CHAPITRE QUINZIÈME
koiira autant qu'il lui en fallait. Mohammed-Benkan mangea ce koura; mais à peine l'eut-il avalé, qu'il vomit tout ce qu'il avait dans l'estomac, ce à quoi il était sujet depuis longtemps *.
Le messager offrit à l'Askia de l'emmener avec lui, mais celui-ci refusa en disant : « Poursuis ta route tranquillement et en paix ; quand tu arriveras au terme de ton voyage, raconte au prince ce qui s'est passé entre nous deux et ne lui cache aucun détail, car s'il venait à apprendre tout cela de la bouche d'un autre il te tuerait injustement. Les gens du Songhaï ne sont point bienveillants ^ » Aussitôt qu'il eut rejoint le prince, le messager lui raconta tout ce qui s'était passé.
Mohammed-Benkan arriva à Tombouctou à la fin de la nuit; il se dirigea vers la maison du père des bénédictions, le cadi, le jurisconsulte Mahmoud, pour le saluer. Il trouva (^v)làle fils du cadi, 'Omar-El-Montabih, seul sur la terrasse, occupé à étudier le Miaydr de El-Ouancherisi, au clair delà lune quibrillait cejour-là. Ce jeune homme, qui pouvaitavoir alors environ vingt-sept ans, alla prévenir son père le jurisconsulte Mahmoud de cette visite. Mohammed-Benkan fut alors introduit; il sahia le cadi et lui raconta toutes ses aventures avec les gens du Songhaï. Puis, il se remit en route immédiatement et se dirigea vers le Tendirma pour y rejoindre son frère, le Kormina-Fâri, 'Otsmân.
Dans la matinée du lendemain, les cavaliers de Askia- Isma ïl, lancés à la poursuite du prince déchu, entrèrent à Tombouctou et continuèrent ensuite leur route sans désemparer. Au moment de Vasr ils atteignirent les fugitifs auprès
1. Était-ce le koura seul qui produisait cet effet ou le prince avait-il une maladie d'estomac? Le texte ne précise pas la chose.
2. Cette mauvaise opinion au sujet des gens du Songhaï est reproduite un peu plus loin.
du lac* de Koro-Kendi,à peu de distance deTendirma. Un engagement eut lieu en cet endroit, mais les cavaliers deAskia- Isma'ïl revinrent sur leurs pas quand ils eurent acquis la certitude que Mohammed-Benkan avait rejoint son frère 'Otsmân, et qu'il avait avec lui son fils Bokar.
'Otsmân demanda à son frère de retourner à Kâgho pour engager la lutte, en lui disant : « Ce doigt qui a fait de toi un askia, te rendra askia de nouveau. — Gela est impossible, répondit Mohammed-Benkan ; durant mon règne, j'ai renforcé l'armée du Songhaï et lui ai donné des guerriers contre lesquels toutes tes forces réunies ne sauraient lutter. J'ajouterai, d'ailleurs, que les gens du Songhaï quand ils en veulent à quelqu'un ne lui pardonnent jamais. »
Les cavaliers de Askia-Isma'ïl, qui s'étaient dirigés vers le Gourma, arrivèrent à la ville de ce nom, qui est située en face de Tendirma^. Alors Yâri-Sonko-Dibi cria à haute voix : « Salut à toi, Askia-MarankanM salut à toi, Askia-Marankan ! — Qui es-tu ? demanda quelqu'un de Tendirma. — Je suis Yâri-Sonko-Dibi répondit celui-ci ; je ne veux pas qu'il t'arrive malheur en ce jour-ci; je veux seulement te montrer que mes paroles se sont vérifiées. » L'autre personnage* répéta le même appel au prince déchu et, quand on lui demanda : Qui es-tu, il répondit : « Je suis un tel : tu m'avais refusé une charogne, Dieu m'a donné à la place de la chair fraîche. » Cela fait, les cavaliers rentrèrent au Songhaï.
Mohammed-Benkan, accompagné de son frère Otsmân et de son fils Bokar, se mirent en route vers le Melli. Arrivés