M. ETIENNE
Je n'en ai pas fini avec FAfrique ; il est une question (lue notre honorable collègue, M. Raiberti, a traitée ce matin avec un remarquable talent. Tout le monde comprend qu'il y a pour nous un intérêt supérieur à ce que le Maroc soit maintenu dans son intégrité absolue. L'Europe entière sait qu'il nous est impossible d'admettre qu'une influence supérieure à la nôtre puisse s'établir au Maroc. Ce serait compromettre d'une façon absolue nos intérêts dans le bassin médi- 1 erranéen.
C'est la sécurité française qui est attachée à cette importante question.
M. le Ministre des affaires étrangères n'a pas hésité à proclamer au Sénat, comme le rappelait M. Raiberti 2(; matin, à proclamer devant l'Europe quel était le prix que nous attachions au maintien ae notre prépondérance au Maroc. Il a su dire, j'espère qu'il le redira ici encore avec une plus grande netteté pour qu'on îomprenne mieux qu'n est impossible de supporter qu'une puissance quelconque tente de diminuer notre influence au Maroc pour y substituer la sienne.
Si je tiens ce langage, si je jette ce cri d'alarme, c'est lue les faits sont tangibles.
Assurément, cette action inlassable et tenace des Anglais est de nature à provoquer l'admiration, car aujourd'hui, alors que peut-être ils devraient être si prudents, alors qu'ils devraient songer à régler les énormes difficultés qui pèsent sur eux, ils continuent la même politique active et inquiétante.
Cette politique mondiale, je ne sais comment la traduire ; c'est une politique insatiable qui n'a jamais de répit, qui poursuit les autres puissances là où elles sont nettement établies. Ce Maroc, dont nous voulons réserv-er l'intégrité, où nous voulons avoir une influence prépondérante, ce Maroc devient la convoitise du peuple ?t du gouvernement anglais.
Je crois, messieurs, que l'attitude de l'Angleterre à
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cette heure a été provoquée par nos actes dans le Sud- Oranais. L'Angleterre a été émue, inquiète de constater que nous allions prendre possession de territoires qui nous appartiennent. Car — fait singulier — nous n'avons pas le droit, paraît-il, de faire, comme le disait si bien M. Hibot, en 1890, la police nous-mêmes dans des régions exclusivement françaises. L'Angleterre nous conteste, paraît-il ce droit. Elle a agi avec la dernière énergie auprès de la Cour chérifienne pour qu'elle nous adresse les plus vives protestations. La Cour chérifienne a fait entendre à notre gouvernement qu'il n'avait pas le droit d'occuper les oasis sahariennes, qu'il entamait le territoire marocain et qu'il devait abandonner ses projets immédiatement. Heureusement, le gouvernement ne s'est pas arrêté à ces protestations et il a occupé les oasis sahariennes. Mais pour prouver à l'Europe combien sa politique est pacique, combien elle est exempte d'ambitions, la France ayant provoqué la venue d'une ambassade marocaine, a signé un protocole avec le Maroc qui assure à ce dernier juridiction — je ne dis pas possession, parce qu'il lui est impossible d'aller prendre possession de ces territoires, — mais juridiction sur des tribus sur lesquelles le Maroc n'a jamais pu établir son autorité. Nous lui reconnaissons des droits de souveraineté sur toutes les tribus du Beld-es-Sibà, c'est-à-dire sur des régions jusqu'ici indépendantes ; car le Maroc se divise en deux parties : au nord, le Maghzen, territoire appartenant à la Cour, et au sud, le Bled-Siba, territoire indépendant sur lequel le Sultan n'a aucune influence.
Or, la France, qui veut l'intégrité de l'Empire marocain, a informé les puissances européennes de ses dispositions pacifiques et a déclaré au Sultan, ainsi qu'à son ambassadeur : « Nous ne voulons pas entamer vos frontières ; nous allons au contraire augmenter votre autorité, puisque nous allons la reconnaître là où vous n'avez pas encore pu l'établir ; et cette reconnaissance va vous donner sur ces populations mêmee, une autorité exceptionnelle. »
M. LE MINISTRE DES AFFAIRES ETRAN- GERES
Quant au Maroc, je dirai que Tambassade marocaine, qui est venue à Paris au mois de juin dernier, après le règlement des incidents du mois de mai, et qui, de Paris, s'est rendue à Saint-Pétersbourg, a eu des résultats dont je crois que Fun et l'autre pays auront lieu d'être satisfaits. Les envoyés marocains ont pu voir, et ils auront dit au Sultan ce qu'est la Francei, ce qu'elle peut, quels sentiments amicaux on y nourrit pour lui et son empire, et avec quelle bienveillance nous nous sommes prêtés à la réalisation des désirs qu'ils nous ont exprimés en son nom. Sur leur prière, nous avons précisé la portée et réglé les conditions d'application du traité de paix de 1845 dont les dispositions, en ce qui concerne les limites des positions respectives au sud de Figuig avaient un vague qu'explique l'insuffisance et d'ailleurs le peu d'intérêt pratique des données géographiques à cette époque ; et, par une juste répartition des tribus, qui réserve la faculté des populations, de choisir la puissance protectrice, nous avons écarté, — nous l'espérons du moins, — la principale source de difficultés avec un pays, que nul plus que nous, à cause de la communauté des frontières, n'a intérêt à savoir tranquille et prospère, que nul n'a autant de raisons que nous de vouloir indépendant.
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La domination en fait étant plus efficace que celle de droit, riniliative privée peut seconder la diplomatie, et devenir le facteur principal de son influence. Il ne faut donc jjas perdre de vue fjuen s' installant au Maroc, et surtout en y créant des industries, ou en ij faisant des opérations commerciales, tout Européen est ù même de servir grandement les intérêts de sa patrie.
Si le noml)re des élal)lissements industriels et commerciaux à créer ou à développer fructueusement est, f/uant à présent, des plus restreints, la prise d'intérêts fonciers peut avoir progressivement tyeaucoup d'ampleur. L'article 2 de la Convention de Madrid, tout en reconnaissant aux étrangers le droit de propriété, g apporte Inen une réserve en ce sens (/uil soumet l'achat de pro. priété au consentement préalal)le du Gouvernement Marocain, Mais cette restriction, qui n'a été faite que pour empêcher les acquisitions de territoires, peut difficilement s'ajjpliquer ù des
achats de parcelles, surtout si les acheteurs appartiennent à une nation puissante,
Tanger, rjuoifjue faisant partie de l'Empire Chéri lien, est (juasi administré par le Conseil sanitaire et la Commission d'hygiène. Or, cette commission est composée d'Européens nommés à r élection. Il ne faut pas l oublier!
Parais, le 25 janvier 1902, Albert Cousin.
*«^/»/^/«^./vr* /\^
De Paris à Tanj^er \
Arrivée à Tanger 5
Ancien Tanger 6
Nouveau Tanger 11
Quartier du Marchan 11
Quartier Hamona et quartier de la Montagne 12
Quartiers San-Francisco et de Boubana 13
Quartier du Madhi 13
Quartier de la Plage 14
Quartier du Souani M
Autorités marocaines à Tangei* . . . '. 16
Représentation des Puissances étrangères 17
Ministres plénipotentiaires et Chargés d'aflaires de
France au Maroc de 1839 k 1901 21
Question de la protection di])loniati(iue et consulaire
au Maroc 22
Conseil sanitaire, (^onnnission d'hygiène 2*.>
Régime des étrangers 29
Propriété immobilière 31
Population 35
Port