‹ Tapisseries de la cathédrale de ReimsChapitre 34 sur 59 · L’ARBRE DE JESSÉ OU LES ANCÊTRES DE JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

L’ARBRE DE JESSÉ OU LES ANCÊTRES DE JÉSUS-CHRIST

Hauteur : 5m3o.

Largeur : 5"'io.

l’arbre de jessé ou les ancêtres de jésus -christ

De la Racine de Jessé spécialle

Esté produictz dont la vierge Royalle Qui a conceu gardant virginité Les profetes l’ont dit en unité,

Ont nobles Roys selon l’humanité Est descendue plaine d’humilité Dieu et homme sans le sceu de nature, Et préelevée Royalle géniture1

e sujet de la généalogie du Sauveur est des plus communs dans l’art du moyen âge; les exemples abondent, dans l’Église latine et dans l’Église grecque, d’arbres de Jessé sculptés en pierre, en albâtre, en bois, en métal ; peints sur verre, sur mur, sur parchemin ; tissés en laine et en soie, en fils d’or et d’argent sur les ornements d’église. Mais la tapisserie l’a plus rarement adopté2.

11 se complique souvent, particulièrement en Orient, où l’on y introduit les sibylles, Balaam et jusqu’aux sages de la Grèce. Il est réduit ici aux proportions les plus ordinaires.

L’arbre prend racine dans la poitrine de Jessé, beau vieillard étendu sur un lit et dormant au premier plan; ses rameaux remplissent la tapisserie tout entière, portant sans autre appui douze figures en pied de rois de Juda. Deux figures de prophètes occupent, en outre, la droite et la gauche. D’un côté, c’est Isaïe disant : « Une tige sortira de la racine de Jessé, et de cette racine naîtra une fleur ; » Egredielur virga de radice J esse, et flos de rad'ce ejus ascendet (Isaïe, chap. xi). En regard est Osée, avec ce texte : ce Israël germera comme un lis, et sa

1. Dans les légendes françaises, le vers placé à la droite du lecteur fait suite pour le sens à celui qui est à gauche. Nous avons conservé l’orthographe, mais supprimé les abréviations.

2. Cependant, parmi les tapisseries de salle de Charles-Quint on comptait un arbre de Jessé, de 17 aunes de haut sur i5 1/2 de large. [L'Art. 1S76, t. IV, p. 175.)

HISTOIRE DE LA VIE ET MORT

racine poussera comme les arbres du Liban ; » Israël germinabit sicul lilium et erumpet radix ejus ut Libani (Osée, chap. xiv). L’Église applique ces prophétiques paroles à la naissance de la mère du Christ.

Le tronc de l’arbre, presque à sa naissance, est triple, suivant les prescriptions du Guide de la peinture ', que la Renaissance, à l’exemple du Moyen-Age, a généralement respectées. Deux des branches s’étendent sur les côtés ; la troisième, ou tige principale, dressée au centre, se termine par une large corolle de lis de laquelle émerge, au milieu d’.une gloire rayonnante, la vierge Marie portant l’Enfant divin. De cette même tige se séparent deux branches latérales dont chacune a son rameau secondaire. Orné çà et là de rares et étroites feuilles, et terminé aux extrémités par des rinceaux et des fleurs de fantaisie, le bois affecte néanmoins la forme d’un cep de vigne. C’est, en effet, sous cette figure que la Genèse (xxvi) représente l’humanité plantée en Adam, en vue de Jésus-Christ; et Isaïe (v, 7, 4) emploie le même emblème pour désigner la maison d’Israël. Chacun des rois qui la représentent ici est assis dans une fleur, soit terminale, soit placée sur une des branches de l’arbre.

Ces rois sont, dans l’ordre chronologique : David , Salomon , Roboam, Abias, A^a, Josaphat, O^ias, Joalham, E^echias, Manassès, Josias el Jéchonias. Cet ordre n’a pas été suivi par l’artiste. Il a donné des places d’honneur, au sommet, près du Christ, à David, quoique sorti directement de Jessé, et à Salomon son fils ; les autres sont placés au hasard. Il y a lieu de s’en étonner, quand on voit le dessinateur observer fidèlement, à l’égard de quelques-uns d’entre eux, les caractères iconographiques qui leur sont propres. C’est ainsi que Roboam tient son sceptre par derrière et renversé, pour marquer que le royaume fut réduit, sous son règne, aux seules tribus de Juda et de Benjamin, par suite de la séparation des dix autres pour former le royaume d’Israël. Abias, son fils, tient aussi son sceptre renversé, et il détourne la tête : c’est probablement une allusion à sa conduite orgueilleuse et impie.

Tous sont couverts, à l’exception de Josias, dont un bandeau, orné au-dessus du front d’une pierrerie, retient la chevelure. A quoi peut être due cette distinction ? Indique-t-elle le respect particulier de ce roi pour les saints livres et poulie rétablissement du culte divin dans toute sa pureté ?

A part celui de Roboam, qui est coiffé d’un turban et dont le manteau est un véritable burnous, les costumes, tous variés, se rapportent néanmoins par des

1 . Manuscrit grec du mont Athos, publié par M. Didron, dans le Manuel d'iconographie chrétienne.

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

traits généraux à la fin du règne de Charles VIII : robes traînantes, ouvertes sur le devant, à collet largement rabattu sur les épaules, laissant généralement le pourpoint à découvert sur la poitrine, manches perdues ou à l’ange, etc. Ils se distinguent surtout de ceux que nous verrons plus loin par une magnificence en rapport avec la dignité des personnages ; plusieurs ont de riches ceintures, des chaînes d’or ; tous ont le sceptre en main, et le chapeau de chacun d’eux, quelle qu’en soit la forme, est enrichi d’une couronne d’or plus ou moins ornée de pierreries.

Tous, un seul excepté, ont les yeux tournés vers la Vierge, ou appellent sur elle l’attention par un geste de la main. Josaphat, qui fait exception, regarde Jessé. Il a de particulier encore qu’il est sans barbe. De tous points on le prendrait pour un des princes de l’époque de nos tapisseries; il a la robe décolletée, le manteau, le chapeau, orné d’une médaille, que portait Charles VIII. Serait-ce un portrait ? L’absence de barbe aurait ainsi son explication.

La généalogie suivie ici d’après saint Matthieu, est la généalogie de Joseph et non celle de Marie. Il est prouvé, en effet, par la pratique continuelle de l’Écriture, par le témoignage des rabbins et par celui des Pères, que les Hébreux n’avaient pas coutume d’établir leur filiation par les femmes. Aux yeux de la loi, Jésus-Christ était le fils de Joseph; conséquemment il n’avait pas d’autre généalogie que celle de ce dernier. Saint Luc, qui écrivit après saint Matthieu, a dressé une généalogie ascendante de Jésus-Christ : c’est celle de la sainte Vierge. Nous n’avons pas à nous en occuper ici; nous remarquerons seulement que Marie descendait de David par Nathan, et non par Salomon, et que les deux généalogies n'avaient pas seulement une souche commune, mais quelles se réunissaient dans la personne de Salathiel et dans celle de Zorobabel. Ainsi, de toute manière, le Christ comptait pour ancêtres David et les autres rois de Juda que nous avons nommés.

Les armes du prélat donateur se voient à la fois aux pieds de la sainte Vierge, sur la tige principale de l’arbre, et aux angles supérieurs de la tapisserie.

Les légendes que nous avons pu relever sur les vêtements sont les suivantes :

i° Figure de Salomon. Sur la poitrine, aux bords droit et gauche de l’ouverture de sa robe :

ABI.SN — VANS. S A l’extrémité de la manche droite : TNIO A l’extrémité de la manche gauche : JOVI.VNI

VIE ET MORT DE LA SAINTE VIERGE

2° Prophète de gauche. Sur les trois bandes qui marquent le bas de sa robe, en lettres noires ornées :

OI — QV | VT | A — AI | YA | O j° Au bas de la robe du roi AZA, en lettres rouges unies :

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