‹ Tamara: comédie en quatre actesChapitre 4 sur 74 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

plas peur, qu'est-ce que nous allons faire pour nous désennuyer?

MADEHOISELIE RENAUD.

Voulez- VOUS, madame, que je vous fasse une lecture?

LA PRINCESSE

Non, non; je suis trop éveillée. — Tiens, cet orage me rappelle que c'est justement à Genève que mon mari m'a fait sa première tempête de jalousie.

MADEMOISELLE RENAUD, s'asseyent.

Âh! le général était jaloux?

LA PRINCESSE

Ah! ma chère!... jaloux comme un amant! Moi, j'avais dix-huit ans, on venait de me marier, et c'était la première fois que je quittais Pétersbourg. Le général avait emmené avec nous le jeune major Constantin. — Âh I Renaud; un aide de camp qui savait dire je vous adore... avec une voix!...

MADEMOISELLE RENAUD, l'interrompant en riant.

Madame ! . . . madame ! . . .

Pardon!... J'oublie toujours que vous êtes demoiselle, et que je vous scandalise... Eh bien! vrai, Renaud, cette fois-là, le général avait tort. . . j'étais si jeune ! . . (Elle soupire.) Pauvre Constantin!... Vous riez, moqueuse?

MADEMOISELLE RENAUD

C'est que je me disais à part moi : Pauvre général !

LA PRINCESSE

Voyez-vous la fine langue... malgré sa pruderie! Vous mériteriez...

MADEMOISELLE RENAUD, avec malice.

Voulez-vous une cigarette, madame?

LA PRINCESSE

Oui, rompez les chiens!... Non,- je ne veux pas de cigarette , belle impertinente! (Se levant. Avec nn soupir.) Ah!

Renaud, si j'étais à votre place!... C'est moi qui ne serais pas demoiseUe à votre âge.

4 TAMAEA ^

MADEMOISELLE RENAUD *

Si VOUS étiez à ma place, madame, tous ne seriez pas princesse.

LA PRINCESSE

Bah! je le deviendrais peut-être... avec de la beauté. Témoin mon amie la comtesse Brownoff qui, avant son mariage, était danseuse à l'Opéra... Est-ce drôle qu'elle se soit jetée tout de suite dans la dévotion... à trente ans... là... sans réfléchir... et avec des jambes superbes!... Enfin! — Eh bien, elle tombe toujours cette pluie?... c'est monotone... un clapotement béte.

MADEMOISELLE RENAUD

Vous regrettez le tonnerre?

LA PRINCESSE, vivement.

Non, non!...

MADEMOISELLE RENAUD

Voulez-vous que j'envoie prier mademoiselle Tamara de vous faire compagnie?

LA PRINCESSE, reprenant son £anteuil près de la table.

"Non. Ne la dérangeons pas dans sa mélancolie, la pauvre enfant, cela l'occupe au moins.

MADEMOISELLE RENAUD

Ah! madame, en venez-vous à envier des chagrins?

LA PRINCESSE

Eh I... des chagrins d'amour!., n'en a pas qui veut, ma chère!. .. C'est tout ce qu'il y a de plus exquis en fait de malheur.

MADEMOISELLE RENAUD *'

Grand merci, madame.

LA PRINCESSE

D'abord, il faut avoir dix-neuf ans, comme Tamaf a, pour savourer ces délicieux désespoirs.

* MUe Renaad, la prineesse.

** La princesea, MUe Renaud.

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