SCÈNE II
TAMARA, GUILLAUME.
GUILLAUME regarde un instant Tamara en silence, à part,
et d'un ton décidé.
Nous ne pouvons plus vivre ainsi ! (ii «'approche, haut.) A quoi penses-tu ?
TAMARA, tressaillant.
Moi?
GUILLAUME
Voyons, tu sais que je t'aime. . . Tu sais que je rougirais de soupçonner ta loyauté. Eh bien, réponds-moi sans détours, sans pitié... Tu Taimes toujours, ix'est-ce pas ?.. .
TAMARA, avec effroi.
Ah ! tais-toi : tais-toi !
GUILLAUME, avec désespoir.
Mais ne comprends-tu pas que je meurs ?.. Ce n'est plus
ton époux qui te prie. . . c'eat ton frère. Je te pardonnerai' tout.
TAMARA y avec une explosion de douleur.
Mais laisse-moi donc oublier cette heure de faiblesse et de délire où ma raison m'a trahie. . . cette heure que je maudis. . . GuiUatime, je veux vivre, ne me ferme pas ton cœur ! ne te Tai-je pas juré I je t'aime !
GUILLAUME
liais tu Pas sauvé 1
Et toi? aurais- tu donc osé le laisser mourir?
GUILLAUME
Tamara I
Tu vois bien que tu n'oses me répondre.
GUILLAUME, accablé.
C'est affireux ! Et nous sommes perdus .
Non. Si tu veux croire . Écoute, tu veux la confession de mon âme... Eh bien, oui^ j'ai été folle... j'ai été lâche. . . Pendant trois mois dans ce tourbillon du monde qui m'isolait de toi, j'ai vécu en aveugle, te cachant mes pensées inquiètes, mes troubles, mon effroi. Partout, sur mes pas, je le voyais pâle et muet, fixant sur moi son regard fiévreux où se révélait le désespoir. La pitié s'empara de mon cœur. Ah ! j'étais folle, te dis-je ! . . . Et j'allais, imprudente, et bravant le vertige, jusqu'au jour, où... j'eus peur... Eh bien oui, j'^us peur... devant ce spectre du passé qui me poursuivait jusque dans mes rêves... Alors, j'ai voulu le fuir, tu l'as vu. . . puis. . .
Elle hésite.
GUILLAUME
Puis?...
TAMARA, tremblante.
Ce jour-là^ je le vis à mes pieds, inconsolable, bVisé, m'accusant de son désespoir et réveillant des souvenirs qui m'épouvantaient. . . et m'éblouissaient.