‹ Tarikh es-SoudanChapitre 138 sur 405 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

ASKIA- ISMA 'IL

Askia-Isma ïl fut élevé au trône par le Dendi-Fâri, Mâr- Tomzo, le jour même de la déposition de son prédécesseur. Cet événement eut lieu dans une localité appelée Tara. Mohammed-Benkan avait régné six ans et deux mois.

Cette même année, c'est-à-dire en l'année 943 (20 juin 1 536-lOjuin 1 537), le cadi Abderrahmân, fils du jurisconsulte Abou-Bekr, fds du jurisconsulte, le cadi El-IIâdj, mourut dans la matinée du samedi, 21 du mois de rebi' II (7 octobre) ; il était âgé de quatre-vingt-deux ans. Il avait été précédé dans la tombe par le saint de Dieu, le jurisconsulte, El-Hâdj-Ahmedben-'Omar-ben-Mohammed-Aqît qui le devança d'un an moins un mois, car ce dernier (Dieu lui fasse miséricorde !) mourut (^r) en l'année 942 (2 juillet 1535-20 juin 1536), le jeudi soir, 10 du mois de rebi' II (9 octobre), au début de la maladie épidémique appelée Kap.

Aussitôt élevé au trône, Isma'ïl expédia des agents pour

poursuivre Mohammed-Benkan, le prince déchu, et l'expulser du pays de Songhaï. Ces agents se divisèrent en deux groupes : l'un qui se dirigea vers le Haoussa; l'autre, vers le pays de Gourma. Dans ce dernier groupe, se trouvait Yâri- Sonko-Dibi qui avait demandé lui-même au prince d'en faire partie.

Un autre personnage avait sollicité également la même faveur. Ce personnage avait demandé une promotion de titre à laquelle il avait droit ; mais le poste qui lui revenait avait été attribué à un autre. Arrivé au pouvoir, Isma'ïl l'avait dédommagé de ce passe-droit en lui confiant une dignité plus haute encore que celle qui lui avait été refusée. Avant d'expédier ces agents, Isma'ïl avait envoyé à Kâgho un messager pour empêcher Mohammed-Benkan d'entrer dans cette ville. Dans sa fuite, Mohammed-Benkan se dirigea vers Tombouctou ; il y avait deux jours qu'il était en route, sans avoir pu manger du koura \ dont il était extrêmement friand, lorsqu'il rencontra un messager qu'il avait envoyé à Dienné, alors qu'il était encore au pouvoir. Ce message revenait dans une embarcation abondamment pourvue de bonnes choses. Dès que la suite du prince déchu eut reconnu le messager, elle le hêla en lui disant : L'Askia est ici. Le messager se dirigea de ce côté et vint mouiller près d'eux, et il n'eut pas de peine à comprendre à ce moment tout ce qui s'était passé.

Comme le prince déchu demandait du koura, le messager lui répondit : « Tout ce qui est dans l'embarcation t'appartient, prends-en ce que tu voudras. — Ce n'est plus à moi aujourd'hui, répondit-il; je ne suis pas devenu un voleur, un coupeur de route, et je ne te demande que de ce qui t'appartient. » Le messager lui donna alors du

1. De la noix de gourou, ou autrement dit de la kola, ainsi que le dit une note marginale du ms. C. Peut-être faut-t il prononcer goura.

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