‹ TangerChapitre 23 sur 27 · MAROC · texte numérisé non relu

MAROC

Pour percevoir les causes de la bizarrerie et de l'intérêt de Tanger, il est utile de rappeler ce qu'est le MAROC, quelle est la forme de son gouvernement, et quel homme est le Sultan. Je ne pouvais faire mieux que de reproduii'e ici des extraits des articles et des livres les plus intéressants parmi les plus récents qui ont paru sur ces sujets.

Kxhait (le « Le Maroc inconnu », \n\v Aii^u^te MoiLiEDAS. Lil)raino coloniale ot nlViraliio, .losoph André, rue Honnparle, 27, Paris. (MlilcMir, ISVS.

Les Marocains désignent leur pays, dans son ensem- Le vcritab hle, par le terme commun El R^arh (FOccident); ils se "O"^ du Mî donnent à eux-mêmes le nom de Mr'arba (occidentaux) ; dont le singulier est MrWirhi (occidental). — Les dénominations de Maroc et de Marocains leur sont totalement inconnues. — Maroc, est un mot atrocement défiguré, dans lequel on a peine à reconnaître la prononciation arabe de Merrakèche, ville principale de la province de ce nom.

En arabe littéral on appelle le Maroc, El Mrrih-EI- Ak^ça (l'Occident extrême). Les indigènes lettrés seul? se servent quelquefois en parlant, de cette expression; mais ite prononcent^ toujours El Mar^rih ou El Mag^rih (avec un i), pour ne pas confondre ce terme avec son homogramme El Mar^reb ou ?J1 Maf/reh (moment du coucher du soleil).

Extrait do la « Notice s^r le Maroc »>.

par H.-M.-P. dk la Mahtimkre. H. Lainiraul! ot ('/*, ôditours. Paris 1897.

i^ur^nmT ^^ Maroc ou Pays de l' Extrême-Occident, comme iqu . imi J'indique son appellation arabe, El Morjhreh el-Acaa^ est aussi nommé empire chérifien en raison de la qualité de chérif ou descendant du prophète Mohammed, dont se parent les souverains de la dynastie actuelle. Il est situé dans l'angle que forme le continent africain en face de la péninsule Ibérique, et que déterminent la Méditerranée, le détroit de Gibraltar, puis l'Océan Atlantique.

Le Maroc actuel est formé de la réunion des royaumes de Fez, de Maroc, du Sous et du Tafilalet ; on peut approximativement le comprendre comme hauteur entre le 35° 54' 04" lat. N. extrême (lat. de la citadelle de Ceuta) et environ 27° 40, lat. approchée extrême S. (lat. de la Saguïat el-Hamra), et comme largeur entre l'embouchure de l'ouâd Adjeroud, qui est par 35° 05' lat. N. et 4° 35' long. O. de Paris, et cette même embouchure de la Saguïat el-Hamra.

Les limites naturelles du Maroc sont : au N., la Méditerranée, le détroit de Gibraltar ; à l'O., l'Océan Atlantique ; au S., les régions sahariennes ; enfin, à l'E., elles étaient jadis et dès l'antiquité, aux temps de la Mauritanie Tingitane, constituées par le fleuve Molouïa, la Mulucha des anciens.

Par l'art. III du traité de Lalla-Marnia, en date du 18 mars 1845, ces limites ont été reportées plus à l'E. La frontière a été constituée par le petit ruisseau dit ouâd Adjeroud, à l'endroit où il se jette dans la mer ; elle remonte ce cours d'eau jusqu'au point oii il prend le nom de Kiss, passe par un tracé tout à fait conventionnel entre Lalla-Marnia et Oudjda et s'arrête au col dit Teniet es-Sâsi, situé à peine à 120 kil, au S. de la côte. Au S., dans les régions que le traité a qualifiées de désertiques, il n'y a pas de limite territo-

riale, et Ton s'est borné à énumérer un certain nombre de tribus comme marocaines et d'autres comme algériennes.

Le climat du Maroc est très sain ; les maladies épidémiques y çont rares.

Climal

On parle au Maroc un arabe qui est à peu do chose près l'arabe vulgaire d'Algérie.

dynast i e Chérits filî hasani.

Maulay-Chérif, fils d'Ali-el-Hasani,- maître du Ta- Dynasti filalet, 1633 ; Mohammed, son fils, 1637 ; le même à ^j'^^^^l^.^'^ Fez, 1649; Maulay-er-Rechid, frère du précédent, 1664; Abou - Naser - Ismaïl, plus connu sous le nom de Maulay-Ismaïl, son frère, 1672 ; Ahmed-ed-Dehebi, son fils, 1727 ; Abd-el-Malek, son frère, 1728 ; Abdallah, frère des précédents, 1729 ; Ali, son frère, 1735 ; Abdallah revient, 1736 ; Mohammed-ben-Ariba, leur frère, 1736 ; El-Mostadi, leur frère, 1738 ; Abdallah, pour la troisième fois, 1740 ; Mohammea, son fils, 1748; Maiilay-Yesid, son fils, 1789 ; Maulay-Seliman, son frère, 1792 ; Maulay-Abderraman, son neveu, 1822 ; Sidi-Mohammed, son fils, 1859 ; Maulay-el-Hasan, son fils 1873 ; Maulay-Abd-el-Aziz, son fils 1894.

Langag(

Au Maroc, les chérifs font précéder leur nom du (itre « niaulay » (mon maître) ; ils sont fort nombreux, constituent en somme la noblesse religieuse.

Chérifs au Maroi

Kxiniil do « Au Maroc ». par Piorre I.otf.

(lalinann I.ôvv. ('flileui'. Paris.

Il est bien un peu sombre, cet empire du Moghreb, et l'on y coupe bien de temps en temps quelques têtes, je suis forcé de le reconnaître : cependant je n'y ai

rencontré, pour ma part, que des gens hospitaliers, — peut-être un peu impénétrables, mais souriants et courtois — même dans le peuple, dans les foules. Et chaque fois que j'ai tâché de dire à mon tour des choses gracieuses, on m'a remercié par ce joli geste arabe, qui consiste à mettre une main sur le cœur et à s^ncliner. avec un sourire découvrant des dents très blanches.

Quant à S. M. le Sultan, je lui sais gré d'être beau ; de ne vouloir ni parlement, ni presse, ni chemins de fer, ni routes ; de monter des chevaux superbes ; de m'avoir donné un long fusil garni d'argent et un grand sabre damasquiné d'or. J'admire son haut et tranquille dédain des agitations contemporaines ; comme lui, je pense que la foi des anciens jours, qui fait encore des martyrs et des prophètes, est bonne à garder et douce aux hommes à l'heure de la mort. A quoi bon se donner tant de peine pour tout changer, pour comprendre et embrasser tant de choses nouvelles, puisqu'il faut mourir, puisque forcément un jour il faut râler quelque part, au soleil ou à l'ombre, à une heure que Dieu seul connaît ? Plutôt, gardons la tra^ dition de nos pères qui semble un peu nous prolonger nous-mêmes en nous liant plus intimement aux hommes passés et aux hommes à venir. Dans un vague songe d'éternité, vivons insouciants des lendemains terrestres, et laissons les vieux murs se fendre au soleil des étés, les herbes pousser sur nos toits, les bêtes pourrir à la place où elles sont tombées. Laissons tout, et jouissons seulement au passage des choses qui ne trompent pas, des belles créatures, des beaux chevaux, des beaux jardins et des parfums de fleurs.

Extrait dea Rapporla Consulaires of/U'iels el annuels adressés au Foreimj Office de Londres par ses A(jenls Consulaires, Traduction .

ANNIAL SKRIES N" '2^'l\\

MOHOCCO. Trade of Dar-al-Baid and Dislril (Casablanca et environs) for Ihe Vears 1HU7 and ISDS

Poreign OfBce ^ort 1899 Pa^es -, (Sr 6

J'ai pas mal voyagé en Afrique, notamment dans nos Colonies sud-africaines, et je n'ai jamais trouvé un pays aussi fertile, d'une façon générale, que le Maroc, ni un climat convenant mieux aux Européens.

Le bétail, les chevaux, les moutons, les chèvres et la volaille y prospèrent merveilleusement, sans soins particuliers, sans même qu'on y fasse attention.

Dans les districts agricoles, le sol à peine gratté par les charrues indigènes, donne d'excellentes récoltes de toutes espèces de graines et légumes à cosse.

Dans d'autres districts, la vigne est florissante, bien qu'on la cultive de la façon la plus primitive.

De nombreuses espèces d'arbres poussent partout où on les plante et où on les soigne, et là où les indigènes ne les détruisent pas pour en faire du combustible ; mais il n'y a rien que de décourageant à recueillir pour ceux qui voudraient tirer partie de ces ressources.

Il y a du cuivre très riche, du plomb, de l'antimoine et du pétrole,^mais l'exploitation en est impossible aux Européens comme aux indigènes.

Il n'y a pas de routes tracées, pas de chemins de fer, pas de télégraphe, pas de canaux, pas de ports.

Un jour le Maroc sera un champ vierge pour l'ingénieur qui n'aura pas à réparer les erreurs de prédécesseurs.

Il existe un certain trafic, mais on doit le considérer comme presque insignifiant si on le compare à ce que donnerait le pays sous un gouvernement animé de l'esprit de progrès.

Il est étonnant que les peaux de chèvres soient envoyées aux Etats-Unis pour y être tannées et ensuite retournées en Europe. Les tanneurs anglais choisissent les peaux qui leur conviennent et négligent le reste, mais il semble qu'il y aurait place pour une autre branche de leur industrie, car si les Etats-Unis trouvent un bénéfice à utiliser cet article, il s'ensuit que l'Angleterre en aurait un aussi, d'autant plus qu'elle aurait sur les Etats-Unis l'avantage d'épargner le double fret de la traversée.

Kxlrait de « Le Maroc »^ par A. Niessel, capitaine d'infanterie breveté. Librairie militaire^ R. Chapelet et C'% éditeurs.

Paris, 19()L

Aperçu La superficie du Maroc est considérable. Sans ie

rraphique. déscrt, elle est approximativement de 439.200 kilomètres carrés. Cette contrée présente, dans sa constitution physique, une différence capitale avec l'Algérie; c'est l'existence de très hautes montagnes, aux massifs très étendus d'où coulent des fleuves beaucoup plus importants que ceux de notre colonie africaine. Or, en Afrique l'eau, c'est la fertilité et la vie. Le Maroc, au point de vue des productions du sol, est beaucoup plus favorisé par la nature que l'Algérie.

pulations On ne connaît que très approximativement la popu-

1 Maroc. lation du Maroc. Elle est estimée à 8.000.000 d'habitants environ. Deux races principales s'y trouvent en présence : les Berbères et les Arabes.

incipcdu Le gouvernement marocain est une monarchie abso-

/crnement. j^^^ ^y- remonte à l'an 790.

u Marchan — Au quarlier du Chemin des Vignes 3. FaJaise près de l'HôpUal ÎTan^aXa.

Le souverain actuel, Mouley Abd el Aziz, a succédé à son prédécesseur Mouley Hassan, le 6 juin 1894.

Le Maroc se compose donc seulement de tribus juxtaposées sur lesquelles un souverain, riche et puissant par rapport à chaque tribu prise séparément, exerce une autorité souvent plus nominale que réelle. La situation au point de vue politique est un peu celle d'un souverain européen au Moyen âge. Il n'est maître que de ce qui se trouve sous sa main.

Le gouvernement est très simple. Il n'y a pas d'ad Konctio niinistration au sens européen du mot. Le Sultan du got décide tout par lui-même, et est entouré de conseillers °**°^* qu'il choisit arbitrairement, et dont les fonctions sont mal définies. Plusieurs de ses parents lui servent de khalifa (lieutenant) et sont employés par lui selon les besoins. Le grand Vizir est, en sonmie, une sorte de premier secrétaire de cabinet, (ïui a surtout à surveiller les khodja du Sultan. D'autres fonctionnaires gardent les fonds, annoncent les personnes qui ont à faire des réclamations, etc. L'un d'eux, que les Européens appellent ministre de la guerre, n'a qu'à payer la solde des troupes. Un autre, qui réside à Tanger, est en rapport avec les ministres étrangers et sert d'intermédiaire entre eux et le Sultan ; nous le nommons à tort Ministre des affaires étrangères, car il n'a aucune administration à diriger et n'agit que d'après les ordres directs de son maître.

Le Sultan perçoit sur les tribus soumises les impôts Rcssourc de la Zekkat et de l'Achour. Il y joint les amendes cièresdi infligées aux tribus qui se sont révoltées, aux amels qui ont donné lieu à des plaintes ou qu'il croit trop riches. La responsabilité collective des tribus est largement appliquée ; c'est le seul moyen de maintenir l'ordre au milieu de l'anarchie politique du Maroc, et de faire rentrer les fonds.

Le Sultan perçoit aussi une partie des droits d^ douane (10 % à l'entrée pour toutes les marchandises^ et des droits de sortie sur certaines denrées). Mais une partie de ces droits est retenue par l'Espagne comme indemnité de guerre ; des agents espagnols y veillent dans chaque port. Ces droits sont annuellement de 8 à 12 millions de francs.

Enfin la fortune personnelle du Sultan est considérable. Il possède un grand nombre d'esclaves, de chevaux, de bestiaux. Il a dit-on, dans ses palais de Meknez et de Mrakesch de grandes sommes d'argent, et chaque année il y ajoute.

On estime, très approximativement bien entendu, que son budget annuel est de 7.000.000 environ (1).

iique intéire du Sul-

ique étran- ; du Maroc.

Le Sultan est obligé de recourir sans cesse à la force pour faire respecter son autorité toujours précaire en dehors des environs de ses capitales. Il est obligé de ménager certaines personnalités religieuses dont l'influence est grande, par exemple, le Chérif d'Ouazzan. Il cherche surtout à empêcher les coalitions de tribus ou d'influences, et toute sa politique intérieure peut se résumer dans l'expression : diviser pour régner.

ii ^- .• -r. •

En somme, le Sultan ne demande qu'à vivre en paix avec toutes les puissances. Il a toujours su jusqu'à présent utiliser la rivalité des gouvernements européens pour n'accorder à aucune des concessions sérieuses. Dès que l'un lui donne des inquiétudes, il s'appuie sur les autres qui se hâtent d'intervenir ou du moins d'avoir l'air de vouloir intervenir.

tions entre la nce et le Ma-

Les 8 millions d'habitants du Maroc en feraient pour nos produits, si nous en devenions maîtres, un marché important, plus important que l'Algérie ellemême. Sa richesse ne ferait que s'accroître quand des

là

(1) Almanach de Gotha.

débouchés suffisants lui seraient ouverts, et en ferait un bon placement pour nos capitaux.

Kx trait de « Le Maroc •>, élude ,coiiimerrialc et agricole, par Gustave Wol- KROM, ex-déléii:ué du Ministère du Commerce an Maroc. Librairie afri<'aine el coloniale, A. Taivre, éditeur, Paris,

Le Maroc est appelé certainement à un grand ave- Etat c

nir agricole, mais pour le moment avec l'administra- l'agricul tien inique des Caïds et les mesures prohibitives édictées par le Sultan contre Texportation des céréales, l'agriculture est presque nulle.

Le paysan plante juste pour ses besoins et pour le payement des impôts. Planter plus, c'est récolter plus, c'est s'enrichir, or le riche mène une vie malheureuse, il excite là jalousie des gouverneurs, qui le dépouillent et après l'avoir accusé d'un méfait quelconque, le font enfermer à la Kasbah oii il peut facilement mourir de faim.

Les moyens de travailler sont très primitifs, les charrues sont celles dont on se servait il y a des siècles.

Autrefois le Maroc fut un des greniers de Home.

Il existe des gisements de houille autour de Tanger. ^^^nç.

Les richesses minérales ne manquent pas, au Maroc, Je cuivre, le fer, l'argent, l'or, le plomb, l'antimoine, l'étain, le soufre, le nickel existent certainement dans ce pays ; pour le moment, l'extraction du minerai est nulle, on crèverait les yeux à celui qui se livrerait à ce travail. Une chose certaine, c'est l'existence de riches gisements de houille et de sources de pétrole.

Au Maroc, le point important pour tout commerçant, c'est de poser des jalons et se rendre bien compte de ce que sont les objets de première nécessité chez les Marocains, d'étudier leurs goûts, leurs habitudes, et de vendre même à petit bénéfice, quand ce ne serait que pour se conserver le marché.

Le jour où le Maroc appartiendra à une puissance européenne ou changera de constitution, c'est-à-dire le jour où les Européens pourront s'établir au Maroc, comme on le fait partout ailleurs, en achetant des terrains (ce qui pour le moment ne peut s'accorder que sur permission du Sultan qui refuse presque toujours) ; ce jour-là les Européens émigreront au Maroc comme ils ont émigré en Algérie, l'agriculture se développera forcément par suite de l'accroissement de population, le nombre des colons augmentera ; les mines s'ouvriront, l'industrie prendra naisssmce, le commerce deviendra 10, 20 et 30 fois plus important qu'il ne l'est aujourd'hui.

b^xlrail (lu Rapport de^ M. Edmond DouTTE, (lui a accompli rc^comment au Manx". une mission d'études sous les auspices du Gouvernemeni général de r Algérie, du Minis're de l Inslruclion publique, du Comité de VAfrique fran- ^ raise et de la Société de Géographie. — /{apport puh1i(^ dans le numéro de (léc(Mnbro llJOl du bull(»tin du Comité de l'Afrique française.

Chacune des villes de la côte, qui ont paru à certains voyageurs si semblables entre elles et qui isont cependant si profondément différentes, nous a semblé ainsi avoir sa caractéristique spéciale.

Larache, ville de trafic abhorrée des musulmans purs, sans population citadine, est le port de Fez ; Rabat, clé de Tempire, commandant le chemin qui relie les deux capitales, ville très musulmane, avec une population de citadins lettrés est le débouché de Méquinez et d%ne région extrêmement fertile ; Casahïajica, ville bédouine, exclusivement commerçante, dessert le pays des Chaouia, un des plus féconds du Maroc, mais ne commande aucune grande rout.e vers l'intérieur ; Mazar/an, ville bédouine, porte de Houz, à l'entrée d'une voie d'invasion menant à Merrâkech, est de plus le débouché d'une riche région ; Saffl, vieille ville contenant quelques lettrés, plus musulmane que ses voisines, actuellement dominée par les Anglais, est le chemin le plus court de Merrâkech à la côte, mais avec un très mauvais port, et une route offrant moins de ressources que celle de Mazagan ; Mof/ador enfin, ^ille nouvelle, sans vieilles traditions, avec une population juive énorme, chemin de Merrâkech plus long Q^e les autres, est un merveilleux sanatorium à cause "G son climat, mais n'est, au point de vue économique, ^^e le débouché provisoire du Soûs, du Drâ, et mémo ^^ TAdrar, jusqu'au jour où les ports du Soûs seront ouverts à l'Europe.

On Fa dit maintes fois, et il faut le répéter en ce Esclavat ^^i concerne le Maroc, l'esclavage chez les musulmans ®^ti doux ; l'esclave est traité sur le même pied que les '^^mbres de la famille et son sort est infiniment supé- '"^^ur à celui de nos domestiques européens, bien que ^^Vix-ci soient de libres citoyens. Toute croisade anti- ^^Cîlavagiste vis-à-vis du Maroc serait donc, pour le ^Ornent, déplacée, maladroite et même injuste, car elle ^^Tait des déclassés de ceux qu'elle prétendrait libérer ^ Une situation oii ils se plaisent. Ceci posé, il n'est ^^* inutile de noter la façon abusive, au point de vue ^'U droit musulman, dont se recrutent parfois les esclaves marocains. Indépendamment des noirs apportés PB<r caravane du Soudan, nous avons vu, en effet.

vendre sur le marché d'esclaves de Marrakech des fonmies des tribus marocaines, principalement des tribus montagnardes. Ce sont des jeunes filles qui sont ou volées ou capturées dans les razzias opérées par les colonnes marocaines et qui, bien que musulmanes, sont prises conmie esclaves. Ces (( berguiât » (brunes) sont inêm(^ plus recherchées que les autres : leur condition d'ailleurs, n'est même pas pire que celle qu'elles auraient eu(» dans leurs montagnes, si Ton met de côté cet amour do la vie en plein air qui fait que les musulmanes des campagnes s'habituent avec tant de difficulté à la vie des villes.

Kxhail de ««Le Maroc Moderne", pa^^ - Jules Khckma.nn, capitaine d'arlilleru'- nnrien ciiel' de la mission militaire a»^ ..i Maroc, (lliallaniel, t»dilenr, Paris.

âge dans lin- Lc Maroc est un pays privilégié de la nature, l'ea ^mj leur du pays, y est plus aboudautc qu'cn Algérie et la région sahem^rienne conunence à une latitude plus basse.

Mais afin d'éloigner les voyageurs, le gouvernemerzimt ne fait rien pour les communications, en sorte qu'a.- "u Maroc il n'y a aucune routQ proprement dite ; on n ^^y trouve que des sentiers arabes quelquefois très acc^ identés.

On voyage à cheval ou à mule ; on doit emporter «iJe nombreuses provisions pour soi, des tentes, se faire ^ficorter par un niokhazni (cavalier) qu'on paie cin.</ francs par jour et se munir d'une lettre de recomma*i2dation pour les gouverneurs des endroits qu'on àoit N^isiter.

Tout va bien quand on connaît l'arabe ; mais si on 1^ ignore cette langue on est soumis à une foule de désa- ||a gréments. Le voyageur qui prend à Tanger un interprète de profession est condamné. à être constamment l<o

trompé : il achète cher, vend bon marché et rapporte sur toutes choses des renseignements inexacts.

-Pour comble de malheur, ces interprètes se connaissent tous et s'entendent comme larrons en foire, ils racontent à tout le monde le^ mêmes boniments et les renies mensonges, en sorte que les mêmes erreurs se Perpétuent indéfiniment.

-^U Maroc, presque tout s'explique par le Corariy qui ^®^ la loi suprême des musulmans.

phez eux le Coran passe pour avoir été dicté par ^^^u lui-même ; ses versets sont des axiomes dont il ^^^ interdit de s'écarter.

Au Maroc, les chéri f s font précéder leur nom du "^^t : Maulay (mon maître). En Orient on leur refuse ^^ titre.

On appelle tribus du Maghzen, celles qui, en échange ^U' privilège de ne pas payer d'impôts, fournissent au ^aghzen un certain nombre de combattants, généralement cavaliers.

Ces tribus ont : soit des biens inelk, soit des terres ^U Sultan, soit les deux à la fois. Elles forment une ^^ïte de colonie militaire : leurs chefs portent le nom ^^s grades usités dans l'armée.

Les Arabes sont habitués à la privation de nourriture et supportent la faim avec beaucoup de philosophie : quand ils ont de quoi manger, ils engraissent à Vue d'œil.

Ce qui va suivre s'applique surtout à Fez et à Maroc: La Kashah renferme le palais du gouvernement (dar Maghzen), un magasin à poudre, une sorte d'arsenal. Une prison d'Etat, des masures délabrées dans lesquelles habitent les familiers du palais et le guich de la ville, <'t enfi.n quelques misérables boutiques tenues par les «oldats.

100 * TANCiKR

La Kasbah est commandée par un Pacha qui a so ses ordres tout(\s les troupes du Maghzen, à Faide de^== (luelles il peut observer les environs.

En l'absence du Sultan, ce Pacha est chargé spécir^ leniont, de la surveillance du palais, des domaines, cie=*^ esclaves ; il est aidé dans sa tâche par des ouffutna (acm^ rninistrateurs).

Ciraetièrci. Lf's cimetières sont situés aux environs des portes d(=

villes.

Les corps enveloppés d^un drap, sont déposés dar= un fossé et entourés ensuite d'un cadre en pierres sèches

Ces cimetières, qui ne sont pas enclos de murs, ^hi ressemblent en aucune façon à nos champs de repo -^ on y circule comme dans des lieux ordinaires. Aucu^^ pierre tumulaire, aucune inscription ne vient rapi 1er aux passants que quelqu'un s'est intéressé a" morts : de loin, ils ont l'air d'un entrepôt de matéria'W-aj (le démolition. Cadi. Le Coran étant la loi civile des Arabes, les hommes

qui savent le mieux en appliquer les principes sont naturellement appelés à juger leurs compatriotes ; la j ilstice et la religion se trouvent donc intimement liée.s.

Parmi les quatre rites qui existent dans l'islamismo, le seul qui soit pratiqué au Maroc est le rite malaki.

Le Cadi qui est chargé de rendre la justice d'après ce rite, est en même temps un des principaux chefs de la religion ; il est aidé par des adouh (notaires), par des tolba et par des nio a jiln (experts). Tous ces person* nages sont payés sur les biens des mosquées (hâbas)f en sorte qu'à proprement parler, ils ne sont pas des agent! du Maghzen ; néanmoins il y a bien peu de cadis indépendants.

Mariages. Los mariages se font et se défont avec la plus grandi

facilité.

Les musulmans peuvent épouser quatre femmes divorcer sous une foule de prétextes ; le mari achète

ïemme sans Tavoir vue ; préalablement il la fait examiner par les femmes de sa famille.

Quand la future est pauvrgf \q mariage se fait très rapidement : on donne un halnllfment à la mère ; on passe chez les adouls qui font le contrat et le donnent au mari ; il n'est pas nécessaire de f airi*^ une cérémonie quelconque.

Si on a l'intention de divorcer, on r^suià, la femme ^<^u papier, on donne quelque argent au Ca^i et le divorce est prononcé ; pour moins de 50 francs, en peut ^ marier, divorcer et se remarier en moins 4e quinze Jours.

Bans les familles aisées, les mariages sont pfus.-sé- ^leux, parce que les époux ont de la fortune et que cba-^^ Cun évite de faire prononcer le divorce à son dés'a,-;V . ^antage. v-; >

Les nègres et négresses qu'on trouve au Maroc vien- Esefo^es, *i€nt du Soudan. On les achète généralement pour une -^ ;^

Certaine quantité de sel gemme.

Une jeune négresse peut valoir jusqu'à 500 francs ; Une vieille n'atteint pas le prix de 20 francs.

Note d*un explorateur qui, charjjré dune mission particulière, a, en 1899, pairouru le Maroc dans tous les sens.

Il n'y a pas de routes au Maroc ; elles ne serviraient. Les Europccr dit-on, au Maghzen, qu'à amener une quantité de chré- 'v^îlYff tiens qui, bien vite éblouis par la richesse du pays, chercheraient à le conquérir. On ne trouve donc que des sentiers parfois très accidentés. Les voyages se font à cheval ou plutôt à mule (plus rapide et moins fati-

Voyages.

gant) ; on doit emporter sa tente, ses provisions et se faire escorter d'un soldat. La présence de ce cavalier engage la responsabilité du Sultan vis-à-vis de la légation dont dépend le, yxîvageur européen. Chaque soir on campe près d'un douar et le caïd, moyennant une rétribution, fournitrjdes gardiens pour la nuit. Bien entendu il ne faut .s'aventurer que sur le territoire des tribus soumises^, ainsi pour se rendre de Marrakech à Fez le Sultàa ïiii-même marche d'abord vers Azemmour et remonte ensuite, sans s'écarter beaucoup de la mer, jusqu'à -Rabat.

Sur t}oute la côte, les populations des campagnes en contact avec les Européens depuis longtemps, s'abstiéi?nent de manifestations malveillantes à leur égard.

Lorsqu'un chrétien arrive dans une ville de l'intérieur il n'obtient un logement que s'il a été officiellement annoncé au Pacha. Dans ce cas on lui assigne une maison vacante ou même une maison habitée dont le propriétaire est expulsé pour la circonstance ; à partir de ce moment la maison du chrétien est étroitement surveillée et des rapports de police sont faits sur ce qui s'y passe.

L'Européen voyageant sans lettres d'introductioa doit mendier un taudis dans le quartier juif ou dans un ignoble caravansérail.

Les rues sont rempMes à certaines heures d'une fouL< grouillante et déguenillée au milieu de laquelle on a. peut circuler à pied, aussi tout individu qui se respect ne paraît en public qu'à cheval ou bien, et surtout, i mule, toujours au pas.

Le service de voirie n'existe pour ainsi dire pas ; lei fondrières sont nombreuses ; les immondices et les animaux morts sont déposés sur les terrains non bâtis. Les maisons ressemblent extérieurement à des prisons, elles ont une apparence délabrée, car les Maures cherchent tous à passer pour pauvres (et pour cause) et le plus méchant tour qu'on puisse leur jouer, c'est de répandre le bruit qu'ils sont riches.

Le chrétien est fréquemment insulté dans les villes, lïiais il est rare qu'on se porte sur lui à des voies de fait carie quartier dans lequel l'affaire aurait eu lieu, serait obligé de payer une forte amende. Il a souvent de la peine à se procurer ce, dont il a besoin, doit en un mot supporter des vexations contre lesquelles il est difficile de réclamer, car on ne peut forcer les gens à être aimables.

Les Européens fixés au Maroc se déchirent mutuellement au lieu de se soutenir. Ils ont comme agents commerciaux ou agricoles des marocains et des Israélites auxquels on accorde la protection consulaire. Ces ^^ents n'étant plus soumis aux lois du pays, profitent Souvent de la situation pour commettre des actes réprél^ensibles et narguer les caïds ; ils attirent au Consul ^ixaints désagréments.

En dépit des obstacles qui se dressent devant les Euï^opéens, ceux-ci sont attirés au Maroc, chaque jour t>lus nombreux, parce qu'ils ont l'espoir que ce riche V^ays sera mis en valeur tôt ou tard.

Extrait de « Une mission k la Cour Chérifienne ». notes de voyage par Madame A. de lî. 1,. Editeurs: Georg el C'\ éditeur!* à Genève, et librairie Fis<'hbarher, 33. rue de Seine. Parie, aoiH 1901.

Je vais parler du système administratif qui régit le Maroc, système déplorable par ses résultats mais dont la théorie est bien, par certains côtés, en harmonie avec le pays. Ce qui prouve une fois de plus que la mise en pratique des théories ne répond pas toujours à ce qu'on pourrait attendre d'elles.

Le Vizir, dignité qui signifie « aide », est investi de la première charge de l'empire, créée par le prophète qui nomma Abou-Bekr son Vizir.

(1) A la première page de sa charmante brochure, Fauteur soulève lui-même le voile de son anonymat, car il débute ainsi :

Une grande puissance ayant créé un poste a diplomatique au Maroc, son premier représentant, a mon mari, dut se rendre à la cour chérifienne pour y remettre, selon Tusage, entre les mains du Sultan, les lettres de créance qui inauguraient des relations diplomatiques directes entre son puisa sant pays et TEmpire si peu connu du vSoleil cou- « chant (Moghreb-el-Aska).

« Il s'agissait d'aller non à Fez, mais à Maroc (Marrakech), résidence actuelle du souverain. »

Madame de Bacheracht a très bien fait de publier ce que a chaque soir, sous la tente, elle notait au courant, pas même de la plume, mais du crayon ». Ses notes n'ont pas seulement, comme elle le dit, « le mérite d'avoir été prises sous l'impression du moment » et d'être ainsi une photographie littéraire, elles contiennent de nombreuses considérations et de très sages avis. — A. C.

-î-5-8. Types de marocains. — 4. Entrée de la villa Bonnet, □e en mafonnerie avec tige de fer pour terrains sablonneux. [t 7. Femme du iUff.

Au Maroc, le Vizir ou grand Vizir est le ministre général, chargé des affaires étrangères, de la guerre, de l'intérieur et de la justice.

Comme chef 'supérieur, mais ne pouvant activement s'occuper de toutes ce^ charges, le Vizir nomme, ou fait nommer par le Sultan, des personnes de sa famille, ou jouissant de sa confiance, à la tête de chacun de ces départements. Le Sultan nomme aussi un Ministre des finances, chargé de la perception des impôts, de la nomination des « Oumanas » ou administrateurs des douanes, etc.. Ce personnel avec notaires, écrivains et autres employés du palais forme « le Maghzen ». Du reste le Sultan est le maître absolu (le ses actions et de ses sujets.

Pour les affaires intérieures de Tempire, le Sultan nomme encore des gouverneurs (caïds) dans chaque ville ou chaque district. Ces gouverneurs administrent d'après leur propre critérium, à la façon des anciens satrapes de Perse, imposant des amendes, prélevant des impôts arbitraires sur leurs administrés, qu'ils soumettent à toutes les vexations imaginables, afin de leur soutirer le plus d'argent possible, de s'enrichir et de pouvoir aussi enrichir les personnages influents de la Cour. C'est leur façon de se maintenir en place. Dernièrement le caïd de Fez, sentant sa situation ébranlée, alla porter à Merrâkech pour un million de cadeaux. Il fut maintenu, mais que de malheureux n'a-t-il pas faits pour être à même d'offrir ce million !

La disgrâce de la Cour est fort redoutée, car elle est le plus souvent le prélude d'un internement dans une prison quelconque. Or, les prisons du Maroc sont loin d'offrir le confort relatif que la civilisation s'applique à donner à celles d'Europe. Les prisonniers sans famille sont nourris par la charité publique. Si cette charité fait défaut, les prisonniers meurent de faim.

Les caïds n'ont généralement pas le cœur tendre et savent faire face aux exigences de la Cour au point de vue des cadeaux. C'est ce qui les maintient au pouvoir, de père en fils, tout en les faisant détester par leurs

administrés, mais ils se soucient fort peu de la popularité.

Une fois par an, à Toccasion de la fête du mouton, ils doivent aussi se rendre auprès du Sultan, porteurs de leur tribut personnel, qui varie entre 50.000 et et 300.000 pesetas d'après l'importance du district qu'ils commandent.

Les caïds ont comme personnel à leurs ordres, un kalifa ou lieutenant nommé aussi par le Sultan, un ou deux secrétaires et 50 à 100 soldats, employés à toute espèce de services, souvent pour accompagner les étrangers qui voyagent à l'intérieur et aussi pour être engagés, en qualité de <( kavas », dans les légations et consulats étrangers.

Les districts ou départements sont divisés en kabyles, dont chacune a un cadi (juge), indépendant de 1 autorité du caïd.

Les kabyles se fractionnent en « dchars » ou « douars » composés de 50 à 100 chaumières, dirigés par une espèce de municipalité, composée des vieillards ou anciens du dchar, nommée « jemma ». La jemma est présidée par un cheik, élu par elle et confirmé par le caïd du district.

Les douars réunis forment dans la kabyle une sorte de fédération dans laquelle aucune personne étrangère à elle ne peut intervenir. Les jemmas veillent à la sauvegarde de la propriété publique, ainsi qu'à la sécurité publique et sont directement et collectivement responsables devant le Sultan, des crimes ou vols commis sur leur territoire.

Les mosquées, construites par les Sultans ou par des particuliers, sont soutenues par des offrandes pieuses qui consistent principalement en immeubles inaliénables (Houbous), dont les revenus sont affectés au culte.

Dans chaque ville ou kabyle, il y a un « cadi » nommé par le Sultan et indépendant du caïd. Il est juge unique, en matières religieuses et civiles, suivant

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le Coran et la loi nialékite (1). C'est lui qui légalise les documents publics, les contrats d'achat et de vente, qui autorise les mariages, les divorces, qui intervient dans le partage des héritages et qui lit le Coran dans la mosquée.

La magistrature, au Maroc, se compose, en dehors du cadi, de V a Ouquil » (procureur), du a Naïb » (curateur), de r« Adoul » (écrivain notaire), du (( Taleb » (jurisconsulte), du « Faquih » (docteur), du « Moufti » (premier docteur) et finalement du « Medjles-el-Oula<ma » ou tribunal supérieur, composé des plus grands savants de Tempire, avec siège à la Cour et dont le président porte les titres de a cadi-elcadi » (juge des juges).

Les contributions du gouvernement sont :

Le el-Aachor ou droit de dîme sur la richesse agricole et le bétail ; le droit des portes (2) ; le droit sur ie kif (3) ; les droits de douane et la « Hedia » ou contribution directe que payent au Sultan tous ses sujets, l« jour de la fête du mouton.

Dans toutes les villes, le Sultan nomme un ((Maktseb » choisi parmi les notables. Il doit veiller à l'exactitude des poids et mesures, ainsi qu'à la bonne qualité des denrées.

L'armée marocaine se compose des Askars, des Mekhaznia des Tabhia et des Bahria.

L'Askar ou infanterie régulière, fut créée par Muley Abdel Soliman, après la défaite de ce Sultan à Isly ; elle suit le Sultan dans ses expéditions et forme la garnison des villes fortes de l'empire.

Le corps des Boujari, formé par des nègres, fut créé par le Sultan Muley Ismael, en l'année 1673. Il était dans le temps très puissant et arriva à proclamer sultan celui qui rétribuait le mieux ses services. Les Bou-

(1) De el-Maleck qui a été au Maroc un des premiers interprètes du Coran.

(2) Sorte d'octroi aux portes d'entrée des villes.

(3) Herbe qui remplace au Maroc le hastchich.

jari, avec la tribu dec Oudaias, toujours fidèle à la dynastie Filali, forment Farmée irrégulière appelée aujourd'hui « Mekhaznia ».

Les Tabhia (artilleurs) sont très réduits en nombre. Ils forment, avec TAskar, la garnison des villes fortes de Tempire et suivent le Sultan dans ses déplacements

En dernier lieu il y a les Bahria (gens de mer), équipage des trois navires du Sultan. Ce sont eux qui gardent aussi les ports et les douanes du Maroc.

Ces rouages administratifs, ouvrant par leur arbitraire la porte à tous les abus, à toutes les exactions, rendent au Maroc, plus qu'en tout autre pays musulman, indispensable la défense des intérêts des résidents et commerçants européens, par le régime des capitulations. Ce régime, hélas, à son tour, avec le système de protection à outrance, — souvent abusif, — qui en résulte et l'ingérence dans les affaires intérieures, à laquelle il sert de prétexte, crée une situation non faite pour populariser l'étranger. Ce dernier devient un être privilégié, inviolable, contre lequel l'indigène ne peut soulever de réclamations, ni même se défendre.

Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que les Marocains préfèrent encore être pressurés par les leurs, plutôt que de se voir la victime d'exploiteurs venus du dehors.

Ainsi l'on ne saurait, en bonne justice, leur en vouloir d'être absolument réfractaires aux bienfaits de la civilisation européenne, laquelle, en pénétrant chez eux, mettrait, — ils s'en rendent parfaitement compte, — fin à leur indépendance.

Pour ma part, je ne puis que souhaiter aux habitants du Moghreb, — et je le fais de tout mon cœur, — de voir le statu quo politique sauvegarder de longues années encore la demi-sauvagerie, si pleine de charme, de leur étrange pays.

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Kxirnit (io la rovu(» « Armée et Marine », n» (In 7 jnilNM l<M)l.

Il n'y a pas de casernes ; les soldats vivent sous la L'Armée tente ou dans ces taudis malpropres qu'on appelle ca- marocain» ravansérails chez les Orientaux et fondouk au Maroc. Tls sont mal vêtus, mal nourris, et leur solde est infime ; ' aussi la plupart d'entre eux, même les gradés, exercentils un métier ; c'est dire que l'on ne va pas souvent sur le terrain de manœuvres et que beaucoup d'hommes ne sont militaires que de nom.

Quant à la discipline, elle est à peu près nulle, bien que l'on use du fouet et du carcan pour maintenir les troupes dans l'obéissance ; ces châtiments peuvent atteindre les officiers comme les simples soldats. Il n'y a d'ailleurs pas de chefs d'un rang élevé, parce que le Maghzen craindrait de les voir prendre de l'autorité à ses dépens. Les gradés n'ont point d'autre insigne que le baudrier du sabre, ils jouissent de peu de considération. On appelle caïd mia le chef de cent hommes et oaïd agha le chef d'un bataillon ou tabor. L'infanterie comprend une trentaine de ces tabors, que l'on distingue par le nom de l'agha qui les commande ou de la tribu qui les fournit ; il y a aussi le tabor des nègres et celui dit « des instructeurs ». Dans ce dernier ne figurent plus qu'un très petit nombre des hommes jadis envoyés à Gibraltar et dressés par les Anglais, il continue cependant à passer pour le bataillon d'élite.

Les fantassins ont une calotte rouge, une veste rouge; une culotte bleue et une paire de babouches, pas de sacs ni fourniments, des fusils européens de modèles divers, assez mal entretenus ; les uns laissent la baïonnette au bout du canon, les autres la portent à la main ou la suspendent au col de leur veste, d'autres n'en ont pas. Chaque tabor a ses tambours, ses bugles, ses sapeurs et de petits fanions multicolores.

L'artillerie est aussi faible comme qualité que comme quantité, et son matériel tout à fait disparate.

A côté de quelques canons Krupp, Canet ou With-

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worth, de mitrailleuses belges et anglaises, on voit des pièces lisses en bronze, de fabrication espagnole, des mortiers et une batterie de ces canons Parrott que nous employâmes en 1870.

Les canonniers ne savent pas grand'chose, mais éprouvent une certaine fierté à se servir d'engins redoutables et quasi sacrés, puisqu'il est souvent permis de prêter serment « sur les canons » ; aussi tel homme qu'on ne voit jamais en temps ordinaire, ne manque pas de revendiquer son droit à manier Técouvillon dans les circonstances solennelles. Conducteurs et servants se mettent parfois à réciter tous ensemble des versets du Coran au cours d'un exercice. Ils sont habillés comme les fantassins, armés de mousquetons et manœuvrent à la française au son des trompettes.

Mulay-Hassan^ père du Sultan actuel, aimait beaucoup à abattre des cibles à coups de canon ; il se livrait durant des heures à cet amusement dans une cour de son palais.

Les cavaliers sont jalousés par les soldats des autres corps, parce qu'ils sont les mieux traités et qu'ils ont des occasions de gagner quelque argent. Leurs fonctions sont multiples : on les charge par exemple d'escorter un négociant d'une ville à une autre, de procéder aux arrestations, de porter des ordres. Ils ont un peu le rôle de nos gendarmes et forment la garde du Sultan ; ils portent un burnous, se couvrent la tête d'une chéchia pointue et sont armés de fusils arabes

et de yatagans.

Signé: Valolive.

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