DONT IL ETAIT GRAND-MAITRE
(Tableau' de Drouais)
KNFANCK F.T .IRUNESSK 33
Auparavant il eut à remplit- la période d'études obligatoires, en Sorhonne.
Jusqu'à quel point se conforma- t-il au principe sorbonique : vivere socialiter et collégialité)^ et muraliter et ticholcisciter (1), cette règle aussi ancienne que les murs de la vieille maison? Nous ne croyons pas nous avancer trop en assurant qu'il s'y astreignit sans éclat de zèle. Il se savait, ainsi que tous \e^ abbés de condition, destiné aux bénéfices. 11 se tenait pour certain de conclure, un jour ou l'autre, quelque bon mariage avec une église bien dotée. S'il rendait ses devoirs à l'essentiel du règlement (2), il en prenait à son aise sur tout ce qui n'était point de nécessité. Si parfois, le soir, il se glissait dans la chapelle vide et sombre, ce n'était pas avec l'intention de prier seul, au pied de l'autel, mais bien pour rêver de l'avenir, devant le mausolée de marbre du cardinal de Richelieu, et se fortifier en l'espérance que diplomate, ministre peut-être, il renouvellerait les grands exemples de l'évéque de Luçon.
La bibliothèque était riche, les moyens de travail abondants. Malgré que l'esprit du siècle eût opéré là des ravages, le monde entier venait encore chercher à la Sorbonne des lumières sur les plus délicates questions de science ou de croyance. Il s'en fallait, pourtant, que les exercices de théologie, les discussions ardentes de doctrines dans les chambrées, les soutenances de thèses, occu{)assent exclusivement la journée d'un sorboniste, à la fin du xviii'' siècle. De la place restait en marge
(1) Liber prior Sorbonœ, avril 1459, f" 84.
(2) L'antique règlement" institué par le fondateur Robert de Sorboa ne s'était pas modifié et subsista jusqu'à la fermeture de la Sorbonne pendant la Révolution. V. Gréard : Nos Adieux à la vieille Sorbonne.
pour les plaisirs du dehors. L'abbé de Périgord savait mieux que personne l'utiliser el, au besoin, en élargir la mesure. Vraisemblablement fut-il de ceux ix)ur lesquels on avait dû récemment instituer l'usage des jetons de présence, afin d'oi>tenir l'assistance régulière aux Roberlines. ?sous le voyons mal parmi ces jeunes ecclésiastiques à Tàme ingénue, dont le meilleur contentement, après avoir pàb sur les textes saints, était de jouer leur partie de l)alle, derrière l'église. 11 se connaissait, ailleurs, des distractions moins écolières.
Sa licence de Sorbonne expirée, il prit logement à Bellecliasse, dans une maison petite, commode, bien approvisionnée de livres, où il se sentait heureux de penser, de vivre, sous sa propre, libre et unique direction.
De temps en temps il faisait apparition dans sa famille. Des visites, non des séjours. La maison de ses parents avait un mouvement réglé. Il n'entrait point dans leurs habitudes journalières de recevoir beaucoup de personnes, et en particulier de cette espèce brillante, qui paradait sur le grand théâtre. Pour aller chez sa mère, dont il vanta les agréments de société, il choisissait l'heure où il s'attendait à la trouver seule afin de se pénétrer mieux du charme de sa conversation. Elle n'y mettait, à ce qu'il en a dit, aucune prétention, mais livrait ses paroles avec une sorte d'abondance délicatement nuancée où les mots donnaient à entendre plus qu'ils n'exprimaient. Quand il en avait goûté le filial plaisir, il reprenait ses courses à travers le monde. Nul n'était mieux accueilli dans la société d'une duchesse de Luynes ou d'une vicomtesse de Laval- Montmorency.
La grâce naturelle avec laquelle il se prêtait aux fri-
voles badinages ne laissait pas encore prévoir la force de cette raison « toujours droite et lumineuse », qui lui permettra, lorsque seront venues les heures historiques de s'élever avec une aisance aussi parfaite aux plus sérieuses considérations de la politique d'État. Pour le moment il n'était que jeune, léger d'esprit et discrètement amljitieux.