氣之 ITS; 育 羣生、 爲 之 0 何。 鴻 蒙拊 脾雀 躍掉頭 曰 ,吾 弗 知、 吾 弗 知。 雲 將不得
天忘朕 邪。 再 拜 稽首願 聞於鴻 蒙。 鴻 蒙 ! Ir* 遊 不知所 求、 猖 狂 不知所 往, 遊 者
Tchoang-tzeu, chap. 11 G, D. 2S9
et le yang, tous les êtres. Connaître ce Principe, c'est la science gf!o&aie, qui n, use pas. Se tenir en repos, dans sa contemplation, voilà ce qui fait durer toujours. Tout être qui se conserve, garde sa vigueur. Moi j'ai embrassé l'Unité, je me suis établi dans l'Harmonie. Voilà douze cents ans que je vis, et mon corps n'est pas affaibli. 一 Vous êtes un être céleste, Ait Hoangti, en appliquant derechef son front contre terre. 一 Ecoutez, dit Maître Koang-tch'eng, sans m' in ter rompre. Le premier Principe est essentiellement infini et insondable ; c'est par erreur que ! es hommes emploient, en parlant de lui, les termes fin et apogée. Ceux qui l'ont connu, sont devenus les empereurs et les rois de l'âge héroïque, et ont tini par l'apothéose. Ceux qui ne l'ont pas connu, sont restés des hommes terrestres, ignorants et charnels. Maintenant le premier Principe est si oublié, que tous lets êtres, sortis de la terre, retournent à la terre. Aussi ne resterai-je pas davantage en ce monde. Je vous quitte pour aller, par delà la porte de l'infini, flàtier dans les espaces incommensurables. Je vais unir ma lumière, à celle du soleil et de la lune; je vais fondre ma durée, avec celle du ciel et de la terre. Je ne veux même pas savoir, si les hommes pensent comme m'oi ou différemment. Quand ils. seront tous morts, moi je survivrai seul, ayant seul, en ces temps de décadence, atteint à l'union' avec l'Unité.
D. Le politicien Yimn-tsiang , qui errait dans l'Est, au delà de la rivière Fou-yao, rencontra inopinément l'immortel Houng-mong, qui sautait à cloche-pied, en battant la mesure sur ses flancs i. Surpris, Yunn-tsiang s'arrêta, se mit en posture rituelle, et demanda : Vénérable, qui êtes-vous? que faites-vous là? ― Sans cesser de sauter et de taper sur ses flancs, Houngmong répondit; Je me promène. ― Convaincu qu'il avait affaire à un être transcendant, Yunn-tsiang dit: Je désire vous poser une question. ― Bah! fit Houng-mong , ― Oui, dit Yunn-tsiang. L'influx du ciel est dérangé, celui de la terre est gêné ; les six émanations sont obstruées, les quatre saisons sont détraquées. Je voudrais remettre l'ordre dans l'univers, pour le bien des êtres qui l'habitent. Veuillez me dire comment je dois m'y prendre. ― Je ne sais pas ! je ne sais pas! dit Houng-mong ^ en hochant la tête, tapant sur ses flancs, et sautant à cloche-pied... Yunn-tsiang n'en put pas tirer davantage. ― Trois ans plus tard, comme il errait encore dans l'Est, au delà de la plaine de Joii-song, inopinément Yunn-tsiang rencontra de nouveau Houng-mong. Au comble de la joie, il courut à lui, et l'aborda en lui disant : Etre céleste, vous souvenez-vous encore de moi ?.. Pois, s'étant prosterné deux fois, inclinant la tête, il ajouta: Je désire vous poser une question. ― Que puis-je vous apprendre? fit Houng-mong ; moi qui marche sans savoir pourquoi, .aui erre sans savoir où je vais; moi qui ne fais que flâner, sans m'occuper^ rien, pour ne pas nuire par quelque ingérence intempestive. ― Moi aussi, dît Yunn-tsiang, je voudrais comme vous errer libre et sans soucis; mais le peuple me poursuit partout où je vais; c'est une vraie servitude; à peine vient-il de me lâcher; je profite de ce répit, pour vous interroger. ― Pauvre homme! fit Houng-mong ; que vous dirai-je, à vous qui vous mêlez de gouverner les hommes? Qui trouble l'empire, qui violente la nature, qui empêche l'aclion du ciel et de la terre ? qui inquiète les animaux, trouble le sommeil des oiseaux, nuit jusqu'aux plantes et aux insectes? qui, si ce
1. Les Immortels taoïstes sont presque toujours représentés dans des poses et avec des gestes excentriques, marque de leur mépris pour la voie commune. ,.
| 存 人之國 也, 無 萬牙之 一。 而 喪人之 國也二 不成 ffi 萬有 餘 喪矣。 悲夫有 土 者
之、 盡 其 所 懷, 爲 天 下 g 。處 乎 無 嚮、 行 乎 無 方。 挈 汝 適復之 镍檁、 SS 遊無 端。 出 A
Tchoàng-tzen, chà^. il Dj E. 291
n'est les politiciens, avec leurs systèmes pour gouverner les hommes? ! ^ C'est ainsi que vous me jugez? dit Yunn-tsiang . ~ Oui, dit Houng-mong ; vous êtes un empoisonneur ; laissez-moi aller mon chemin. ― Etre céleste, flt Yunn-tsiang, j'ai eu beaucoup de peine à vous trouver; , de grâce, veuillez m'instruire. -- De fait, dit Houng-mong, vous avez grand besoin d'apprenflre. Ecoutez donc!.. Commencez par n'intervènlr en rien, et tout suivra naturellement son cours. Dépouillez votre personnalité (litt. laissez tomber votre corps comme un habit), renoncez à l'usage de vos sens, oubliez les relations et les contingences, noyez-vous dans le grand ensemble, défailesvous de votre volonté et de votre intelligence, annihilez-vous par Vabsh'acUon jusqu'à n'avoir plus d'âme. A quoi bon spéculer, l'inconscience étant la loi universelle? La foule des êtres retourne inconsciente à son origine. Celui qui aura passé sa vie dans l'inconscience, aura suivi sa nature. S'il acquiert des connaissances, il aura vicié sa nature. Car il est n \ spontanément, sans qu'on lui ait demandé qui et quoi il voulait être. Et la nature veut qu'il s'en retourne de même, sans avoir su ni qui ni quoi. — Ah ! s'écria Yunntsiang, être céleste, vous m'avez illuminé, transformé. Durant toute ma vie, j'avais cherché vainement la solution du problème, et voici que je la tiens... Cela dit, Yunn-tsiang se prosterna le front en terre, puis se releva et reprit son chemin.
E. Le grand souci des politiciens vulgaires, c'est de s'attacher les hommes ; ils se froissent, quand quelqu'un ne veut pas faire cause commune avec eux. Qu'ils aiment ceux qui sont de leur avis, et détestent ceux qui leur sont contraires, cela vient de ce qu'ils ne cherchent, en définitive, que leur propre élévation. Quand ils ont atteint l'objet de leur ambition., sont-ils vraiment supérieurs au vulgaire? sont-ils utiles au pays? Imposer au peuplé ce quMl leur plaît d'appeler leur expérience, n'est-ce pas pire que de l'abandonner à lui-même ? Férus de l'idée de faire profiter la principauté qu'ils administrent, du système des trois anciennes dynasties, ils ne font pas attentiën aux vices de ce système. Leur entreprise expose la principauté aux plus graves hasards. Heureuse est-elle, si elle en réchappe. Elle a une chance de salut, contre dix mille. Pour une principauté dans laquelle ils auront réussi imparfaitement, ils en ruineront absolument dix mille autres. Est-ce assez triste, que les maîtres de la terre ne s'aperçoivent pas de ce danger? ! La plus importante de toutes les choses est entre leurs mains. Ils ne devraient pas la confier à des hommes bornés et intéressés. Qu'ils donnent leur confiance aux hommes transcendants; à ceux qui, libres de tout intérêt terrestre, vont et viennent dans l'espace, se promènent dans 】es neuf régions, sont citoyens non d'un pays mais de l'univers. Ces hommes-là sont les plus nobles de tous les hommes 1. L'estime des hommes vulgaires s'attache à eux, aussi infailliblement que l'ombre suit le (; orps opaque, que réclio suit le son. Quand il est consulté, par sa réponse l'homme transcendant épuise la question ,et comble 〗es vœux du consultant. 11 est le recours de tout l'empire. Son séjour est calme et silencieux, ses sorties n'ont pas de but déterminé. Il mène et rafflène ses interlocuteurs, sans secousse, par une influence impalpable. Ses mouvements n'ont pas de règles fixes. Gomme le soleil, il luit toujours. L'élôge sul^slanliel de cet homme, se résume en ces mots, qu'il est un avec le grand tout. Il est
1. Glose : La noblesse suprême consiste dans le mépris absolu des. hommes et des choses terrestres, joint à l'union mystique avec le grand tout. -
天 君正。 as 道
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le grand tout, et n'est plus lui-même. N'ayant plus d'existence particulière, il n'a plus aucune propriété. Les anciens empereurs avaient encore quelque propriété. Il faut n'en plus avoir du tout, pour devenir l'ami du ciel et de la terre ( union).
F. Petits mais respectables sont les êtres qui remplissent le monde. Humble mais nécessaire est le peuple. 【r、cei'taines mais importantes sont les affaires. Dures mais indispensables sont les lois. Antipathique mais obligatoire est la justice. Sympathique est l'affection non égoïste. Menus sont les rits, mais il faut les faire. Ces apliorismes résument la sagesse vulgaire. ― Et moi j'ajoute: Au centre de toutes choses et supérieure à toutes, est l'aclion productrice du Principe suprême. Unique et se transformant en action productrice, est le Principe suprême. Transcendant et agissant sans cesse, est le Ciel (l'instrument physique de l'action productrice du Principe). Aussi les vrais Sages ont-ils pour règle de laisser faire le Ciel sans l'aider, de laisser agir l'acUoii productrice sans interférer, de laisser le premier Principe libre sans prétendre deviser poui' lui. Voilà l'important, à leurs yeux. Pour tout le reste, la pratique commune, ils sont affectueux sans affectation, justes sans prétentioij, rituels sans scrupulosité, actifs sans façons, légaux sans passion, dévoués au peuple et respectueux des droits de tous. Ils ne considèrent aucun être comme un moyen particulièrement apte, et s'en servent pourtant faute de mieux. L'ignorance de ceux qui ne comprennent rien à l'action du Ciel, vient de ce qu'ils n'entendent pas bien celle du Principe suprême, dont la Ciel est U instrument. Ceux qui n'ont pas la notion de ce Principe luimôme, ne sont propres à rien ; il faut les plaindre. — !1 y a deux voies, la voie céleste et la voie, humaine. Se concentrer noblement dans le non-agir, voilà la voie du Ciel. S'éparpiller et peiner sur les détails, voilà la' voie humaine. La voie céleste est supérieure, la voie humaine est inférieure. Les deux voies sont très différentes. Nous allons les scruter attentivement, dans les chapitres suivants.
Gbap. 12, Ciel et terre.
A. Une force transformatrice uniforme, émane de l'imipense complexe ciel et terre; une règle unique régit la foule des êtres ; un seul souverain gouverne la nombreuse humanité. Le pouvoir ô\i souverain dérive dé celui du Piincipe; sa personne est choisie pai'.le Ciel ; de ià vient qu'on l'appelle Mystérieux, comme le Principe. Les souverains de l'antiquité s'abstenant de toute intervention personnelle, laissaient le Ciel gouverner par eux. Le Principe agissant par le souverain, ses ministres et ses officiers, à ce gouvernement droit j liste et éclairé, tous les êtres répondaient par une soutnission absolue. Tout en haut de l'univers, le premier Principe iofluenee le ciel et la
者 坟 也。 坟 兼 於 事、 事 兼 於 義, 義 兼 於 德, 德 兼 於 Mé 兼 於 天。 故 曰、 古 之音 天 }^
者、 無 欲 而天下 足, 無 爲 ffi 萬 物化, 淵靜而 百 姓 定。 1 記 曰、 通於」 而萬 事舉、 無心
I 有 聲, 不 考 不 鳴。 萬 物, 孰 能 定 之。 夫 王 德 之 人, 素 逝、 而 恥通於 事。 立 之 本原、 fi 知
能物 焉, 神 之 fK » 而能精 焉。 故 其與 萬物接 也。 至 無 而供其 求, 時 驄涵要 其宿,
Tchoang-tzeUj chap. 12 Â, B, C. 2^95
terre, lesquels transmettent à tous les êtres cette influence, laquelle devenue dans le monde des hommes bon gouvernement, y fait éclore les talents et les capacités. En sens inverse, toute prospérité vient du gouvernement, dont l'efficace dérive du Principe, par l'intermédiaire du ciel et de la terre. C'est pourquoi, les anciens souverains ne désirant rien, le monde était dans l'abondance ; ils n'agissaient pas, et tout évoluait; ils restaient abîmés dans leur méditation, et le peuple se tenait dans l'ordre le plus parfait. Ce que l'adage antique résume ainsi: pour celui qui s'unit à l'Unité, tout prospère; à celui qui n'a pas d'intérêt personnel, même les mânes sont soumis.
B. Qu'elles sont vraies, ces paroles du Maître ! Combien grand, combien immense, est le Principe qui couvre et porte tous les êtres ! Que le souverain se garde bien de suivre son sens particulier! L'action naturelle, voilà l'action céleste ; le verbe spontané, voilà l'influence céleste; aimer tous les hommes et faire du bien à tous les êtres, voilà la vraie bonté; fondre en un toutes les différences, voilà la vraie grandeur; ne vouloir dominer les autres en rien, voilà la vraie largeur d'esprit; posséder des choses diverses sans diviser son cœur, voilà la vraie richesse; suivre l'influx céleste, voilà la suite dans les opérations; opérer sous cet influx, voilà l'opération efficace; servir d'intermédiaire docile au Principe, voilà la perfection ; ne laisser abattre sa détermination par rieo, voilà la constance. Que le souverain concentre en lui ces dix principes, puis les applique au gouvernement, et tout suivra son cours normal. 'Qu'il laisse For dans les rochers et les perles dans l'abîme, qu'il méprise la richesse et l'honneur, quMl lui soit indifférent de vivre vieux ou de mourir jeune, qu'il ne tire pas vanité de la prospérité et ne se sente pas humilié par l'adversité, qu'il dédaigne tous les biens du monde, qu'il ne se glorifie pas de son exaltation. Que sa gloire soit d'avoii* compris, que tous les êtres sont un seul complexe universel, que la mort et la vie sont deux modalités d'un même être.
G. Le Maître a dit: L'action du Principe par le Ciel, est infinie dans son expansion, insaisissable dans sa subtilité. Elle réside, imperceptible, dans tous les êtres, comme cause de leur être et de toutes leurs qualités. C'est elle qui résonne dans les métaux et les silex sonores. Elle est aussi dans le choc qui les fait résonner. Sans elle, rien ne serait...' L'homme qui tient d'elle des qualités de roi, marche dans la simplicité et s'abstient de s'occuper de choses multiples. Se tenant à l'origine, à la source, uni à l'unité, il connaît comme les génies, par intuition dans le Principe. Par suite, sa capacité s'étend à tout. Quand son esprit est sorti par la porte d'un sens, par la vue par exemple, dès' qu'il rencontre un être, il le saisit, le pénètre, le connaît à fond. Car les êtres étant devenus par participation du Principe, sont connus par participation de la vertu du Principe. Conserver les êtres avec pleine connaissance de leur nature, agir sur eux avec pleine intelligence du Principe, voilà les attributions de l'être né pour être roi. Il paraît inattendu sur la scène du monde, joue son rôle, et tous lés êtres se donnent à lui. C'est qu'il a reçu du Principe les qualités qui font le roi. II voit dans les ténèbres du Principe, il entend le verbe muet du Principe. Pour lui, l'obscurité est lumière, le silence est harmonie. Il saisit l'être, au plus profond de l'être; et sa raison d'être, au plus haut de l'abstraction, dans le Principe. Se tenant à cette hauteur, entièrement; vide et dénué, il doaae à
之 乓而. 南望 1 歸 i 其 Mi#。.
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Tchoang-tzeu, chap. 12 D, E, F.
tous ce qui leur convient. Son action s'étend dans l'espace et dans le temps.
D. L'empereur Eoang-ti ayant poussé jusqu'au nord de la rivière rouge, et gravi le mont K'oumi-lunn pour examiner les régions du Sud, perdit sa pei'le noii'e (son trésor, la notion du Principe, pour s'être livré à ses rêves ambitieux), 11 la fît chercher par Science, qui ne la retrouva \)as. Investigation et Discussion ne la retrouvèrent pas davantage. Enfin Abstraction la retrouva. Hoang-ti se dit : ij'est-ce pas étrange que ce soit Abstraction qui l'ait retrouvée? elle que le vulgaire considère comme la moins pratique des facultés.
El. Yao tilt inslriiit par Hii-you, disciple de Nie-k'ue, disciple de Wang-i, disciple de Pei-i. Yao qui songeait à abdiquer pour se livrer à la contemplation, demanda à Hu-you: Nie-k'ue a-t-il ce quMl faut pour collaborer avec le Ciel ( pour être empereur à ma place)? Si oui, je lui ferai imposer la charge par son maître Wang-i K ― Ce serait là, dit Jîit-yoM, faii'e une chose au moins hasardeuse, peut-être funeste. Nie-k'ue est trop intelligent et trop habile. Il appliquera au gouvernement son iatelligence et son habileté humaines, empêchant ainsi' le. Ciel, le Principe, de gouverner. 11 multipliera les charges, fera cas des savants, prendra des décisions, se préoccupera des traditions, s'embarrassera dans des complications, tiendra compte de l'opinion, appliquera des théories a priori sur l'évolution des choses, etc. Cet homme est trop intelligent pour être erapereur. Quoique, de par sa noblesse, il soit qualifié pour cette position, de par son excessive habileté, il D'est bon qu'à faire un petit officier. Il a ce qu'il faut, pour prendre des brigands. S'il devenait ministre, ce sei'aîl le malheur; s'il parvenait au trône, ce serait la ruine du pays.
F. Comme Yao inspectait le tenitoii-e de ■ Hoa, l'officier préposé à ce territoire lui dit: 0 Sage ! je vous souhaite prospérité et longévité !. ― Taisezvous! dit Y«o. ― Mais l'officier continua: je vous souhaite la richesse ! 一 Taisez-vous ! dit Yao. 一 Et nombre d'enfants mâles! conclut l'officier. ― Taisez- vous! iit Yao, pour la troisième fois. — L'officier reprit: Longévité, richesse, postérité màle, tous les hommes désirent cela; pourquoi', vous seul' n'en voulez-vous pas ? ― Parce que, dit Yao, qui a . beaucoup de fils, a beaucoup d'inquiétudes ; qui a beaucoup de richesses, a beaucoup de soucis ; qui vit longtemps, essuie bien des contradictions. Ces trois inconvénients entravent la culture de la vertu morale, voilà pourquoi je n'ai pàs voulu de vos souhaits. ― Alors, dit rofficier, je ne vous considère plusxomme un Sage, mais comme un homme ordinaii-e. A tous les individus qu'il procrée, le Ciel donne le sens nécessaire pour se conduire ; donc vos fils se tireraient d'affaire eux-mêmes. Pour vous défaire de richesses encombrantes, vous n'auriez qu'à les distribuer.. Vous vous préoccupez plus qu'il ne sied à un Sagé. Le vrai Sage Vit en ce monde, comme la caille vit dans un charàp, Sans attache à un logis, sans souci de sa nourriture. En temps de paix, il prend sa part de la prospérité ■ cornu 雇 e.' En temps de trauble, il s'occupe de luî-tûême et se désintéresse des affaires. Après mille ans, las de ce monde, il le quitte et monte vers les Immortels 了 llonlé siîr un blanc nuage, il amve dàffs la région
1. L'autorité du maître est, en Chine, ég:ale ou supérieure à celle des parents. ― .:■
予、 而 吾子辭 爲諸侯 而 輕敢 間 其故何 也。 子 高 nr 昔, 堯 治 天 下 不 賞而民 勸, 不
M 而 未 形。 物 得 BS 生, 譴 之 德。 未形 者 有 八弋且 然 无 間、 謅 之 命。 留 勖而生 物。 物 成 生
Tchoang-tzeu, chap. 12 G, H, I.
du Souverain Là aucun des trois malheurs ne l'atteint; son corps dure longtemps sans souffrance; il ne subit plus de contradictions. ― Cela dit, l'officier s'éloigna. Reconnaissant en lui un Sage caché, Yao courut après lui et lui dit: J'aurais des questions à vous poser. - Laissez-moi tranquille, fit l'officier.
G. Alors que Yao gouvernait l'empire, Maître Kao dit Pai-tch'eng, fut investi par lui d'un fief. Yao transmit l'empire à Chounn, qui le transmit à ÏJS. Alors Maître Kao s'étant démis de son fief, se mit à cultiver la terre. U étant allé 】e voir, 】e trouva occupé à labourer dans la plaiue. L'ayant abordé respectueusement, il lui dit : Maître, l'empereur Yao vous a investi d'uo fief, que vous avez conservé jusqu'ici. Pourquoi voulez-vous vous en défaire maintenant. ― Parce que le monde n'est plus ce qu'il fut sous Yao, dit Maître Kao. Le pou pie de Yao se conduisait bien, sans qu'on lui payât sa bonne conduite par des récompenses; il était obéissant, sans qu'il fallût le contrain-
par des châtiments. Maintenant vous récompensez et punissez systématiquement, ce qui a fait perdre au peuple ses qualités naturelles. La nature a disparu, des lois l'ont remplacée, de là tous les désordres. Pourquoi me faitesvous perdre mon temps? Pourquoi entravez-vous mon travail?.. Et, se penchant sur sa charrue. Maître Kao continua le sillon commencé, et ne se retourna plus vers U.
H. Au grand commencement de toutes choses, il y avait le néant de forme, l'être imperceptible; il n'y avait aucun être sensible, et par suite aucun nom 3. Le premier être qui fut, fut l'Uil, non sensible, le Principe. On appelle tei norme, la vertu émanée de l'Un, qui donna naissance à tous les êtres. Se multipliant sans fin dans ses produits, cette vertu participée s'appelle en chacun d'eux ming son partage, son lot, son destin. C'est par concentration et expansion alternantes, que la uorrae donne ainsi naissance aux êtres. Dans l'être qui naît, certaines lignes déterminées spécifient sa forme corporelle. Dans cette forme corporelle, est renfermé le principe vital. Chaque être a sa manière de faire, qui constitue sa nature propre. C'est ainsi que les êtres descendent du Principe.. Ils y remontent, par la culture taoïste mentale et morale, qui ramène la nature individuelle à la conformité avec la vertu agissante universelle, et l'être particulier à l'union avec le Principe primordial, le grand Vide, le grand Tout. Ce retour, cette union, se font, non par action, mais par cessation. Tel un oiseau, qui, fermant son bec, cesse son chant, se tait. Fusion silencieuse avec le ciel et la terre, dans une apathie qui paraît stupide à ceux qui n'y entendent rien , mais qui est en réalité vertu mystique, communion à l'évolution cosmique.. 、
I. Confucius demanda à Lao-tan : Certains s'appliquent à tout identifier, et prétendent que, licite et illicite, oui et non, sont une même chose. D'autres s'appliquent à tout distinguer, et déclarent que la non-identité de la substance et des accidents est évidente. Sont-ce là des Sages? — Ce sont, répondit Lao-tan^ des hommes qui se fatiguent sans profit pour eux-mêmes, comme les satellites des fonctionnaires, les chiens des chasseurs, les singes des
1. Le Souverain des Annales et des Odes. Comparez Lao-tzeu chapitre 4 E.
2. Bête noire des Taoïstes qui lui imputent l'invention de la politique systématique.