SE
Lie-îzeu, chap. 3 B, G.
matériel, sont fantasmagorie. Les termes vie et mort, désignent la genèse initiale d'un être par l'action de la vertu génératrice, et sa transformation finale par l'influence des agents naturels. La succession de ces genèses, de ces transformations, quand le nombre est plein, sous l'influence du moteur universel, voilà la fantasmagorie. Le Principe premier des êtres, est trop mystérieux, trop profond, pour pouvoir être sondé. Nous ne pouvons étudier que le devenir et le cesser corporel, qui sont visibles et manifestes. Comprendre que l'évolution cosmique consiste pratiquement dans la succession des deux états de vie et de mort, voilà la clef de l'intelligence de la fantasmagorie. Nous sommes sujets à cette vicissitude, toi et moi, et pouvons constater ses effets en nous-mêmes. — Cette instruction reçue, Lao-tch'engtzeu retourna chez lui, la médita durant trois mois, et trouva le secret du mystère, si bien qu'il devint maître de la vie et de la mort, put à volonté modifier les saisons, produisit des orages en hiver et de la glace en été, changea des volatiles en quadrupèdes et réciproquement. Il n'enseigna à personne la formule, que personne n'a retrouvée depuis. D'ailleurs, dit Lietzeu, pour qui possédérait la science des transformations, mieux vaudrait la garder secrète, mieux vaudrait ne pas s'en servir. Les anciens Souverains ne durent pas leur célébrité à des déploiements extraordinaires de science ou de courage. On leur sut gré d'avoir agi pour 】e bien de l'humanité sans ostentation.
G. L'application de l'esprit a huit effets, savoir : la délibération, l'action, le succès, l'insuccès, la tristesse, la joie, la vie, la mort; tout cela tient au corps. L'abstraction de l'esprit a six causes, savoir: la volonté, l'aversion, la pensée intense, le sommeil, le ravissement, la terreur; tout cela tient à l'esprit '1. Ceux qui ne savent pas l'origine naturelle des émotions, se préoccupent de sa cause, quand ils en ont éprouvé quelqu'une. Ceux qui savent que l'origine des émotions est naturelle, ne s'en préoccupent plus, puisqu'ils en savent la cause. Tout, dans le corps d'un être, plénitude et vacuité, dépense et augment, tout est eu harmonie, en équilibre, avec l'état du ciel et de la terre, avec l'ensemble des êtres qui peuplent le cosmos. Une prédominance du y inn, fait qu'on rêve de passer l'eau à gué, avec sensation de fraîcheur. Une prédominance du yang, fait qu'on rêve de traverser le feu, avec sensation de brûlure. Un excès simultané de yinn et de yang, fait qu'on rêve de périls et de hasards, avec espoir et crainte. Dans l'état de satiété, on rêve qu'on donne; dans l'état de jeûne, on rêve qu'on prend. Les esprits légers rêvent qu'ils s'élèvent dans l'air, les esprits graves rêvent qu'ils s'enfoncent dans l'eau. Se coucher ceint d'une ceinture, fait qu'on rêve de serpents; la vue d'oiseaux qui emportent des crias, fait qu'on rêve de voler. Avant un deuil, on rêve de feu; avant une maladie, on rêve de manger. Après avoir beaucoup bu, on fait des rêves tristes ; après avoir trop dansé, on pleure en rêve.. ― Lie-tzeu dit: le rêve, c'est une rencontre faite par l'esprit; la réalité (perception objective ), c'est un contact avec le corps. Les pensées diurnes, les rêves iiocturnes, sont également des impressions. Aussi ceux dont l'esprit est solide, pensent et rêvent peu, et attachent peu d'importance à leurs pensées et à leurs rêves. Ils savent que, et la pensée et le rêve, n'ont pas la réalité qui paraît, mais sont des reflets de la fantasmagorie cosmique.
i. Comparer le Rituel des Tclieou, livre 24.
Lie-tzeu, chap. 3 C, D, E.
Hi
Les Sages anciens ne pensaient que peu quand ils veillaient, ne rêvaient pas quand ils dormaient, et ne parlaient ni de leurs pensées ni de leurs rêves, parce qu'ils croyaient aussi peu aux unes qu'aux autres. ― A l'angle sudouest dé la terre carrée, est un pays dont j'ignore les frontières. Il s'appelle Koii-mang. I,es alternances du y inn et du yang ne s'y faisant pas sentir, -il n'a pas de saisons; le soleil et la lune ne l'éclairant pas, il n'a ni jours ni nuits. Ses habitants ne mangent pas, ne s'habillent pas. Ils dorment presque , continuellement, ne s'éveillant qu'une fois tous les cinquante jours. Ils tiennent p 麵' réalité, ce qu'ils onl éprouvé durant leur sommeil ; et pour illusion, ce qu'ils ont éprouvé clans .l'état de veille. — Au centre de la terre et des quatre mers, est le royaume central ( la Chine), assis sur le Fleuve ■Jaune, s'éîendant du pays, cl 9 Ue jusqu'au mont T'ai-clian, avec une largeur est-ouest de plus de dix-mille stades. Les alternances du yinn et du yang y produisent des- saisons froides et chaudes, la lumière et l'obscurité alternant y produisent des jours et des nuits. Parmi ses habitants, il y a des sages et des sots. Ses produits naturels et industriels sont nombreux et variés. 11 a ses princes et ses fonctionnaires, ses rits et ses lois. On y parle et on y agit beaucoup. Les hommes y veillen' et dorment tour à tour, tenant pour réel ce qu'ils ont éprouvé dans l'état de veille, et pour vain ce qu'ils ont éprouvé dans l'état de sommeil. — A l'angle nord-est de la terre carrée, est le pays de Fou-lao, dont le sol sans cesse brûlé par les rayons da soleil, ne produit pas de céréales. Le' peuple se nourrit de racines et de fruits qu'ils maDgent eras. Brutaux ils prisent plus la force que la justice. Ils sont presque continuellement en mouvement/ rarement au repos. Ils veillent beaucoup et dorment peu. Us tiennent pour réel ce qu'ils ont éprouvé dans l'état de veille.
D. Un certain Yinn, officier des Tcheou, vivait luxueusement. Ses gens n'avaient aucun repos, depuis l'aube ju.squ'à la nuit. Un vieux valet, cassé et infirme, n'était pas moins malmené que les autres. Or, après avoir durement peiné tout le jour, chaque nuit cet homme rêvait qu'il était prince, assis sur un trône, gouvernant un pays, jouissant de tous les plaisirs. A son réveil, il se retr.ouvaitvalet, et peinait comme tel le jour durant. Comme des amis plaignaient son sort, le vieux valet leur dit: je ne suis pas si à plaindre. La vie des hommes se partage également en jour et nuit. Durant le jour, je suis valet et peine; mais durant la nuit, je suis prince et m'amuse beaucoup. J'ai moitié de bon temps ; pourquoi rae plaindrais-je? —— Cependant le maître de ce valet, après une journée de plaisir, rêvait chaque nuit qu'il était valet, surchargé de besogne, ;.' g 難 dé et fustigé. Il raconta la chose à un ami. Celui-ci lui dit: ce doit être que vous excédez, durant le jour, le lot de jouissance que le destin vous a assigné; le destin se compense, par la souffrance de vos nuits. ― L'officier crut son ami, modéra son luxe, traita mieux ses gens, et s'en trouva bien . (Du coup le vieux valet perdit aussi son plaisir nocturne, que le destin lui allouait en compensation de l'excès de ses fatigues diurnes. )
E. Un bûcheron de Tcheng qui faisait des fagots, rencontra un chevreuil égaré, qu'il tua et cacha dans un fossé sous des branchages, comptant revenir
M 鹿今 據有 此鹿請 二 之 s SS 鄭翁。 鄭君 曰, 嘻、 士 :帥 將復夢 人 鹿 乎, 訪 之 画
m 巫 "hi, 禱 之 弗 禁、 謁 醫而 攻之弗 已。 魯 有 儒生自 媒能治 之 、華 子之妻 子、 以 居
產之半 請 其 方。 懾生 曰, 此 固非卦 兆之所 占、 非 祈 請 之 所 躊、 非 藥 hP 之所 攻。 吾
試 化 其 心、 變 其 慮、 庶 幾 其 鎮 乎。 於 是、 試 露 之而求 衣, ê 之而求 食、 幽 之 fi 求明。
儒生 砍然告 其 子 ET 疾可已 也、 然 吾之 方密傳 世、 不 s 告人 試。 屛 左 右、 獨 與居
Lie-tzeu, chap. 3 E, F. "3
l'enlever en cachette. N'ayant pu retrouver l'endroit, il crut avoir rêvé, et raconta l'histoire. Un de ses auditeurs, suivant ses indications, trouva le chevreuil et le rapporta chez lui. Le rêve, de ce biicheron était réel, dit-il aux gens de sa maison. Réel pour toi, dirent ceux-ci, puisque c'est toi qui as eu l'objet. ― Cependant, la nuit suivante, le bûcheron eut révélation, en songe, que son chevreuil avait été trouvé par un tel, qui le cachait dans sa maison. Y étant allé de grand matin, il découvrit en effet le chevreuil, et accusa un tel par devant le chef du village. ― Celui-ci dit au bûcheron : Si tu as tué ce chevreuil étant en état' de veille, pourquoi as-tu raconté que tu l'as tué en rêve? Si tu as tué un chevreuil en rêve, ce ne peut pas être ce chevreuil réel. Donc, puisqu'il ne conste pas que tu as tué la bête, je ne puis pas te l'adjur ger. Par ailleurs, ton adversaire l'ayant trouvée sur les indications de ton rêve, et toi l'ayant retrouvée par suite d'un autre rêve, partagez- la entre vous deux. 一 Le jugement du chef de village ayant été porté à 】a connaissance du prince de Tcheng, celui-ci le renvoya à l'examen de son ministre. Le ministre dit: Pour décider de ce qui est rêve et de ce qui n'est pas rêve, et du droit en matière de rêve, Hoang-ti et K'oung-lc'iou sont seuls qualifiés. Gomme il n'y a actuellement ni Roang-ti ni ICoung-k'iou pour trancher ce litige, je pense qu'il faut s'en tenir à la sentence arbitrale du chef de village.
F. A Yang-li dans la principauté Song, un certain Hoa-tzeu d'âge moyen, fit une maladie qui lui enl'eva complètement la mémoire. Il ne savait plus le soir qu'il avait fait telle acquisition le matin ; il ignorait le lendemain qu'il avait fait telle dépense le jour précédent. Dehors il oubliait de marcher, à la maison il ne pensait pas à s'asseoir. Tout souvenir- du passé s'effaçait pour lui au fin' el à mesure. ― Un lettré de la principauté de Lou, s'offrit à traiter ce cas d'amnésie. La famille de Hoa-tzeu lui promit la moitié de sa fortune, s'il réussissait. Le lettré dit: contre cette maladie, leé incantations, les prières, les drogues et l'acuponcture, sont sans effet. Si j'arrive à res ty 1er son esprit, il guérira ; sinon, non. 一 Ayant ensuite constaté expérimentalement, que le malade demandait encore des habits quand il était nu, des aliments quand il avait faim, et de la lumière en cas d'obscurité, il dit à la famille : Il y a espoir de guérison. Mais, mon procédé est secret ; je ne le communique à personne... Sur ce, il s'enferma seul avec le malade, lequel, au bout de sept jours, se trouva guéri de cette amnésie vieille de plusieurs années. ― Mais, ô surprise! Dès que la mémoire lui fut revenue, Hoa-tzeu entra darit uae grande colère, lit de sanglants repmches à, sa famille, prit une lance et mit le lettré en faite. On se saisit de lui, et on lui demanda la raison de cette fureur. Ah! dit-il, j'étais si heureux, alors que je ne savais même pas s'il y a un ciel et une terre ! Maintenant il me faudra de nouveau enregistrer dans ma mémoire, les succès et les insuccès, les joies et les peines, le mal et le bien passés, et m'en préoccuper pour l'avenir. Qui me rendra, ne fût-ce que pour un moment, le bonheur de rinconscieuce? ! ― Tzeu-koung ayant appris cette histoire, en fut très étonné, et en demanda l'explication à Confucius. Tu n'es pas capable de comprendre cela (esprit
.P 得失 哀樂 好惡 之 亂 吾 心、 如此也 須臾之 忘 可 復得 乎。 子 貢閬 fi 怪之 告
4 人哭 7 自 禁。 同 行者豳 然大笑 or 予 昔 絲若此 晉 國 耳。 其 人 大 慙。 及 至 燕, 眞 見
Lie-tzen, cbap. 3 F, G, H.
trop pratique), dit Confucius ; Yen-hoei (le contemplatif abstrait) comprendra mieux.
G. Un certain P'ang de la principauté TsHnn, avait ud fils. Tout petit, cet enfant parut intelligent. Mais, quand il grandit, sa mentalité devint fort étrange. Le chaut le faisait pleurer, le blanc lui paraissait noir, les parfums lui paraissaient puants, le sucre amer, le mal bien. En un mol, pensées et choses, en tout et pour tout, il était le contraire des autres hommes. ― Un certain Yang dit à son. père : ce cas est bien extraordinaire, mais les lettrés de Lou sont très savants; demandez-leur conseil. — Le père du déséquilibré, alla donc à Lou. Comme il passait par Tch,enn, il rencontra Lcio-tan, et lui raconta le cas de son fils. Lao-tan lui répondit: c'est pour cela que tu tiens ton fils pour fou? Mais les hommes de ce temps en sont tous là. Tous prennent le mal pour le bien, tenant leur profit pour règle des mœurs. La maladie de ton fils, est la maladie commuae ; il n'est personne qui n'en souffre pas. Un fou par famille, une famille de fous par village, un village de fous par principauté, une principauté de fous dans l'empire, ce serait tolérable, à la rigueur. Mais maintenant, l'empire entier est fou, de la même folie que ton fils; ou plutôt, toi qui penses autrement que tout le monde, c'est toi qui es fou. Qui définira jamais la règle des sentiments, des sons, des couleurs, des odeurs, des saveurs, du bien et du mal? Je ne sais pas au juste si moi je suis sage, mais je sais certainement que les lettrés de Lou (qui prétendent définir ces choses), sont les pires semeurs de folie. Et c'est à eux que tu vas demander de te gu;rir ton fils?! Crois-moi, épargne les frais d'un voyage inutile, et l'e tourne chez toi par le plus court chemin.
H. Un enfant né dans la priucipauté de Yen (tout au nord), avait, été transporté et élevé dans le royaume de Tch'ou (tout au sud de l'empire), où il passa toute sa vie. Vieillard, il retourna dans son pays natal. A mi-chemin, comme il approchait du chef-lieu de Tsinn, ses compagnons de voyage lui dirent, pour se moquer de lui: Voici le chef- lieu de Yen ta patrie... Notre homme les crut, pâlit et devint triste. 一 Puis, lui montrant un tertre du génie du sol, ils lui dirent: voici le tertre de ton village natal... L'homme soupira douloureusement. 一 Puis -ils lui raontrsi-ent une maison et dirent : voici la demeure de tes ancêtres... L'homme éclata en pleurs. ― Enfin, lui montrant des tombes quelconque, ils lui dirent: et voilà leurs tombeaux... A ces mots notre homme éclata en lamentations. ― Alors ses compagnons se moquant de lui, lui découvrirent leur supercherie. Nous t'avons trompé lui' dirent-ils. C'est ici Tsinn; ce n'est pas Yen. ― Notre homme fut très confus, et brida désormais ses sentiments. Si bien que, quand il fut arrivé à Yen, et vit vraiment son chef-lieu, le tei'ti'e de son village, la demeure de ses ancêtres et leurs sépultures, il n'éprouva que peu ou pas â'émotion'' .
1. Pour les taoïstes, lo senlimeiil est une erreur, l'émolion est une faute.
曹 哉、 汝之 意 失 矣。 此 吾 昔日之 曹 爾、 請 以 今 曾 爲 正 也。: ès 徒知樂 天知命 之無
■•^ .所 不 爲。 詩書 禮樂, 何棄 之有, 革 之 何爲。 顔 间北 面拜手 RTE 亦 得^- 矣。出,告 子
Chap. 4. Extinction et nnlôn.
A. Tchowïg-ni méditait dans la rètraite. Tzeti-koung étant entré pour le servir, le trouva triste. N'osant pas lui demander ce qui l'affligeait, îl sortit et avertit Yen-hoei (le disciple favori). Celui-ci f)fîl éa cithare et se mit à chanter. Confucius l'entendit, l'appela et lui demanda : pourquoi ës-tu si joyeux? 一" Et pourquoi êtes-vous triste? demanda Yen-hoei. — Dis-moi d*àbord pourquoi tu ês joyeux, fit Gonfacius. ― Yen-hoei dit: Vmis ïn'avéz enseigné jadis, que faire plaisir au ciel et se soumettre au destin, chassait toute tristesse. Je fais cela. De là ma joie. ― Gonfucius, l'air somÈt-e, se récuiBillit un instant, puis dit: J'ai prononcé' ces paroles, c'est vrai; mais tu ne les as pas Men comprises. D'ailleurs moi-même j'ai dû en modifier l'iiitérprêtation depuis.*. Toi, tu les as prises dans le Sens restreint du travail de l'amendément pèrsounel, de la patience dans la pauvreté et les vicissitudes, du repos de l'esprit en toute occutreoce. Âyâtit réussi en cela, tti éprouvés de la joie... Moi, je les ai entendues dans un sens plus large .J'ai voulu, coopérant avec le ciél et le destin, amender par mes livres la prinéipauté de'JLoM, l'empire tout entier, le temps présént èt les âges à venir. Or les princes ne m'ont pas secondé. Mes doctrines n'ont pas été acceptées. Ayant échoué dans te présent et pour une seule principauté, qiiel espoir piiis-je avoif de téusâîr dans l'avenir et pour l'empire tout entier ? D'abord je m'affligeai de cet insuccès die més livres, Ife jugeant contraire aux vues du ciel et aux arfêls du destin. Mais depuis j'ai vu plus clair. J'ai compris que j'avais mal entendu les àaciéns textes, en lés prenant au sens littéral. Intention dii ciel, arrêt du destih, ce sont là des mâniérés de dire, des figures oratoires. Cela étant, il n'y a rien qui vaille la peine d'être aimé, d'être désiré, d'être déploré, d'être fâit. Peu m'importe désormais le succès ou l'iusuccès de mes livres. 一 YeH' hoei salua Confucius et dit: Maître, je pense comme vous... Puis, étant sorti, il dit la chose à Tzeu-koUng. Celui-ci faillît en perdre la tête. Il quitta Coiifùcius, retourna chez lui, médita durant sept jours et sept nuits sans dormir et sans manger, devint- maigre comme un squelette. Cependant Yen-hoei étatit allé lui parler, ébranla sa foi dans le sens littéral des anciens tëxtés, mais sans arriver à l'élever jusqu'à l'indifférence taoïste. Izeu-koung revint chez Confucius, et rabâcha saris y croire les 'Qdes et les Annales jusqu'à la fia de ses jours.
B. Un officier de ! Tc/i'enn en mission dans la principauté de Jloi*, vit en particulier un certain Chousounn, qui lui dit: Nous avons ici un Sage. 一 &e sérait-cè pas K'oûng-k'iou (Confucius)? demanda l'officier. ― C'est lui, dit Chousounn. ― Comment savez-vous que c'est vraiment un Sage? dëmanda l'officier. ― Parce que, dit Chousounn, j'ai ouï dire à son disciple Yehîïoei, que K'ourig-k'iou pense avec son corps. "― • Alors, dit l'officier, nous avons aussi un Sage, K'ang-ts'ang-tzeu, disciple de Lao-tan, qui voit avec
Lie-tzèu, chap. 4 B, C, D.
目之 用。 魯 侯 or 此 增 異 矣, 其 道 0 何、 寡 A 0 願 聞, 之。 艽 倉 子 曰、 我體 合 於 心、 心
i 者, 聖 則 丘 弗知。 tr 三. 皇 聖 者^。 孔 子 曰二二 皇 善 任因時 者、 聖 則丘弗 知。 商 太
不 聖 歟" 商 太宰獸 然. 心; Si 曰 U 孔 丘欺 我哉。 D 子夏間 孔子 曰、 顔 间 之爲 人奚. 若
子。 曰, 同 之 仁 於 丘 也。 nr. 子 貢 之 爲人奚 若 子 "曰 ë 之辯 賢 於 丘 也。 Rr 子.. 路.
爲 人奚若 子。 曰, 由 .之. 勇.. 贅 於 Ay 也。 HT 子, 張, W 爲 人 奚 若子 -nr. 師 之 莊: 賢 於 丘 也一
Lie-tzeu, chap. 4 B, C, D. 119:
ses oreilles et entend avec ses yeux. —- Ce propos de ■ l'officier de Tch'énn ayant été rapporté au prince de Lou, celui-ci très iotrigué envoya un ministre de-rang supérieur porter à K'ang-ts'ang-tzeu de riches présents et l'inviter à sa cour. K'ang-ts'ang-tzeu se rendit à l'invitation. Le pi'ince le. reçut avec le plus grand respect. D'emblée K' ang-ts' ang-tzeu lui dit: On vous a mal renseigné, en vous disant que je vois avec mes oreilles et que j'entends avec mes yeux'; un organe ne peut pas être employé pour un autre. — Peu importe, dit'le prince ; je désire connaître votre doctiine. 一~ Voici, fit IC angts' ang-tzeu : Mon corps est intimement uni à mon esprit; mon corps. et mon esprit sont intimement unis à la matière et à la force cosmiques, lesquelles son,t inlioiement unies au néant de forme pi imordial, l'être infini indéfini, le Principe. Par suite de cette union intime, toute dissonance ou toute consonance qui se produit dans l'harmonie universelle, soit à distance infinie soit tout près, est perçue de moi, mais sans que je puisse dire par quel organe je la perçois. Je sais, sans savoir comment j'ai su '、 一 Cette explication plut beaucoup au prince de Lou, qui la communiqua le lendemain à Confucius. Celui-ci sourit sans rien dire -.
G. Le ministre de Song ayant rencontré Confucius, lui demanda: ôtesvous vraiment un Sage? ― Si je l'étais, répondit Confucius, je ne devrais pas dire que oui. Je dirai donc seulement, que fai beaucoup étudié et appris. 一 Les trois premiers empereurs furent-ils des Sages? demanda 】e ministre... Ils ont IMen gouverné, ils ont été prudents et braves; je ne sais pas s'ils ont clé des Sages, répondit Confucius. ― Et les cinq empereurs qui leur succédèrent? demanda le ministre... Ceux-là, dit Confiicius, ont aussi bien gouverné ; ils ont été bons et j us tes ; je ne. sais pas s'ils ont été des Sages. . 一 Et les U'ois empereurs qui suiviienL? demanda le ministre... Ceux-là, dit Cou - 1 Ileitis, ont aussi .lîieii gouverné, selon les temps et les circonstances:'; je ne - ; -ais pas s'ils ont été des Sages. ― Mais alors, dit le ministre très étonné, qui (Ijuc tenez-vous pour sage? ― Confucius prit un air très sérieux, se recueillit un instant, puis dit: Parmi les hommes de l'Ouest 3, il y en a dont 'on dit, qu'ils maintiennent la paix sans gouverner, qu'ils inspirent la confiance sans parler, qu'ils font que tout marche sans s'iiigérer, si imperceplibleiïiejit, si iiiipersoniielleraeut, que le peuple ne les connaît môme pas. de mm. Je pense que ceux-là sont des Sages, s'il eu est d'eux comme on dit. ―' Le ministre (lo Song n'en demanda pas davantage. Après y avoir pensé, il , dit : K'oungïriou m'a l'ait la leçon. . ;
D. Tzea-hia demanda à Confucius: Yen-lioei vous vaut-il?.. , Gomme Ijonté, dit Confucius, il me dépasse. ― Et Tzeu-koimg9 demanda Tzeu.-hia... Comme discernement, dit Confucius, Tzeu-koung me dépasse, ― Et Tscmlou? demanda Tzeu-hia... Comme bravoure., dit Confucius, Tzeu-loù!me dépasse .— Et Tzeu-tchang ? demanda Tzeu-hia... Comme tenue, dit CoaÇucius,
•j. Connaissance laoïslc parfaite; consonance de deux inslriimciUs accordés sur le mûrae:ton,, le- cosmos; et l'indiviiUi, perçue par le sens iiilirac, lo sens global. ' - - - '- V -
2. Soucirc d'approbation. Lui aussi étant devenu taoïste, il n'uvaU rien à dire, dit la gîosc. .. .
3. Fiction, dit lu glose. Cunl'ucius lait ki leçon au ministre, ou louaiU dus Sages imay-iiKiires, île ratrè'loul le CO 11 Lia ire tic ce qu'il faisait. Il ne f;iuL pas vouloir tirer du ce texte un renseignement géographique ou hisloriiliic, 'iiiii ii.'y esl.pas coutenu. -., .. - :"■
郭 子邀 墻 二十年 H- « 講 請, M 遍於道 目若不 « 見 者。 ra 之徒^以爲子列^^'
南 郭 子, 魏 充 心 虚, 耳 無 ST 目 無 見、 口 無 曹, 心 無 條、 形 無 惕、 往 勝 奚 爲。 雖 然 読 與
^ 若零 直而在 雄者。 子. 列子之 徒駭之 ,反舍 咸有疑 色.。 子列子 Rr 得意者 無香。 進
. 矣。 m 後 眼 如 耳、 耳 如 鼻, 鼻 如口、 口無? HT 心凝形 雜, 骨 肉 都 融。 不 覺形之 5è 倚,
Lie-tzeu, chap. 4 D, E, F.
Tzeu-tchang me dépasse. —— Très étonné, Tzeu-hia se leva et demanda: Mais alors, pourquoi ces quatre hommes restent-ils encore à votre école? ― Voici pourquoi, dit Confucius. Yen-hoei, si bon, ne sait pas résister. Tzeukoung, si clairvoyant, ne sait pas céder. Tzeu-lou, si brave, manque de prudence. Tzeu-tchang, si digne, n'a pas d'entregent. S'ils me dépassent chacun par quelque qualité, ils me sont tous inférieurs par quelque défaut. C'est à cause de ce défaut, qu'ils restent à mon école, et que j'accepte de les traiter en disciples.
E. Devenu maître â son tour, Lie-tzeu le disciple de maître Linn de Hou,k,iou., l'ami de Pai-houmi - ou-jenn, demeurait dansle faubourg du sud, (où demeurait aussi le célèbre taoïste dont oa ne connaît que l'appellatif Nan-kouO'tzeu, maître du faubourg du sud), Lie-tzeu disputait chaque jour avec quiconque se présentait, sans même se préoccuper de savoir à qui il avait affaire. Pour ce qui est de Nan-kouo-tzeu, il fat son voisin durant vingt ans sans lui faire visite, et le rencontra souvent dans la rue sans le regarder. Les disciples en conclurent, que les deux maîtres étaient ennemis. Un nouveau-venu de Tch'ou, demanda naïvement à Lie-tzeu pourquoi? Lie-tzeu lui dit: il n'y a, entre Nan-kouo-tzeu et moi, aucune inimitié. Cet homme cache la perfection du vide sous une apparence corporelle. Ses oreilles n'entendent plus, ses yeux ne voient plus, sa bouche ne parle plus, son esprit ne pense plus. Il n'est plus capable d'aucun intérêt; donc inutile d'essayer d'avoir avec lui aucun rapport. Si vous voulez, nous allons en faire l'expérience. 一 Suivi d'une quarantaine de disciples, Lie-tzeu alla chez Nan-kouo-tzeu. Celui-ci était de fait si perdu dans l'abstraction, qu'il fut impossible de nouer avec lui aucune conversation. H jeta sur Lie-tzeu un regard vague, sans lui adresser une seule parole ; puis, s'adressant aux derniers des disciples, il leur dit : je vous félicite de ce que vous cherchez la vérité avec courage... Ce fut tout. ― Les disciples rentrèrent très étonnés. Lie-tzeu leur dit: de quoi vous étonnez-vous? Quiconque a obtenu ce qu'il demandait, ne parle plus. 11 en est de môme du Sage, qui se tait, quand il a trouvé 】a vérilé. Le silence de Nan-kouo-tzeu est plus significatif qu'aucune parole. Son air apathique couvre la perfection de la science. Cet homme ne parle et ne pense plus, parce qu'il sait tout. De quoi vous étonnez-vous?
F. Jadis quand Lie-tzeu était disciple, il mit trois ans à désapprendre de juger et de qualifier en paroles ; alors son maître Lao-chang l'hooora pour la première fois d'un regard. Au bout de cinq ans, il ue jugea ni ne qualifia plus même mentalement ; alors Lao-chang lui sourit pour la première fois. Au bout de sept ans, quand il eut oublié la distinction du oui et du non, de l'avantage et de l'inconvénient, son maître le fit pour la première fois asseoir sur sa natte. Au bout de neuf ans, quand il eut perdu toute notion du droit et du tort, du bien et du mal, et pour soi et pour autrui; quand il fut devenu absolument indifférent à tout, alors la communication parfaite s'établit pour lui entre le monde extérieur et son propre intérieur. 11 cessa de se servir de ses sens, (mais connut tout par science supérieure universelle et abstraite). Son esprit se solidifia, à mesure que son corps se dissolvait ; ses os et ses chairs se liquéfièrent (s'éthérisèrent ) ; il perdit toute sensation du siège sur lequel il était assis, du sol sur lequel ses pieds appuyaient; il perdit toute intelligence des idées formulées, des paroles pro-
122 Lie-tzeu, chap. 4 F, G, H, I.
Lie-tzeu, chap. 4 F, G, H, I. 123
noncées; il atteignit ci cet état, où la raison immobile n'est plus émue par rien,
G. Quand il était jeune disciple, Lie-tzeu aimait à se promener. Son, maître Ilou-k'iou-tzeu lui faisant rendre compte, lui demanda: Qu'aimes-tu clans la promenade?.. Lie-izeu dit: En général, c'est une détente reposante; beaucoup y clierclient le plaisir de considérer; moi j'y trouve le plaisir de méditer; il y a promeneurs et promeneurs ; moi je diffère du commun. "-^ Pas tant que tu crois, dit Hoii-k'iou-tzeu ; car, comme les autres, tu t'amuses. Eux s'amusent visuellement, toi tu t'amuses mentalement. Grande est la différence, entre la méditation extérieure, et la contemplation intérieure. Le méditatif tii'e son plaisir des êtres, le contemplatif le tire de soi. Tirer (1g soi, c'est la promenade parfaite ; tirer des êtres, c'est la promenade imparfaite. ― Après cette instruction, Lie-tzeu crut bien faire en renonçant absolument à se. promener. Ce n'est pas ainsi que je rentencls, lui dit Hou-kHoutzeu ; promène- toi, mais parfaitement. Le promeneur parfait marche sans savoir où il va, regarde sans se rendre compte de ce qu'il voit. Aller partout et regarder tout dans cette disposition mentale ( abstraction totale, vue globale, rioii en détail), voilà la promenade et la contemplation parfaites. Je ne t'ai pas intordit toute promenade; je t'ai conseillé la promenade parfaite.
H. Loung-chou dit au médecin Wenn-tcheu : Vous êtes un diagnosticien habile. Je sais malade. Pourrez-vous me guéi'ir? ― S'il plaît au destin, je le pourrai, dit Wenn-tcheu. Dites-moi ce dont vous souffœz. 一 Je souffre, dit Loung-chou, d'un mal étrange. La louange me laisse froid, le dédain ne m'affecte pas ; un gain ne me réjouit pas, une perte ne m'attriste pas; je regarde avec la même indiirérence, la mort et la vie, la richesse et la pauvreté. Je ne fais pas plus de cas des hommes que des porcs, et de moi que des autres. Je me sens aussi étranger dans ma maison que dans une hôtellerie, et dans mon district natal que clans un pays barbare. Aucune distinction ne m'allèche, aucun supplice ne m'effraye; fortune ou infortune, avantage ou désavantage, joie ou tristesse, tout m'est égal. Cela étant, je ne puis me résoudre à servir mon prince, à frayer avec mes parents et amis, à vivre avec ma femme et m es. en fonts, à m'occuper de mes serviteurs. Qu'est-ce que cette maladie-là? Par quel remède peut—elle être guérie? —— Wenn-tcheu dit à Loung-chou de découvrir son buste. Puis, l'ayant placé de manière que le soleil donnât en plein sur son dos nu, il se plaça devant sa poitrine, pour examiner ses viscères, par transparence. Ah ! dit-il soudain, j'y suis! Je vois votre cœur, comme un petit objet vide, d'un pouce carré. Six orifices sont déjà parfaitement ouverts, le septième va se débouclier. Vous souffrez de la 'sagesse des Sages. Que peuvent mes pauvres remèdes contre un mal pareil ? ^
I. N'ayant pas eu de cause, vivre toujours,- c'est une voie, (celle du Principe seul) 2. Etant né 'd'un vivant, ne pas cesser d'être après une longue du-
^1. Loung-chou est un imlifTérenl laoïsle presque parfait. Il ne lui reste plus qu'à se défaire de l'illusion de preiiilre sa sagesse pour une maladie et de vouloir en guérir.
Certains mcmlircs de ce parngi-aplie insérés uniquement pour cause ilc parallélisme, sont ineptes. Le sens général est qu'il y a deux états, celui de vie et celui tic mort ; que l'inaclion fait durer la vie, que l'aclion est : un. suicide. iSous savons cela.
I 豕之 類乎。 伯豐 子 K: 應。 伯豐子 之 從者越 次而進 or 大夫 H: 閬 齊詹之 多 機 乎。