CHAPITRE I
Vers huit heures, ce soir-là, 30 septembre 1561, les drapiers de la rue de Cologne, les ciseleurs de la rue des Orfèvres, les chapeliers de la rue de la Tôte d'Or, les rentiers des rues Dame Odile et de la Lanterne, entendant le bruit d'une troupe en marche, ouvrirent leurs fenêtres avec curiosité. Quelques-uns, plus hardis, entre-bâillèrent leur porte, flambeau en main, mais ils n'eurent le temps de rien voir. Des hommes, le visage noirci ou couvert d'un masque, se précipitèrent sur eux, leur arrachant leurs lumières pour les éteindre aussitôt. Des cris retentirent. Des coups furent échangés.
Toutes les maisons, où s'éveillait une frayeur instinctive, s'éclairèrent. Le bruit de piétinement grandissait et un murmure s'élevait, lourd de menaces, vers le centre de la ville. On distinguait maintenait des groupes d'hommes et de femmes allant, d'un pas
déterminé, à quelque sabbat nocturne. Les dévotes se signaient, sachant qu'à cette heure' tardive, dans la bonne ville dei Tournay, les honnêtes gens ne courent point les rues. Ces hérétiques, ces calvinistes qui, la veille, avaient jeté le trouble dans la cité, recommençaient-ils leurs bravades ? Monseigneur Floris de Montmorency, gouverneur pour le roi d'Espagne, n'avait-il pas prévenu, parades ordres sévères, le retour de semblables impiétés et violences ?
Cependant, par petites bandes, les hommes aux vi sages noircis, les femmes le chef couvert de « failles et demi-failles >, débouchaient sur la GrandTlace. * Etroites, pressées les unes contre les autres, avec leurs façades de bois coififées de pignons aigus ou à redans, les maisons contemplaient placidement Tassemblée. Sur les portes lumineuses des cabarets, se silhouettaient, en ombres dures, tripotiers et biberons attirés par lô tumulte. Des feux s'allumaient sur la tour du beflfroi dont se profilaient, sur le ciel noir, le fin campanile et les statues aériennes.
Le8 conjurés formaient maintenant une horde de huit cents personnes. Ils entouraient un jeune fanatique à barde blonde, révètu de clair chamois, qui les haranguait d'une voix ferme. C'étaient, pour la plupart, gens du peuple, marchands et artisans, descendus des faubourgs, las de misère et de persécutions, et qui secouaient le joug imposé par Marguerite de Parme. Ils écoutaient, en l'approuvant bruyamment, le harangueur. Et lorsque celui-ci entonna les psaumes de David, ils chantèrent à tue-tète les stances ardentes où leur foi trouvait son expression.
Bientôt la compagnie, se divisant en troupes conduites par des chefs, quitta la Orand'Place et se
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tk JOYEUSE JEnmSSSS DE rALLEWkm DES RÉAtX .3
répandit da&s le» rues anroi?iBante&. Aux chants religieux su ecédftie&t le» diairts ée révolte. Yieleomie&t les caivinifriies attaquaiest Us papistes, paifHai'ds 4létestaMefi, rasés et toiielm^ dont le pourrodr protégeait les mœars eynicfaes' et encourageait les pratiques de méchanceté. Ils s'arrêtaient sur le parris des églises, montraient le poing, souillaient les saintes, murailles, mult^pliai^^nt les blasphèmes. Devant les demeures de Moeiseigneur Philippe Doîgnies, évéqpie de Tournay, et de se& suppôts, ils hurlèrent des insultes et prof^^rent des menaces. Ainsi leur fjareur de victimes se satisfaisait-elle.
Ayant semé la terreur et la consternation dans les quartiers centraux de la ville où se dressaient les attières églises et la foule des monastères, l'es troupes se rejoignirest sût la Place du Marché. Là, olies formèrent cercle autour en quidam à barbe blonde qui dirigeait leurs actes et commandait leurs « chanteries >>. Les bonnets volèrent en sig^e de joie. TouÉF célébrèrent îe procham Iriomçîhe de la religion réformée.
Mais brusquement des cri's de femmes arrêtèrent cette exaltation :
— - Les serments ! Les serments !
I>es hommes armés, envoyés par l!e Magistrat et les Gonsaux (i), cernaient la Place. £>ans les ténèbres la bataille s'engagea, impitoyable. Les conjurés opposaient leurs^ poings et leurs bâtons aux hallebardes et aux épées de&soMats- peu nombreux, indisciplinés, frappant au hasard. Leur dessein n^étaH point de vaincre, mais de fuir. Peu à peu, le conflit,
<i> Conseil eommtmsl.
d'abord général, se dissémina dans les rues adjacentes, en mêlées partielles, puis en poursuites. .
L'échauffourée terminée, les serments et les soldats en garnison au château, ramenèrent à la Tour des Six où ils les emprisonnèrent, cinq hommes mis par eux en guenilles.
Au lendemain, les Gonsaux s'assemblèrent en l'Hôtel de Ville. Ils désiraient étouffer cette affaire qui attirerait sur Tournay les violences du gouvernement de Bruxelles. Ils tirent comparaître les prisonniers et les interrogèrent. C'étaient manants sortis de la tourbe des faubourgs, l'un hauteiissier besognant à des tapisseries, l'autre valet de fournier, deux autres sans profession définie. Un seul, parmi ces € pestes pernicieuses à la république », parut mériter une attention spéciale. Il se nommait Tallemant, fils de Jean Tallemant, bourgeois de la ville. On sut qu'avec un de ses frères, il participa activement à la manifestation de la veille, qu'ami de Robert Dufour, le harangueur à la barbe blonde, il l'assistait en toutes conjonctures, qu'il aidait à cacher le pasteur de la secte, Guy de Bray, et à assurer ses prêches nocturnes. De graves responsabilités pesaient sur lui.
Néanmoins MM. des Gonsaux, de connivence peutêtre avec Monseigneur Floris de Montmorency, tenaient à apaiser l'effervescence. Quand Jean Tallemant le père et quelques autres bourgeois se présentèrent devant eux, demandant, sous caution, l'élargissement des prisonniers, ils relâchèrent ces derniers, sauf deux qui n'avaient point de répondants. Ils se contentèrent de renforcer la police de la ville, de recenser les habitants, d'établir la liste des étrangers^
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installés à Tournay et capables — les Français surtout — d'exciter le peuple à la rébellion, enfln d'obliger les familles à fréquenter la messe.
Ils crurent ainsi tout pacifié. Les calvinistes se tenaient cois dans leurs demeures.
Cependant l'inquiétude régnait partout. Les Talle-^ mant savaient avec quelle barbarie l'Espagnol réprimait les infractions aux lois et ordonnancés touchant la religion catholique. Le bonhomme Jean craignait pour la tète de ses fils, Nicolas, Antoine, François, Joseph, tous ardemment dévoués au culte nouveau et dont les aînés, Antoine et Nicolas, s'étaient signalés dans le désordre du 30 septembre. Quelque fâcheuse conséquence qui dût en advenir pour lui, caution des accusés, il préparait leur départ, préférant pour eux l'exil à l'abjuration.
Ses pressentiments ne le trompaient point d'ailleurs. On ne sait par quelle entremise Marguerite de Parme avait été informée des troubles de Tournay. Ordre avait été donné à Floris de Montmorency de se rendre à Bruxelles d'où il reviendrait bientôt chargé d'exiler, de pilorier, de torturer, de brûler les hérétiques.
A grande hâte, les fils Tallemant empilèrent leurs hardes, se munirent de ducats et de vivres. Une grande épreuve commençait pour eux. Il ne fallait point songer à atteindre les ports de mer où les sbires espagnols guettaient les fugitifs de leur espèce.
De nuit, ils quittèrent la ville où ils étaient nés et qui les repoussait de son sein. Traversant l'Escaut, ils jetèrent un dernier regard aux lourdes murailles coiffées de toitures, aux tours fortifiées surmontées de leurs flèches à boules de cuivre, au Beffroi qui
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6 lA JOYE06E JEUmSSS DE TALLEiliNT DES RÉAUX
n'abritait plus des bourgeois Boucieux da leurs libertés commuDaies, aux mille visages des maisons peintes. Avec mélancolie, ils acceptaient le dévouement pAternel.
Ils gagnèrent Valeaeieanes, première étape des religionnaires en fuite, ville persécutée où l'alguazil sans cesse violait les maisons des suspects. Ils ne s'y attardèrent pas s'évertuant à rejoindre^ à marches forcées, Amiens où ils trouveraient un concours parini leurs compatriotes réfugiés, dans les colonies prospères de calvinistes. Mais le royaume de France traversait, malgré Tédit de Romorantin qui préconisait la tolérance en matière de religion, une grave crise. Partout protestants et catholiques s'affrontaient et la guerre civile préludait par des. conflits locaux, toujours sauvages et sanglants.
Les Tallemant qui étaient braves, mais qui, en qualité d'étrangers, ne se souciaient point de prendre parti, résolurent, devant l'instabilité de la situation politique, de chercher asile en Tune des places de sûreté que les calvinistes conservaient par la vigueur des armes, La Rochelle où l'on pouvait commercer dans une certaine quiétude devint dès lors le but dernier de leur pérégrination. Quels secours rencontrèr^.nt-ils à Amiens et quels furent les incidents de leur voyage? Nul ne le pourrait dire* Ils franchirent les portes de la cité maritime à la fin de l'année 1561 (1).
(1) Pierre Tallemant : Discours sommaire pour monstrer que Pierre Tallemant, bourgeois de Paris, naturel Franco is, ne peut fistre tenu des ta^es demandées aux estrangers en vertu de V ordonnance du 30 janvier 1639, sou^ prétexte que François Tallemcmt, son père, estoit natif de Toumay, S. L. N. D. Dans cet opascule, Pierre Tallemant dit : c François Tallemant s'baMtua dans la Rochelle en 1560 *. Mais nous verrons ultérieurement, par des documents précis, qu'il faut fixer cette date d'établissement k
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Fils d'un marchand avisé, ils étaient instruits, intelligents, laborieux (1). Avant de s'enquérir d'une occupation, ils se familiarisèrent avec la ville où désormais ils élisaient domicile. Étagée sur une col* Une, étouffée entre les marais salants de Maubecq, les chenaux et la mer, munie d'une double enceinte fortifiée, La Rochelle dominait une région désertique, où Seules verdoyaient, au printemps et en été, quelques étendues de vignobles, c Fort ferrée de maisons », elle était organisée militairement, divisée en huit quartiers que commandaient huit capitaines. Les riches, en grand nombre, vigilants et soupçonneux, toujours prêts à {urendre les armes, exercés dès l'âge tendre à leur maniement, habitaient les quartiers de négoce, proche de l'Hôtel de Ville où régnait, sous la
1561. Il est probable que la postérité de François n'attacha point d'importance a cette question, car on ne relève qu'erreurs dans ses dires. Tallemant des Reaux : Historiettes, édit. de M onmerqaé et Paulin Paris, 1857, VI, 27o, écrit : c Un flamand, natif de Tournay, nommé Tallemant, qid, chassé de son pays pour la rétigion, du temps du duc d'Albe .. > et, plus loin (VI, 300) : t II aima mieux sortir de sa patrie que dé fléchir le genou devant Tidole >. Tallemant de Lussac, frère de notre héros, écrit de son côté, dans Response aux observations du, sieur Bibaud sur Vescrit du Sieur de Lussac, adressée à 2ir* les oréamoiers des sieurs Tallemant, Bibaud et Demoiselle Ba/rdet S. L. N. D., p. 55 : t La persécution du duc d'Albe le fit [François Tallemant] sortir de son pays qu'il aima mieux abandonner que la reliirion en laquelle il avait été élevé >. il y a contradiction entre la d&te de 1560, fixée par Pierre Tallemant, et les assertions de ses deux fils, car le duc d'Albe ne succéda à Marguerite de Parme au goavernement des Pays-Bas que le 13 octobre 1567.
(1) Jacques Bibaud : Observations sur un esorit intitulé esorit serva/nt d^instruetion à M** les oréemeiers des ^^ieurt TaiUemwnt^ Bibaud et Demoiselle Bardet et de justifloation au sieur de Lussaoy S. L. N. D., dit (p. 20), parlant des aïeux des Tallemant : C'étaient, à Valenciennes ou environs c de malheareux artisans qui avaient bien de la peine à gagner leur vie par le travaU de leurs mains ». Cette opinion est contestée par Tallemant de Lussac et par les faits que nous révélerons plus loin. L'instruction, l'intelligence et l'activité des Tallemant sont démontrées par leurs écrits et par leurs actes.
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gouverne d'un maire élu pour un an, un échevinage volontaire, disposant de pouvoirs absolus.
Les ouvriers vivaient au quartier Saint-Nicolas où s'élevaient les chantiers de construction. Ils y faisaient un € merveilleux tintamarre ». La population était partout compacte, mêlée d'étrangers, venus de toutes les régions d'Europe, particulièrement sur le port où baguenaudaient de € rustiques et sauvages » matelots. Les ministres exerçant une censure étroite, emprisonnant pour le moindre motif, maintenaient l'ordre et imposaient une austérité apparente.
Les Tallemant s'intéressèrent surtout au port qui concentrait le mouvement le plus intense de la ville. Ils arpentèrent, proche le faubourg du Perrot, les rues et ruelles où se dressaient l'Hôtel des Marchands, les Moulins, les grands bassins, surmontés de ponts, où les navires, aux mains des radoubeurs, guérissaient leurs blessures. Ils firent de longues stations sur les quais encombrés de bureaux et de chais. Au loin, silhouettés sur la mer, la tour de la Chaîne et la tour Saint-Nicolas, mille travaux de défense et de solides vaisseaux de guerre, gardaient l'entrée du havre. Les barques de pèche, avec leurs voiles colorées de bleus, de roses et de verts, les romberges, les galiotes, les brigantins, pressés au pied des quais, déchargeaient sans cesse les produits de la mer et les blés, les toiles, les cuirs, les vins, les fourrures, les métaux que d'audacieux capitaines, stipendiés par de hardis armateurs, allaient quérir en Hollande, en Angleterre, en Espagne et sur les rives lointaines de Terre-Neuve. Un trafic intense s'exerçait en ce lieu grouillant de commis et de portefaix.
Les Tallemant s'installèrent non loin de ce port, en
pleine activité commerciale, dans les^ cantons flamands où leurs compatriotes pullulaient. A peine avaient-ils procédé à cette installation sommaire que des Tour* naisiens, échappés comme eux de leur ville natale pour des motifs de religion, leur apportèrent des nouvelles. Ils apprirent avec tristesse que, revenu de Bruxelles en compagnie de Christophe d'Assonleville, conseiller privé, et de Jean de Blasiëre, conseiller des Flandres, Fioris de Montmorency avait, sur Tordre de la Régente Marguerite de Parme, constitué dans la ville un tribunal de répression. Les membres des Gonsaux durent comparaître devant ce tribunal. On leur reprocha violemment d'avoir relaxé, sous caution, les brigands qui offensèrent, le 30 septembre, la religion et la majesté royale, les mettant en demeure de les appréhender de nouveau. Des soldats envahirent le logis des Tallemant et, n'ayant pu découvrir les fils, s'emparèrent du père. Remis en liberté, celui-ci avait été contraint de se présenter sans cesse devant les consaux érigés à leur tour en tribunal judiciaire. Si bien que fatigué de cette persécution, il paraissait décidé à abandonner ce pays désolé par la brutalité de quelques tyrans.
Avec une étrange dureté, les mandataires du roi d'Espagne poursuivaient ce qu'ils appelaient l'hérésie. Les prisons regorgeaient de prisonniers. On avait traqué de refuge en refuge le pasteur Guy de Bray, sans pouvoir l'atteindre, mis à prix les tètes de Robert Dufour et de ses compères, condamné à des amendes accablantes tous ceux que l'on soupçonnait du délit de « chanteries, sectes et conventicules », exécuté et brûlé vingt-six martyrs de leur foi. Enfin, rue des Orfèvres, en la maison Brétèque, avait été afûchée
la liste des fugitifs bannis pour toujours du royaume. Nicolas et Antoine Tallemant figuraient sur cette liste (i).
Ainsi les quatre jeunes gens, sans braver la mort^ ne pouvaient plus retourner dans leur patrie. Ils s'en consolèrent aisément. Ils étaient énergiques. Us entreprirent de refaire leur vie. La voie commerciale leur était ouverte.
Un grand esprit de liberté animait la bourgeoisie rochelaise qui endurait avec peine les rudes directions de l'échevinage et se préparait à lui imposer ses syndics. Toutes les initiatives étaient permises qui agrandissaient les ressources de la ville et la fortune des particuliers. On admettait que les étrangers eussent droit de cité et droit de commerce, car ils étendaient, par leur action dans leur pays, le rayonnement de la flotte, mais on exigeait qu'ils se pliassent aux lois et obligations des autres citoyens. Les ennemis de ces protestants actifs les accusaient
(1) B. N. ms. !!• 9009, f* 113, Ensuyvent ceiuff qui .. ont esté ïfo/nnis à tousjours de oes Pays-Bas par les Commissaires de Sa Majesté, novembre i56i, NiooUas Talleman, fils de Jefum, Antoine Tallem^jm, son frère. Nous, ignorons comment cette liste inédite de bannis a pu être recueillie par une bibliothèque française. C'est l'un des plus anciens documents concernant la famille Tallemant. V. également, sur les événements de Tournay, racontés par nous, Rapports des Commissaires royaux des 14 et 15 octobre 1561 publiés par Adolphe Hocquet: Tournai et le Tournaisis au xvr siècle au point de vue politique et social, dans Mémoires de V Académie royale de Belgique, f série, t . I,^ 1905, p. 304 et s., 309 et s. Jean Tallemant le père paraît avoir longtemps supporté, et pendant la période la plus pénible, la violence des persécuteurs. On le voit, le 13 septembre 1566, comparaître encore devant les Gonsailx et figurer parmi les irréductibles qui déclarent nettement leur fol calviniste au Magistrat {Même ouvrage, p. 385). Cette lutte cependant le lassa. Tal> lemant de Lussac : op. cit., p. 55, nous apprend que, vers 1572, il s'était retiré à Londres et c y tenait un rang honorable entre les négociants ».
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LA JOTBUSE JEUNESSE DE TALLEMANT DES lltAUX il
de former un peuple de € pilleurs et pilleresses » et de se livrer à un € trafic public de Yoleries de mer »• C'étaient là propos dictés par la jalousie.
Aux plus entreprenants, le succès, telle était la devise des bourgeois. Les Tallemant, sauf Nicolas, mort peut-être prématurément (1), Tadoptèreut et la mirent en pratique. Ils avaient emporté, cela est cer^ tain, beau pécule dans leurs grègues. Us ne cher* obèrent point à l'épargner. Ils le placèrent sur quelque bonne opération d'armement, dont ils tirèrent large profit. Ils ouvrirent bureaux et entrepôts. La maison Tallemant était fondée.
Nul contrat d'association. Chacun conservait sa liberté. Seules les relations de famille restèrent étroites (2). Joseph vécut, dès l'origine, à part, tenant boutique de marchand mercier (3). Antoine l'atné et François paraissent surtout avoir montré quelque continuité de dessein, traitant ensemble, quand Tunion des capitaux était nécessaire, d'importantes affaires, besognant aussi isolément chaque fois que rintérèt particulier le commandait (4).
(1) Nous l'avons vu porté sur la liste des bannis. On ne trouve nulle trace de son passage à La Rochelle.
(2) François Tallemant fut le parrain de Jehan, flls aine de Joseph, baptisé le 2 octobre 1583. (A. G. I. R. P. E. 13.)
(3) L'existence de Joseph nous est révélée par les Notes généa-' logiques inédites de Jourdcm (B. L. R. nu n* 354) auxquelles nous ferons de fréquents emprunts en en rectifiant les nombreuses erreurs. Il est qualifié c marchand mercier » dans un acte du notaire Bien daté de 1591 iB. A. de M* Bonniot, notaire à La Rochelle). II. épousa en premières noces, Vincende Mart (G T. G. L. R. R. P.) ; en deuxièmes noces, le 3 octobre 1589, Raehel Piccault De sa première femme, il eut Jehan, baptise le 2 octobre 15^3 ; de la deuxième, Sarah, née le 21 octobre 1590 ; Joseph, baptisé le 25 février 1592 (G. T. G. L. R. R. P.).
(4) Ainsi Antoine, en 1572, approvisionne, sans Taide de François^ les vaisseaux de l'armée navale du prince d'Orange (AT. A. de M* Salleau, An. i572; E. A. de M' VaMry, notaire à La Roûhéttéi.
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Peu à peu les deux jeunes gens, très sociables, sortaient de leurs c cantons flamands » et, à la faveur du négoce, se répandaient dans la société bourgeoise* François, c fort bel homme > (i), trouvait aimable accueil auprès des dames. Volontiers il acceptait des parrainages pour le contentement de rencontrer de piquantes commères (2). Visiblement celles-ci Tadmi* raient. Il ne tirait point vanité de cette admiration. Il songeait davantage à sa fortune qu'à son plaisir.
Us louèrent bientôt, rue du Temple, en plein quartier commerçant, une confortable maison appartenant à Marie du Jau, femme de Pierre Ghessé, sieur de la Touche, procureur du roi en Poitou (3) et entrèrent en relation avec les riches et illustres familles du Jau et Thévenin. Cela leur valut de la considération. Dès lors, d'autres bourgeois leur ouvrirent leurs portes. Ils apparurent comme de bons partis en cette ville qui préférait à la race l'activité et l'intelligence. Antoine épousa Marie Bourgoing, fille d'un notable
Jacques Bibaud : op. cit., p. 20, dit qne « le nommé Tallemandiëre, frère aîné du père du sieur Pierre Tallemant, était maître orfèvre à La Rochelle ». Tallemant de Lussac : op. oit., p. S5, nous apprend que ce Tallemandière était Antoine Tallemant, qu'il faisait des affaires avec son frère, lequel lui rendait t bon et fidèle compte ». Antoine Tallemant n'est jamais qualifié maître orfèvre dans les actes des notaires Tharazon et Saileau qui le concernent, mais * marchand et bourgeois de La Rochelle ». V. E. A. de M** Bonmot et Valéry, An. 1670, i578, i573.