I 糧。. 之二蟲 夂何知 。小 知不及 大知。 小年不 及大年 。奚 SS 知其 然也。 朝 菌不知
里、 未 有 知其隋 者、 其 名 爲 観。 有鳥 焉、 其 名. 爲 鵬、 背 若 泰 山 「翼 若 垂天之 ST 得 扶
Tchoang-tzeu, chap, i A, B.
Chap. 1. Vers l'idéal.
A. S'il faut en croire d'anciennes légendes, dans l'océan septentrional vit un poisson immense, qui peut prendre la forme d'un oiseau. Quand cet oiseau s'enlève, ses ailes s'étendent dans le ciel comme des nuages. Rasant les Ilots, dans la direction du Sud, il prend son élan sur une longueur de trois mille stades, puis s'élève sur le vent à la hauteur de quatre-vingt-dix mille stades, dans l'espace de six mois ^. ― Ce qu'on voit là-haut, dans l'azur, sont-ce des troupes de chevaux sauvages qui courent? est-ce de la maliére pulvérulente qui voltige? sont-ce les souffles 2 qui donnent naissance aux ôlres?.. Et l'azur,, est-il le Ciel lui-même? Ou n'est-ce que la couleur du lointain ititini, dans lequel le Ciel,- l'être personnel des Annales et (les Odes, se cache?. . Et, de là-haut, voit-on cette terre? et sous quel aspect?.. Mystàresl ― Quoi qu'il en soit, s'élevant du vaste océan, et porté par la grande masse de l'air, seuls supports capables de soutenir son immensité, le grand oiseau plane à une
altitude' prodigieuse. Une cigale à peine éclose, et un tout jeune pi-
geon^ l'ayant vu, rirent du grand oiseau et dirent: A quoi bon s'élever si haut? Pourquoi s'exposer ainsi? Nous qui nous contentons de volei' de branche en branche, sans sortir de la banlieue; quand nous tombons par terre, nous ne nous faisons pas de mal ; chaque jour, sans la ligue, nous trouvons notre nécessaire. Pourquoi aller si loin? Pourquoi monter si haut? Les soucis n'augmentent-ils pas, en proportion de la distance et de l'élévation'?\ ; Propos de deux petites bêtes, sur un sujet dépassant leur compétence. Un petit esprit ne comprend pas ce qu'un grand esprit embrasse. Une courte expérience ne s'étend pas aux faits éloignés. Le champignon qui ne dure qu'un matin, ne sait pas ce que c'est qu'une lunaison. L'insecte qui ne vit qu'un été, n'en lend rien à la succession des saisons. Ne demandez pas, à des êtres éphémères, dos renseignements sur la grande tortue dont la période est de cinq siècles, sur le grand arbi'e dont le cycle est de huit mille années 3. Même le vieux P'eng-tsou ne vous dira rien, de ce qui dépasse les huit siècles que 】a tradition lui prête. A chaque être, sa formule de développement propre. *
1. Allégorie aiialoyiio à colle do l'ascension el de la dcsf.eiiln annueile du dragon. Nuages du Non.!, condensés en pluie au Sud. Vapeurs rendues par le Sud au Nord - Cycle annuel de eleux fois six mois.
2. Souffles du grand soufflet (le la nature. Lao-tzeu chap. 5 C, page 21.
3. Légendes. P'eng-tsou aurait eu 767 ans, en 1123 avant J.G. .
4. Ici, tout ce ijiii précède A, est rcjiétc une seconde l'ois B. Même fond, autre forme. Fragment ajouté au premier, dans la rédaction tléfinilivc, probabiemeiU.
列 子御風 fi 行,
爾 蓬 蓠 之 簡、 此 亦 飛 ^SJ 至 也。 而 彼 且
也 不亦難 乎。 時 雨降矣 Fi ,浸灌 ,其
矣。 肩 吾間於 連叔曰 、吾 ffl 香 於 接
Tchoang-tzeu, chap. 1 C, D. 2H
G. II est des hommes presque aussi bornés que les deux petites Mtes susdites. Ne comprenant que la routine de la vie vulgaire, ceux-là ne sont bons qu'à être mandarins d'un district, ou seigneur d'un fief, tout au plus. ― Maître Joung de Song fut supérieur à cette espèce, et plus semblable au grand oiseau. Il vécut, également indifférent à la louange et au blâme. S'en tenant à son propre jugement, il ne se laissa pas influencer par l'opÎDÎon des autres. Il ne distingua jamais entre la gloire et la défaveur. Il fut libre des liens des préjugés humains. ― Maître Lie de Tcheng fut supérieur à Maître Joung, et encore plus semblable au grand oiseau. Son âme s'envolait, sur l'aile de la contemplation, parfois pour quinze jours, laissant son corps inerte et insensible. Il fut presque libre des liens terrestres. Pas tout à fait, pourtant; car il lai fallait attendre le rapt extatique; un reste de dépendance. — Supposons maintenant un homme entièrement absorbé par l'immense giration cosmique, et se mouvant en elle dans l'infini. Celui-là ne dépendra plus de rien. Il sera parfaitement libre, dans ce sens que, sa personne et son aclion , seront unies à la yersonne et à l'action du grand Tout. Aussi dit-on très justement: le sur-homme n'a plus de soi propre ; l'homme transcendant n'a plus d'aclion propre; le Sage n'a plus même un nom propre. Car il est un avec le Tout.
D. Jadis l'empereur Yao voulut céder l'empire à -son ministre Ha-you. Il lui dit: quand le soleil ou la lune rayonnent, on éteint le flambeau. Quand la pluie tombe, on met de côté l'arrosoir. C'est grâce à vous que l'empire prospère. Pourquoi resterais-je sur le trône? Veuillez y monter!.. Merci, dit Huyou; veuillez y rester! C'est, vous régnant, que rem pire a prospéré. Que m'im porto, à moi, mon renom personnel? Une branche, dans ia forêt, suffit à l'oiseau pour se loger. Un petit peu d'eau, bu à la rivière, désaltère le rat. Je n'ai pas plus de besoins que ces petits êtres. Restons à nos places respectives, vous et moi. ― Ces deux hommes atteignirent à peu près le niveau de Maître Joung de Song. L'idéal taoïste est plus élevé que cela. —— Un jour Kien-ou dit à lÀen-cliou : J'ai ouï dire à Tsie-u des choses exagérées, extravagantes... Qu'a-t-il dit? demanda Lien-chou... H .a dit que, dans la lointaine île Kou-chee, habitent des hommes transcendants, blancs comme !a neige, frais comme des enfants, lesquels ne prennent aucune sorte d'aliments, mais aspirent le vent et bbiveQt la rosée. Ils se promènent dans l'espace, les nuages leur servant de chars et les dragons de montures. Par l'influx de lear transcendance, ils préservent les hommes des maladies, et procurent la mat 鎖 Uou des moissons. Ce sont là évidemment des folies. Aussi n'en ai-je rien cru... Lien- chou répondit: L'aveugle ne voit pas, parce qu'il n'a pas d'yeux. Le sourd n'entend pas, parce qu'il n'a pas d'oreilles. Vous n'avez pas compris Tsie-u, parce que vous n'avez pas d'esprit. Les surhommes dont il a parlé, existent. Ils possèdent même des vertus bien plus merveilleuses, que celles que vous venez d'én umérer. Mais,, pour ce qui est des maladies et des vnoissons, ils s'en occupent si peu, que, l'empire tombàt-il en ruines et tout le monde leur demandàt-il secours, ils ne s'en raettraient pas en peine, tant ils sont indifférents, à tout." Le surhomme D'est atteint par rien. Un déluge universel ne le submergerait pas.
也。 莊子 曰, 子 不獨 見狸独 乎、 卑 身而伏 以候敖 者, 東 西 跳 梁, HT 避 高 下中於
Tchoang-tzeii, chap, i D, E, F. 213
Uae conflagration universelle ne le consumerait pas i. Tant il est élevé audessus de tout. De ses rogimi'es et de ses déchets, on ferait des Yao et des Chounn 2. Et cet homme-là s'occuperait de choses menues, comme sont les ^naissons, le gouvernement d'un état? Allons donc! ― Chacun se figure l'idéal à sa manière. Pour le peuple de Song, l'idéal, c'est d'êlre bien vêtu et bien coiffé; pour le peuple de Ue, l'idéal, c'est d'être tondu ras et habillé d'un tatouage. L'empereur Yao se donna beaucoup de peine, et s'imagina avoir régné idéalement bien. Après qu'il eut visité les quatre Maîtres, dans la lointaine île de Kou-chee, il reconnut qu'il avait lout gâté. L'idéal, c'est l'indifférence du sur-homme, qui laisse tourner la voue cosmique.
E. Les princes vulgaires ne savent pas employer les hommes de cette envergure, qui ne donnent rien dans les petites charges, leur génie y étant à V étroit. -- Maître Hoei 3 ayant obtenu, dans son jardin, des gourdes énormes, les coupa en deux moitiés qu'il employa comme bassins. Trouvant ces bassins trop grands, il les coupa, chacun en deux quarts. Ces quarts ne se tinrent plus debout, et ne purent plus rien contenir. Il les brisa... Vous n'êtes qu'un sot, lui dit Tchoang-tzeu. Vous n'avez pas su tirer parti de ces gourdes rares. Il fallait en faire des bouées, sur lesquelles vous auriez pu franchir les fleuves et les lacs. En voulant les rapetisser, vous les avez mises hors d'usage. ― Il en est des hommes comme des choses ; tout dépend de l'usage qu'on en fait. ― Une famille de magnaniers de So—ng possédait la recette cFiine pommade, grâce à laquelle les mains de ceux qui dévidaient les cocons dans l'eau chaude, ne se gerçaient jamais. Ils vendirent leur recette à un étranger, pour cent taëls, et jugèrent que c'était là en avoir tiré un beau profit. Or l'étranger, devenu amiral du roi de Ou, commanda une expédition navale contre ceux de Ue. C'était en hiver. Ayant, grâce à sa pommade, préservé les mains de ses matelots de toute engelure, il remporta une grande victoire, qui lui procura un vaste fief. Ainsi deux emplois d'une même pommade, produisirent une petite somme et une immense fortune. * ― Qui sait employer le sur-homme, en tire beaucoup. Qui ne sait pas, îi'en tire rien .'
F. Vos théories, dit maître Hoei à maître Tchoang 、 ont de l'ampleur, mais n'ont aucune valeur pratique; aussi personne n'en veut. Tel un grand allante, dont le bois fibreux ne peut se débiter en planches, dont les branches noueuses ne sont propres à rien. ― Tant mieux ]oour moi, dit maître Tchoang. Car tout ce qui a un usage pratique, périt pour ce motif. La martre a beau user de mille stratagèmes ; elle finit par périr, sa fourrure étant recherchée. Le yak, pourtant si puissant, finit par être tué, sa queue servant à faire des étendards. Tandis que l'ailante auquel vous me faites l'honneur de me comparer, poussé dans un terrain stérile, grandira tant qu'il voudra, ombragera le voyageur et le dormeur, sans crainte aucune de
1. Phrases allégoriques, qui furent prises au sens propre, plus tard.
2. Coup de patte aux parangons confucéistes, qui sont pour les taoïstes, des êtres inférieurs.
3. Hoei-cheu, ministre de Leang, sophiste, contradicteur perpétuel de Tchoang-tzeu, et l'un de ses plastrons préférés.
HT 何 居 乎。 形 固可 使如槁 木、 而
夫。 子游! IT 敢
怒 ST 而 獨不聞
夫 吹萬 HT 同、 而
氺 恐 ïsr 大 恐
Tchoang-tzeu, chap. 2 A, B.
la hache et de la doloire, précisément parce que, comme vous dites, il n'est propre à aucun usage. N'être bon à den, n'est-ce pas un étal dont il faudrait plutôt se réjouir?
Chap. 2. Harmonie universelle.
A. Maître K'i ' était assis sur un escabeau, les yeux levés au ciel, respirant faiblement. Son à me devait être absente 2. ― Etonné, le disciple You^ qui le servait, se dit: Qu'est ceci ? Se peut-il que, sans être mort, un être vivant devienne ainsi, insensible comme un arbre desséché, inerte comme la cendre éteinte? Ce n'est plus mon maîtro. ― Si, dit K'i, revenant de son extase, c'est encore lui. J'avais seulement, pour un temps, perdu mon moi K Mais que peux- tu comprendre à cela, toi qui ne connais que les accords hu^ mains, pas môme les terrestres, encore moins les célestes? ― Veuillez essayer de me faire comprendre par quelque comparaison, dit Y ou. ― Soit, dit maître K,i. Le grand souffle inclélermiuê de la nature, s'appelle vent. Par luimême, le veut n'a pas de son. Mais, quand il les émeut, tous les êtres deviennent pour lui comme un jeu d'anches. Les monls, les bois, les rochers, les arbres, toutes les aspérités, toutes les anfractuosités, résonnent comme autant de bouches, doucement quand le vent est doux, fortement quand le vent est V fort. Ce sont des mugissements, des grondements, des sifllements, des commandements, des plaintes, des éclats, des cris, des pleurs. L'appel répond à rappel. C'est un ensemble, une harmonie. Puis, quand le vent cesse, tous ces accents se taisent. N'as-tu pas observé cela, en un jour de tempête? ― Je Comprends, dit You. Les accords humains, sont ceux des instruments à musique faits pai" les hommes. Les accords terrestres, sont ceux des voix de . la nature. Mais les accords célestes, maître, qu'est-ce? -- B. C'est, dit maître - K'i, l'harmonie de tous les êtres, dans leur commune nature, dans leur commun devenir. Là, pas de contraste, parce que pas de distinction. Embrasser, voilà la grande science, la grande parole. Distinguer, c'est science et parler d'ordi'e inférieur. ― Tout est un. Durant ie sommeil, l'àme non distraUe s'absorbe dans celle unité; durant la veille, distraite, elle distingue des êtres divers. ― Et quelle est L'occasion de ces distinctions?.. Ce qui les occasionne, ce sont l'activité, les relations, les conflits de la vie. Do là les théories, les erreurs. Du lir à l'arbalète, fut dérivée la notion du bien et du mal. Des contrats fut Urée la notion du droit et du tort s. On ajouta foi à ces
A. K'i, le maître de la banlieue (lu Sutl, où il log-eail.
2. Glose : son corps paraissait avoir perdu sa compagne l'àme. Comparez, cliap. 24 H.
3, Maître l'oi-j/ow, ou Yen-tch'eng, ou 一 «cow.
Â. Glose ; L'élat de celui, qui est absorbé dans l'èlrc universel, dans l'iinUé. 11 perd la notion (les êtres distincts. '5. Touché ou raie lu cible. Coiiforniilé ou non-conlorinilé avec la souebe.
216 Tchoang-tzeu, chap. 2 B, G.
以 無有爲 有。 無 有 爲 有, 雖 有神 èr 且 能 知。 吾 燭且 何 哉。 C 天 言 非 吹 也。 香
者 有 曹, 其 所 #1 者 特未定 也。 果 有 曹 祁, 其 未 甞 有 一曹 邪、 其 HSS 爲 異於. 鷇 音, 亦 有
Tchoang-tzeu, chap. 2 B, C.
notions imaginaires; on a été jusqu'à les attribuer au Ciel. Impossible désormais d'en faire revenir Iss humains. Et cependant, oui, complaisance et ressentiment, peine et joie, projets et regrets, passion et raison, indolence et fermeté, action et paresse, tous les contrastes, autant de sons sortis d'un même instrument, autant de champignons nés d'une même humidité, modalités fugaces de l'être universel. Dans le cours du temps, tout cela se présente. D'où est-ce venu? C'est devenu! C'est né, entre un raatin et un soir, de soi-même, non comme un être réel, mais comme une apparence. Il n'y a pas d'êtres réels distincts. Il n'y a un moi, que par contraste avec un lui. Lui et moi n'étant que des êtres de raison, il n'y a pas non plus, en réalité, ce quelque chose de plus rapproché qu'on appelle le mien, et ce quelque chose de plus éloigné qu'on appelle le tien. ― Mais, qui est l'agent de cet état de choses, le moteur du grand Tout?.. Tout se passe comme s'il y avait nn vrai gouverneur, mais dont la personnalité ne peut être constatée. L'hypothèse expliquant les phénomènes, est acceptable, à condition qu'on ne fasse pas, de ce gouverneur universel, un être matériel distinct 1, Il est une tendance sans forme palpable, la norme inliérenle à V univers, sa formule évolutive immanente. Les normes de. toute sorte, comme celle qui fait un corps de plusieurs organes 2, uue famille de plusieurs personnes, un état de nombreux sujets, sont autant de participations du recteur universel ainsi entendu. Ces parlicipatious ne l'augmentent ni ne le diminuent, car elles sont communiquées par lui, non détachées de lui. Prolongement de la norme uni verselle, la norme de tel être, qui est son être, ne cesse pas d'être quand il finit. Elle fut avant lui, elle est après lui, inaltérable, indestructible. Le reste de lui, ne fut qu'apparence. ― C'est de l'ignorance de ce principe, que dérivent toutes les peines et tous les chagrins des hommes, lutte pour l'existence, crainte de la mort, appréhension du mystérieux au-delà. L'aveuglement est presque général, pas universel toutefois. 11 est encore des hommes, peu nombreux, que le traditionalisme conventionnel n'a pas séduits, qui ne reconnaissent de maître que leur raison, et qui, par l'effoi't de cette raison, ont déduit la doclrihe exposée ci-dessus, de leurs méditations sur l'univers. Ceux-là savent qu'il n'y a de réel que la norme universelle. Le vulgaire irréfléchi croit à l'existence réelle de tout. L'erreur moderne a noyé la vérité antique. Elle est si ancrée, si invétérée, que les plus grands sages au sens du monde, U le Grand y compris 3, en ont été les dupes. Pour soiUenir la vérité, je me trouve presque seul.
G. Mais, me dira-t-oti, si tout est un, si tout se réduit à une norme unique, celte nonne comprendra simultanément la véi'ité et l'erreur, tous les contraires ; et si les faits dont les hommes parlent sont irréels, la parole humaine n'est donc qu'un vain son, pas plus qu'un caquetage de poule. ― Je réponds, non, il n'y a d'erreur dans la norme, que pour les esprits bornés ; oui, les dislinctions des disciples de Confucius et de Mei-tzeu, ne sont que de vains caquets. ― Il n'y a, en réalité, ni vérité ni erreur, ni oui ni non, ni autre distinction quelconque, tout étant un, jusqxCaux contraires. Il n'y a que des aspects divers, lesquels dépendent du point de vue.
1. Négation du Souverain d'eu liauL des Annales til des Odes. Comparei! Mo-t%eU; cliaii 4 E.