‹ Tamara: comédie en quatre actesChapitre 51 sur 74 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

MICHEL

Alors, j'ai voulu me tuer par mes vices... pour vous faire croire à l'oubli, parce qu'un suicide brutal, en trahissant mon désespoir, eût tourmenté votre repos et vous eût laissé peut-être un remord.

MICHEL

J'ai voulu mourir ainsi souillé, avili, pour ne vous laisser de moi qu'un souvenir honteux, parce que, du fond de ma misère, je vous adore toujours...

Vous osez!...

MICHEL

Bah ! une infamie de plus !.. Oui, je vous adore, et c'est de cette passion ardente, infinie^ que je meurs. A toute heure, en tout lieu et jusque dans mes ivresses, le désespoir me torture, la jalousie me dévore.

Malheureux.

MICHEL, d'une t<»x frémissante.

Je vous adore I Le jour, partout je suis vos pas, caché comme un voleur. Ce matin, quand vous marchiez à son bras, j'étais derrière vous, remplissant mon cœur et mes yeux de votre vue. La nuit, je suis là, sous vos fenêtres, et j'épie votre ombre.

Insensé, pourquoi êtes- vous revenu ?

MICHEL

Pourquoi ?. • Elle me demande pourquoi I . . Pourquoi mon âme est captive et pourquoi je me tue !

Michel I vous m'épouvantez !

Et vous m'avez cru consolé de ce désespoir sans fin 1 Mais, depuis trois mois, dans ces rares instants de triste bonheur où je pouvais m'approcher de vous, vous parler, entendre votre voix, vous ne voyiez donc pas mon front

pâle et mes yeux noyés de larmes, et le frémissement de tout mon être ?

Mon Dieu!

MICHEL

Eh bien! moi, j'ai tout vu, j'ai tout compris, vos émois, Yos chagrins, vos souffrances.

Que dites- vous ?

MICHEL

Je dis^ pauvre femme, que vous avez en vain violenté votre âme... que votre bonheur n'est qu'un mensonge, que vous m'avez toujours aimé... que vous m'aimez encore.

TAMARA, avec un mouvement de honte.

Ahl

MICHEL

Je dis que nous portons chacun un double fardeau de peines... car vous souffrez pour moi et je souffre pour vous. Et vous voulez que je vive ?. . Eterniser ce supplice ?. .

TAMARA, dans le pltts grand trouble.

MICHEL

Vous voulez me sauver, dites-vous?. . . Eh bien ! oui, vous le pouvez encore. Votre amour peut me racheter et me rendre la foi perdue, et me ramener au bien. J'ai tant souffert !... Tamara, rappelez-vous ces jours de notre enfance, et nos joies, et ces heures bénies où nos cœurs se sont ouverts à l'amoar, et nos rêves, et nos espérances.

TAMARA, éperdue.

Michel, n'évoquez pas ces souvenirs.

MICHEL

Nos mères nous ont liés, notre séparation est impie... Par vous, je redeviendrai pur et bon. Par vous, je vivrai heureux et fier.

TAMARA, chancelante.

Par pitié, Michel, taisez-vous, taisez-vous!

MICHEL

Je vous adore et vous m'aimez.

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