Romain
HISTOIRE
d’or, sous lequel est un trône. De riches étoffes damassées bleu et blanc, à franges rouges, en forment le ciel et le dossier. Le roi y est assis, vêtu d’une robe de soie verte à manches demi-bouffantes, que recouvre un peliçon de couleur bistrée à grands ramages, sans manches, dont l’encolure et le bord inférieur sont enrichis d’une bande de drap d’or incrustée de pierreries.
Deux évêques couverts d’une chape et d’une mitre lui mettent le sceptre en main et la couronne sur la tête. Chacun des prélats est accompagné d’un diacre en dalmatique, coiffé, comme le roi, d’une barrette ou calotte profonde'. L’un porte la crosse du métropolitain ; l’autre tient ouvert un livre de prières ou d’évangiles. De chaque côté du trône sont debout des seigneurs à la coiffure variée. Ceux des sujets du nouveau roi qui occupent le devant du trône sont, au contraire, à genoux et ont la tête découverte; ils acclament le prince, et trois d’entre eux lui présentent des chartes munies de sceaux de cire rouge, dont ils demandent la confirmation. Le roi lève la main gauche, comme pour en jurer le maintien.
Hormis le pavillon aux couleurs de France telles qu’on les portait dès le temps de Charles VII, a^ur et blanc, rien n’annonce que le prince intronisé est un roi de France.
Le reste du tableau est occupé par la bataille et par le siège de Soissons.
« La cinquième année de son règne, dit Grégoire de Tours, le roi Clovis marcha contre Syagrius, roi des Romains, lequel se tenait à Soissons qui avait été au pouvoir de son père. » Ce père, nommé Egidius (ou Gillon), était maître de la milice romaine dans les Gaules. Ne pouvant transmettre à son fils cette dignité dont Chilpéric, roi des Bourguignons et père de Clovis, avait été revêtu, Egidius lui laissa le titre de comte avec le gouvernement de Soissons. Clovis ne tarda pas à reconnaître la nécessité de se défaire de ce voisinage importun : de là la guerre dont notre artiste a essayé de reproduire les péripéties .
Au centre s’avance à cheval le roi Clovis; il est vêtu d’un pourpoint et d’un manteau bleu damassé; un casque d’or ou salade à couvre-nuque et à visière mobile, dont le cône est orné d’une couronne, pyramide sur sa tête; sa main gantelée tient le bâton de commandement; à ses pieds se remarquent de longs éperons à puissante molette et des solerets à longue pointe dits à la polonaise ou poulaine. Ses défenses d’épaule, ses brassards, ses coudières, ses canons,
x. Ce bonnet, qui affecte la forme d’un cône tronqué, est la coiffure d’intérieur de l’époque. On en voit de nombreux exemples dans l’œuvre de J. Foucquet. Elle a été conservée presque] sans modification, sous le nom de bonnet carré, par une partie du clergé, et même jusqu’au temps de Molière par les médecins.
DU ROY CLOVIS
ses genouillères, ses grèves, toute son armure est d’or incrusté de pierreries. Le destrier royal n’est pas moins magnifique, avec sa housse écarlate, ses brides d’azur à monture et à grelots d’argent, sa barde de cou articulée, son chanfrein et son poitrail d’or semés de grosses pierres, son cimier mêlé de plumes et d’or qui affecte la forme d’une fleur de lis.
A la droite du roi s’avance un chef remarquable par son turban et par le panache rouge de sa monture, et que l’on croit être Ragnacaire, roi de Cambrai ; plusieurs chevaliers suivent la lance au poing, l’un portant le gonfanon rouge broché d argent. Autour de Clovis combattent des piétons armés de l’arc, de l’arbalète ou du cranequin. L’un d’eux, abrité par le pavois ou long bouclier que soutient un servant, bande son arbalète et ajuste une flèche. D’autres sont armés de ces grands arcs introduits en France après les batailles où ils nous furent si funestes dans les mains des Anglais. Ces piétons sont généralement chaussés de houseaux très hauts; quelques-uns d’entre eux ont aux jambes, comme aux épaules et au cou, des pièces de défense aussi ambitieuses de forme et d’éclat que celles des chefs.
Au second plan, à côté d’un cavalier que couvre un ample chapeau rouge, et d un autre que distinguent sa barbe noire et son turban, flotte la bannière des Francs. Comme l’habit de celui qui la porte, elle est d’étoffe de couleur vermeille, ou rouge broché d’or, et chargée de trois crapauds de sable. Deux trompettes la précèdent; leur instrument est orné d’une banne carrée aux mêmes armes et couleurs ; ils portent autour de leur chapel, comme la plupart des gens du roi, le tortil ou cornette à ses couleurs, roulé et noué en cocarde sur le côté.
Entre ce groupe et le camp, derrière un abri en charpente, se voit une grosse pièce d artillerie destinée à battre la ville et que servent deux hommes ; l’un deux fait rougir des boulets sur un fourneau.
Quelques canons s’aperçoivent aussi au sommet des tours de la ville. Plusieurs guerriers ont escaladé les murs ; Clovis les a précédés dans la place, et déjà, tenant d’une main Syagrius, de l’autre il brandit sur lui sa lourde épée, pendant qu’une flèche vient lui percer le flanc .
Plus loin, sur le haut des remparts, une femme en proie au désespoir et dont le rang est indiqué par le hennin à grands voiles dont elle est coiffée, paraît fuir la poursuite des vainqueurs.
Un des guerriers placés à 1 angle droit du bas de la tapisserie porte au bord de son hoqueton ce qui suit : OSBVEDIALAVN.
HISTOIRE DU ROY CLOVIS
Une légende se remarque aussi au bas du heaume fermé d'un guerrier à cheval placé au delà du bouclier ambulant dont nous avons parlé plus haut. On y distingue ce qui suit : BOEIM.
Vers l’angle supérieur à droite, on voit les armes de François de Lorraine, duc de Guise, frère du cardinal, rapportées sur la tapisserie : ce sont celles de la maison de Lorraine, chargées en tête d’un lambel de gueules à trois pendants. Nous avons dit quel sens il fallait attacher à la présence de cet écusson '.
i. Avant d’arriver au sujet représenté sur notre seconde toile, l’artiste avait traité sur d’autres, aujourd’hui perdues, les sujets suivants : Alliance (par mariage) avec le roy Gondebaud et comment Aurélien (envoyé de Clovis) vit la pucelle Clotilde ; comment le roy desconjit les allemans (à Tolbiac), et comment le roy fut baptisé.
I.es légendes incomplètes relevées par M. Paris ( Toiles peintes et tapisseries), sur deux des tapisseries perdues développaient les mêmes sujets.