‹ Taoïsme [microform ..]Chapitre 202 sur 281 · Livre I · texte numérisé non relu

Livre I

Chap. {., Teste.

A. Le. prineipe qui pemt être énoncé,, n'est pas celui qui fiit toujours. L'être qui peat êtr& nommé, n'est pas celai qm fut de taat lemp&. Amrnt les temps, fut un être: ineff^able.y in 麵 nmabl'e、 B» A.l.ors qu'il était encore innomiaable, il conçut te ciel et la ter ce. Après qu'il fut a m^si devenu nommablev il donna», Qaissance à touis les? êtres. C. Ces deux, act&a n'm sont cp^ian, aous deux dénominations différentes. L'acte générateur unique, c'est le mystère de fomgîne. Myslêre des mystères. Porte par laquelle ant déhvucbé szi,r La scene de l' univers, toutes les merveilles, qui le remplissent. I>.. Let connaissance que ¥ homme fihdu principe universel, âépend de Vétat de son. esprit. L'esprit habitueLlement libre de passions, cod uaît sa mystérieuse essence. L'eeprit habitu'eilem'e'nt passionné, ne coQinaîtEa qte& ses, effets.

Avant les temps, et de- tout temps, fut un être existant de lui-même, -étemel, infini, complet, omniprésent. Impossible de le nommer, d'en parler, parce que hs termes humains ne^ s' appliquent qu'aux êtres sensibles. Ov l'être primordial fut primitivement et est encore essentiellement non SG'nsiblg. En dehors de cet être,, avant l'origine y il n'y: eut rien,. On l'aippeUe 無' ou néant de forme, 玄. hviâ.n mijstère, on tao 'principe. On appellè 5^ sien-t'ien, avant le ciel, l'époque où il n'y avait encore aucun être sensible, où l'essence du principe existait seule. Cette essence possédait deux- propriétés immanentes, le yinn concentration et le yang expansion, lesquelles furent extéridrisées un jour , sous te$ formes sensibles ciel ( yang ) et terre, f yimi ) , Ce jour fut le commencement du temps. De ce jour le principe put être nommé par le terme double ciel-tevre. Le binôme eiel-terre émit tous les êtres sensibles existmits. On a/ppdh 有' you être sensible, ce hinôme cieltérre ptoduisant pav 德 tei la' vertu du principe, et tous ses produits qui rempHssent le monde. On appelle 後 天' heou,t'ieiv ap'rës' (te ciel, les temps postérieurs à V extériorisation du ciel-terre. L' état yinn dé conc'e)ïtvatia>% et de repos, .â'imperceptihilité, qui fut celui du principe avant le temps,

Lao-tzeu.

est son état propre. L'état yoAig d'expansion st d'action, de manifesidtion dans les 'ebres sensibles, iest son éïdl dàna le temps., en quelqwe sorte impropre. A cés àeux états du principe, répondent., dans la faculté de connaître de l'homme,, le repos et Vûetivité, autrement dit le vide et le plein. Quand l'esprit humain produit des Méesy'est plem â'.îfnàges, s'émeut de passion's, 《alors il n'est apte à connaître que les:e 作 ets du principe, les êtres sensiyiëÈ distincts. Quand l'e&pnt 'iMmain, aM&~ lument arrêté, est complètement viàe et calme^àl 'ëà'tMWiniroit ptif^et net, càpah%'dem-ir&riressmee ine^ccb tè é t innoyïifïidh U âu Principe lui-même, '― 'Qdmparez chap. 3^: '

thàp. '2. Texte. :

À.. Toû't le mcjnde a la nation da bèa^a, et par éUe '(par opposition ) cèllé dû pas bôau ('&ù laid). Toràs les hotntfles ont la notion élu hm, ëi ipar elle (ipar contfas'te) ce lié àu pas bon (âu mauvais). Ainsi, . 'êtt'e et'néà"ftt,-difficile et facile, long ^et court, hatit et bas, son et ttfo, avant ët après, sont des notions corrélatives, dont l'ûnè é'tknt cormu&n*évèle Vautvè. B. Cela étant, le Sage se— sans 'agir, 'enseigoe sans parler. /

G. Il laisse toos'les êlte^ devenir sans les contrecà'rrër, vivre sans :[es accâpatër, agir, sans les exploiter. ©. ; Il ne s'attribue .pas les effëts fyi'oduits, et 'par 'suite ces effets ^deineaPént, ,

îlisSume 'des ^ddmmfifii'tairëls.

Lés corrélcitifs, lés Q:p.posé&,^lès çontmires centime oui et non, sont tous entPiês dans ce monde [par la ,porte commune., sont tous soHis du Principe un '( chap. ï . G ). Ils ne sont pas des illusions subjectives de T esprit humain, fnttis des étdts objectifs, répondant aux déi^x états altemdiits âù Principe, yinn et yctng, conéeoitration et expansion. La rédlité pro'fondh,^le^f^Mncipe , ré'dtë toujours le même, essentiellement^; mais V alter ntindè-àe son repos et de son fHOuvement, crée -ïè jeu des causes et des effets, un va-et-vient inë&s- 'safit. Ic'e jëii, Te'èàge 'Msse^n -^ére cours, tl s'abstient dHnîervémr, 6U /pUY aùUon physiqiXe, 'ôU'pàr ^prèWon morale, 'Il se garde Ûe mettre son 'dàigVÛcùrLS tehgreritiye dès ccftfses , 'Sans le mtftivëfnent p'éfpêtuel de V'évoliîtion. ■naturelle, de pëiir de fctiîè's'er ce rHécûnismis 'compliqué et dè'licat. Tolit ce qu'il ''fiiit, quand U fait quel0ie

Lao-tzeu.

chose, c'est de laisser voir son exemple. Il laisse à chacun' sa placé au soleil, sa liberté, ses œuvres. Il ne s'attribue j^cts l, effet général produit ( le bon gouvernement) , lequel appartient à V ensemble des causes. Par suite, cet effet {le bon ordre) n'étant pas en hutte à la jalousie ou à l'ambition d'ctulrui, a des chances de durer.

Ghap. 3. Texte.

A. Ne pas faire cas de l'habileté, aurait pour résultat que personne ne se pousserait plus. Ne pas priser les objets rares, aurait pour résultat que personne ne volerait plus. Ne rien, montrer d'alléchant, aurait pour effet le repos des cœurs.

B. Aussi la politique des Sages cohsiste-t-elle à vider les esprits des hommes et à remplir leurs ventres, à affaiblir leur initiative et à fortifier leurs os. Leur soin constant, est de tenir le peuple dans l'ignorance et l'apathie.

G. Ils font que les habiles gens n'osent pas agir. Car il n'est , rien qui ne s'arrange, par la pratique du non-aglr.

Toute émotion, tout trouble, toute 'perversion de Vesprit, vient de ce qu'il s'est mis en communication, par les sens, avec des objets extérieurs attrayants, alléchants , La vue du faste dés parvenus, fait les ambitieux. La vue des objets précieux amassés, fait les voleurs. Supprimez tous les objets capables de tenter, ou du moms leur connaissance, el le monde jouira 'd'une paix po/rfaite. Faites, des hommes, des bêtes de travail productives et dociles; veillez à ce que, bien r&pus, ils ne pensent pas; entravez toute initiative, suppo'imez toute entreprise. Ne sachant rien, les hommes n'auront pas d'envies, ne coûteront pas de surveillance, et rapporteront à l'état.

Chap. 4. Texte.

-A. Le Principe foisonne et produit, mais sans se remplir.

B. Gouffre vide, il paraît être ,( il est) l'ancêtre

d na

été 6

Iiao-tzeu.

cède). Il paraît avoir été ( il fut ) ayant le Souverain.

Résumé des commentaires.

Ce chapitre important est consacré à la description du Principe. A cause de l'abstraction du sujet, et peut-être aussi par prudence, ses conclusions choqiignt les anciennes traditions chinoises, Lao-tzeu emploie trois fois le terme atténué paraître, au lieu du terme catégorique être. — Il ne se prononce pas sur l'origine du Principe, mais le fait antérieur au Souverain des Annales et des Odes. Ce Souverain ne saurait donc être, pour Lao-tzeu, un Dieu créateur de l'univers. Il n'est pas davantage un Dieu gouvernew de l'univers, car jamais Lao-tzeu ne lui fera une 'place dans son système, à ce titre. La déclaration faite ici, qu'il est postérieur au Principe, équivaut donc pratiquement à sa négation. ― Le Principe, en lui-même, est comme un gouffre immense, comme une source infinie. Tous les êtres sensibles sont produits par son extériorisation, par sa vertu tei opérant dans le binôme ciel-terre. Mais les êtres sensibles, terminaisons du Principe, ne s'ajoutent pas au Principe, ne le grandissent pas, ne l'augmentent pas, ne le remplissent pas^ comme dit le texte. Comme ils ne sortent pas de lui, ils ne le diminuent pas, ne le vident pas non plus, et le Principe reste toujours le même. ―

tard souvent ' jproposées à l'imitation du Sage {par ex. chap, :16 ) . Ces qualités sont assez mal définies par les ter.mes positifs paisible, simple, modeste, amiable. Les termes de Lao-tzeu sont plus complexes. Etre mousse, sans pointe ni tranchant. N'être pas emh ouillé, compliqué. N'être pas éblouissant, mais luire d'une lumière tempérée, plutôt terne. Partager volontiers la poussière, la bassesse du vulgaire.

Chap. 5. Texte.

A. Le ciel et la terre ne sont pas bons, pour les êtres qu'ils produisent, mais les traitent comme chiens de paille.

B. A l'instar du ciel et de la terre, le Sage n'est pas bon pour le peuple qu'il gouverne, mais le traite comme chien de paille.

G. L'entre- deux du ciel et de la terre, siège du Principe, lieu d'où agit sa vertu, est comme un soufflet, comme le sac d'un soufflet dont le ciel et

。 D 0 兮, 仞 或存。 E Kirr 不 知誰之 子。 象 帝 W 先。

Lao-tzeu.

le terre seraient les deux ; planches, qui se vide sans s'épuiser, qui se meut exleruant sans cesse, D. C'est là tout ce que nous pouvons entendre du Principe et de son action productrice. Chercher à détailler, par des paroles et des Lombres, serait peine perdue. Tenons-nous-en à celte notion globale.

Résumé des commentaires.

Il y a deux sortes de bonté : la bonté d'ordre supérieur, qui aime l'ensemble, et n'aime les parties intégralités de cet ensemble, que, en tant qu'elles sont parties intégrantes, pas pour ellesmêmes, ni pour leur bien propre ; 2。 la bonté d'ordre inférieur, qui aime les individuSy en eux-mêmes et pour leur bien particulier. Le ciel et la terre qui produisent tous les êtres par la vertu du Principe, les produisent inconsciemment, et ne sont pas bons pour eux, dit le lexle ; I sont bons pour eux, de bonté supérieure, non de bonté inférieure, disent les commentateurs. Cela revient à dire, qu'ils les traitent avec un froid opportunisme, n'envisageant que le bien universel, non leur bien particulier ; les faisant prospérer si utiles, les supprimant quand inutiles. Ce f roid opportunisme est exprimé par le terme chien de paille. Dans l'antiquité, en tête des cortèges funèbres, on parlait des figures de chiens en paille, lesquelles devaient happer au 'passage toutes les influe7ices néfastes. Avant les funérailles^ on les préparait avec soin et on les traitait bien, parce qu'ils seraient bientôt utiles. Après les funérailles,, on les détruisait, parce que devenus nuisibles, farcis qu'ils Maient d'influences nocives happées, comme Tchoang-tzeu nous Vap- ■prend, chap. 14 D. ― Dans le gouverjiement, le Sage doit agir à l'instar du ciel et de la terre. Il doit aimer Vétat, non les particuliers. Il doit favoriser les sujets utiles, et supprimer les sujets inutiles gênants ou nuisibles, selon V opportunité, sans aucun autre égard. L'histoire de Chine est pleine des applications de ce principe. Tel ministre, longtemps cJioyé, est subitement exécuté, parce que l'orientation politique ayant changé, il serait gênant désormais, quels qu'aient été ses mérites antérieurs ; son heure est venue, dans la rév.olution universelle ; chien de paille, il est supprimé. Inutile de démontrer que ces idées sont diamétralement contraires aux notions chrétiennes de la Providence, de V amour de Dieu pour chacune de ses créatures, de grâce, de bénédiction, etc. Bonté d'ordre inférieur que cela.

Lao-tzeu.

dîsent, avec un sourire dédaigneux, les Sages taoïstes. ― Suit la comparaison célèbre du soufflet universel, à laquelle les auteurs taoïstes renvoient tvès. souvent. Elle sera encore développée dans le chapitre suivant. ― Conclusion, c^est là tout ce que Von sait du Principe et de son action. Il produit Vunivers fait d'êtres ,■ mais l'univers seul lui importe, non aucun être. Si tant est que l'on puisse employer le terme importe, d'un producteur qui souffle son œuvre sans la connaUr6. Le Brahman des Védantistes a du moins quelque complaisance dans les huiles de savon qu'il souffle; le Principe des Taoïstes non.

Chap. 6. Texte.

A. La puissance expansive transcendante qui réside dans l'espace médian, la vertu du Principe, ne meurt pas. Elle est toujours la même, et agit de même, sans diminution ni cessation.

B. Elle est la mère mystérieuse de tous les êtres. G. La porte de cette mère mystérieuse, est la racine du ciel et de la terre, le Principe.

D. Pullulant, elle ne dépense pas. Agissant^ elle ne fatigue pas.

Résumé des commentaires.

Il ne faut pas oublier que l'œuvre de Lao-tzeu ne fut pas divisée en chapitres primitivement, et que la division, faite plus tard, est souvent arbitraire, parfois maladroite. Cé chapitre continue et complète les paragraphes C et D du chapitre 5. Il Iraite de la genèse des êtres, par la vertu du Principe, lequel réside dans l'espace médian, dans le sac .du soufflet universel, cl, où tout émane. Les paragraphes A et B, se rap'p orient à la vertu du Principe ; les paragraphes C et D, au Principe lui-même. Le terme porte, idée de deux battants, signifie le mouvement alternatif, le jeu du y inn et du y an g, première modification du Principe. Ce jeu fut la racine, c'est-à- dire produisit le ciel et la terre... En d'autres termes, c'est par le Principe que furent extériorisés le ciel et la terre, les deux planches du sou filet. C'est du Principe qu'émane tei la vertu productrice universelle, laquelle opère, ]mr le ciel et la terre, entre le ciel et la terre, dans l'espace médian, produisant tous les êtî'es sensibles sans épuisement et sans fatigue.

Lao-tzeu.

Chap. 7. Texte.

A. Si le ciel et la terre durent toujours, c'est qu'ils ne vivent pas pour eux-mêmes.

B. Suivant cet exemple, le Sage, eo reculant, s'avance; en se négligeant, il se conserve. Comme il ne cherche pas son avantage, tout tourne à son avantage.

Résumé des commentaires.

Si- le ciel et la terre durent toujours, ne sont pas détruits par des jaloux, des envieux^ des ennemis ,c' est qu'ils vivent jiour tous les êtres, faisant du bien à tous. S'ils cherchaient leur propre intérêt, dit Wang -pi, ils seraient en . conflit avec tous les êtres, ^un intérêt particulier étant toujours l'ennemi de l'intérêt général. Mais, comme ils sont parfaitement désintéressés, tous les êtres affluent vers eux. ― De même, si le Sage cherchait son propre intérêt, il n'aurait que "des ennuis, et ne réussirait à rien. S'il est désintéressé à L'instar du ciel et de la terre, il n'aura que des amis, et réussira en tout. ― Pour arriver à durer, - il faut s'oublier, dit Tchang-houngyang. Le ciel et la terre ne ; pewsenf . pas à soi, aussi rien de plus durable. Si le Sage est sans amour propre, sa personne durera et ses entreprises réussiront. Sinon, il en sera tout autrement. ― Ou-teng rappelle, et avec vtdson, que, par ciel et terre, il faut entendre le Principe agissant par le ciel et la terre. C'est donc le désintéressement du Principe, qui est proposé en exemple au Sage, dans ce chapitre.

Chap. 8. Texte.

A. La bonté transcendante est comme l'eau.

B. L'eau aime faire du bien à tous les êtres ; elle ne lutte pour aucune forme ou position définie, mais se met dans les lieux bcis dont personne ne veut.

En ce faisant, elle est l'image du Principe.

C. A son exemple, ceux qui imitent le Principe, s'abaissent, se creusent; sont bienfaisants, sincères, réglés, efficaces, et se conforment aux temps. Us ne luttent pas pour leur intérêt propre, mais cèdent. Aussi n'éprouvent-ils aucune contradiction.

■Résumé des commentaires.

Ce chapitre continue le précédent.' Après Valtruisme du ciel et de la terre, l'altruisme de Veau

LaO'tzeu.

est proposé en exemple. Ko-tchangkeng résume ainsi : Fuyant les hauteurs, l'eau recherche les profondeurs. Elle n'est oisive, ni le jour, ni la nuit. En haut elle forme la pluie et la rosée, en bas les fleuves et les rivières. Partout elle arrose, elle -purifie. Elle fait du bien et est utile à tous. Elle obéit toujours et ne résiste jamais. Si on lui oppose un ba/nxige, elle s'arrête ; si on lui ouvre une écluse, elle s'écoule. Elle s'adapte également à tout récipient, rond, carré, ou autre. 一 La •pente des hommes est toute contraire. Us aiment naturellement leur profit. Il leur faudrait imiter l'eau. Quiconque s, abaissant servira les autres,

Chap. 9. Texte.

A. Tenir un vase plein, sans que rien découle, est impossible,; 【nieiix eût valu ne pas le remplir. Conserver une lame affilée à l'extrême, sans que son tranchant ne s'émousse, est impossible; mieux eût valu ne pas Faiguiser à ce point. Garder une salle pleine d'or et de pierres précieuses, sans que rien en soit détourné, est impossible ; mieux eût valu ne pas amasser ce trésor.

- Aucun extrême ne peut être maintenu longtemps. A lotit apogée succède nécessairement une décadence. Ainsi de l'homme,..

B. Quiconque, étant devenu riche et puissant, s'en- . orgueill.it, prépare lui-même sa ruine.

G. Se retirer, à l'apogée de son mérite et de sa renommée, voilà la voie du ciel.

Résumé des commentaires.

Un vase absolument plein, déhorde au moindre mouvement, ou perd de son contenu par l'évajjoration. Une lame extrêmement affilée, perd son fil 'par l'effet des agents atmosphériques. Un trésor sera volé ou confisqué, inévitablement. Arrivé au zénith, le soleil baisse; quand elle est pleine, la lune commence à décroître. Sur une roue qui tourne, le point qui a monté jusqu'au faîte, redescend aussitôt. Quiconque a compris cette loi universelle, inéluctable, de la diminution suivant nécessairement l'augmentation, donne sa démission, se relire, aussitôt qu'il se rend compte que sa fortune est à son apogée. Il fait cela, non par crainte de l'humiliation, mais par souci bien entendu de sa conservation ^ et surtout pour s'unir parfaitement à l'intention du destin,,. Quand il

Lao-tzen.

sent que lé temps est venu, dit un commentateur, le Sage coupe ses attaches, s'échappe de sa cage,^ sort du monde des vulgarités. Comme disent les Mutations, il ne sert plus un prince, parce que son cœur est plus haut. Ainsi firent tant de Taoïstes, qui se retirèrent dans la vie privée, en pleine fortune^ et finirent dans l'obscurité volontaire.

Chap. 10. Texte.

A. Faire que le corps, et l'âme spermatique, étroitement unis, ne se séparent pas.

B. S'appliquer à ce que l'air inspiré, converti en âme aérienne, anime ce composé, et le conserve intact comme l'enfant qui vient de naître.

C. S'abstenir des considérations trop profondes, pour ne pas s'user.

D. En fait d'amour du peuple el de sollicitude pour l'état, se borner à ne pas agir.

E. Laisser les portes du ciel s'ouvrir et se fermer, sans vouloir produire soi-même, sans s'ingérer.

F. Tout savoir, être informé de tout, et pourtant rester indifférent comme si on ne savait rien.

G. Produire, élever, sans faire sien ce qu'on a produit, sans exiger de retour pour son action, sans s'imposer à ceux qu'on gouverne.

Voilà la formule de l'acUon transcendante.

Résumé des commentaires. .

L'homme a deux âmes, un double principe de vie. D'abord 魄 p'ai, 鬼 Z'dw?e issue du 白 sperme paternel, principe de la genèse et du développement du fœtus dans le sein maternel. Plus cette âme tient éiroilement au corps, jjIus le nouvel être est sain et solide. Après la naissance, l, absorption et la condensaiion de l'air 氣 oit 云, produisent la seconde âme, 鬼 Vâme 云 aérienne, principe du dévelojjpement ultérieur et surtout de la survivance. 營 camp, terme analogue à 鼓 coquille, le corps. 截 專 différents, pour le parallélisme, faire que. 柔 flexibilité, signifie ici vie, par opposition à la rigidité cadavérique. H 兒 l'enfant noiiveaurné, est, pour les Taoïstes, l'idéale 'perfection de la nature encore absolument intacte et sans aucun mélange. Plus tard cet enfançon sera inierprété comme un 'être transcendant intérieur, principe de la survivance. Voyez, sur son endogenèse, lome I. Introduction page i3. La maladie, les excès, affaiblissent V union

Lao-tzeu. P.-

de l'âme spermatique avec le corps, amenant ain&i la maladie. L'étude, les soucis, usent l'âme aérienne, hâtant ainsi la mort. Entretien du composé corporel et de l'âme aérienne, par une bonne hygiène, le repos, V aérothérapie ; voilà le programme de la vie du Taoïste, ― Pour G, comparez chapitre 2 C D.

Chap. 11. Texte.

A. Une roue est faite de trente rais sensibles, mais c'est grâce au vide central non- sensible du moyeu, qu'elle tourne.

B. Les vaisselles sont faites en argile sens/b/e, mais c'est leur creux non- sensible qui sert.

G. Les trous non-sensibles que sont la porte et les fenêtres, sont l'essentiel d'une maison.

Comme on le voit par ces exemples D. C'est du non-sensible que vient l'efficace, le résultat.

Résumé des commentaires.

Ceci se rattache aux paragraphes A et B du chapitre précédent. Uliomme ne vit pas par son corps sensible, mais par ses deux âmes non - sensibles, la spermatique et Vaérienne. Aussi le Taoïste a-t-il surtout soin de ces deux entités invisibles. Tandis que le vulgaire n'y croit pas, on n'en fait pas cas, parce qu'elles sont invisibles. Ce qui le préoccupe, lui, c'est le matériel, le sensible. Or, dans beaucoup d'êtres sensibles, dit le texte, l'utile, Vefficace, c'est ce qu'ils ont de nonsensible, leur creux, leur vide, un trou. Les commentateurs généralisent et disent : toute efficace sort du vide; un être n'est efficace, qu'en tant qu'il est vide. ― Il paraît que les roues antiques eurent trente rais, 'parce que le mois a trente joîirs.

A. La vue des couleurs aveugle les yeux de l'homme. L'audition des sons lui fait perdre l'ouïe. La gustation des saveurs use son goût. La course et la chasse, en déchaînant en lui de sauvages passions, affolent son cœur.) L'amour des objets rares et d'obtention difficile, le pousse à des efforts qui lui nuisent.

Lao-tzeu.

B. Aussi le Sage a-l-il cure de son ventre, et non de ses sens.

C. 11 renonce à ceci, pour embrasser cela. ( îl renonce à ce qui l'use, pour embrasser ce qui le conserve. )

Résumé des commentaires.

Ce chapitre se rat lâche au précédent. Le ventre est le creux, le vide, donc la partie essentielle et efficace, dans l'homme. Cest lui qui entretient le composé humain et toutes ses parties, par la digestion et l'assimilation. C'est donc lui qui est l'objet des soins judicieux du Sage taoïste. On comprendra, après cela, pourquoi les bedaines sont si estimées en Chine, et fourquoi les gmnds perso7inages du Taoïsme sont le plus souvent représentés très ventrus. Au contraire, l'application des sens, l'exercice de l'esprit, la curiosité, toute activité et toute passion usant les deux âmes et le composé, le Sage s'en abstient soigneusement.

A. La faveur pouvant être perdue, est une source d'inquiétudes. La grandeur pouvant être ruinée, est une source d'embarras.

Que signifient ces deux sentences?

B. La première signifie que, et le soin de conserver la faveur, et la crainte de la perdre, remplissent l'esprit d'inquiétude.

G. La seconde avertit, que la ruine vient ordinairement du trop grand souci pour son agrandissement personnel. Qui n'a pas d'ambition personnelle, n'a pas de ruine à craindre.

D. A celui qui est uniquement soucieux de la grandeur (le l'empire (et non de 】a sienne), à celui qui ne désire que le bien de l'empire (et non le sien propre), qu'à celui-là on confie l'empire, (et il sera en bonnes mains.)

Résumé des commentaires.

Suite du chapitre précédent. Autres causes d'usu7'e, autres précautions à prendre pour l'éviter. Pour ceux qui sont en faveur, qui occupent des positions, le souci de se maintenir, use l'cirne et le corps. Parce quHls sont attachés de cœur, à leur faveur, à Leur position. Bien des Sages taoïstes furent honorés de la faveur des grands, occupèrent de hautes positions, sans inconvénient pour eux, détachés qu'ils étaient de toute affection pour leur situation ; désirant, non se

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