H) T. VL, Î
(1) A. G. 1. R. P. E. 10. Le 10 septembre I57t, François est parrain d'Elisabeth, fille de Louis de Bourdigalle et de Marie Boucquet. Marraine : Marie Bonnin. V. aussi, B. 16. Le 15 janvier 1590, François est parrain de Thomas, fils de Pierre Teste et de Barbe Guyelle. Marraine : Anne Paquet, etc..
(3) M. A. de M* Tharazon, An. iS70. E. A. de M' Bonniot précitée. François partagea cette maison avec son frère et l'habita jusqu'à la fin de ses jours. V. B. L. R, ww. n» 354, art., François Tallemant et les actes indiqués par Jourdan.
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marchand. Elle lai donna deux beaux enfants (1). François, de son côté, ne devait pas tarder à suivre le sage exemple de son frère. Depuis longtemps déjà, chez Pierre Thévenin, sieur de Biard et Marie Leder, sa femme, il rencontrait Louise Thévenin, leur fille, veuve de Pierre du Jau. Cette jeune femme témoignait, par des signes évidents, que la beauté du visiteur touchait à la fois son cœur et ses sens. Des conjonctures favorables leur permirent d'exprimer leur double tendresse et leurs vœux, malgré la différence de fortune, furent agréés. Ils se marièrent, en 4572 ou 1573 (2). Le foyer familial était ainsi reconstitué.
(1) B. L. R. ms. n* 354. Samuel, le premier de ces enfants, né à La Rochelle le iO février J569, devint maître orfèvre et continua la lignée. Suzanne, la deuxième, épousa, en 1597, Jean Barbot, sieur du Vergier, échevin.
(S) Louise Thévenin, fllle des susdits, avait épousé Pierre du Jau fils de Boulet du Jau el d'Isabeau du Jardin, pair de La Bochelle, le ^o décembre 1564. Elle dut épouser François Tallemant en 1572 ou 1573, car, d'une part, dans un acte du notaire Pavy, en date du 16 avril 1572, elle est encore qualillée « vefve de feu Pierre du Jau, escuyer », et, d'autre part, la naissance du premier enfant issu de son mariage avec François Tallemant survient le 12 décembre 1574. Les Thévenin occupaient une situaion, considérable à La Bochelle. Plusieurs d'entre eux furent maires de la ville. Ils étaient apparentés aux plus hautes familles de la région. L'un d'eux, plus tard, dirigera la C<* des Indes orientales. Sur cette famille et les Du Jau, V. B. L. R ms. n' 350 et 354, art. Du, Jau et ihévenin; Pierre Mervault : op» cit., p. 671 et s. ; Archives hist. de la Saintonge et de VAunis, t. V, 1898, passim; t. XXXVIII, 190S, passim et surtout t. XXIII, p. 220 et s. (Trigand de La Tour : La famille Thévenin). Y. également : Factum pour Dame Anne Bigot, veuve de feu Pierre Tallemant... {B. N- Thoisy, 21», f« 122). Pierre Tallemant : op. cit., parle du mariage de son père sans en préciser la date. T. VI,27o, assure que Louise Thévenin épousa son grand père c pour sa beauté *. Tallemant de Lussac : op. cit., répète, dans les mômes termes, les dires de son frère et ajoute que cette alliance donna < aux sieurs Tallemant des parents nobles dans le Poitou, dans la Saintonge et dans la Guyenne ». Betiré, à ce moment, à Londres, Jehan Tallemant, père de François, autorisa le mariage par procuration.
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' GepeDdant le temps des épreuves n'était point terminé. Des rivalités religieuses déchiraient de plus en plus le royaume. La guerre civile ravageait les provinces et plusieurs fois La Rochelle avait vu les hordes fanatiques du roi la menacer. Les habitants, désireux d'assurer le triomphe de leur cause, four* nissaient sans cesse des secours en hommes, en argent et en subsistances, aux troupes calvinistes. Après la Saint-Barthélémy, le duc d'Anjou en personne vint assiéger la ville. Mfnistres et bourgeois organisèrent la résistance avec une farouche énergie , soutinrent quatre assauts et les repoussèrent. Leur héroïque conduite força Charles IX, excédé d& massacre, déjà troublé par le remords qui devait abréger sa vie, à signer cette paix de La Rochelle qui accordait pour longtemps aux huguenots le droit d'exercer librement leur culte.
Comme tous les bourgeois rochelais, hommes et femmes, Antoine et François Tallemant participèrent à la défense de la ville. Parce qu'ils se montraient parmi les plus ardents à combattre pour une foi déjà préférée à maints intérêts matériels, ils furent les plus exposés, et le malheur tomba sur ces énergiques. Une mine, placée par l'ennemi, explosant sur les remparts où il stimulait la valeur des hommes, tua Antoine.
On le pleura. Cette mort donna plus que jamais droit de cité à la famille Tallemant qui prit dès lors de l'autorité dans le domaine religieux comme dans le domaine commercial. Des lettres de bourgeoisie furent accordées par le maire à François qui, nommé curateur des enfants de son frère, devint, à ce moment, chef de famille, et accepta les charges de
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tous ordres que cette situation lui imposait (i). Or ces charges furent bientôt très lourdes, car, de 1574 à 1583, Louise Thé venin, sa femme, mit au monde six enfants, deux iilles, Anne et Marie, quatre garçons, Jacques, Gédéon P% Pierre et Jehan (2). Hais François avait Tesprit aventureux, en même temps que réfléchi . Il ne se contenta pas de faire du commerce local. Très rapidement il se lança, en compagnie de quelques bourgeois, dans les entreprises d'outre-mer qui présentaient de gros risques, mais qui, lors des réussites, rapportaient de lourds sacs de pistoles. 11 armait pour son propre compte des navires ou bien il participait à l'équipement de flottes entières qui allaient à Terre Neuve, pécher la morue ou drainer les
(1) Avec orgaeil, les Tailemant parlent de la mort héroïque d'Antoine et se glorifient que l'historien De Thou Tait mentionnée dans son œuvre. Y. Tailemant de Lussac : op. cit., p. 55. V. aussi. De Thou : HUt. universelle^ 1734, YI, 651. Pour la curatelle de François, Y. M. A. de M» Thcutazon, An, i678, E. A. de M* Bonniot précitée.
(S) Anne, bapt. le 12 décembre 1574. Parrain : Guillaume Gendrault ; marraine : Catherine Tarquais (G. T. G. L. R R. P.). Mariée à Durand Gassan, marchand et bourgeois (M. A. de BP Cousteau. E, A. de Af« Bonniot précitée). Elle est marraine, le 2 juin 1589, au baptême d'Amos Gompaing (A G. I. R, P. B 16). Elle mourut le 3 août 1617 (B. L, R ms, n* 161, Diaire de Merlin)
— Marie, née à une date inconnue, mariée le 9 janvier 159 , à Paul Yvon, sieur de Laleu (B. L. R. ms. n° 80, Diaire de Bergier), Elle Ogure, comme marraine, aux baptêmes de Paul du Jau (le mai . 1604), de Magdelaine Mesnardt {{'• septembre 1615), de Gédeon Tailemant (7 novembre 161 •) (A. G. I. R. P. E. 20, 26, 28). Elle mourut jeune, au dire de T YI, 27j — Jacques, bapt. le 6 août 1576. Parrain : Jacques Thévenin (G. T. G. L. R. R, P.). Il assiste, en qualité de parrain, aux baptêmes de Andrée de Laval ( l avril 1605), d'Anne Ferlix, (4 Janvier i6ll), de Jacques Thévenin (24 novembre 1613) (A. G. I. R. P. E. 19, 23, 25). Nous en parlerons postérieurement. — Gédéion I, né le 8 août 1579. Parrain : Guillaume Ghoisy. (G- T. G. L. R. R. P.). Il en sera question dans la ^uite,
— Pierre, né le 12 novembre 1581 (G. T. G. L. R. R. P. et Pierre Tailemant : Discours sommaire précité). C'est le père de notre héros. '— Jehan* bapt. le 13 février 1583. Parrain : Jean du Jau ; marraine : Marie Ghoisy (& T. G. L. R. R. P.).
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produits du Nouveau-Monde. De solides et rigoureux contrats engageaient étroitement les coopérants que l'on savait plus soucieux de leurs intérêts particuliers que de l'intérêt général. On prenait aussi des précautions minutieuses contre les équipages qui tentaient, ayant toute la peine et tout le danger, d'escroquer leurs armateurs (1).
François Tallemant ne dédaignait aucun profit. Tl joignait, à ses affaires principales, centautres petites affaires qui emplissaient ses coffres. Il était volontiers processif, et, s' étant rapidement instruit sur le droit coutumier et le droit maritime, n'abandonnait ses causes que devant la force de la loi (2).
Ces trafics nombreux ne le détournaient point d'accorder une attention extrême aux questions religieuses. Il participa avec zèle à la reconstruction du
(1) B. L. R. ms, n* 3Si, &rX.Tallemant. Celui-ci faisait aussi grand négoce de pelleteries. Nous avons entre les mains un acte d'association du 4 octobre 1608, signé par François avec 26 autres bourgeois. « Au cas, dit cet acte, que nous envoyons, ceste dicte prochaine année, nos navires que nous avons à présent, ou aultres que nous pouvons avoir cy-aprés, soit en propriété, frect ou aultrement audict voyage de Terre-Neufve, pour faire sécherie, [faisons les accordz et convenances] que nous ne aulcuns de nous n'accorderons et ne donnerons au maistre et équippage de chascun navire, aultre plus grande, meilleure ne plus adventageuse condition qu'une -tierce partye, les trois faisant le tout, du provenu dudict (voyage seulement, sans aulcuns putz de vin, saultades, mortes adventages ne aultres choses queizconques, soit par promesses expresses, tacites, personnes interposées ne aultrement en quelconque manière et fasson que ce soit ou puisse estre, et ce à peyne de i.soo livres tournois d'admande » (M. A. de M* Cousseau, An. iôOB. E. A. de M* Boriniot précitée).
(3) Il acheta, en 1599, un navire flamand, Le Lion Rouge^ échoué entre l'île d'Aix et la terre de Châtelain on, le fit renflouer et amener au port de La Rochelle. Antoine Couraud, seigneur de Châtelaillon, réclama ce navire, invoquant son droit d'épave. François soutint un procès, utilisant, pour le gagner, la charte d'Edouard III, datant de 1360. V. Estienne Huet : Commentaire sur la coutume de La Rochelle et pays d'Aunis, 1688, p. 674-675; Arcère : Hist. de la ville de La Rochelle, 1756. I, H2, qui répète.
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temple que l'on dressa derrière sa maison, de 1577 à 1603. Il en fut l'un des anciens les plus respectés (i).
Il se mêla en outre passionnément à l'administration communale, prenant part à l'élection des pairs et des échevins. En l'an 1590, s'étant présenté aux suffrages des Rochelais, il fut convié par eux à siéger comme pair au Conseil (2). Et il est probable que ses avis y furent sages et écoutés, car le 13 avril de Tan 1600, jour de Quasimodo, désigné par ses collègues parmi les trois candidats à la mairie, il fut déclaré coélu du Maire. Il jouit, dès lors, d'une situation éminente au Conseil (3).
Cette rapide accession aux plus hautes charges municipales lui permit de marier avantageusement ses deux filles. L'aînée, Anne, épousa Durand Gassan, riche bourgeois et marchand; l'autre Marie, Paul Yvon, sieur de Laleu, opulent et turbulent commerçant (4). De ses quatre fils l'un, Jehan, n'a pas laissé de traces. Les trois autres étaient de solides gaillards
(1) Bull, de la Société de VSist. du protestantisme MMçais, t. 4i, p. 371, note..
(i) A. C I. B. Suppl. 279, Années iSPOiSBi ; m, Années iôûOi602.
(3) A. C. I. E. Suph Î84, Années iS99'i600; B. L. R. ms. n« 161, Diafre de Merlin, Année iôOO. Ce diaire a été en partie publié par Charles Dangibaud dans Société des Arch. Hist. de la Saintonçe et de VAunis, t. V, 1878, p. «3 et s. V. pour le passage qui nou* intéresse, p. 105.
(4) Nous avons précédemment donné des renseignements d' étatcivil sur Anne et Marie Tallemant. T. Vf, 270 et s., dit que Paul Yvon, sieur de Laleu, Lboumeau. Cougnes, Le Plomb, La Pelouzière, Cheusses, Saint-Maurice et Lozières, appartenait à une c honnête famille de Bléré en Touraine >. Il fut élu pair de La Rochelle en 1599, puis échevin et, en 1616, maire. Il épousa Marie Tallemant le 9 janvier 1594. Il lui apportait en présent, dit Des Réaux, son pucelage. Il en eut huit enfants. Sur cette postérité, V. B. L. R, ms» n* 354, art. Tvon. II figure fréquemment, comme parrain, sur les registres de baptôme. (A. C. I. R. P. E. SO. 23. 25). Sur ses actes d'élu, V. A. G. I. E. Supl. 281 et s.
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qui montrèrent, dès l'âge tendre, de belles aptitudes au négoce. Il les fit soigneusement instruire ; et quand leur éducation fut terminée, il voulut qu'ils courusçif'nt le monde et étudiassent, sous d'autres gouvernes que la sienne, la pratique des affaires. L'aîné, Jacques, fut expédié en apprentissage chez un marchand d'Amsterdam. Le second, Gédéon P*^, plus léger de caractère, fut placé sous la surveillance d'un sieur Guibert, à La Rochelle, avant d'être envoyé à Rouen. Le troisième, Pierre, alla servir chez an sieur Richard, épicier, à Bordeaux. Nulle indulgence pour ces jeunes gens fortunés. Ils devaient besogner, en simples commis, aux écritures comme aux œuvres manuelles. Des bureaux où ils apprenaient les comptabilités, de la Bourse où la science des échanges et des spéculations leur était inculquée, ils passaient aux entrepôts où, coltinant les marchandises, ils s'instruisaient dans l'art d'obéir et de commander. Ainsi Pierre ne rougissait point d'accompagner aux Halles sa patronne, portant derrièr e elle € la manne » d'osier (1).
Se séparant de ses fils, François Tallemant savait qu'il développait chez eux l'audace indispensable aux gens d'affaires. Il était devenu, à la longue, plus Rochelais que les« originaires de cette ville. II avait adopté leurs coutumes. Or il voulait, à leur exemple, fonder un c comptoir» et il ne le pouvait point, étant seul. Le comptoir, à cette époque, c'es t la maison de commerce tenue par la famille tout entière, le prolongement de celle-ci dans le domaine du trafic. Le chef de famille le dirige. II y associe,
(1) Jacques Bibaud : op cit., p. if.
par des contrais en forme, ses âls, ses gendres, ses parents coilatéraux. Sa demeure donne asile aux bureaux et hébt^rge les membres de l'association, les commis eux-mêmes, tous desr ligionnaires, nourris, entretenus, bientôt intéressés et que Ton marie sour vent aux jouvenc lies disponibles. Il constitue de cette sorte une tribu commerçante, vivant en vertu d'un pacte, s'efForçant d'établir une union absolue dans un but de prospérité commune, arbitrant ellemême les différends sans recourir à la justice. Les ressources sont fournies par la fortune paternelle à laquelle s'ajoutent Ihs dots des belIes-Qllns, l'avoir des gendres, les économies des commis (1).
Dès que ses trois fils eurent achevé leur apprentissage, François Tallemant les initia à ses propres affaires. Puis il les maria pour implantr plus sûrement en eux le goût de la stabilité. Gédéon I*' épousa Anne Rambouillet, Pierre, Elisabeth Bidault, fille d'importants marchands (2) Jacques, se ûança à Magdeiaine Baudouyn(3).
Quand, en janvier 1609, le vieux François mourut*,
(1) Jean Perier : Ze type rochelais, dans La Seienoe sociale de septembre 1898 à janvier 1899 a très bien étudié cette question du Comptoir que nous trouvons confirmée dans la famille Tallemant.
(2) Pierre épousa Elisabeth Bidaut, fille de Jehan, marchand et bourgeois, et d'Elisabeth Benoist, le 17 décembre 1605 (6. T. C. L. R. R. P.). Contrat de Mariage passé à La Rochelle le 36 noveïnbre 1605, devant Dnbet, notaire dont les minutes sont conservées à la B. L. R. ms., n» 1813, f* 358. La jeune âUe reçut en dot 4.000 livres tournois de ses parents. L'époux lui assura un douaire de S.OOO livres tournois. Gédéon I dut se marier vers 1609, car son premier enfant, Marie, naquit le 16 juin 1610.
(3) Il l'épousa le u novembre 1609. (6. T. C. L. R. R. P..) Elle était fille de Nicolas, sieur de Beloeil, juge prévdtal, {M. A. de M* Cousseau. S. A. de M^ BonrUot précitée u Y. aussi, A. G. I. /e. P. £. ss où Madeleine est portée comme marraine de Jean, fils de Paul Yvon.
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il n'avait pu présider qu'à un établissement sommaire de son comptoir (i), mais il laissait des successeurs avides de fortune et d'honneurs. Ceux-ci ne voulurent rien abandonner des conquêtes de leur père. Il leur apparut que la famille Tallemant devait continuer, en leurs personnes, à figurer au Conseil communal. C'était une raison de sa rapide élévation. Jacques, de haute lutte, s'empara de la place de pair laissée vacante par le décès de François. Pierre fut élu contre Michel Esprinchard qui lui garda de sa défaite une rancune tenace (2). Tous deux pénétrèrent fièrement dans cette maison de ville, faite, avec son porche soutenu par des colonnes toscanes, sa façade enrichie de sculptures, son escalier solennel, pour encadrer les cortèges de l'altière bourgeoisie rochelaise et qui, flanquée de tourelles, close dans des murs épais, munie de chemins de ronde et de parapets à mâchicoulis, prenait, au centre des fortifications, l'air d'une citadelle. Ils y soutinrent Àprement les privilèges de l'échevinage.
' Le caractère des trois frères difiérait grandement. Jacques manifestait, en toutes conjonctures, une violence regrettable. Il frappa, un jour, en pleine mairie, le syndic des bourgeois, provoquant de la sorte une émeute dans la ville. Sa maison fut assiégée et l'on dut, pour le sauver de la mort, favoriser
(i) B. L. R, ms. n** 161 p. 3i ; 162 p. 68, Diaires de Merlin et de Colin : i Le 8 Janvier [1609] fut inhumé le bonhomme Mons. François Tallemant. »
(S) Tous deux furent élus en 1609. (B. L. R. ms. n* 95). Les A. G. L E. Suppl. 17, !•', 19, ïO, 286, 287, et les ArcTi. communales, Actes du bureau de la ville, i 609^1 628, donnent des renseignements sur les aiïaires dont ils s'occupèrent. Jacques Tallemant fut pair jusqu'à sa mort arrivée en 1626. Pierre compta au corps communal même après son départ de La Rochelle et jusqu'à la suppression de la commune en 1628.
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sa faite (1). Gédéon goûtait au-dessus de tout raventare et le vagabondage, le plaisir sous ses formes diverses. Incapable de refréner rentraînement de ses sens, il manqua un premier mariage pour avoir levé la jupe de sa future belle-mère, rouennaise chaleureuse dont ce geste satisQt les désirs secrets et éveilla les scrupules. Depuis son mariage, il pourchassait les femmes comme un faune et installait ses bâtards dans son foyer (2). Pierre, plus austère, plus grave, plus pieux, se contentait des douceurs de son ménage et ne rêvait rien de mieux qu'une existence laborieuse et tranquille (6).
Tous trois avaient hérité Tesprit d'entreprise de leur père. Us continuèrent et étendirent son commerce. Les marchands rochelais faisaient, en ces temps lointains, plusieurs genres d'opérations fructueuses. Ils exportaient vers la Picardie, l'Artois, la Flandre, l'Angleterre, l'Allemagne, la Scandinavie le produit de leur sol, vin et sel; ils commanditaient les compagnies maritimes qui se formaient tantôt pour une campagne de pèche ou de commerce, tantôt pour l'exploitation régulière des régions du Nouveau- Monde. Le plus souvent les flottes étaient armées à La Rochelle et partaient sous le commandement de
(1) Arch. hist. de la Saintongc et de VAunis, t. 38, 1908, p. 113, Diaire de Joseph GuiUaudeau, sieur de Beaupréau, 25 juin iôis.
(%) T. V. 68, le montre rival en amour du fameux Isaac de Laffémas qui, par jalousie, tenta de le compromettre dans une alTaire de fausse monnaie- V. aussi, VI, 2i7, 398-393. Anecdotes très amusantes. Nous retrouverons, plus tard, l'une des b&tardes de Gédéon I", M^'* Dupin. Jai : Dictionnaire, 1872, art. Tallemant, a révélé l'existence d'un autre enfant adultérin, François, né le 1*' octobre 1629, des relations de Gédéon I*' avec une demoiselle catholique, Mathurine Frary.
(3) Les Registres protestants le montrent acceptant volontiers des parrainages (G. T. G. L. R. R, P. passim; A. C. I. E. 23. 28.)
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^^ LA JOYBaSE JEUNESSE DE TALLEMANT DES RÉAUX
capitaines bretons ou normands. Elles emportaient des pacotilles que Ton échangeait là-bas contre des coirs, des pelleteries, des matières tinctoriales, comme la graine d'écarlate, des cafés, des sucres, de la vanille, du cacao, du coton, lesquels étaient revendus avec des bénéBces énormes, sur les marchés de France et du monde.
Les Rochelais participaient rarement de leurs personnes à ces expéditions. Ils en étaient les capitalistes, tels les Tallemant qui, en cela, suivaient l'exemple de leur père ; mais, en outre, ils possédaient en propre des bateaux qui faisaient, sur les côtes de France, le cabotage \i).
Il semble que très rapidement, Jacques, l'ainé des des trois frères, soit qu'il ne s'entendit pas avec ses puînés, soit qu'il eût des visées, différentes, tout en partageant les bénéfices de leur société et y maintenant ses fonds, s'écarta d'eux pour besogner à son compte (2). Pierre Jallemant devait créer définitivement le comptoir famiiliai. En 1604, avec son frère Oédéon I*' et son beau-frère Paul Yv-on, il forma aux c6tés du groupe eomsaereial,. vtm groupe financier qui commença ses opérations e& subventionnant les particuliers dont les affaires loi inspiraient con-
(.1) En l'an 1601, nous voyons Jacques Tallemant composer une cargaison de 150 saumons as p(omb, îfr barriques d'huile d» poisson, 8 pipes de j;r aines de moutarde, 74 paine de brai noir, s barriques de poix {M. A. Oe M* Boutet, An, îmi. E. A. dg M* Bonniot précitée). Avec son frère Pierre, il vend à la ville de La Rochelle, le i juin lesi, un navire de i^o tonneaux, Le LouU, fortement armé de canons, pierriers, fauconneaux» etc.. dont ils sont propriétaires, poujr la SMume de is.OftO livres tournoies (iH A. de M* Cousseatu, An, iô2â. E. A de M* Bonniotf^
{%) l\ mourut en l'am iftts et fui remptecé, comme pair de La Rochelle, le 34 juin, par Jacques Bibaad,. commis des TallenMmi. V. B. L R. m^, n* 08 ;. moâre de GuaUmtOeau préelié. U n» laissa pae de- postérité. B. L. M. m^ n« 3M, art. Jacçgnes TaUemanL
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fiance (1), puis se livra peu à peu à des pratiques de change et d'escompte. Une banque, modeste tout d'abord, fut ouverte. Elle eut bientôt ses correspondants dans les grandes villes de négoce, à Paris notamment (2). Elle prospéra. Tandis que la maison de commerce inaugurait, à La Rochelle, de fructueux services de transit, la banque acceptait d'y surveiller les intérêts d'innombrables marchands disséminés en Europe (3). Alimentée en argent par ces sources diverses, elle put entreprendre des spéculations d'une plus grande envergure. Apprenant, par exemple, par leur situation au conseil communal, que le pays d'Aunis souffrait d'une pénurie de céréales et que la famine s'annonçait, Paul Yvon et Pierre Tallemant envoyaient à la hâte leurs navires et leurs agents, acheter à des prix dérisoires les blés de Bretagne qu'ils offraient ensuite aux chalands à des conditions exagérées.
Cela ne leur valait point de discrédit, car nul ne les trahissait. S'ils régentaient un peuple de commis, ceux-ci étaient, pour la plupart, des parents, comme leur neveu Paul Gassan ou les fils de commerçants amis, comme Jacques Bibaud, intéressés à leurs
(1) De nombreux contrats visant presque tous des prêts faits pour aider des Rochelais ou autres dans leur commerce par voie maritime subsistent dans les M. A. de M* Chesneau^ An, i6i6, 1619, etc.. E. A. de M' Bonniot.
(2) E. Huet : op. cit., p. 730, montre ia banque Tallemant fournissant, en 161 >, des lettres de change sur Paris.
(3) M. A de M* Chesneau, An. iôiô. B. A. de Af- Bonniot. Un acte du S2 novembre 1616 prouve que Pierre Tallemant, muni de leur procuration, était chargé par les sieurs Diego Gomez Dacosta, Pernand de Cavaillais, Hermandez Dorta da Silva, Quittonie de Castres» marchandK portugais, de recouvrer des marchandises leur appartenant, embarquées sur le navire £« Cheval marin, venant de Lisbonne, sous la conduite de M' Georges Factor, de Rotterdam, et qui furent volées par un corsaire poitevin.
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affaires, huguenots fervents, jouvenceaux animés d'un ardent désir de fortune (i). Ces commis leur servaient d'hommes de paille, de prête-noms bénévoles. Ils assumaient la responsabilité des combinaisons d'un caractère équivoque. Comparaître devant les juridictions de la ville n'embarrassait point d'ailleurs les associés. Ils étaient adroits. Nul ne faisait plus qu'eux travailler les notaires. Aux allégations de leurs adversaires, ils opposaient toujours des actes soigneusement dressés et qui couvraient d'une apparence de bonne foi leurs gestes les plus hasardeux (2).
Ainsi leur fortune s'arrondissait. Ils possédèrent bientôt toutes sortes de maisons dans la ville et de terres dans ses environs immédiats (3) ; mais les
(1) Jacques Bibaud, né le 6 août 1594, était le deuxième enfant de François et de Marie Hotton. Tallemant de Lussac : Escrit servcmt d'Instruction à MM. les créanciers des sieurs Tallemant... s. L N. D., pp. 16-17, dit que ses parents, — le père était boulanger — n'ayant pas les moyens de le nourrir, le donnèrent, à l'âge de 15 ou 16 ans, à Pierre Tallemant pour le < servir en sa maison » et qu'il y servit longtemps dans « les bas emplois ». Jacques Bibaud : op. cit., p. 20, dénie les afiirmations de Tallemant de Lussac sur ses origines.* A son dire, son père, après avoir longtemps porté les armes, s'établit marchand à La Rochelle où il exerça différentes charges. Pour la généalogie des Bibaud, V. B. L. R. ms. n* 390, art. Bibaud. Tallemant des Beaux qui parle fréquemment des commis de son père (V. 467 ; VII, 456), ne cite que deux fois le nom de Jacques Bibaud (VI, 319; VU, 457) qui jouera pourtant un rôle important dans l'histoire de sa famille.
(2) Jacques Bibaud, op. cit., p. 21. T. VI. 271 parle de la spéculation sur les blés. Il révèle aussi (VI, 270) l'existence de la société financière entre son père, Gédéon I" et Paul Yvon. Une Transaction passée devant notaires, le 15 Juin 1665, entre les directeurs des créanciers des sieurs Tallemant, Jacques Bibaud et la veuve Bardet, S. D. {B. N. Thoisy, 221, f* 406) précise que cette société, fandee en 1604, dura jusqu'en 1634 Pour les procès soutenus, de 1613 à 1635, par la maison Tallemant, V. A. G. I. Registres du Présidiah B. i34i, i353, 4467, 1470, 1476, 1646; Registres de la Cour du Scel royale B. 1568. Les trois associés y interviennent successivement.
(3) Du chef de sa femme, Pierre Tallemant était propriétaire d'une maison rue du Temple et, de son propre chef, d'une autre
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biens temporels ne sufflsent point pour valoir une haute considération à leurs possesseurs. Paul Yvon et Pierre Tallemant s'ingénièrent à acquérir les autres. Ils s'appuyèrent au Conseil de leur respjBctive influence. Paul Yvon fut élu échevin, Pierre Tallemant, trésorier de la maison de Ville (1). Tous deux rêvaient de s'asseoir dans le fauteuil du maire qui, en ce temps-là, ressemblait fort à un trône. Le premier, en 1615, tenta la chance. Il fut coélu. L'année suivante, le collège des échevins et pairs lui ayant encore donné une majorité, le sénéchal, René de Talansac, sieur de Loudrières, l'investit en personne de la dignité de premier magistrat de la ville (2). Quelques jours ensuivants, Pierre Tallemant était nommé, à son tour, juge-consul de la Bourse (3). Ils étaient, pour un an, les rois de la commune, tenant sous leur autorité absolue l'administration et le commerce.
sise entre le Palais et le Tribunal consulaire (B .L. R. ms. n* 35 1, art. Pierre Tallemant) Il touchait des revenus sur d'autres, Tune notamment située rue du Miriage, à l'Enseigne des Trois Rois. (A. C. I. Bég. de la Cour du Soel, An. i628). A sa mort Pierre Tallemant possédait encore à La Rochelle : la maison de la rue du Temple, une autre c seize au lieu appelé la petite Rive», une autre dans le c carrefour Joignant le Palais », une autre • dans la ville neufve ». inventaire après décès des biens de Pierre Tallema/nt du ii juillet 1656. M. A, de AP Le Cat. E. A. de AT Lefebvre, V. aussi Arch, hist. de la Saintonge et de VAunis, t. XXX III 1908, Diaire de Joseph GuiUaudeau, pp. 395, 403. T. VI, 270, dit des associés : c Ils eurent quelque bonheur dans leurs alTaires. »
(1) B. L. R. ms. n* idi et Arch. hist. de la Saintonge et de VAuniSf t. y, 1878 (I. 104, Diaire de Merlin. Pierre fut nommé le 3 mai 1012. V. au^si, pp. 241,250- Les décembre lou, Pierre reçoit une importante délégation dans une alTaire de rébellion qui qui troubla fortement la ville.
(2) Diaire de Joseph QuUlaudeau précité, p. 107 et i20, 26 avril 1015 et 10 avril itl^; Diaire de Merlin précité, pp. 26», 279.
(3) Diaire de Merlin précité, 20 mai i6i6. Sur l'importance de cette fonction, V. A. G. Meneau : Notice sur Vorigine du tribunal de Commerce de laviUe de La Rochelle.., 1S62 ; £. Garnault: LafwridiotUm consulaire et la Bourse de La Rochelle, i899.
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26 LA lOTEUSS JEimESSB 0E TALLEMANT DES BEAUX
Gédéon I ne les suivait pas sur ce terrain. îl ne nourrissait d'autre ambition que celle de s'enrichir au point de s'assurer tous les plaisirs de la terre. Il commença à s'anoblir en se htisant attribuer un emploi de notaire et secrétaire du roi (i). U visait plus loin et plus haut. li s'en alla habiter Paris pour mieux obtenir. Peu après son arrivée en la capitale, il achetait l'office de trésorier général de la maison et ancien domaine de Navarre (2) et devenait adjudicataire de quelques fermes du roi (3). Il ne se désintéressait nullement des affaires de La Rochelle. Prép arant les moyens de les étendre, il laissait à son frère et à son beau-frère le soin de les conduire, quitte à leur demander des comptes. II les savait en bonnes mains.
(1) Il fut reçn le 29 mars 1612 par la résignation d'Alexandre Ghauvelin. Il garda cet emploi jusqu'à son décès V. A. Tessereau : ffist. chron. de la grande Chancellerie de France, 1710, t. I.
(2) Archives des Basses-Pyrénées, B, 3.618, Arrêt royal du 8 avril i6i9 fixant à la somme de ^1.400 IfTres le prix de l'offtce que Gédéon I*' achetait au sieur Ramon M artbi, démissionnaire. V. aussi, Bull, de la Société des sciences, lettres et arts de Pau, 2* série, t. XVI p. 156. Le 4 octobre 1619, la Chambre des Comptes enregistrait les lettres de provision de Gédéon I*'. L'Inventaire après décès de Pierre TcMemant en date du il juillet iC66 {M. A. de M* Le Cat, E. A. de M* Lefelfvrei nous apprend {Déclaration sons seing privé du 25 novembre i6i9) que Tofflce fat acheté par Gédéon, Pierre Tallemant et Paul Yvon et leur appartint par tiers. Ensuite Paul Yvon s'étant retiré de cette affaire, ledit office resta à ses deux associés {Déclaration sous seing privé du 7 septembre iôSO^ Y. également Bulletin précité p. 179. Le 15 mai 1632, sur résignation de Gédéon I", l'ofUce était attribué au sieur de Planterose. Gédéon I" dut s'installer à Paris vers 1617 ou 161S, «ar, le lo juillet 1618, il passait un conirat devant Le Camus et Le Semelier {E. A. de M* Bossy) et le 8 novembre 1618, Pierre Tallemant lui écrivait de La Rochelie à Paris, rue du Four, « en Tbostel d'Uzé > où il habitait pour lui recommander un de ses s^nùs, M. de La Oréaiile, avocat au siège présidial. B. L. R. ma, n« 784, f» nf. V. aussi, ms. n* 354, art. Gédéon Tallemant.
LÀ JOTEUSB JfiONBS6fi DE TALLKMANT DES RÂAUX 27
£iles étaient en bonnes mains en effet, car Pierre Tallemant les dirigeait sans contrôle (1). Il ne pouvait guère compter sur Taide de Paul Yvon. Celui-ci était un pauvre fol sujet à d'étranges caprices. On ne sait comment il avait pu cumuler des charges nécessitant un esprit lucide et exempt de préventions (2). On ne. Taimait guère dans la ville où maintes fois des aftiches l'injuriant avaient été collées sur les murs (3). En Tan 1607, envoyé à Paris par Téchevinage pour arranger une grave affaire de religion, il avait commis la faute de parler avec tant de morgue au roi Henri IV que celui-ci l'avait chassé en le traitant de séditieux (4)» Cette aventure qui avait rendu les Rochelais suspects n'était point oubliée. On avait vu avec chagrin Paul Yvon emporter la première magistrature (5). Et voici que, travaillant cependant avec zèle au bien public (6), il s'aliénait la population par des extravagancesnouvelles.
La mathématique et la mystique se partageaient
(I) T, VI. 270. Au dire de Jacques Bibaud : op. cit., p. i»-20, Paul Yvon aurait été c l'autheur de la fortune des Tallemant». Pierre n'aurait occupé, auprès de lui« qu'un rôle de < facteur » et aurait commis l'Indélicatesse de lancer des libelles contre son bienfaiteur. Ces propos sont en contradiction avec les faits.
(î) De Richemond : Inventaire som. des Arch. départ, de la Charente-Inférieure, Série H. Suppl., 1882, p. 6. II exerçait les fonctions d'administrateur de l'aumônerie ou Hôtel-Dieù de- . Saint«Barthélemy.
(3) Diaire de Quillaudeau p. 115. On l'y traitait d'ambitieux.
(4) Les Rochelais avaient refusé l'entrée de la ville à un predi> cateur catholique, le P. Séguiran. V. Diaire de Merlin, p. 131 ; J(mrnal de Lestoile, 1880, t. VIII, p 277 ; SuUy : (Economies roycUes,. ëdit. Miehaudet Poujoulat, 1837, II, p. i7|; Arcmv. hist. de la Saintonge et de VAuniSt t. III, 1879, p. iV); Jourdan : Ephéméridea hist. de La Rochelle, 1861.
(5) JDiaires de GuiUatideau et de Merlin précités, p. 120 et 279.
(6) MervauU : Jour<nae précité dit de lui : « En sa mairie furent faits les ponts de la porte de Goigne, sa pièce détachée et ses beaux poteaux et corps de garde, ouvrage vraiment royal et admirable. »
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sa cervelle déréglée. De tout temps, on l'avait connu préoccupé de résoudre des problèmes chimériques. A cette heure, avec quelques bourgeois fous comme lui, il s'acharnait sur l'énigme de la quadrature du Cercle, prétendant en avoir découvert la lumineuse démonstration (i). Sans doute recevait-il des inspirations de l'au-delà qui lui rendaient aisées ces spéculations intellectuelles au milieu desquelles le reste des hommes perdaient rapidement le sens. Par le fait, il se disait en correspondance constante avec les esprits. Ceux-ci le visitaient et lui transmettaient la pensée de Dieu. 11 en vint à se déclarer l'Abraham d'une nouvelle loi. Pour enseigner l'humilité aux hommes, il s'en alla, un jour, mendiera travers les rues de la ville. On fut obligé de protéger sa femme qu'il menaçait de sacrifier pour suivre l'exemple de l'antique patriarche et montrer sa soumission aux décrets du Seigneur.
Comme il était très pieux, adorant € ventre à terre » et se macérant avec violence, il influençait son entourage. Pierre Tallemant, fort féru de religion, ajoutait foi à ses divagations et se plongeait avec lui dans les mystères. Mais les ministres, avisés que leur maire répandait des doctrines en contradic-
(1) Circulum quaérandi et cwrJmm duplicandi modus verus, a n^mine hactenus mortalium eognitus nunc fœliciter in lucum prodit, Ope D. PatUi Yvonis, D. de La Leu, senatoris RupeUaM clafissimi repertus. Et A. D. Jocmm Damba/ro, Seoto de ErUirktn, pMlosophix in Academia RuppeUana, professore publieOy confirma tus et approbatus, Ruppellœ, i6i9; Quadrature du Cercle ou moyen de trouver un çpiarré égal au Cercle donné et, au contraire, un Cercle éfftU au quarré proposé. Ensemble le double du Cube, inventés et trouvés par Paul Yvon, escuyer, Seigneur de La Leu, Vun des eschevins de La RocheUe. Avec les esclaircissements par opérations numérales et la parfaicte proportion du Diamètre à la Circonférence donnée et adjoustée par Martin Van der Bist, marcfumd, fuibitant La Rochelle, La Rochelle, i6i9.
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LA JOYEUSE JEUNESSE DE TALLEMANT DES RÉAUX i9
tion avec la vraie doctrine, le tinrent bientôt en suspicion. On rinsulta. Survint Taffairé du duc d'Epernon. Ce duc, gouverneur de Saintonge, voulut s'emparer de Rochefort qui vivait sous l'autorité du maire de La Rochelle. Yvon excita les Rochelais à le combattre tout en l'avisant secrètement des mesures qu'il prenait contre lui. Cette conduite ambiguë emplit d'indignation le peuple qui s'ameuta. Yvon dut abandonner sa fonction pour conserver sa tète menacée (1).
Dès lors, la situation du comptoir Tallemant se trouva compromise. Pierre Tallemant dut se débattre au milieu des diflicultés de toutes sortes. Le malheur semblait s'acharner sur lui. En 1617, il perdit sa femme Elisabeth Bidault (2). Cette mort provoqua un grand trouble dans sa vie jusqu'alors paisible et uniforme. Des quatre enfants qu'il en avait eus, l'un était mort ; trois, Pierre, Elisabeth, Paul, restaient en bas âge (3). Il fallait assurer leur éducation que
(1) Diaire de Merlin précité ; Jourdan : op. cit., II, 675-676. V. aussi, sur les autres extravagances d'Yvon, sur ses démêlés avec le tribun Jean Tharays, Merlin précité ; Arcère : op. cit., IL 146, 367; Jourdan : I, 5 ; T. VI, 270 et s.
12) B. L. R. ms. n«« 161 et 162, Diaires de Merlin et de Colin, p. 492 et 248 : « Le mardjr, 14* jour de novembre [1617], la femme de M. Pierre Tallemant a esté inhumée. Elle estoit enceinte; son enfant mourut dans son ventre, et elle aussy ». M' Ghesneau, notaire à La Rochelle, procéda le 22 août 1619 seulement à l'inventaire des biens de la défunte. V. Inventaire obprès décès des biens de Pierre Tallemcmt, du ii Juillet i656 (M. A. de M* Le Cat. E. A. de M* Lefebvre).
iz) Pierre, né le 21 décembre 1608. Parrain : François Tallemant ; marraine : Elisabeth Benoist. On le connaîtra dans la suite soùs le nom du sieur de Boisneaù. — Paul, né le 15 février 1613. Parrain : Paul Yvon. Mort jeune. — Elisabeth, née le 26 mars 1614. Marraine : Louise Thévenin. — Paul, né le 25 février 1616. Parrain : Jacques Tallemant; marra^ine : Anne Tallemant. On le connaitra, plus tard, sous le nom du sieur de Lussac (G. T. G. L. a. R, P.).
30 LA JOYEffSB JEUNESSB DB TALLBllAirr DBS RÉAUX
le bonhomme voulait excellente au point de vue intellectuel comme au point de rue moral. Il ne pouvait, accablé de préoccupations, consacrer son temps à cette tÀche. Il était fort jeune encore et < d'amou-* reuse manière ». Une autre femme était indispensable dans son foyer.
Les délais de deuil passés, il la chercha incontinent. L'alla-'i-il quérir fort loin, ou bien vint-elle s'offrir à sa vue à La Rochelle? On ne saurait le préciser. Depuis peu, la famille Tallemant était entrée en relations avec la famille Rambouillet. Celle-ci tenait, dans le négoce rouennais, une place éminente. Sans doute Gédéon I, que Ton rencontre dans la ville normande au début du xvii* siècle et qui épousa Anne Rambouillet, provoqua-tril ces relations. Entre Rouen et La Rebelle les trafics étaient constants. Les flottes des deux ports péchaient de conserve sur les bancs de Terre-Neuve, raflaient ensemble les produits du Canada et de TAcadie. Pour qu'elles ne se gênassent point, l'intelligence commandait la solidarité des armateurs. Imbu de ce principe, Pierre Tallemant avait donc contracté une association avec Nicolas Rambouillet, marchand et banquier comme lui (1). Ce fut, sans doute, pour resserrer les liaisons
(!) M. A, de M* Chesneau, An. i6i6. E. A, de M* Bonniot. La. qualification d'associés lear est donnée .dans un acte du t% novembre 1616. La famiUe Rambouillet, qu'il ne faut pas confondre avec la famille de Rambouillet d'Angennes, remonte, d'après les généalogistes, au xv siècle. V. B. N. ms. Coll. Duofiesne, n* 23. p. 408-407; Cabinet d'Hozier, n» 28 i. A l'époque qui nous occupe, d'Antoine Rambouillet, sieur du Plessis, conseiller-secrétaire du roi le 2} octobre 1584, enterré le 5 février 1602, et de Marie Mallard, sont nés : Antoine, conseiller-secrétaire du roi le 4 février 1602, enterré le 5 janvier 1625, sans .postérité. •— Jean, avocat et conseiller-secrétaire du roi, marié à Marguerite Girard dont il eut 4 enfants. — Nicolas, marchand et banquier, dont nous parlerons
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d'intérêt qu'il épousa à Paris, eu septembre 1618, la sœor de Nicolas, Marie Rambouillet (1). Elle était riche et huguenote comme lui. < Bonne femme » un peu naïve, elle Taima tout de suite doucement (2), Faida à supporter la charge des aiSTaires et ramena la gaieté dans son foyer.
Désormais assuré que ses enfants trouveraient auprès d'elle un appui, il s'efforça de reconquérir au Conseil la confiance que les folies de Paul Yvon, prêchant maintenant un nouvel évangile, traîné devant le cousistoire comme hérétique, lui faisait perdre graduellement (3). Il dut procéder avec habileté, feindre de désapprouver son beau-frère qu'il croyait cependant encore investi d'une délégation divine. Peu à peu, il ramena vers lui les sympathies» On lui confia tout d'abord des fonctions militaires (4).
plus loin. — Anne, mariée à Gédéon I Tallemant. — Marie, mariée à Pierre Tallemant. ~ X..., capitaine.
(1) Contrat de mariage passé à Paris, devant Le Camus et Le Semelier, le 8 septembre 1618. {E. A. de M hossy, notaire à Paris.) La Jeune fille vivait chez son beau-fère Gédeon I Tallemant. Elle reçut 6.000 livres en dot. Mommerqué, peut-être sur la foi d'un ms. de la B. N. {Dossiers ^leics, n« 623), a imaginé, entre la mort d'Elisabeth Bidault (novembre 1617) et la naissance de Tallemant des R eaux (octobre i «IQ), i" enfant de Marie Rambouillet, nn mariage de Pierre Tallemant avec une certaine demoiselle Polivon, sœur de Paul Yvon, La Morinerie : Les trois femmes de Pierre Tallemant, dans BvXl. de la société des arch. hist de la Saintonge et de VAunis, t. 8, 1888, p. 421-422, approuve cette . hypothèse. En confrontant faits et dates, on ne peut aboutir qu'à sa négation.
(J) T. VI, 305. Marie Rambouillet figure souvent, comme marraine, dans les Registres protestants de La Rochelle (A. C. I. Ë. Î8, 33, etc..)
(3) Diaire de Merlin imprimé, p, 332 et s.; Diaire de GuUlaudeau, p. 224, 248: Jour dan : op. cit., I, 493; Haag : La Franee protestante, art. yi>on, donnent des renseignements sur les démêlés d'Yvon avec les ministres.
(4) B, L. R, ms. n» 354, art. Pierre Tallemant. Il commanda la Tour Saint-Nicolas et fut capitaine de la 7* G>* des milices bourgeoises.
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On le chargea ensuite de missions officielles (1). Enfin, en 1620, il eut Thonneur d'être préféré « parce qu'il était enfant de la ville » comme coélu du maire, au sieur Jean Pascault, natif d'Angoumois (2).
Jouissant de nouveau d'un immense crédit dans la ville, délivré des soucis d'ordre familial, il put donnerions ses soins à ses affaires. Il avait remarqué que son commis, Jacques Bibaud, successivement employé aux manutentions des magasins et à la copie des lettres, puis élevé à des fonctions plus délicates, montrait du génie pour le négoce. Il résolut de lui donner, dans son comptoir, une situation en harmonie avec ses aptitudes. Il le maria à Louise Gassan, l'une de ses nièces (3). Bientôt, lui fournissant un capital de 70.000 livres, il lui laissait l'initiative de créer une filiale de la maison Tallemant (4).
(1) Diaire de OtUllaudeau, p, 164, 8 mars 1620. V. aussi, B. N. N. acq. ms. n» 7196. Pierre Tallemant, député avec les sieurs de Fief- Mignon et La Lande à Tasseniblée politique • ténue par ceux de la K. P. R. en la ville de La Rochelle », parle, le 13 avril 1622, au nom du corps de ville.
(2 B. L. R. ms. n« 153, p. 45; Diaire de Merlin, p. 364; Diaire de Guillaudeau, p. 165. Il fut élu le 26 avril 1620.
(3) En 1619. Elle était fille de Anne Tallemant et de Durand Gassan (B. L. R. ms. n* 50, art. Bibaud.) Tallemant de Lussac : op, cit., p. 16-17 assure que Pierre Tallemant aurait doté de 4 à 5.0 livres sa nièce pauvre. Jacques Bibaud : op, oit, p. 20, afQrme, au contraire, ne rien devoir aux Tallemant qui lui pro- ■diguèrent « toutes sortes de mauvais traitements ». Paul Yvon seul l'aurait sorti de la misère et graduellement élevé. Son contrat de mariage, passé le 2i janvier 1619 devant Chesneau, notaire à La Rochelle, précise qu'une dot de 4.000 livres tournois fut donnée à Louise Gassan par Louise Thevenin, mère de Pierre Tallemant. [E. A. de M* Bonniot.)
(4) M. A. de M* Chesneau, An. i620. E. A. de M* Bonniot, L'acte est daté du 13 juillet 1620. Pierre Tallemant remet une somme de 70.000 livres à Jacques Bibaud, Jehan Sossons, marchand, natif de Nyon et Thomas HofT, marchand, natif de La Rochelle < pour faire le négoce et l'emploier tant en achats, ventes, débits, troques et eschanges de marchandises qu'autrement, au mieux de leur pouvoir. > L'association durera 4 ans 1/2. L'établissement
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Il agit ainsi, pendant les dernières années de son séjour à La Rochelle, choisissant, pour traiter des opérations auxquelles il ne pouvait personnellement s'attarder, des mandataires actifs et intelligents. Il faisait les premières mises de fonds et s'associait à eux, se réservant, dans les contrats, la majorité des bénéiîces* Ses auxiliaires endossaient toute la peine (1). Il drainait ainsi, de tous côtés, l'argent dont ses coffres regorgeaient (2).
Sa maison était une tour de Babel où se conjoignaient les marchands de tous pays, parlant toutes les langues. Bien qu'il fût lui-même resté sobre, ne buvant que de l'eau, se contentant de mets simples, il aimait à offrir des festins dignes de l'ancienne Rome qui rendaient les gloutons, ses convives, plus faciles à circonvenir. Les gens de La Rochelle, les gros bourgeois surtout, enivrés de leurs richesses, vains
sera installé • vis-à-vis le canton de la Caille où est le Puyverd », dans une maison et magasin appartenant à René Boschillon, sieur de La Girardière. Bénéflces : 2 tiers pour Pierre Tallemant; 1/2 tiers pour Bibaud ; i/2 tiers pour Sossons et Hoff. Pertes sup* portées par les parties dans les mêmes proportions. Celte association fut continuée jusqu'en 1630.
(1) M. A, de M' Chesneau, An, i630. JE. A. deàfBonniot. L'acte du 3 mars 1630, nous révèle que le 5 février 1621, Pierre s'associa à Marc Leboiteux. Il fournissait un capital de 70.000 livres et son compère un autre de iO.ooo livres. Bénéfices : 3/4 pour Pierre; 1/4 pour Leboiteux. L'association dura jusqu'au i" janvier 1630, réalisant un bénéfice de 50.000 livres. Le 3 mars, nouveau contrat. Pierre verse 70.000 livres; Marc Leboiteux: 20.000: Paul Leboiteux : 10.000 livres. Bénéflces : Pierre la moitié. Toutes ces affaires nécessitèrent souvent des procès. Nous voyons Pierre Tallemant en intenter à des capitaines de navire (A. C. I. Reg. de VAmiranté, An. i62i). Paul et Marc Leboiteux en* intentent de leur côté (Mêmes registres. An. i632). Fils de Gilles et de Marie Yvon, Marc et Paul Leboiteux étaient neveux de Paul Yvon. Us entrèrent donc, dans le comptoir, à titre de parents. V. sur eux : B. X. R. ms. n* 352, art. Lehoiteuœ.
(2) B. L. R. ms. n« 354, ait. Pierre Tallemant. Lors du siège de 1622, la yille ayant fait un emprunt forcé, il figura sur la liste des plus riches habitants, taxés à 300 livres.
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34 LA JOTE08K IBUmSSSE DE TALLEMANT IMBS RÉAIIX
de lear laxe, épravTaient le besoin d'étonné le moûde par la splendeur de leurs banquets. Sur leurs tables magnifiques les viandes étaient servies saupoudrées de perles, d'or et d'ambre gris.
Pierre Tallemant n'aurait eu garde de se laisser distancer par ses rivaux sur ce terrain de la goinfrerie. Là comme ailleurs il décelait une imagination fertile. Ses domestiques étaient choisis et sa cuisinière assurait ses triomphes par le prodigieux raffinement des chères sorties de son officine. Les chapons de € haute lisse » venus spécialement de Maine, leur patrie, les faisans lardés de rubis, les perdrix aux pattes dorées, les levrauts couronnés et passementés de diamants ou d'émeraudes et que l'on nommait € carabins de Bacchus », les gelées multicolores tremblotant dans l'or, les salades confites dans le sucre et parfumées à la civette, les turbots à la mosaïque, les brochets à rallemande, mille pâtés appelés € le pillage des dents », mille friandises et en particulier certains popeiins connus sous la désignation de € reveille matin des moines », des conserves précieuses, des citrons espagnolisés, des olives à la Sévillane, des épices du Levant faisaient les délices des bons Flamands, des Hollandais hilares, des Portugais sémillants qui hantaient la demeure de Tallemant. Et pour désaltérer les gosiers toujours assoiffés, les vins d'Aunis eussent paru insipides. Le Bordeaux, le Bourgogne, le Beaune, TAy préparaient à boire les muscats odorants de Frontignan, le malvoisie de Candie qui procuraient aux estomacs, désemparés par les gingembres et les poivres, un apaisement délicieux (i)«
(!) J. de Gaufreteau : La Digue ou le Siège et prinse de hok
LA JUTEUSE i£ONESSE DE TAUSMAI^T DES RÉAUX 35
Ce. n'était point par pai*e ostentation que Pierre Tailemant offrait à. ses clients ces réjouissances de bonehe- Il songeait, depuis quelque temps, à élargir enci^e le cadre de ses affaires. Il avait besoin que la certitude de sa fortune s'implantât dans la cervelle de ces hommes dirigeant, dans dea villes lointaines, des lûaisons prospères et qui deviendraient ses correspondants et ses soutiens. 11 se rendait compte que l'agio et la banque donnaient des résultats plus rapides que l'armement et le commerce. Il méditait de fonder une banque aux ramifications internationales dont le siège central serait situé à Paris. Mais avant de réaliser ce rêve encore vague, il voulait tenter un essai d'établissement dans une ville française, plus grande que La Rocbelle, au rajonnement d'action plus étendu.
Bordeaux qu'il connaissait depuis sa jeunesse, où il possédait des agents, où ses bateaux allaient embarquer les vins et les futailles, lui apparaissait, avec ses innombrables trafiquants souvent à court d'écus, comiiae un lieu d'exploitation admirable. Mais il désirait n'abandonner à personne l'initiative d'y créer une stt^scuFsale. C'étaient de grands tracas en perspective. Il fallait auparavant régler avec minutie le fonetionnement de ses bureaux, magasins, entrepôts, et chais de La Rochelle et en déposer la direction dans des mains sûres.
Il s'y évertuait patiemment quand des événements imprévus vinrent retarder ses projets. Marie RambiMiillet, sa femme^ était eBoeinie. Le â octobre 1619 elle accouchait d'un garçon. Le 7 novembre ensui-*
i^eheiie, 1629, donne des renseignements suf r^stence des bourgeoii itêdwlBW.
Tant, M. Jean Pierre Salbert, ministre de la religion réformée, dans le grand temple Saint-Yon, sans qu'un frémissement de ses mains ferventes l'en eût averti, donnait la vie spirituelle à cet être d'élection. Le futur auteur des subtiles et redoutables Historiettes^ l'un des plus vivants écrivains du grand siècle, venait d'apparaître au monde. M'** Gédéon Tallemant, venu de Paris pour la circonstance, damoiselle Marie Tallemant, femme de Paul Yvon, oncle et tante du nouveâu-né, l'avaient tenu sur les fonts. On lui avait donné le prénom de Gédéon (i).
Pierre Tallemant, qui avait le dessein d'emmener avec lui sa famille à Bordeaux, n'y pouvait momentanément songer. Marie Rambouillet donnait d'ailleurs successivement le jour à deux autres garçons, François et Henry (2). Six enfants en bas âge rendaient les voyages incommodes. Il y eut, en outre, de grands troubles à La Rochelle, en l'an 1622. Louis XIII ayant décidé de réduire les protestants qui s'étaient organisés dans le royaume en république, Pierre Tallemant dut diriger, quand le comte de Soissons, sur terre, et le duc de Guise, sur mer, mirent le siège devant la ville, des opérations partielles de défense (3).
(1) A. C. £. R, p. E. Suppl. 28. Papiers des Baptêmes pour le Temple de S^ Yon commencé Van i6i9, t\ 20 y». : « Le Jeudy ?• jour de novembre 1619 [ont] esté baptizés par Mons' Salbert... Gédéon, filz de noble homme Pierre Tallemant et de damoizelle Marye de Rambouillet. Pairin : Gédéon Tallemant, secrétaire du roy et trézorier de Navarre; mairenne -. damoizelle Marye Tallemant. L'anfant Lest né] le 2* d'octobre dernier •. Signé : Tallemant.
(2) François, né le 23 septembre 1620, baptisé par M. Colomiez. Parrain : Pierre Thevenin, conseiller au siège présidial de La Rochelle; marraine : Marie Lonnique. — Henry, né le 16 février 1623. Parrain : Jehan Godeffroy; marraine : Suzanne Gendrault {G. T. C. L. R. /e. P.).
(3) Nous avons déjà précisé qu'il était investi de fonctions.
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Mais enfin tout s'aplanit et s'apaisa. Impérieusement stimulé par ses intérêts, Pierre Tallemant se décida à partir. Il y eut de grands conseils auxquels participèrent Gédéon I, Paul Yvon, tous les associés des diverses entreprises. On choisit comme fondé de pouvoir à La Rochelle, Paul Gassan, commis et neveu des trois patrons (1). Vers la fin de l'année 4623 la famille Tallemant, en compagnie de Noël Dépars, commis habile au maniement des affaires, prenait le chemin de Bordeaux (2).
taires. Paul Yvon, au dire de T. VJ, 275, t paya bravement de sa personne », cependant que son fils aîné, Gédéon Yvon, sieur du Plomb, périssait sur la flotte rochelaise, commandée par Guitton. V. Diaire de Quillaudcau; Jourdan : op. cit., I. 55.
(i) B. L. R. ms. n** 354. Paul Gassan, signant les actes notariés, se disait < le commis » de Pierre Tallemant. Gédéon intervenait dans les affaires de La Rochelle, comme en témoigne un acte de 1623 Ud. A. de M* Cousseau, An, i623. E. A. de M* Bonmot.)
{2) Pierre Tallemant : Discours sommaire précité, fixe cette date. Un acte du notaire Cousseau, daté de i6Si, précise que Pierre Tallemant, domicilié à Bordeaux, ne peut assister au mariage de sa nièce, Anne Gassan, et s'y fait représenter par son frère Jacques. {E. A. de M* Bonniot).
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