ACTE PREMIER
TAMARA, répondant en salut de Frantz et de Guillaume.
Messieurs. . . «
LA PRINCESSE
M. Frantz Weber (Puis désignant Guillaume.) M. Guillaume de Ghandor.
Guillaume de....
Elle demeure interdite.
GUILLAUME
Mademoiselle...
LA PRINCESSE
Gomme elle est prise au piège !
TAMARA, confuse.
Vilaine tante, vous m'avez trahie, je le devine, et vous augmentez encore ma confusion, en me forçant à Texpli*
quer... (Allant à Guillaume et lui tendant la main.) Eh bleU^ OUl,
monsieur, j'aime vos œuvres et j'avais le plus vif désir de VOUS connaître.
GUILLAUME, prenant sa main.
Vous me rendez trop ûer, mademoiselle, et ma vanité d'auteur n'a jamais été à si belle fête !
TAMARA, souriant.
Je n'essaierai point de vous cacher mon livre. . . Aussi bien, ma tante ne manquerait pas de remarquer que vous en êtes Fauteur.
GUILLAUME
Permettez-moi de le garder, alors, en souvenir de vous.
Je vous le donne... à condition que vous m'en rendrez on autre avec un mot de votre main.
GUILLAUME
Je serai heureux de marquer la date de ce jour dans votre souvenir.
Dominique entre portant un plateau d'argent chargé de firuits et de gâteaux qu'il dépose sur la table.
LA PRINCESSE, s'asseyaot dans le fauteuil.
M. Weber, un gâteau ...
FRANTZ
Vous êtes trop bonne, madame...
TAMARA., à Dominique, allant vers la table.
Laissez... nous servirons...
La princesse fait on signe à Dominique, qui avance un siège à Guillaume et sort. Frantz s'assied sur le divan.
GUILLAUME
En vérité, nous sommes tombés dans une aventure des mille et une nuits !
LA PRINCESSE
Hé !... vous n'en êtes pas si loin!... Vous êtes aervis par une odalisque.
GUILLAUME
Une odalisque !
TAMARA, souriant, en lui présentant un verre sur un plateau.
Ma railleuse tante m'appelle ainsi, monsieur^ parce que je suis Géorgienne.
LA PRINCESSE
Et pour compléter votre illusion, elle a pour nom Tamara.
GUILLAUME, à Tamara.
Je n'en sache aucun, mademoiselle, qui vous pût mieux convenir que ce nom de la belle reine de Mingrélie chantée par Rousthawelli.
TAMARA, offrant le plateau à Frantz.
Ma mère, une princesse de Géorgie, était une de ses descendantes, monsieur ; et, par tradition, depuis le douzième siècle, toutes les filles de notre maison ont été appelées ainsi.
LA PRINCESSE
Un nom payen.
TAMARA, confuse et souriant.
Mais je suis chrétienne, monsieur, je vous prie de le croire!... Car un peu plus, vraiment, ma tante me ferait passer à vos yeux pour une idolâtre. .
Elle remet le plateau dans les mains de mademoiselle Renaud^ qui sort.
Et M. Wcber est-il aussi un poêle ?
ACTB PBEMIEK 15
FRANTZ
' Moi, madame... hélas ! je ne suis rien.
GUILLAUME
Ne l'en croyez pas, madame t... Il est l'un des jeunes savants les plus célèbres de TAUemagne.
En effet, monsieur, j'ai déjà entendu votre nom... et même, en vous voyant... j'ai été frappée, comme par un vague souvenir, de vous avoir déjà rencontré... Mais je cherche «n vain... je ne puis me rappeler...
FRANTZ, riant.
C'est que vous hésitez peut-être, mademoiselle, à me chercher dans l'humble état où vous m'avez vu.
Que voulez- vous dire?
FRANTZ
11 y a deux ans, j'exerçais la profession de guide.
Guide?... (Frappée d'un souvenir) à Chamouny !... et c'est vous qui nous avez accompagnées sur le Mont-Blanc.
FRANTZ, se levant.
C'était moi.
LA PRINCESSE
Un docteur?... Mais c'est tout un roman !...
FRANTZ
Oh ! c'est une bien simple histoire, madame. Mon père, un brave paysan de la montagne , eut un jour le bonheur de sauver la vie à un savant d'Allemagne, le professeur Voge], en exploration dans les glaciers. J'étais tout enfant. Par reconnaissance, le bon docteur voulut se charger de moi. Il m'emmena à Leipsick et m'éleva avec ses fils.
LA PRINCESSE
Ah ! je comprends.
* nraatz, GailUum», la Friiice§se, Tamara. *
16 TAMABA
FRANTZ
Par malheur, il mourut... Je n'avais que dir-huit ans. Mon père n'était plus... G*est alors que, forcé de revenir au pays pour soutenir ma mère qui n'avait que moi, je me ûs guide.
C'était bien, cela !
FRANTZ, simplement. .
Oh! j'y ai peu de mérite. Cette vie de périls flattait mon humeur indépendante. Épris de science, je trouvais^ dans cette continuelle contemplation de la nature^ l'occasion d'étudier de près ce que je n'avais encore qu'entrevu dans les livres,.. Depuis de temps l'académie de Dresde m'a chargé de travaux importants... Et voilà pourquoi, grâce aussi à Tamitié de M. de Chandor, votre ancien guide, mademoiselle, est dans votre salon.
TAMARA, allant à hii et lai tendant la main.
Et j'en suis bien fière, monsieur. Il est beau de lutter ainsi contre le sort, et de le vaincre.
GU ILL AU M E, qui s'est leré.
C'est que les cœurs vrais savent trouver dans l'adversité de saines énergies pour combattre.
TAMARA, à GuîUaome.
Âvez-vous donc aussi connu des jours d'infortune ?
GUILLAUME
Hélas I non, mademoiselle, moi, j'étais né avec un riche patrimoine.
LA PRINCESSE
Oh! l'étrange regret.
GUILLAUME, accoadé à la cheminée *.
Ah ! ne vous y trompez, madame, bienfaisante est l'école du malheur. De cette épreuve que je n'ai pas subie je fusse sans doute ressorti mieux trempé ; car sous cette rude discipline de la misère on devient brave pour la lutte et patient pour la douleur. Le chemin est ardu à qui veut marcher droit sans faiblir. Mais lorsque parti de bas,
* Frantt, sur le divan ; Tamara, assise sur one chaise à ganohe de la princesse.