son lit. Ce ne fut pas sans dépit que Des Réaux apprit, lorsqu'elle fut grosse, son concubinage et son inariage secret avec Jean Gravé, sieur de Launay, le plus lourdaud des hommes, bien indigne de cueillir telle fleur. Peu sentimentale, la jeune

(1) T. V, 456 et 8.; Gonrart .Mémoires, édit. Michaud et Poujon-»

lat, 1838, p. 592 et 8.

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LA JOYBUSE JBONESSE DE TALLBMANT DES RÉAUX 287

femme était allée vers l'argent. Quand Des Réaux la revit, il lui dit d'un air chagrin :

— Je n'eusse jamais cru qu'une prude comme vous dût coucher deux mois avec un homme sans en rien dire et qu'un dévergondé comme moi se mariât en face d'église !

Et la voyant maintenant magnifique, gaspillant les bardes, contrefaisant la grande dame, il eut envie de rechercher, pour lui rappeler son intervention si utile et si mal récompensée, la robe de taffetas bleu émaillé de taches qu'elle portait au temps où il la sauva de l'antichambre (1). Mais ce geste eut trop marqué sa colère et il s'en abstint.

D'ailleurs ses propres affaires retinrent plus précisément son attention. Un autre de ses frères cadets, le jeune N..., gendarme engagé dans l'armée de Condé, avait été tué à Nordiingen (2). La mort de ce soldat et du précédent laissait leur portion d'héritage paternel aux mains de Pierre Tallemant. M"* Tallemaijt tourmenta son mari pour qu'il ajoutât 50.000 livres aux 100.000 livres qu'il se proposait de donner en mariage à Des Réaux. Elle craignait certainement que le jeune homme, sans profession, ne connût plus tard la gène. Pierrei Tailemant se rendit volontiers aux prières de sa femme.

Mais aussitôt l'abbé protesta. Il était aussi digne d'intérêt que son frère. On n'avait pas le droit de le désavantager. Si bien que Pierre Tailemant, pour

(1) T. VI, 358 et s. M«* TaUemant, fâoune de Géfiéon II, joua «n rôle important dans l'aventure de M"* Godet des Marais.

(2) Août 46t5. T. en parle : VI.a07, 3i2, 314. * C'étatt,éeriWI.un si bon garçon qu'il disait^ pour dire qu'il voulait ôtre enseigne, qu'il voulait être drapeau. »

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268 LA JeTEUSE JEUNESSE DE TALLEMANT DES RÉAUX

éviter des querelles, étendit à tous ses enfants le don de 50.000 livres (i).

Cette largesse détermina Nicolas Rambouillet à hÀter les formalités du mariage. Des Réaux devenait un bon parti pour sa fille. Il ne le fallait point laisser échapper. Il se joignit à Pierre Tallemant pour demander au roi la dispense nécessitée par le cousinage. Craignant de ne point l'obtenir, ils invoquèrent des motifs, réels d'ailleurs, mais de nature à fléchir la sévérité du monarque. En unissant les deux jeunes gens, ils avaient pour dessein, disaient-ils, « d'éviter les différends qui pourraient naître entre eux sur diverses affaires », de « conserver la paix de leurs familles », d'empêcher que leurs biens « ne se dissipassent dans la division que les procès pouvaient causer sans cette alliance (2). »

(1) Ils en donnèrent quittance : Des Réaux sur son contrat de mariage, le 18 janvier I6i6; Pierre, Paul, Marie Tallemant, Temmé de François Le Venier, par acte notarié collectif en date du is. janvier ««46 ; l'abbé François Tallemant par acte particulier

de la même date {M. A. de M* Le ^lemelier. E A. de M' Bossy). V. aussi, sur ces faits que les actes confirment, T, YI, 3i3-3i5. La même étude contient les actes suivants grossoyés à la même époque : Constitution par M' Henri d'Harambure â Af* Gédéon Tallemant, mars 1645; Transport par François Lescot à Pierre Tallemant; Transaction entre N. Rambouillet et Annibal La Carrière, avtHl 1645; Quittance par Pierre et Paul Tallemant à^M' Louis Amauld; Bail deN, de Rambouillet à P. Tallemant, sieur de Boisneau, 15 et 31 janvier 1646 ; Bail par Anne Mangot, sieur de Villarceau, à P. TallemamU mars 1646; Obligation par Qédéon Tallemant à Michel Hillet, avril 1646; QuHta/nce par P. Tallemamt et N. Rambouillet au sieur Quïllot, mai 1656,

(2) A. N. Y 16 f* 117 v°.. Lettre de Louis XIV accordant dispense et autorisant le mariage de Gédéon Tallemant Ofvee Elisabeth Rambouillet, sa cousine germaine^ tous deux de la R. P. R., mariage destiné à éteindre les divisions de la famille. Paris 30 novembre 1645. La pièce est signée- Conrait. Il semtkle que dëaor- . mais les rapports entre Pierre Tallemant et Nicolas Rambouillet s'améliorent. On voit le premier soutenir un procès devant le Parlement, prenant fait et cause pour le second. V. A. N, Xi a s678,

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Malgré rintervention de Conrart, conseiller du roi, Des Réaux n'obtint sa dispense qu'à la fin de novembre 1645. A ce moment, Nicolas Rambouillet manifesta le désir de célébrer son propre mariage avant celui de sa fille. Cela lui paraissait plus convenable. La famille s'achemina donc vers Charenton, le mois suivant, et les dix enfants du barbon, et ses petitsenfants, et les Tal]emant, les Bigot, horde turbulente, envahirent le temple pour honorer « l'ancien (1). »

Et enfin Des Réaux vit arriver son tour d'être libre et heureux. Le vendredi 12 janvier 1646, rue Neuve des Fossés-Montmartre, en la maison de Nicolas Rambouillet, les notaires Le Cat et Le Semelier furent appelés pour dresser son contrat. Tous les membres adultes des deux familles, Anne la naine elle-même, et quelques délégués des Bigot, et Yves Mallet, conseiller du roi, ami commun, étaient présents pour la signature. On n'avait point convoqué, comme c'était d'usage, les illustres et les grands du royaume. On tenait à rester entre huguenots et, si possible, à faire, de cette cérémonie intime, une cérémonie de réconciliation.

Les notaires lurent le contrat que signèrent tour à tour dix-huit parents et un ami. Elisabeth Rambouillet recevait en dot 100.000 livres, et Des Réaux, contrairement aux coutumes, apportait davantage que sa fiancée : i 50.000 livres en beaux écus sonnants.

i5 janvier 1644. V. aussi d'autres procès du même à la même époque, XIa 5679, 17 février 1644 5688, li jomvier 1646.

[i) Contrat de mariage passé devant Le Cat et d'Orléans le 25 décembre 1645 {E. A. de M* Le/ebvre.) V. aussi 5?&?. de la Société de Vhist. du protestantisme français. Manuscrits. Etat-civil de Paris, art. Rambouillet. Le mariage fut célébré en décembre 1645. V. également, T. VI, 312.

Ce dernier ne faisait point une affaire profitable. Une fais de plus, Rambouillet, le financier retors, friponnait son ancien associé Pierre Tallemant, plus humain et plus probe. Il vendait à haut prix la grâce et la jouvence de sa fille (i).

Des Réaux ne songea point à s'en plaindre. Deux jours plus tard, il conduisait au temple de Charenton sa fine fiancée. C'était dimanche, jour de prône. Il y avait grande affluence de carrosses, multitude de petites gens venus par les coches d'eau (2).

(1) Contrat de raa/riage Tallemant de.'f Réaiuv-Elisabeth RamtbouiUet, du 12 janvier 1646 (AT. A. de Le Semelier. E. A. de M* Bossy) Furent présents, pour le jeune homme : Pierre Tallemant et Marie Rambouillet, père et mipre: Pierre, Paul. Elisabeth, François et Marie Tallemant, frères et sœurs; François h% Venier, beau-frère- Pour la jeune fille: Nicolas Rambouillet et Anne Gai^ot, père et belle-mère: Nicolas, Catherine, Antoine, Anne, Pierre Rambouillet, frères et sœurs : Jacques Bigot, oncle maternel : Gédeon II Tallemant et Nicolas Bigot, cousins ; Yves Mallet, ami. Les époux seront « uns et communs ». Elisabeth Rambouillet reçoit en dot loo.ooo livres à prendre sur la succession de sa mère, Catherine Bigot, dont 33.333 livres, 6 sols, 8 deniers seulement entreront dans la communauté, le reste lui demeurant propre et à ses héritiers. Des Réaux lui alloue en douaire préfix 2.500 livres de rente viagère si elle n'a pas d'enfants, 2.ono livres si elle en a, douaire qui lui sera continué en cas de décès de l'époux. Le survivant des époux aura droit à un préciput de 6.000 livres à prendre en meubles ou en deniers sur la communauté. Si, pendant le mariage, vente est opérée de rentes propres aux époux, remploi en sera fait ou bien ces deniers seront repris par le survivant sur la communauté. L*épouse pourra, au décès de son mari, renoncer à la communauté et reprendra alors sa dot, sa part des biens acquis pendant la communauté, son douaire et son préciput sans être obligée aux dettes. En cas de prédécès de l'épouse, l'époux admettra, à son choix, ses héritiers dans la communauté ou leur rendra les biens reçus en mariage et postérieurement. Des Réaux apporte fen dot 150.000 livres qui lui demeureront propres ainsi que les biens acquis pendant la com- . munauté. Ses père et mère garantissent, en cas de décès;du jeune homme, le remboursement de la. dot, du douaire et du préciput de la Jeune femme. Des Réaux ne pourra rien réclamer, par contre, de l'héritage de ses père et mère dont le survivant conservera, sa vie durant, l'usufruit.

(2) Le mariage fut célébré le 14 janvier 1646. Jal. op. cit., art. Tallenumt, a publié l'acte que Ton retrouve dans Bibl. de la

Le jeune homme était inquiet. Il se rappelait la menace de Marie Le Goux. La veuve se cachait-elle dans cette foulç ou bien était-elle assise sur les gradin,s du temple, ou encore embusquée derrière quelque pilier des galeries, prête au scandale ? Entre la première et la seconde cloche, il lança ses cousins Rambouillet à sa recherche. Les matois interrogèrent de» ci de-là les fidèles. Ils lui rapportèrent la certitude que la forcenée n'était point là. Quelque ministre avait dû lui conseiller de renoncer à sa vengeance (1).

Rasséréné, Des Réaux entra, dès la seconde cloche, dans le temple avec tous les fiancés que le pasteur allait unir. M. Rambouillet passa, se dirigeant vers la table de communion. 11 tenait par la main la petite fille de treize ans dont il faisait prématurément une femme. Elisabeth portait sur son. front délicat une couronne de jasmin et de fleur d'orange. Elle souriait et Des Réaux, faisant la révérence, admira encore sa juvénile beauté. En groupe, toutes les jouvencelles ae la noce, saluées par le jeune homme, défilèrent, parées de fleurs et les mains chargées de gerbes blanches.

La cérémonie de l'union était courte. Mais il fallut endurer Tinvocation du lecteur, les fragments de la Bible, les psaumes, le décalogue, ie sommaire, la confession des péchés, le sermon, les annonces, Toraison dominicale, le symbole des Apôtres, la bénédiction.

Enfin, Des Réaux put quitter le temple menant sa

société de Vhist. du protesta/nHsme frcmçais, Momuscrits, Etat civil de Paris, art. Tallemant. Elisabeth Rambouillet avait 12 ans et 8 mois.

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femme par la main. Tous deux, le visage illuminé par la joie, longèrent lentement la haie des parents et des amis prodigues de compliments. Ils s'inclinèrent devant les anciens postés à la porte du monument. Us sortirent. La vie s'ouvrait devant eux, harmonieuse comme cet horizon de campagne traversé par la ligne d'argent fluide de la Marne.

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