SCÈNE PREMIÈRE LA PRINCESSE, MADEMOISELLE RENAUD
Au lever du rideau, on entend des roulements de tonnerre lointains,
la fin d'un orage.
LA PRINCESSE, assise dans un fauteuil près de la table.
Âh! mon Dieu! ah! mon Dieu! Renaud!... Toilà que ça recommence !
MADEMOISELLE RENAUD, élevant la voix.
L'orage a passé, madame ; le tonnerre gronde maintenant loin, loin, vers le bout du lac.
LA PRINCESSE, comprenant au geste.
Bien vrai, il est parti?
MADEMOISELLE RENAUD
On entend à peine Fécho de l'autre côté de Genève.
LA PRINCESSE, se débouchant les oreilles.
Alors, bon voyage I on ne peut rien entendre de plus assourdissant que ces tonnerres suisses.
MADEMOISELLE RENAUD
C'est la répercussion des montagnes.
On entend encore un ronlement affaibli.
LA PRINCESSE, se rebouchant les oreilles.
Ah! il revient, ma chère?... appelez, appelez les gens!
MADEMOISELLE RENAUD
Mais non, madame, mais non! vos gens n'y feraient rien.
LA PRINCESSE
Dites un peu voir alors quelques prières pour nous deux... Vous riez... (EUe écarte ses doigts.) Mais j'entends encore...
MADEMOISELLE RENAUD, près de la fenêtre.
C'est la pluie qui tombe à torrents.
LA PRINCESSE, se levant.
Parfait, le déluge, à présent... un déluge suisse!... Ah ! mon Dieu !... Et ma pauvre nièce que nous avons oubliée... toute seule dans son appartement!
MADEMOISELLE RENAUD »
Oh! mademoiselle Tamara est brave... (Riant.) Et puis d'ailleurs elle aura appelé les gens...
LA PRINCESSE
Méchante, vous vous moquez.
MADEMOISELLE RENAUD, protestant.
Oh! madame la princesse!
LA PRINCESSE
Bah!... Je vous revaudrai ça... j'ai bon bec... (Flairant dans l'air.) Est-ce que vous ne sentez pas des odeurs de soufre *?
Je ne sens que l'odeur des myrtes qui sont sous la fenêtre. , ■ . ,. „
LA PRINCESSE, g'asseyant sur le divan.
Ah! (UnsUence.) Eh bien, à présent que nous n'avons
• La Princesse, Mlle Renaud.