‹ Tamara: comédie en quatre actesChapitre 31 sur 74 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

GUILLAUME, TAMARA, puis FRANTZ.

TAMARA, la soÎTant des yeux.

Gomme elle va!.. Le bonheur lui donne des ailes. (Regardant par le fond.) La voilà qui parle à Frantz. . . Elle s'enfuit, . . Il 'vient! (Redescendant.) Qu'ils sont heureux! et que la vie est belle pour ceux qui savent aimer ainsi !

FRANTZ, entrant.

Vous avez besoin de moi ?...

Oui absolument, pour ce dont il s'agit.

Jacqueline ne vous a-t-elle rien dit?

FRANTZ

Elle m'a dit en me montrant cette fenêtre : — Allez là-bas, et tenez-vous ferme.

GUILLAUME, riant.

Eh bien !.. te tiens-tu?

FRANTZ

Oui.

GUILLAUME

Bon... gare à toi! — Jacqueline t*aime... Veux-tu l'épouser?

FRANTZ, ehaneelant tont à oonp comme étonrdi et s'aflaissant

snr nn faateoil.

Ah! mon Dieu!., ah! mon Dieu!., que me dites-vous.

TAMARA, soimant.

Nous sollicitons votre main pour Jacqueline. •

FRANTZ

Ma main.

Maïs... qu'avez-vous donc?

FRANTZ, «Tee on sourire naiL

Rien, rien!.. Je comprends maintenant!.. Mais sur le moment... je m'attendais si peu à cette plaisanterie...

Suis-je béte !.. (Mettant la main snr son cœnr.) AllonS, C'CSt paSSé !

GUILLAUME

Une plaisanterie ! (Loi prenant la main.) Frantz, crois-tu donc que nous serions si cruels?. . Nous jouer de ton cœur ?

FRANTZ, les regardant éperdu.

Gomment?.. Mais voyons... c'est impossible!

GUILLAUME

Âmi, je te demande si tu veux devenir le mari de ma sœur.

FRANTZ, se leyant.

Quoi! c'est vrai?.. Moi... son mari?... Elle... ma femme?

A moins que vous ne la refusiez.

FRANTZ, s'aifaissant de noayeau.

Ah!

. GUILLAUME, lui tapant dans les mains.

Eh bien 1 eh bien !.. Vas-tu déjà la laisser veuve?

FRANTZ, se relevant avec énergie.

Ah ! jamais ! je vous le jure !

TAMARA, riant.

Elle le disait bien qu'il est brave.

FRANTZ

Elle Ta dit!... et moi qui n'osais vous croire... Mais je n'ai rien fait pour mériter une telle félicité! Tamara... Guillaume... mais qui donc êtes-vous? vous qui me donnez en ouvrant la main un trésor que je n'aurais jamais osé demander à Dieu dans mes rêves!.. Qui donc étes-vous?

GUILLAUME

Parbleu, je suis ton frère!., ne me cherche pas un nom dans le ciel.

FRANTZ

Et moi, j'allais partir. .. en cachant cet amour résigné ! . . .

Et vous ne parliez pas, ingrat.

ACTB DBtrXIÈME 61

FRÀNTZ.

Moi?., mais je ne suis qu'un paysan dégrossi... Jamais la pensée d'un espoir ne me serait venue. Je Taimais, voilà

tout. (A.vee une véhdmeDee indignée.) Mais qui doUC UO Fadorerait

pas?.. Où donc est-il le sauvage, assez... sauvage pour ne pas... Mais son âme d'ange éclaire ses y eux, son sourire franc va droit au cœur, et Témeut, et l'élève, et le ravit... Mais je lui dirais, à ce sauvage... Non, je ne lui dirais rien! Et, elle, mademoiselle Jacqueline... j'ai bien entendu... elle consent et... elle...

Elle vous aime.

FRANTZ, avec un cri de joie.

Âh!

n saisit Tamara par la tète et l'embrasse arec transport. TAMARA, sarprise, et riant confuse.

FrantzI.. Frantz!... Que faites-vous?

FRANTZ, sans l'éconter.

11 faut que je la voie.

n sort en éourant.

SGËNE IX

GUILLAUME, TAMARA pois JACQUELINE.

TAMARA, rajustant ses cheyeux et^ riant aux éclats.

C'est moi qui paie les frais de la guerre.

GUILLAUME

Bah 1 ces baisers-là n'étaient point à votre adresse.

Et... si Jacqueline le savait?

JACQUELINE, entr'ouvrant la porte de gauche et passant la tète. (Avec mystère.) Je le Sais.

GUILLAUME, éclatant de rire.

Tu étais là?

JACQUELINE, étouffant sa Toix.

n est bien parti?..

Elle désigne le fond du geste.

Oui, entrez tout entière.

GUILLAUME, l'attirant par la main.

Tu écoutais là?...

JACQUELINE, se récriant*.

Oh! fi doncl.. impossible d'entendre un petit mot!... C'est fait?..

TAMABA.

C'est fait !

JACQUELINE

A-t-il bien souffert?

GUILLAUME

Hypocrite !

JACQUELINE, lui prenant la main.

Tiens, tâte mon cœur... j'étais bien émue, va. — Ah ! il ne faudrait pas se choisir un mari tous les jours!

Frantz m'a volé deux baisers. . . 11 faut qu'on me les rende.

JACQUELINE

Eh bien, on vous les paiera, avare. — Mais je m'en vais, je ne puis plus tenir en place !

GUILLAUME, regardant dans le parc et étouffant sa voix.

Frantz te cherche!..,

JACQUELINE, de même, à Tamara.

11 me cherche?..

TAMARA, de mâme.

Oui.

JACQUELINE, de même.

Je vais me cacher... 11 sera bien malin s'il me trouve.

EU» sort par la porte de gauche.

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