ACTE PREMIER
GUILLAUME, s'osseyant.
S'il en est ainsi, j'avoue mon émerveillement... Cette maisonencban tée... puis, cette bonne princesse au sourire de fée, et l'évocation soudaine d'une héroïne des contes de Galland, venant à moi la main tendue... Vraiment, tout cela ne ressemble-t-il pas à un songe?
Un songe d'une nuit d'été... Un premier chapitre pour votre prochain roman.
Ce serait un début charmant en effet, mais c'est à déses. pérer de pouvoir l'écrire.
Pourquoi?
GUILLAUME
Parce qu'il faudrait d'abord le portrait de l'héroïne, et que je n'oserais l'essayer.
TAMARA, d'an air inquiet.
Pourquoi encore?
GUILLAUME
Parce qu'il y a dans votre personne je ne sais quoi de bizarre... comme un mélange de grâces à la fois farouches et hautaines qui m'étonne... et que je ne saurais peindre.
J'ai vécu en Géorgie jusqu'à seize ans^ de cette existence .encore aujourd'hui à demi féodale, et là, au fond d'un vieux manoir, je me suis élevée toute seule, entre une gouvernante française et ma nourrice qui me berçait avec les légendes d'Orient; delà, je suppose, ces contrastes qui vous étonnent.
GUILLAUME
£t qui s'harmonisent si bien en vous.
TAMARA, TÎTcment, en riant.
Taisez- VOUS 1... Je ne voudrais point entendre, de votre bouche, le banal tribut de louanges.
GUILLAUME, riant.
Seriez-vous la première femme vraiment qui se plaignit d'être belle ?
Oh! je ne m'en plains pas !.. Je suis même parfois flattée de ce don gratuit qui me vient du hasard. Je n'ai qu'une crainte, c'est que Ton m'en croie vaine, et c'est pourquoi je vous parle ainsi... Cette confession faite, causons en artistes; quand il vous plaira de me regarder, dites un mot, et je poserai pour vous en silence.
GUILLAUME
Non, de grâce, parlez. Vous me dites là des choses que je n'ai jamais entendues, et qui vous vont si bien.
Oh ! prenez garde ! Je suis peutrétre très-laide en dedans.
GUILLAUME
Je suis brave et je me risque.
Mais c'est moi qui ai tout à perdre, avec vous!., qui voyagez si souvent dans le pays de l'idéal.
GUILLAUME
Êtes-vous bien sûre, mademoiselle, que je ne vous aie jamais rencontrée ?. .
Là!.. Yoid que tous m'efirayez tout d'abord.
GUILLAUME
Je jurerais que votre imagination est une aussi grande . voyageuse.
C'est vrai!.. J'aime à m'échapper dans ce beau royaume des songes, et je crois, comme vous, que nous nous y sommes déjà vus... Oui, je crois à ces communions d'âmes qui s'ignorent et se cherchent, à travers les espaces. J'ai si souvent ressenti des émotions qui me venaient de vous... j'ai si souvent, dans vos livres, retrouvé ma pensée et mon cœur... qu'en vous voyant, j'ai cru retrouver un ami... Mais, je m'étais fait une tout autre idée de votre personne.
GUILLAUME
Et serait-il indiscret de vous demander?...