‹ Tannhauser, opéra en trois actes, quatre tableauxChapitre 23 sur 35 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

Que ta fierté fasse silence, Blasphémateur, écoute-moi I

Amour! tu grandis mon courage, Tu rends mon glaive plus vaillant I Et pour ^épargner un outrage, Je verserai joyeux, mon sang.

Pour la vertu, l'honneur des dames, Ce fer se croise avec bonheur.

Mais les plaisirs que tu proclames Ne valent guère un tel honneur!

CHOEUR

Bien! Biterolfl c'est bien! Achève!

Prends notre glaive.

TANNHAUSER, avec une animation toujours croissante.

Ah ! Biterolf chantant l'amour !

Le loup devient tendre à son tour.

Crois-moi, l'amour par toi chanté N'est pas celui que j'ai vanté.

Dis! Quelle joie as-tu goûtée?

Ta vie est pauvre de bonheur.

Vraiment! c'est trop d'un coup d'épéel Cela ne vaut pas tant d'honneur!

LES CHEVALIERS, indignés.

C'est trop d'audace! Ah! quel outrage!

LE LANDGRAVE, à Biterolf.

A bas l'épée, et calmez cette rage!

WOLFRAM, se levant d'un air inspiré.

0 ciel, exauce ma prière !

Donne à mon chant l'accent sacré.

Bannis le péché, la colère, De cet dsile vénéré.

0 saint amour, ma lyre

Ne chante que tes lois;

Ton feu divin m'inspire.

Viens ! viens guider ma voix !

Par toi Dieu se dévoile, Et j'entrevois le ciel Où de ta pure étoile L'éclat est éternel.

Tannhauser, transporté, saisit vivement sa harpe TANNHAUSËR.

0 gloire à toi, gloire à toi, ma déesse 1 Heureux celui dont ta comblas les vœux ! Qui près de toi, sublime enchanteresse, A partagé la volupté des Dieux !

L'amant heureux qui sans cesse t'adore Connaît Tamour et ses transports fougueux. Vous, malheureux! dont Fâme les ignore, Allez sentir près de Vénus leurs feux I

Les chanteurs, le Landgrave et les seigneurs se lèvent dans le plui grand trouble.

CHOEUR

Ah 1 quelle offense 1 Fuyons-le I malheur à lui!

Traître ! qui chez Vénus a fui I Évitons sa présence 1

Les femmes s'enfuient avec terreiii

LES CHEVALIERS

Il nous Ta dit! secret d'enfer!

L'affreux mystère est découvert.

Au fond de l'abîme entraîné, C'est à Vénus qu'il s'est donné !

0 crime horrible ! jour d'horreur I Plongez le glaive dans son cœuri Qu'en enfer il soit entraîné, Qu'il soit maudit! qu'il soit damné!...

Ils tirent leurs épées.

ÉL1SABBT!H. EU© est restée seule, s'appuyant presque .défaillante

près du tr&ne àxk Landgrave. Elle s'élance devantes épâô^ ànï menacent Tannhauser. / - / '

Arrêtez! -^

àCTE DEUXIÈME 31

GIIOELR.

Dieuî qu'entends-je! Eh quoi! toi chaste et puie, Noui implorer pour un parjure 1

ELISABETH

Arrière! non, la mort je la brave sans peur;

De vos glaives qu'est la blessure, Auprès du coup mortel dont il frappa mon cœur!

LES CHEVALIERS

Elisabeth! comment comprendre?...

Eh quoi ! ton cœur a pu se rendre ?

C'est toi qui veux encore défendre Celui qui t'a trahie ainsi?

ELISABETH

Qu'importe, moi? Mais son salut à lui!

Ah! pour son âme, hélas ! clémence!

LES CHEVALIERS

Il a banni toute espérance, De Dieu son cœur s'est détaché; Maudit du ciel pour cette offense, Qu'il meure et garde son péché'

ELISABETH, les retenant du goste.

iN'approcliez pas! Qui donc se fait son juge? Arrière! Abaissez ce fer cruel !

Et qu'une femme vous éclaire!

Enfui, sachez par moi quel est l'arrêt du ciel!

Celui que de terribles charmes

Ont enchaîné par leur pouvoir,

Quoi! dans le remords et les larmes

Ne peut-il mettre son espoir?

Vous tous, si forts dans la croyance^

Qui voulez punir son forfait,

Pour lui ravir toute espérance,

Quel mal, quel mal vous a-t-il fait?

Et moi, la vierge dont la flamme

S'éteint dans cet affreux malheur.

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