‹ Tapisseries de la cathédrale de ReimsChapitre 3 sur 59 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

HISTOIRE DE LA TAPISSERIE A REIMS d’après des documents inédits

u rapport de Grégoire de Tours et de Flodoard, le long du chemin par lequel saint Remy conduisait Clovis au baptistère, des toiles peintes tapissaient les rues, les églises étaient ornées de riches tentures', et cette magnificence, jointe à l’odeur des parfums et au chant des hymnes, faisait demander au prince si les lieux qu’il traversait étaient le royaume de Dieu dont on lui avait parlé. Ainsi, dès le ve siècle, les tentures historiées, et peut-être les tapisseries, étaient l’une des principales richesses de l’église de Reims. A ceux qui soutiendraient que, dans la circonstance célèbre que nous rappelons, il ne s’agissait que de tentures unicolores, nous citerions Théodoret, écrivain du même siècle, admirant qu’avec la laine et la soie on puisse représenter toutes les formes possibles d’animaux, les feuillages variés des plantes et une infinité 5 d’autres sujets ( Oper . Paris, 1642, t. IV, p. 361); au ive, Prudence, célébrant dans ses vers le secret d’imiter dans les tissus les figures les plus variées par la combinaison des couleurs et l’union de la chaîne et de la trame (. Hamartigenia ,

1. Grég. de Tours, Hist. des Francs, lib. II. — Flodoard, Hist. Eccl. Rem., lib. I, cap. xm.

L’exemple emprunté par M. Boyer de Sainte-Suzanne {Notes d’un curieux, p. 56) à l’histoire de l’église d’Auxerre, comme le plus ancien de l’existence de la tapisserie en France, est du tx° siècle. On voit qu’elle remonte plus haut.

LA TAPISSERIE A REIMS

290); et Clément d’Alexandrie prouvant, par le titre même de son livre des Siromates', que les tapisseries n’étaient pas chose inconnue au commencement du 111e siècle.

Il y a plus, sans parler de l’Orient, qui paraît avoir été le berceau de cette industrie, on rencontre dans les auteurs anciens, dans Homère, dans Aristophane, dans Virgile, dans Ovide, des passages qui prouvent que les tapisseries étaient en usage à Rome et dans la Grèce. Quant au moyen âge, des témoignages authentiques établissent que les objets nécessaires au culte et à l’ameublement des églises étaient fabriqués dans leurs dépendances par des ouvriers placés sous les ordres des évêques, des abbés, des chapitres, etc., de même qu’on le faisait dans les palais et les châteaux pour les rois et les nobles ; et parmi les pièces qui s’exécutaient dans ces ateliers, figurent souvent des tapisseries. La grande Lèle ou tapisserie de Bayeux, qui représente l’histoire de la conquête de l’Angleterre et qui passe pour avoir été faite sous les yeux de la reine Mathilde, quoiqu’elle rentre par son exécution dans les ouvrages d’aiguille, n’est pas moins la preuve vivante et matérielle de l’avancement des industries textiles en France à cette époque reculée.

Par quelles transformations la tapisserie fut-elle amenée à ce degré de supériorité que nous lui voyons au moment de la Renaissance, et qui fit d’elle alors une des branches les plus riches des arts industriels ? Quels sont les genres qu’on y distingue, les lieux et les procédés de fabrication qui méritent d’être signalés ? Nous laisserons l’étude de ces questions aux traités spéciaux2, nous réservant de faire, à l’occasion, les remarques qui pourraient servir à l’intelligence des objets d’art que nous devons examiner. Toutefois, on nous saura gré d’aborder ici quelques considérations générales qui faciliteront cet examen.

Quoique la tapisserie remonte , en France , aux temps les plus reculés du moyen âge, il ne faut pas croire quelle eut dès lors un emploi très répandu. Même au xme et au xive siècle, concurremment avec des tapisseries proprement dites, on voit, désignées sous le nom de tapis3, des étoffes de laine ou de soie, tantôt brochées , tantôt enrichies de dessins de broderie rapportés ou exécutés sur pièce à l’aiguille.

Des tissus de laine étant d’ailleurs sujets à la destruction, on conçoit qu’il reste peu de tapisseries antérieures au xve siècle. Mais ceci n’explique pas entière-

1. Littéralement Tapisseries. L’ouvrage qui porte ce titre est un mélange de faits et de réflexions successivement historiques, philosophiques, théologiques, etc.

2. Nous indiquerons surtout, comme livres à consulter, le Dictionn. du commerce, par Savary, 4 vol. in-folio; V Essai sur l’histoire et la situation de l'industrie des tapisseries et tapis, par W. Chocquel, in- 12, chez Guillaumin; enfin l 'Histoire de la tapisserie, donnée par M. Darcel, à propos de l’exposition de l’Union centrale des arts, dans la Galette des Beaux-Arts, 2e série, t. XIV.

3. Comptes de l'argenterie, publiés par la Société de l'Histoire de France, passim.

LA TAPISSERIE A REIMS

ment 1 abondance relative des tapisseries qui appartiennent à ce siècle et aux suivants : il importe cependant d’en connaître les causes. C’est ce dont nous allons nous occuper. Nous verrons ensuite quelle part on peut assigner à Reims, soit en raison de l’usage qu’on y faisait des tapisseries, soit au point de vue de la fabrication de cette partie de l’ameublement.

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