SCÈNE IV
TAMARA, GUILLAUME.
GUILLAUME
Quels fous, et quels gentils amoureux !
TAMARA, avec un soupir.
Oui.
Mon Dieu, chère, quel gros soupir!. .*Ës-tu souffrante?
TAMARA, souriant.
Non.
GUILLAUME
Mais pourtant ton sourire est contraint. . . Depuis ce matin je te vois toute préoccupée. . . Qu'as-tu?
Rien, rassure-toi. . . Un peu de fatigue.
GUILLAUME, la faisant asseoir près de loi sur le divan.
Bon ! le hai de demain guérira cela.
a<:te troisième 79
TAUAHA..
Non, je n'irai pas.
GUILLAUME, souriant.
Oh ! c'est sérieux, alors.
Oui, c'est sérieux. Je veux renoncer à ce bruit, à ces fêtes où je t'entraîne.
GUILLAUME
Enfant, ma seule joie n'est-elle pas de te voir heureuse.
Mais il ne faut pas que ce bonheur te coûte des travaux qui te sont chers.
GUILLAUME
Égoïste, tu veux prendre pour toi le sacrifice.
Oh! ce n*en est pas un, je te le jure ! . . .
GUILLAUME
Eh bien ! je te céderai. Tu n'iras pas à ce bal.
TAMARA, virement.
Non plus qu'aux autres... je t'en prie.
GUILLAUME, souriant.
Mais c'est un renoncement au monde.
Un caprice peut-être ... Je suis lasse de cette existence vide et fiévreuse qui nous prend l'un à l'autre. . . Que le dirais-je enfin? J'ai besoin de me reposer dans ton affection.
GUILLAUME
Ne sais- tu paé que tes caprices mêmes me sont chers.
Tu es bon.
GUILLAUME
Ainsi c'était là toute ta préoccupation ... Tu ne me cachais pas quelque souffrance?
Mais de quoi souffrirais-je?
&0 TAMABA
GUILLAUME
Écoute, amie, il est de ces instants, dans l'existence de deux époux, où ils doivent causer cœur à cœur et sans restriction de pensée, car le plus léger doute qui se glisse entre eux peut détruire à jamais leur repos.
Douter ! . . . nous?., mon Dieu, Guillaume, que dis-tu ?
GUILLAUME
Âh! tout le bonheur que puisse nous donner Dieu, tu me l'as donné dans ces deux années d'amour qui ont rayonné sur ma vie. Tu m'as aimé?
TAMARA, arec élan.
Je t'ai aimé! . . . Grois-tu donc que je ne t'aimes plus?
GUILLAUME
Si!. . . Je crois en la pureté de ton âme comme je crois en ta jeunesse. Mais depuis quelque temps tu semblés tourmentée de vagues tristesses, comme si notre bonheur ne te su£Gisait plus.
Que dis-tu ?
GUILLAUME
Laisse-moi dire, enfant. Souvent l'esprit voyage agité de désirs sans but. .. Voyons, que te manque-t-ii. . . ou que désires-tu?
Mais rien je t'assure.
GUILLAUME
Tu es heureuse, bien vrai?
Bien vrai !
GUILLAUME
Eh bien! promets-moi que si jamais, ne fût-ce qu'en pensée, tu avais quelque peine, dût en souffrir l'époux, tu te confierais au frère, à l'ami.
Je te le promets.
GUILLAUME
Merci.