‹ Tannhauser, opéra en trois actes, quatre tableauxChapitre 6 sur 35 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Des jours ici perdus Qui me dira le nombre ?

Les mois, les ans, passent inaperçus, i^ucun soleil au milieu de cette ombre, Pas une étoile éclairant la nuit sombre I Je cherche en vain les fleurs dont la présence Annonce le printemps !

Du rossignol les doux accents Ne fêlent plus sa naissance 1 Non 1 plus de fleurs ! plus de joyeux accents '

VÉNUS

Ah 1 qu'entends-je î vaine tristesse, i£s-tu déjà lassé de ma tendresse ?

De tant d'amour, de tant d'ivresse?

Cœur ingrat, es-tu las de ta divinité?

As-tu donc de la vie oublié la soufî'rance

Au milieu de la volupté ? ^

Poète ! viens ! prends ta harpe et commena Ces chants d'amour dont la noble puissance A fait céder la déesse à ta loi !

Chante l'amour dont la reine est à toi !

Elle prend la harpe et la donne à Tannhauser.

rvNMIAUSER, se lovant et descendant, saisit la harpe comme pris d'une résolution subite et se place devant Vénus.

Reine d'amour, à toi mes chants d'ivresse. Tout l'univers s'incline sous tes lois, Pour mieux chanter tes charmes, ta jeunesse, L'amour m'inspire et fait vibrer ma voix ! D'un tel bonheur qu'un mortel n'ose attendre L'ardent désir me brûlait de ses feux.

A toi les dieux seuls ont osé prétendre. Et (on amour m'a fait l'égal des dieux 1

l\ pose sa harp^ Mais d'un mortel j'ai les faiblesses.

C'est trop d'amour, trop de caresses.

Si les dieux aiment constamment

Le cœur de l'iiomme est plus changerint. Rempli de ce bonheur immense, Mon cœur appelle la souffrance!

De ton empire il faut partir.

Reine! déesse! ah! laisse-moi m'enfuir!

VÉNUS, avec un. étonnement calme.

Ah ! qu'entends-je?

Quels accents!

Tristesse étrange De tes chants !

Où sont-ils ces heureux transporta Où tu puisais de gais accords ?

Mon cœur, de sa tendresse Qu'a-t-il perdu ?

Dis-inoi ! dis-moi ! que me reproche s- tu ?

TANNHAUSER, reprenant sa harpe avec un nouvel entraînement.

0 gloire à toi! helle déesse !

Heur-eux celui dont tu comblas les vœux 1 Qui près de toi, dans une ardente ivi^cssCj A partagé tous les transports des di.eux ! De tes attraits je connais la puissance. Un tel bonheur dépasse tout bonheur; Tous les plaisirs de cette terre immense, Auprès de toi, ne sont rien pour nion cofi,^"^ Pourtant, malgré ce vif délire, Les doux parfums qu'ici j'aspire^ Tout me rappelle avec regret L'air frais et pur de la forêt, Les chants d'oiseaux et l'herbe humide, L'aspect changeant d'an ciel limpide*!

De ton empire il faut partir...

0 déesse ! laisse-moi fuir !

YEN us, se levant précipitamment.

Âh ! traître ! quel est ce langage ?

Pour mon amour ton chant eu un outrage!

Page 1