Tribuns volt sa fille retraire
des crestiens et elle atraire
a sa 103^ dont la mors soudaine
en fu tost as paiens prochaine (3) •
Les draperies de Toussaint Prier furent placées dans le clioeur. On les réservait, à l'origine, pour les grandes solennités, ainsi que nous l'apprend Cousin : « on en orne aux festes, le dossier des sièges des chanoines et des autres ecclésias- ^ tiques tout au long du chœur, à deux costés. r. (L. IV p. 190).
Elles furent épargnées lors du pillage de la cathédrale, en 1566, par les Iconoclastes qui détruisirent tant de chefs-d'œuvre.
Ces modestes images excitaient moins leur colère et leur cupidité que les statues des saints et les chasses précieuses. (Pasquier de le Barre).
Peut-être cependant n'échappèrent -elles à la destruction, que grâce à la précaution prise par le chapitre de mettre en sûreté, à Douai, un grand nombre d'objets précieux, parmi lesquels on cite des tapisseries (4).
Le texte de Duficf cité plus haut (5), établit qu'au commencement du XVIP siècle elles occupaient la même place qu'avant 1566. « Dodit tapetes pendcntes, et sedilia chori » Ce qui est confirmé par Cousin, dans son Histoire de Tournay , imprimée en 1619, où il est dit qu'à cette époque elles étaient encore bonne et entières (e). « On en pare encore de nostre temps, ajoute -t- il plus
(1) présent.
(2) très.
(5) Il manque ici plusieurs sujets. — L'histoire n'est pas terminée. — Il manque, en particulier, celui qui portait la date et le lieu de la confection des Tapis.-eries, coiame le rapporte Diifief, et qui très ceitainement était le dernier.
(4) Manuscrit de Nicolas Diifief, lîibliolliÈque de Bourgogne. N" 13767. Description d'aucunes particularitez concernantes l'état de l'église cathédrale de Tournay, avant le saccai,'ement de l'an 1566. - On y lit ce passage : « Tous les riches ornements et » tapisseries qui se retrouvent pour le piésent, ont été sauvés à Douai et conservés jusqu'il ce jour. »
(b) Manuscrit 13762.
(6) Tome I, p. do.
» loin un côté des sièges des chanoines » au chœur de l'Eglise cathédrale. (Tome I. p. 285).
Catulle parle dans le même sens en 1652 (i), mais les œuvres de l'art gothique étaient méprisées, nos pauvres tapis n'attiraient plus l'attention.
Christjn écrit les Délices des Pays-Bas, si utiles pour l'histoire des beaux-arts en Belgique : ses nombreuses éditions ne mentionnent pas nos tapis, d'un style qu'on appelait barbare. En 1742, au dire de M. Le Maistre d'Anstaing, elles furent dépendues et remplacées par d'autres.
" Derrière le dossier des formes, à partir de la stalle du grand archi- « diacre, et faisant le tour du chœur jusqu'à celle du Doyen, étaient appendues y> contre la muraille ou cloison qui sépare les ailes du chœur, d'antiques tapisseries " représentant la vie et la mort de S^-Piat et de S'-Elcuthère, les fondateurs de ■r Notre Dame et dont les images , comme le souvenir . se retrouvent partout dans w l'Eglise. Elles avaient été données en 1402, par Toussaint Prier, chanoine. Ces y^ tapisseries, curieuses par leurs dessins, l'étaient encore par les inscriptions qui y> les expliquaient. Elles avaient été faites à Audenarde , sur les cartons de Pierre y> de Cortonne , peintre célèbre d'Italie. Elles furent dépendues en 1742 et remplacées " par d'autres tentures, qu'on déployait autrefois aux jours de fête, au haut du
y> chœur, au dessus de la galerie ^ [Recherches sur la cathédrale de Tournay
T. I. page 167). (2)
Deschamps ' (3), qui écrit en 1772, n'a d'yeux que pour les tableaux. — Peut-être les tentures n'avaient elles pas été replacées dans le chœur, ce qui est peu probable cependant, en présence de la mention qu'en fait en 1775. wn calendrier de Tournay, ou Description des meilleures peintures et sculptures qui se trouvent dans les Eglises de Tournay (4}. On y trouve le passage suivant : « Le derrière " (du jubé) est décoré d'une ancienne tapisserie faite à Audenarde sur les cartons r> de Pierre de Cortone, d'Italie. Le sieur Baron, tapissier à Tournay, en a fait 55 revivre les couleurs, que le temps avait altéré. »
Il s'agit bien certainement ici de nos tapis, et le calendrier est tombé dans la même erreur que Le Maistre d'Anstaing au sujet du peintre, auteur des cartons, et de la fabrique où la tapisserie aurait été exécutée.
(1) Tornacum nerviorum.
(2) Nous n'avons pas besoin de relever l'attribution de nos tapis h Pierre de Corlone, qui naquit deux siècles environ après leur confection.
(3) Voyage pittoresque de la Flandre et du Brabant.
(4) Publié dans les Bulletins de la Société historique et littéraire de Tournai, tome 11.
Hovcrlant dans sa volumineuse compilation, éditée entre 1805 et 1830, mentionne la donation de Toussaint Prier (tome 18, page 129). (i)
A cette époque, les tapis d'Arras, enlevés du chœur, dont ils avaient fait l'ornement, étaient employés aux plus indignes usages: on les avait mis en pièces pour en faire des tapis de pied , qu'on mettait sous les sièges des magistrats, les jours de Te Deimi ; enfin, ils ne furent plus jugés assez bons pour cet usage ; on s'en servit comme de torchons, pour Loucher les trous d'une toiture.
Ces tristes débris ne pouvaient plus compter au nombre des objets d'art que renfermait notre cathédrale. Aussi n'en est- il plus fait mention dans les nombreuses publications artistiques , éditées en Belgique, de 1840 à 1860.
M. d'Anstaing, dans son beau livre des recherches sur la cathédrale de Tourna}' (1842), en parle comme des choses qui n'existent plus.
En 1846, cependant. M. Descamps, membre de la Société historique de Tournay, présente à cette assemblée, le dessin de quatre épisodes de la vie de Saint - Eleuthère , d'après des tapisseries appartenant à la cathédrale. Le procèsverbal de la réunion constate qu'aucune proposition n'est faite à ce sujet. En 1862, M. du Mortier, publia son Etude sw^ les yno'iniments de Tournay. Dressant l'inventaire des oeuvres d'art que renferme la cathédrale, il mentionne « de fort » belles tapisseries du commencement du XV® siècle qui ont malheureusement été " détériorées à divei'ses époques. » Il rapporte l'inscription relatée dans le manuscrit de Dufîef.
L'année suivante Mgr. Voisin donnait lecture à la Société historique, d'une notice très intéressante sur nos tapisseries ; il y avait joint une planche qui reproduisait un des sujets en chromolithographie (2).
Mais peu de personnes connaissaient l'existence de ces tapis précieux. Retirés du hangar dont ils formaient la «toiture, ils avaient été remisés dans un grenier. On les croyait bons tout au plus à intéresser les archéologues. Le public ne les avait jamais vus. Nous ne voulons d'autre preuve que le silence gardé par Bozière, dans son Tournay ancieii et moder7ie , édité en 1864.
Peu après, une notice sur les monuments de Tournay, les signale à la curiosité de la Gilde de Saint -Thomas et Saint -Luc, qui visite la ville en 1869.
(1) Essai chronologique pour servir à l'histoire de Tournai. — 105 volumes in,i8.
(2) Tome 9 des Bulletins de la Soi'iété historique.
Les éloges que donna cette illustre société à nos antiques tapis, en firent connaître la valeur.
On comprit la nécessité d'assurer leur conservation. C'est à Mgr. Ponceau, vicaire -général, que revient l'honneur d'avoir pris cette initiative. 11 retira nos tapisseries du magasin oii elles moisissaient, et les fit nettoyer. En même temps il s'employait à réunir les fonds nécessaires pour les faire réparer. Il obtint peu de chose, à peine assez pour recoudre bout à bout les tapis (i).
L'occasion se présenta bientôt (1873) de les placer dans un lieu convenable. La chapelle du Saint-Esprit, qui sert maintenant de revestiaire aux chanoines, était en restauration. Lorsque les travaux de peinture furent terminés, elle offrait l'endroit le mieux disposé pour conserver nos tapisseries. Elles sont aujourd'hui déployées sur les murs de cette salle, de forme circulaire, et forment une tenture ininterrompue, placée dans un encadrement en bois. Elles produisent un effet d'ensemble remarquable, et offrent cet avantage qu'on peut, en outre, les étudier de près, et dans tous leurs détails.
Cette sage • mesure a porté ses fruits ; nos tapisseries sont aujourd'huy bien connues (2) ; et il ne fallait que cela pour les rendre célèbres, car, à leur mérite intrinsèque elles joignent celui d'être, croyons -nous, les seules tapisseries des premières années du XV® siècle, qui subsistent encore.
L'histoire de Saint- Piat ot de Saint -Eleuthère était reproduite dans le principe, sur deux draperies distinctes (3) dont les dimensions sont restées inconnues Elle forme aujourd'huy une seule tenture de 21 mètres 85 centimètres de longueur, sur une hauteur de 1 mètre 98 centimètres à 2 mètres 8 c, d'après l'état de conservation plus ou moins bon do l'étoffe, et comprend 14 sujets ou tableaux, dont la largeur varie entre 1 mètre et 2 mètres 25 centimètres. Cette tenture unique est formée par la réunion de quatre grands lambeaux de tapisseries, que le temps et la main des hommes ont épargnés.
Elle est toute de laine, sans fils d'or ou d'argent (particularité qu'offraient les tapis d'Arras); la bordure également en tapisserie — toute rapiécée — représentant des fleurs et des feuillages, de styles variés, et différant de celui des tableaux, est de beaucoup postérieure à ceux-ci. Elle n'est pas reproduite sur nos planches.
(1) Le gouvernement accorda un subside de 4500 frs. ; la ville donna 500 (rs.
(2) MM. Waiiters (Kssai historique sur les tapissei'ies de IJruxelIes, 187(j) et Guiffrey, Miintz et Pinchart (Histoire générale de la tapisserie, 1S78), leur consacrent des articles très-élogieHX.
(3) Le texte de Cousin (tome I, p. 9o), ne laisse pas de doute a cet égard. « Il donna, l'an li02 à l'Eglise de Nostrc Dame de Tournay deux histoires en tapisserie, faicte a Arras, l'une de Saint-Piat, raulre de Saint-Eleulhère ....
Le premier fragment est long de 5 mètres 70 centimètres. Il est rattaché au second par une couture de haut en bas, qui coupe le quatrième sujet.
Le deuxième fragment mesure '^ sépare le sixième sujet du septième.
D mètres 40 centimètres. Sa couture
Jusqu'ici il ne manque rien des tapisseries primitives, mais après le sixième sujet, il y a une lacune. On voit, en effet, en bas, à droite du sixième sujet, une jambe, qui doit se rattacher à un corps figuré dans un tableau perdu. Nous avons vu, par le passage de Cousùi, rapporté page 28 qu'il manque au moins 3 tableaux.
Un troisième fragment mesure 5 mètres 55 centimètres ; il comprend les 7^ 8^ 9' et lO'' sujets.
Le quatrième fragment est de 6 mètres 20 centimètres.
Le troisième et le quatrième fragment se rejoignent parfaitement. Rien ne manque entre eux deux, mais le quatrième n'est pas complet. L'histoire, comme le dessin, sont brusquement interrompus.
Les viscissitudes nombreuses qu'ont éprouvées nos tapis ne les ont pas détériorés autant qu'on pourrait le craindre ; ils présentent un aspect d'ensemble saisissant, sous lequel disparaissent leurs nombreux accrocs.
Les couleurs sont encore vives ; elles brillent surtout dans les T, 8^, 9* et lO*" sujets, qui sont au surplus les mieux conservés.
Le grain de la tapisserie est fin et serré. Celle-ci forme une sorte de mosaïque, composée de pièces, de dimensions parfois très petites, et de formes diverses, dont les coutures sont habilement dissimulées.
Lorsqu'on décida de l'exposer, elle fut seulement dégraissée et nettoyée, puis on s'appliqua à recoudre l'un à l'autre les lambeaux déchirés , faisant ainsi non pas une restauration, qui eut pu enlever à l'œuvre tout son cachet, mais dissimulant au contraire le travail d'une main moderne, on lui laissa son caractère antique, cet aspect « de vieux » qui séduit dans les chefs d'œuvre de l'art gothique.
Que des merveilles n'aurions nous pas conservées intactes si l'on avait procédé à leur restauration , avec la même discrétion !
Nous ne parlerons pas ici de l'auteur, inconnu, des cartons ; les éléments manquent absolument pour baser une opinion raisonnée à cet égard, aucun des auteurs anciens que nous avons consultés ne l'indique ; les modernes
qui en ont parlé ont versé dans une grosse erreur, en attribuant à un peintre du XVIP siècle, Pierre de Cortonne , qui naquit en 1596, des cartons dessinés avant 1402 !
Le caractère artistique de nos tapis, est celui de toutes les œuvres d'art de la période de transition où ils furent fabriqués.
Ils en ont les qualités brillantes, les vives couleurs, la naïveté et en même temps, l'élan, l'inspiration. Ils en ont aussi les défauts, qui sont particulièrement une certaine lourdeur et un réalisme exagéré. On sent que le peintre a voulu reproduire la nature, et il n'y est que trop bien parvenu ; plusieurs des personnages, sont pleins de trivialité, à force d'être vrais; et cependant, il reste à ces figures quelque cbose de guindé qui rappelle l'ancienne école . La lourdeur des personnages résulte tantôt de l'entassement de ceux-ci, tantôt de leur attitude même ; dans quelques scènes règne une certaine confusion , que viennent encore augmenter l'abondance des accessoires et le fond surchargé du tableau .
Ce n'est plus, comme dans la tapisserie de Eayeux, un fond uni et monochrome , sur lequel on a appliqué des personnages dessinés à la silhouette ; c'est un tableau tout entier que le tapissier a reproduit. Il nous montre des tournaisiens , dans une ville du XV^ siècle, entourée de fortifications. Celles-ci s'entrouvrent ou plutôt s'abaissent pour permettre au spectateur de voir la scène qui se passe à l'intérieur. Il voit en premier plan le gazon, orné de fleurs, puis les murailles de la ville, les monuments publics, les maisons, et au fond le ciel , bleu foncé , mesuré d'une main avare ; presque pas de perspective ; l'action est représentée dans un cadre restreint. L'espace manque pour lui donner tout son développement ; chaque scène (à une ou deux près) est renfermée dans une espace nettement délimité par des maisons, des tours, des colonnettes. Les personnages portent le costume et les armes si caractérisés du XV® siècle; c'est une histoire de la Gaule romaine transportée en plein moyen -âge !
Si l'on compare les tapisseries de la cathédrale de Tournay, avec celles de la Chaise -Dieu, du Louvre, de Nancy, avec quelques unes de Beauvais, on est frappé des traits de ressemblance qu'elles ont entr'elles; celles de Tournay l'emportent cependant, et de loin, sur celles-ci, le dessin en est plus correct, plus châtié; il témoigne d'un art plus avancé, et à tous égards supérieur à celui des tapis décrits par Jubinal et qui cependant sont de la deuxième moitié du XV® siècle.
Cette supériorité est due au sentiment artistique qui semble inné chez les habitants des Pays-Bas, aux soins excessifs donnés à la confection des tapisseries, et à la sage réglementation du métier.
Plus que tous autres, en effet, les ateliers de tapisseries fournissent des produits de mérites divers. La valeur d'une tenture ne dépend pas uniquement de l'habileté de l'artisan; elle est due avant tout au talent du dessinateur, à l'inspiration du peintre, dont l'ouvrier ne fait que copier l'œuvre.
Les cartons des tapisseries de la cathédrale dénotent chez leur auteur un véritable artiste, qui, à la pratique de son art, joignait des connaissances très exactes, en histoire et en liturgie.