EXTRAIT DU JOURNAL DES JACOBINS DE REIMS
18 Ventôse, ïc année républicaine.
Le deuxième objet de délibération, présenté par Raulin, était de savoir si l’on payerait aussi tous les frais occasionnés par la construction delà salle. Depaquit s’y oppose et prétend qu’ils doivent être à la charge de la commune. Fressencourt, au contraire, soutient qu’on ne doit pas hésiter à s’en charger, que l’honneur et l’intérêt des Jacobins l’exigent. Tonus distingue entre les frais de main-d’œuvre et les fournitures, c’est-à-dire les planches qui proviennent des bois d’émigrés et les tapisseries ci-devant foulées aux pieds par l’indolence de Messieurs les chanoines. Noël propose d’écrire à la Convention, et de s’adresser d’abord à la députation de la Marne.
« Leblond dit qu’il faut absolument que tous les objets qui composent le mobilier national soient vendus publiquement et à la folle enchère. En ce cas, réplique Depaquit, si un aristocrate vouloit aujourd’hui nous chasser d’ici, il n’auroit qu’à venir offrir un haut prix de tout ce qui compose la salle, il nous faudrait donc déguerpir.
« Alors, Forzy, administrateur et chargé de cette partie, arrive : après l’avoir entendu, la Société arrête que toute la main-d’œuvre et les fournitures faites par des particuliers seront acquittées par elle et qu’une adresse sera faite au district pour le surplus.
« On décide ensuite que tous les mémoires seront mis au plus tôt et qu’une souscription sera ouverte pour subvenir à tous ces frais extraordinaires. Barrachin et Ponsardin offrent sur-le-champ chacun 5oo livres, en disant qu’il est juste que ceux qui ne sont que depuis quelques mois au sein de la Société fassent plus que ceux qui en ont supporté les dépenses depuis 178g.»
Le sort des tapisseries pendant la Révolution ayant été subordonné à celui de la cathédrale elle-même, nous croyons utile de résumer ici sommairement l’histoire de l’édifice pendant cette douloureuse époque. Nous puiserons, pour le faire, nos renseignements dans les Conclusions du Conseil de la Commune et les documents authentiques que renferment les archives de la Ville.
Le 24 novembre 1790, les chanoines de la cathédrale reçurent du Conseil général du Département l’ordre de suspendre l’office canonial dans le chœur de leur église; ils ne se contentèrent pas de protester, mais ils continuèrent de célébrer des messes basses dans les chapelles du rond-point, et dès le dimanche suivant l’office se fit devant un autel élevé à la porte du chœur. Aux chanoines se joignirent ceux des diverses collégiales, Saint-Symphorien, Saint-Timothée, Sainte-Balsamie, Saint-Pierre-les-Dames.
Par suite de l’établissement de l’église constitutionnelle, la cathédrale devint paroisse et en même temps le siège de l’évêque du département, qui avait été élu le 14 mars 1791. Elle paraît cependant n’avoir été ouverte que pour l’installation de ce dernier, qui eut lieu le i5 mai
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suivant, car un Te Deum ayant été ordonné pour le io avril, la cérémonie commandée se fit à Saint-Remy, à cause de la fermeture de la cathédrale.
L’évêque Diot pontifia à la cathédrale jusqu’à la suspension de l’exercice du culte, le 3 brumaire an II (i3 novembre 1793). Les églises de Reims furent fermées alors par ordre des administrateurs du district, et la garde de la cathédrale fut confiée par eux à un portier.
Le i3 messidor an II (1" juillet 1794, pièce publiée par M. Paris dans les Toiles peintes ), les lois nouvelles accordant à chaque individu la liberté d’exercer le culte de son choix, une demande fut adressée à la municipalité par un grand nombre d'habitants pour en réclamer le bénéfice ; mais il n’y fut pas donné suite alors, les huit sections de la ville consultées le 28 fructidor an II (14 septembre 1794) par le comité des pétitions du Conseil général ayant déclaré « qu’elles renonçaient formellement à l’exercice public du culte catholique » . Enfin la loi du 1 1 prairial an III (3o mai 1795), qui autorisait la réouverture des églises non détruites, ne permit plus d’opposer à la demande de nouvelles fins de non-recevoir. Dix jours après (21 prairial an III), la remise de la cathédrale fut faite à un certain nombre de représentants du culte constitutionnel qui en avaient exprimé le désir. Les catholiques et les prêtres insermentés ayant demandé bientôt après qu’il leur fût permis de se réunir dans un même temple, l’usage de la cathédrale leur fut accordé pareillement, le 19 messidor an III (7 juillet 1795). Cette pétition, que suivent dix pages in-folio de signatures, a été publiée par M. l’abbé Cerf dans V Histoire de la cathédrale de Reims.
Dès le i5 mars de la même année, on avait fait l’office dans la bibliothèque du couvent des Minimes et dans une grange du faubourg Cérès, bientôt après à l’Hôtel-Dieu, chez les Augustins et dans d’autres maisons.
L’exercice public du culte fut repris pour la première fois par les constitutionnels à la cathédrale ainsi qu’à la Madeleine et à Saint-Maurice, le dimanche 12 juillet, et le 23 août dans la première église par les prêtres insermentés. Ces derniers étaient au nombre de 26, tant anciens chanoines et chapelains de la cathédrale que religieux de différents ordres ; l’office célébré par eux avant celui de l’évêque, et avec la même pompe, se nommait, en raison de leur nombre, la messe des 26 catholiques.
Cet état de choses, autorisé par la municipalité, dura jusqu’au Concordat.
Pendant la suspension du culte, la cathédrale servit aux fêtes décadaires, à celles de la Raison, et à celles de l’Être suprême. Il faut mentionner, en outre, la transformation momentanée d’une partie de l’édifice en grenier à fourrages, par ordre du représentant du peuple Bo, en date du 21 brumaire an II (n novembre 1793); et l’occupation de l’arrière-chœur et des chapelles par la Société populaire, qui fut autorisée à s’y installer le 1 1 thermidor an II (29 juillet 1794), après avoir été successivement transférée de la rue Chativelle dans une salle du Chapitre, dans l’église des Frères-Prêcheurs, puis celle de Saint-Michel. Elle resta en possession de cette partie de la cathédrale jusqu’à sa suppression, en mars 1795.
Deux pétitions, l’une du i3, l’autre du 23 mars, avaient inutilement insisté pour que ce repaire de terroristes fût démoli. Le 10 germinal (3o mars), le Conseil général de la Commune se rendait au temple de l’Être suprême pour la réunion décadaire et la lecture accoutumée des décrets : la foule y était occupée à renverser la tribune de la Société populaire. Le Conseil, pour prévenir le désordre, fit procéder de suite à la démolition des clôtures qui fermaient l’arrière-chœur et les chapelles; il décida de plus que les assemblées décadaires se tiendraient désormais à la maison commune.
Toutefois la cathédrale ouverte au culte et par suite mise, quant aux réparations locatives et usufruitières, à la charge des habitants à qui on en avait accordé l’usage (17 pluviôse an Vil), ne cessa pas pour cela de demeurer à la disposition de l’autorité pour les fêtes auxquelles elle conviait les citoyens. Un décret ayant ordonné que les réunions décadaires
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auraient lieu dans le temple principal, par conclusion du 27 brumaire an VII (17 novembre 1798), le Conseil de Ville prescrivit aux habitants qui se servaient de la cathédrale pour l’exercice du culte de la laisser libre de dix heures à une heure. Le froid fit cependant décider, le 7 ventôse an VII (25 février 1799), qu’on tiendrait les réunions à l’Hôtel de Ville pendant l’hiver. En attendant le retour de la belle saison, des barrières furent élevées autour de la nef pour le peuple qui prenait part à l’assemblée, et un autel dressé au milieu du sanctuaire. Ces nouvelles dispositions servirent pour la première fois le 3o ventôse an VII (20 mars 1799); elles demeurèrent jusqu’à la suppression des réunions décadaires, en juillet 1802.
LES ADMINISTRATEURS DU DISTRICT DE REIMS AU CITOYEN BERGEAT, CONSERVATEUR DU MUSÉE.
Du 25 Nivôse an III (14 janvier 179s).
Citoyen Bergeat, l’administration du district remet sous ta surveillance active et bien connue plusieurs pièces de tapisseries d’un travail précieux, qui trop longtemps sont restées oubliées dans des endroits humides et bien peu propres à leur conservation. Nous t’invitons à y donner tes soins, à te transporter dans la ci-devant sacristie du Temple où elles sont déposées, de les faire tendre, afin de leur faire prendre l’air et de faire enfin tout ce que tu jugeras nécessaire pour leur entretien.
Signé : Saubinet, Brochet et Forzy.